Lettre de Montesquieu. Paris, 4 mai
236 CHAPITRE XVIir.
d'abord à mettre son ouvrage en six volumes in- 12 ou en trois volumes in-8°; il se décida enfin à en faire deux in-4".
Au sujet de l'impression, voilà ce qu'un ami de l'éditeur nous apprend ^ :
Vernet fut en correspondance réglée avec l'illustre auteur, qui lui envoya de jour en jour ses additions et corrections. J'ai entre les mains les premières variantes de VEsprit des Lois, elles sont curieuses. Montesquieu avait si fortement médité son sujet qu'il n'eut aucune idée importante à modifier; mais il était singulièrement attentif au choix des tours et des expressions, il priait souvent son éditenr de faire substituer un certain mot à un autre, et, dans ces légers changements... On voit avec quel goût il composait; il voulait allier les grâces du style et la précision, la profondeur et l'élégance; il voulait satisfaire tout à la fois l'esprit et l'oreille. Que n'a-t-on ces corrections successives pour étudier les fioesses de la langue?
L'auteur avait prié l'éditeur de lui faire librement les observations qu'il croirait convenables. « Vernet se « crut permis, dit Guasco ^, de changer quelques mots « qu'il ne croyait pas français, parce qu'ils n'étaient « pas en français de Genève. » Montesquieu' écrivit en 1749 à Hume : « Je fais faire une copie des correc- « tions que j'ai envoyées en Angleterre et à Paris, de « la première édition de Genève, en 2 volumes in-4°, « qui est très-fautive. » Il y a des mots et même des