MONTESQUIEU ET M. SULLY
naire, devenu son ami depuis qu'il était rendue la vie privée.
Un autre motif prolongea son séjour en province. Henri SulJy, Anglais qui s'était fait estimer de Newton, dans son pays, pour ses recherches astronomiques,, et que le duc d'Orléans avait chargé de créer la manufacture d'horlogerie de Versailles, venait d'arriver avec une nouvelle invention scientifique. Il s'agissait d'une pendule à levier pour mesurer le temps en mer S ce qui permettait de parvenir à la connaissance exacte des longitudes. Le seul moyen de vérifier cet instrument était de faire des expériences sur un navire. Sully avait choisi Bordeaux à cause de son port et surtout de son Académie, où les sciences étaient mieux connues et appréciées qu'en aucune ville de province. La compagnie l'admit en séance, délégua des membres pour assister à ses essais et lui en rendre compte. Montesquieu qui, coname on l'a vu, était président, traita Sully avec la plus cordiale affabilité. Aussi, un jour, ce grand « horlogeur^, » venant d'éprouver des pertes considérables, comme il en arrive à tous les inventeurs , écrivit à Montesquieu cette lettre qui est bien anglaise et bien naïve ' : « J'ai envie de me pendre, mais je crois (jue je ne me pen- : drais pas si j'avais cent écus. » — « Je vous envoie
1. Méthode pour régler les montres, Paris, Dupuis, 1728, in-12,