‹ Histoire de MontesquieuChapitre 96 sur 274 · Pensées divenes · texte numérisé non relu

Pensées divenes

INFLUENCE DE I/ANGLETEKRK. 127

Sa dernière remarque, celle qui le frappa pardessus les autres, c'est que ravénement de Guillaume d'Orange était Tère de la liberté constitutionnelle, c'est-à-dire l'union complète du prince et de la nation.

Ensuite il partit satisfait d'avoir trouvé la conclusion de son livre. C'était dans les premiers mois de 1731 ; la date précise en est inconnue, je vois seulement qu'il venait de partir, quand une actrice, exilée de l'Opéra, apporta pour lui chez Chesterfield, une lettre de Fontenelle * .

« ... Oq dit que vous êles fort bien auprès de la reine, et je l'eusse presque deviné, car il y a longtemps que je sais combien elle a de goût pour les gens d'esprit et combien elle est accoutumée à ceux du premier ordre... Si la reine voulait faire apprendre à danser aux princesses ses filles... elle serait trop heureuse que la fortune lui eût envoyé mademoiselle Salle. Enfin je vous demande votre protection pour elle en toute occasion, ou plutôt je ne vous demande que de la voir un peu, après quoi le reste viendra tout seul.. »

Montesquieu était resté environ dix-huit mois, de novembre 1729 à avril 1731 , dans ce pays où les idées que les Anglais ont proposées en religion, en politique et en science, attendaient, selon l'usage*, des Français pour les vulgariser. Un tel séjour eut une influence considérable sur lui, comme il avait fait sur Voltaire^ et comme il devait faire sur Buffon.

1. Fontenelle, Œuvres complètes, Paris, 1758, U vol. in-12. 3. Taine, sur Carhjle^ eh. v.

3. Desnoiresterres, VoUaire et la société au dix^huitième siècle, Paris, Didier, 8 vol. in-8, 18T0-187T.

128 CHAPITEE X.

Le futur auteur de V Esprit des Lois en rapporta rintelligeace du régime aristocratique, le respect du pouvoir héréditaire et la déférence pour le culte établi.

Pareil voyage avait jeté l'écrivain des Lettres philosophiques dans un scepticisme universel ou dans la négation railleuse des institutions et des problèmes les plus intimes de la destinée humaine.

BuifonS avant 1738, époque de son passage en Angleterre, n'avait donné que des Mémoires sur la géométrie, la physique et l'agriculture. Depuis il porta le premier dans son Histoire naturelle^ la critique qui édifie et non celle qui renverse.

En un mot y celui-ci fut fi'appé de la liberté scientique, celui-là de la liberté religieuse et Montesquieu de la liberté politique.

Rien ne prouve que Montesquieu ait visité Tlrlande, toutefois il en parlait volontiers, il en disait mème^ : « Si j'étais Irlandais, je désirerais Tunion de mon pays avec l'Angleterre; et conune ami partout de la liberté, je le souhaite sincèrement par cette simple raison qu'un peuple faible uni à un peuple beaucoup plus fort ne peut jamais être certain de goûter toujours les avantages de la liberté constitutionnelle, à moins qu'il n'ait par ses représentants une part proportionnelle dans la législature du royaume le plus fort. »

1 « Nadaud de fiuflbn, Correspondance inédite de lluffw^ 2 toI. in-8. Paris, HaeheUe, 1860.

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