ANALYSE DU LIVRE XIII
non de fait. D'un autre côté, le citoyen peut être libre, et la constitution ne Fètre pas ; dans ce cas le citoyen sera libre de fait et non de droit. Montesquieu montre ici que c'est de la bonté des lois criminelles que dépend principalement la liberté du citoyen.
« Le livre XIII, qui est comme un appendice des deux précédents, traite des rapports que la levée des tributs et la grandeur des revenus publics ont avec la liberté. Le livre XIV a pour objet la célèbre question des lois dans le rapport qu'elles ont avec la nature du climat. Le ton absolu de quelques phrases a donné lieu d'accuser Montesquieu de matérialisme. Il continue dans les Uvres XV, XVI, XVII et XVIII, de discuter la nature du climat et du terrain sur les lois de r esclavage civil, de Vesclavage domestique et de la servitude politique. Le chapitre v du livre XV, sur l'esclavage des nègres est un chef-d'œuvre d'ironie : il est impossible de stigmatiser avec une indignation plus amère et plus dédaigneuse la doctrine des partisans de l'esclavage des noirs.
« LesUvres XIX, XX, XXI, XXII et XXIII traitent des lois dans le rapport qu'elles ont avec les principes qui forment l'esprit général, les mœurs et les manièfiss (Tune nation, avec le commerce, avec la monnaie et avec le fiombre des habitants. Tout n'est pas irréprochable dans les théories de Montesquieu, il s'en faut; mais quand on se reporte à l'époque où il publia YEsprit des Lois, on est étonné de la force avec laquelle il a secoué un grand nombre de préjugés fort
enracinés au milieu du dix-huitième siècle, et qui avaient presque la valeur d'axiomes. Sur ce point, comme sur tout le reste, sa liberté d'esprit est entière ; et s'il se trompe quelquefois, le plus souvent ses idées sont fort en avant de celles de ses contemporains. Ce qu'il a dit du conamerce et de son importance dans la vie d'une grande nation, du respect qui est dû à ses intérêts, n'était ni sans valeur, ni sans nouveauté à cette époque aristocratique.
a Le livre XXIV a pour objet les lois dans le rapport qu'elles ont avec la religion établie dans chaque pays ^ considérée dans ses pratiques et en elle-même. Il y examine les diverses religions par rapport au bien que Ton en peut tirer dans l'état civil et politique. Il pose parfaitement le problème politique de l'utilité des religions en ces termes : » La question n'est pas de savoir « s'il vaudrait mieux qu'un certain honmie ou qu'un « certain peuple n'eût point de religion, que d'abuser a de celle qu'il a; mais de savoir quel est le moindre a mal : que l'on abuse quelquefois de la religion, ou qu'il « n'y en ait point du tout parmi les hommes. » La question ainsi posée est résolue par les enseignements de l'histoire. Il est curieux de rapprocher cette opinion de l'auteur des Lettres persanes^ mûri par l'étude, par l'âge et par l'expérience, des attaques multipliées dont les religions en général et le christianisme en particulier étaient l'objet de la part de presque tous les écrivains du temps. Cette partie de Y Esprit des Lois atteste combien cette haute intelligence savait, à Toccasion,