L'ESPRIT DES LOIS INTERDIT
la conscience informée du plus mourir sur la conscience gouverneur. informée du gouverneur.
EIlf^^ le chapitre vu du livre VIII se terminait par cet éloge de Louis XV, qui a été effacé.
La plus belle monarchie du monde est aujourd'hui gouvernée par un roi qui comppend que la plus grande force de son empire consiste dans l'amour de ses sujets et qui possède toutes les qualités propres à le mériter.
Après toutes ces corrections, dont la dernière est peut-être une représaille de Montesquieu contre les censeurs, Y Esprit des Lois, parut à Genève dans les premiers * jours de novembre i748, mais il fut interdit en France.
Sur quoi un contemporain^, qui écrivait ses mémoires au jour le jour, dit, au mois de février : « l'auteur est heureusement homme du monde, y plaît, y "a des amis, de sorte qu'on ne lui fera pas plus de mal personnellement pour ce livre-ci qu'il n'en a eu pour les Lettres persanes. »
Il y a toujours eu des gens pour qui les défenses ne sont pas faites. La police laissa donc parvenir quelques exemplaires à ces privilégiés, de façon qu'ils pussent, non les Ure à tête reposée, mais les parcourir en se les passant de main en main. Leurs opinions ont été recueiUies.
1 . Lettre du résidant de Genève au ministre des affaires étrangères, 1 1 novembre 1748. (Archives du ministère des affaires étrangères.) 3. D'Argenson, Mémoires^ édit. P. Janet, in- 12. Paris, t. V,
26i CHAPITRE XX.
Lès saloiis étaient alors, comme nous Tavons vu, la première puissance. Tout de suite un de ses anciens collègues au parlement de Normandie, auteur d'un très-médiocre Essai sur le droit et la morale^ assura, chez Madame Geoffrin, qui le laissa dire, que « V Esprit des Lots était un livre plat et superficiel et fait des épluchures du sien^ » « Les philosophes, riposte l'autre, prétendent que c'est un très-mauvais ouvrage, sans ordre, sans liaison, sans enchaînement d'idées, sans principes. C'est, disent-ils, le portefeuille d'un homme d'esprit et voilà tout^. » Madame du Deffand, qui excellait à mettre ses jugements en saillies , prononça que c'était « de l'Esprit sur les Lois', » et la société adopta le mot comme une appréciation et le fit circuler.
Après les bavardages, les écrits suivirent. Le public, en général, incapable délire une œuvre sérieuse, aime qu'on la lui résume légèrement pour lui permettre d'en parler en conscience. Voici les principaux passages de la parodie qu'un comédien du roi , nommé Bonne val*, publia avec succès pendant deux années.
Vous avez lu VEsp^^Udcs Lois :
Que pensez-vous de cet ouvrage?
Ce n'est qu'un pénible assemblage De républiques et de rois.
1. CEuvres de Montesquieu y édit. Laboulaye. Paris, Garnier, 1876, t. m, XXVI ; — Clément, Cinq années lUtérnires,ï^ans, 30 janv. 17 49.