Esprit des Loîs^ I. XIX, ch. xxxi
LES LEGISLATEURS D'ORIENT. 20o
férences, et peu à peu devait amener la substitution de la théocratie à une féodalité militaire.
Le Zend-Avesta des Persans conserve bien encore un peu le régime des castes. Mais Tagriculture y étant recommandée comme un devoir sacré et les agriculteurs rangés parmi les grands, la théocratie n'y domine plus et les prêtres, au lieu de régner, se contentent de conseiller le roi.
En Chine, il y a eu de véritables publicistes, au sens occidental du mot. D'après les Quatres livres de ce pays, il n'y a ni caste, ni aristocratie de naissance. Le travail des mains est aussi respectable que celui de l'intelligence et la propriété est inviolable. Enfin, l'empire n'est pas héréditaire; l'empereur doit faire agréer son fils par le ciel et par le peuple : le nombre des dynasties de ce pays prouve qu'il n'y a pas toujours réussi. En résumé, selon le mot perspicace de Montesquieu ^ : « ce doit être un gouverne- « ment paternel et administratif réglé par la cou- « tume. »
Moïse présente un contraste remarquable avec les autres législateurs d'Orient : seul son code s'inspira de principes supérieurs aux circonstances au milieu desquelles il se produisit. Rien n'était plus en opposition avec le génie idolâtre, indocile et sensuel du peuple qu'il devait gouverner. On peut le réduire à une loi : l'unité et la souveraineté de Dieu. Les Juifs
:). Esprit des Lois, liv. VIII, ch. \xi.
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étaient toujours égaux grâce à Tannée sabbatique, qui mettait les esclaves en liberté, et à Tannée jubilaire, qui rendait leurs biens aux pères de famille. Sous l'administration du plus digne, il y avait douze tribus. L'une d'elles, sans richesse ni force, exerce un gouvernement spécial : les lévites ne sont que les ministres de Dieu, à qui remonte réellement l'autorité et à qui incombe de choisir les chefs capables de conduire son peuple.
Ce fut seulement par les récits des voyageurs et non par les textes mêmes que Montesquieu a connu ces législateurs. 11 faut excepter Moïse, qu'il avait beaucoup lu et qui va nous servir de transition pour passer d'Orient en Occident.
Le plus ancien publiciste que nous ofPre l'antiquité classique est Platon.
D'après lui, la société doit être organisée en vue du bien moral, c'est-à-dire, de développer chez le plus grand nombre la science et la vertu ; il suffit de créer un gouvernement homogène et des citoyens patriotes. La manière de Platon pour obtenir ce double résultat est très-simple, comme le sont les utopies. Le premier but, l'unité dans l'État, on y parvient en excluant tous ceux qui ont une individualité, tels que les artistes ; il divise la société en quatre classes infranchissables ; il donne des droits et des devoirs pareils à l'homme et à la femme ; enfîn il supprime les lois , qu'il remplace par l'éducation. La deuxième condition de cette société est le dévouement absolu à la patrie;