PIRON, CANDIDAT A I/ACADÉMIE
la Basliiie u'en fournissant pas, je vous prie de disposer de
moi...
Un second trait de bienfaisance signala son séjour à Paris. L'Académie française l'avait en 17S3 nommé directeur, pour trois mois, selon l'usage. Dans l'intervalle, un de ses collègues mourut. Deux hommes de lettres briguèrent sa place ; c'étaient Buffon et Piron, le dernier avec plus de chances. Au jour de l'élection, le roi manda qu'il n'agréerait point le poëte de Y Ode à Priape. Le pseudo-traducteur du Temple de Gnide aimait beaucoup cet homme d'esprit, qui était comme lui, presque aveugle, comme lui auteur d'un Lysimaque (Callisihkne) , comme lui né en 1689, et qui avait composé un madrigal en faveur de V Esprit des Lois. Il adressa immédiatement une lettre* pleine de cœur et d'esprit à madame de Pompadour, qui fut touchée ; et Louis XV accorda sur sa cassette une pension d'académicien au candidat évincé. Malheureusement, l'histoire ne finit pas là : Buffon^, élu à la séance suivante, ne pardonna pas au protecteur de son adversaire. Il dit dans son discours de réception, qui était.sur le style : « le grand nombre de divisions, « l:?n de rendre un ouvrage plus sohde, en détruit « l'aosemblage ; le livre paraît plus clair aux yeux, « maÎ3 le dessein de l'auteur paraît obscur. » Et il écrivit en note qu'il avait visé V Esprit des Lois.
1. Éloge historique de Montesquieu, ivfra; — Yvét^m^ Année Utté-' raire.lTlO, t. HI et IV.
2. Grimmet Diderot, Correspondance, èdli M. Tourncux. Garnier,
3r4 CHAPITRE XTIII.
Montesquieu fut plus heureux dans une autre élection. La mort de Févèque de Vence. le P. Surinan, laissa vacant un fauteuil à l'Académie. On vit se mettre sur les rangs l'évèque de Troyes, Poncet de la Rivière, Tabbé Trublet, l'abbé de Boismont et d'Alembert. Je me suis souvent demandé pourquoi ce sont d'ordinaire les dames qui donnent les chances à ce concours, où elles ne peuvent prendre part? La marquise de Lambert avait été autrefois grande électrice ; aujourd'hui ce sont Mesdames ***.
Voici la chronique d'alors'. La duchesse de Chaulnes s'intéressait à Boismont; mais mesdames d'Aiguillon et du Deffand soUicitaient avec la plus grande vivacité pour d'Alembert. Montesquieu, qui avait été très-louc dans la préface de V Encyclopédie, conmie on s'en souvient, répondit, le 12 septembre 1754, à la Sévigné du dix-huitième siècle : c J'ai plus d'envie que lui et autant d'envie que vous, de le voir de l'Académie ; car je suis le chevalier de l'ordre du mérite. > Et d'Alembert fut reçu le 19 décembre 1734.
Du reste partout son plaisir le plus vif était d'aider le talent. On se rappelle comment il en usa avec Sully. Tantôt un praticien de Nérac, à sa sollicitation, se rendait à Paris et devenait médecin du roi; tantôt par
1877 ; — PiroD, Œuvres , édit. Rigolcy de Juvigny ; — NadauU de Baffon, Corretpondance inédite, Paris, Hachette. Notes; — De Laynes, Mémoire*, 1863.
1. Madame du Deffand, Correspondance^ ëdit. de Lescure, 2 toI. Pion, Paris, 1867.