‹ Histoire de Montesquieu: sa vie et ses œuvresChapitre 146 sur 269 · ARISTOTE ET PLATON · texte numérisé non relu

ARISTOTE ET PLATON

Platon la remplit par une méthode plus facile encore : la famille et la propriété sont des institutions qui attachent l'individu, il les abolit, et mit à la tète du gouvernement des philosophes chargés de maintenir cette ruche d'abeilles dans leurs alvéoles. Malgré sa république, où manque l'initiative humaine, ce théoricien est grand; c'est que, avant les autres publicistes, il a montré qu'une Constitution pondérée est la seule garantie de la liberté ; il a exigé que les législateurs donnassent les raisons de leurs lois, et il a réclamé que la société ne se contentât pas de punir les coupables mais cherchât à les corriger.

Si Platon afondé lapolitique idéale, Aristote a fondé la poUtique expérimentale * .

Le grand principe de celui-ci est l'utilité. Dans son Uvre, il enseigne comment les hommes doivent se conduire sous les diverses espèces de gouvernement, moins pour le réformer que pour en tirer le meilleur parti possible. La méthode d'observation qui lui a révélé tant de lois profondes et expliqué la raison de tant de faits, sans tenir compte de la justice absolue, l'a conduit à mépriser le travail manuel et à admettre l'esclavage ; mais ces erreurs sont peut-être moins celles de son esprit que celles de son temps. D'ailleurs, l'ouvrage d'Aristote débute par une in-

1. Aristote voulait satisfaire tantôt sa jalousie contre Platon, tantôt sa pasâion pour Alexandre. Platon était indigné contre la tyrannie du peuple d'Athènes.

Esprii des Lois^ I. XXIX, ch. xix.

troduction consacrée au droit naturel et à la critique de ses prédécesseurs. Il pose ensuite les principaux problèmes de la science politique : tels que les théories de la souveraineté, de l'exécution et des révolutions, avec l'analyse des diverses espèces de gouvernements. Selon lui, la noblesse et le peuple, les riches et les pauvres, les forts et les faibles sont deux ennemis naturels, aussi incapables d'obéir que de commander,'qui ont le même goût pour la tyrannie. Les uns veulent partout l'inégalité, même là où elle est injuste ; les autres veulent partout l'égalité, même là où elle est impossible, s'agitant entre une inégalité arbitraire et une égalité violente. De là viennent toutes les révolutions : celles du peuple dans les démocraties, celles de la noblesse dans les aristocraties. Pour obvier à ces révoltes, il faudrait qu'aucun régime n'abusât de son principe, que dans la démocratie le peuple ne s'occupât que de l'intérêt de la noblesse et que dans l'aristocratie la noblesse ne s'occupât que de l'intérêt du peuple. Aristote, dans cette conjoncture, donne le pouvoir à la classe moyenne, qui lui parait s'être toujours distinguée par la sagesse et qui est placée heureusement pour contre-balancer les projets despotiques de l'aristocratie et les penchants démagogiques de la démocratie. Tous ces principes sensés et pratiques se résument dans cette belle maxime d'une application éternelle : « L'autorité est d'autant plus durable qu'elle est moins étendue. »

C'est Cicéron etPolybe qui, en analysant les ressorts

POLYBE ET OICÉRON. 209

de la Constitution romaine, permettent d'ajouter un chapitre à la politique de l'antiquité.

Pour ces publicistes Tautorité fut, à Torigine, Tapanage de la force. Peu à peu les idées du juste et de l'injuste se répandirent dans les esprits. On chercha alors à gouverner par Téquité ; mais les chefs, éblouis par Téclat du commandement devinrent des tyrans. L'aristocratie succéda à la tyrannie, l'oligarchie à l'aristocratie et la démocratie à l'oligarchie. Les plus sages législateurs ont essayé de combiner, en les modérant l'un par l'autre, ces trois gouvernements. Polybe et Cicéron, retrouvent dans la Constitution romaine, au moment des guerres puniques, ces trois gouvernements mêlés avec tant d'art qu'il leur semble impossible de les démêler : le Consulat, c'est l'oligarchie ; le Sénat, c'est l'aristocratie ; le peuple, c'est la démocratie. Telle est la Constitution que ces publicistes nous présentent coname l'idéal.

Après cette théorie, on constate l'influence du stoïcisme et surtout celle du christianisme S sinon sur le gouvernement au moins sur la jurisprudence de Rome. Ce sont eux qui inspirent ces nouvelles et admirables sentences du Digeste : « Vivre honnêtement. € Ne faire tort à personne. Rendre à chacun le sien. « Le contrat tire son origine de l'affection réci- « proque et du désir de se rendre service, car la « société repose, sur un certain droit de fraternité. Il

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