‹ Histoire de MontesquieuChapitre 69 sur 274 · DISCOURS SUR LA CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LA CONSIDÉRATION

ce sont les ridicules. Uq certain air gauche déshonore bien plus une femme qu'une galanterie. Gomme les vices sont presque généraux, on est convenu de se faire bonne guerre, mais chaque ridicule étant personnel, on les traite sans quartier.

« ... La considération est le résultat de toute une vie, au lieu qu'il ne faut souvent qu'une sottise pour nous donner de la réputation.

«... De toutes les vertus, celle qui contribue le plus à nous donner une réputation invariable, c'est l'amour de nos concitoyens. Le peuple, qui croit toujours qu'on l'aime peu et qu'on le méprise beaucoup, n'est jamais ingrat de l'amour et de l'estime qu'on lui accorde. Dans les républiques où chaque citoyen partage l'empire, l'esprit populaire le rend odieux; mais dans les monarchies où Ton ne va à l'ambition que par l'obéissance, et où par rapport au pouvoir, la faveur du peuple n'accorde rien lorsqu'elle n'accorde pas tout, elle donne une réputation sûre, parce qu'elle ne peut être soupçonnée d'aucun motif qui ne soit vertueux.

« ... Pour acquérir la réputation, il ne faut qu'un grand jour, et le hasard peut donner ce jour; mais pour la conserver, il faut payer de sa personne à tous les instants. Quelquefois on y réussit par sa modestie; d'autrefois on se soutient par son audace. Souvent l'envie s'élève contre un audacieux et souvent elle s'irrite de voir un homme modeste couvert de gloire.

« Cependant le meilleur de tous les moyens que l'on puisse employer pour conserver la réputation, c'est celui de la modestie, qui empêche les hommes de se repentir de leurs suffrages, en leur faisant voir que l'on ne s'en sert pas contre eux.

M 11 n'y a rien qui conserve et qui fixe mieux la répulalion que Ifit disgrâce. Il n'y a point de vertus que le peuple n'imagine en. faveur de celui qu'il plaint ou qu'il regrette; mais comme la plupart des hommes ne sont pas dans un état assez élevé pour être outragés de la fortune, ils ont la retraite, qui souvent fait en eux l'efFet de la disgrâce.

«... Il y a eu des fautes faites par d'illustres personnages

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qui faisaient bien voir qu'ils ne savaient avec quels hommes ils vivaient et qu'ils ignoraient les Français comme les Japonais. Dans chaque siècle, il y a de certains préjugés dominants dans lesquels la vanité se trouve mêlée avec la politique ou la superstition, et ces préjugés sont toujours embrasséspar des gens qui veulent avoir de la réputation par des voies plus faciles que celle de la vertu.

« On s'impatiente, dans la recherche des causes morales, de trouver toujours Tamour-propre sur son chemin et d'avoir toujours la même chose à redire.

« Cet orgueil qui entre dans tous nos jugements met une certaine compensation dans les choses d'ici-bas, et venge bien des gens des injures de la fortune.

« Un homme est d'une noblesse distinguée : s'il n'a pas de bien, on lui laissera sa noblesse, on se plaira même à le relever; mais si la fortune donne de l'envie, on examinera sa naissance avec les yeux de l'envie ; non-seulement on lui disputera la chimère, mais on lui ôtera du réel.

«... Les richesses contribuent aussi quelquefois à nous ôterl'estime publique, à moins que l'on n'ait acquis auparavant tant d'honneur et tant de gloire, que les richesses soient, pour ainsi dire, venues d'elles-mêmes, comme un accessoire qui est presque inséparable. Pour lors, on jouit de ces richesses comme d'un vil prix de sa vertu. Qui est-ce qui a jamais été choqué des grands biens du prince Eugène. Us ne sont pas plus enviés que l'or que l'on voit dans les temples des dieux... »

Tels sont les principaux passages de ce Mémoire du !«' mai 1725.

Le discours que, comme président de l'Académie de Bordeaux, Montesquieu prononça le 25 août 1726, contient l'éloge du protecteur de cette société, le duc de la Force. Il se montra habile et même ému dans la tâche de panégyriste de ce grand concussion-

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