‹ Histoire de Montesquieu: sa vie et ses œuvresChapitre 134 sur 269 · MADAME DE TENCIN · texte numérisé non relu

MADAME DE TENCIN

Claudine Guérin de Tencin, d'une famille noble, fut d'abord religieuse. Mais bientôt son esprit et sa beauté l'aidèrent à se faire relever de ses vœux, sinon à se faire épouser. Le Régent, séduit par elle, nomma son frère successivement abbé, évèque, archevêque et cardinal, mais il refusa de la prendre pour son conseil. Law ne l'écouta pas plus; alors au lieu de se jeter dans l'agiotage, elle se jeta dans les agioteurs, ce qui est plus lucratif. Pareil insuccès l'accueillit, lors des querelles causées par la bulle UnigenitKS, dans sa correspondance avec lé pape en faveur des molinistes. Tout à coup en 1730, attristée, soit par le suicide d'un de ses amants, soit par l'arrivée de ses quarante-cinq ans, soit par le pressentiment de ce que devait être son fils d'Alemberl, et voyant qu'elle ne pouvait diriger ni l'État,, ni la galanterie, ni la religion, elle se piqua d'être la protectrice des arts. Le seul défaut de ce salon était que la maîtresse avait, comme auteur de deux jolis romans, des prétentions à l'esprit. Chacun y venait préparé à jouer son rôle, et l'envie d'entrer en scène n'y laissait pas toujours à la conversation la liberté de ses allures. Là, dans ce jeu de raquette qu'on nomme conversation, « avec plus de calme que Marivaux, Montesquieu attendait que la balle vint à lui, mais il l'attendait' . »

Il trouvait madame Geoffrin, « capricieuse et acariâtre ^ » et appelait son salon « une boutique, » quoi-

Page 1