LA BRÈDE DESSINÉ A L'ANGLAISE
Il a, du reste, écrit à un de ses amis, le 1®' août 4744:
Je me fais une fête de vous mener à ma campagne de La Brède, où vous trouverez un château orné de dehors charmants, dont j'ai pris l'idée en Angleterre.
Et au même, le 16 mars 1752 :
Mon cher abbé, à votre retour d'Italie, pourquoi ne passeriez- vous pas par Bordeaux et ne voudriez-vous pas voir vos amis et le château de La Brède, que j'ai si fort embelli depuis que vous ne l'avez vu. C'est le plus beau lieu champêtre que je connaisse :
Sunt mihi cœlicolse, sunt csetera numina Fauni,
Enfin, ce n'était pas tout ce que Montesquieu avait rapporté de ce pays. Là, comme chacun peut, par ses services publics, aspirer à la noblesse, non-seulement les membres de l'aristocratie, mais tous ceux qui exercent des professions libérales, connaissent les grandes familles, leurs armoiries, et leurs alliances. C'est chez cette nation que les questions nobiliaires sont discutées avec le plus de compétence. Elle a des • collèges héraldiques, des peerages annuels et des rois d'armes nommés par le gouvernement. Les majorats y maintiennent la stabilité des familles et de l'Etat ; grâce à eux, le foyer paternel n'est ni abandonné, ni vendu, ni partagé. Les enfants trouvent dans ce sanc-
Hrède, 1834; — Drouyn (Léo) la Guyenne militaire, iD-4o. Bordeaux, 1805. — Gronet, La Brade, in-8. Rordeaux, 1839,
tuaire perpétuel, sous les arbres plantés par les ancêtres, des traditions de vertu, de respect et d'indépendance. Les cadets, ne comptant point sur une part d'héritage, ont plus d'émulation au travail, et, au lieu de végéter avec leur frère dans une égale médiocrité^ s'enrichissent dans l'industrie ou dans le commerce, aidés par l'alné qui a succédé à son père dans sa fortune et dans ses devoirs, country gentleman.
On se rappelle ces deux passages des Lettres persanes :
C'est un esprit de vanité qui a établi chez les Européens riujuste droit d'aînesse, si défavorable à la propagation, en ce qu'il porte l'attention d'un père sur un seul de ses enfants et détourne ses yeux de tous les autres; en ce qu'il l'oblige, pour rendre solide la fortune d'un seul, de s'opposer à l'établissement de plusieurs; enfin en ce qu'il détruit l'égalité des citoyens, qui en fait toute l'opulence *...
Tout près de là était un homme très-mal vêtu qui élevant les yeux au ciel, disait : « Dieu bénisse les projets de nos minisires I Puissé-je voir les actions à deux mille et tous les laquais de Paris plus riches que leurs maîtres. » J'eus la curiosité de demander son nom. « C'est un homme extrêmement pauvre, me dit-on; aussi a-t-il un pauvre métier : il. est généalogiste; et il espère que son art rendra, si les fortunes continuent, et que tous ces nouveaux riches auront besoin de lui pour réformer leur nom, décrasser leurs ancêtres et orner leurs carrosses; il s'imagine qu'il va faire autant de gens de qualité qu'il voudra, ^t il tressaille de joie de voir se multiplier ses pratiques*. »
Nous allons voir comment, après son retour de
!• Lettre Gxix.