SUPPRESSIONS DANS LE MANUSCRIT
lignes sâutés. Cependant, comme l'édition de Paris, à quelques corrections près, est .semblable à celle de Genève, on doit croire que Montesquieu fut content de Vernet * .
Pourtant^ deux désaccords s'élevèrent entre les correspondants. Une fois, l'auteur voulait placer à la tête du XX® livre de Y Esprit des Lois une invocation aux muses ; l'éditeur la trouvait charmante mais déplacée dans un tel ouvrage, et n'obtint gain de cause qu'au bout de quinze jours.
L'autre conflit est plus grave : le manuscrit contenait « sur les lettres de cachet » un chapitre où elles étaient considérées comme une des armes les plus dangereuses du despotisme. Après avoir bien réfléchi, Montesquieu crut s'apercevoir que ni le gouvernement, ni le public n'étaient prêts encore à entendre ce qu'il y avait à dire sur cette matière, et il voulut absolument qu'on le supprimât : ce qui eut lieu.
Cette participation de Vernet à la publication de l'Esprit des Lois a fait dire ^ qu'il avait été le collaborateur réel de l'auteur : je n'ai rien à répondre à cette assertion.
Michelet^ et Lerminier^ ont prétendu aussi que le
1 . Palissot, Mémoires pour servir à Chistoire de notre littérature^ à la suite de la Duncade, 1771, p. 317.