‹ Histoire de Montesquieu: sa vie et ses œuvresChapitre 221 sur 269 · MONTESQUIEU ET SES DISCIPLES · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU ET SES DISCIPLES

Allons, Messieurs, vous êtes dans 1*âge des grands efforts et des grands succès. Je vous invite à être utiles aux hommes, comme au plus grand bonheur delà vie d'un homme; je n'ai jamais eu de chagrin dont une demi-heure de méditation n'ait adouci l'amertume. Je suis fini, moi ; j'ai brûlé toutes mes cartouches; toutes mes bougies sont éteintes. Vous commencez, vous : marquez-vous bien le but : je ne l'ai pas touché, je crois l'avoir vu. L'homme n'a pas voulu ou n'a pas pu rester dans son instinct, où il était assez en sûreté, quoique très-près des animaux. En cherchant à s'élever à la raison, il a enfanté et consacré des erreurs monstrueuses; ses vertus et ses félicités ne peuvent pas être plus vraies que ses idées. Les nations s'environnent de luxe des richesses et de luxe d'esprit ; et les hommes manquent très-souvent de pain et de sens commun. Pour leur assurer à tous le pain, le bon sens et les vertus qui leur sont nécessaires, il n'y a qu'un moyen : il faut beaucoup éclairer les peuples et les gouvernements ; c'est là l'œuvre des philosophes, c'est la vôtre.

Cependant les pèlerinages de ses enthousiastes, l'éducation de Latapie, la protection accordée à ses amis et les conversations ne prenaient pas tout son temps.

Derniers travaux de Montesquieu. — Son style.

Outre les ouvrages dont nous avons parlé, Montesquieu avait encore sur le chantier un éloge du maréchal de Berwick. Ce travail est resté en ébauche, mais il fait penser à Tacite. On y sent un grand politique et un grand moraliste ; il s'exprime ainsi Ém les mémoires de son héros :

C'est un beau morceaa de rantiquité que la relation d*HanDon. Le même homme qui a exécuté, a écrit. Il ne met aucune ostentation dans ses récits : les grands capitaines écrii^ent leurs actions avec simplicité, parce qu'ils sont plus glorieux de ce qu'ils ont fait que de ce qu'ils ont dit.

Il composa encore Arsace et Isménie, pour peindre le triomphe deTamoûr conjugal et le despotisme faisant le bonheur d'un peuple d'Orient. Ce roman paradoxal contient quelques tableaux ingénieux et énergiques, surtout des maximes et des réflexions politiques, oii l'on retrouve l'auteur de Y Esprit des Lois.

La relation de ses Voyages le préoccupait également ; celle de l'Italie, dont deux cahiers sont consa-

MANOSCRIT DE MONTESQUIEU. 3j.^

crés à la galerie du grand-duc de Toscane; pourraitr à elle seule fournir la matière d'un volume. Il ne voulait pas publier les notes qu'il avait prises dans les, différents pays, avant de les avoir rédigées, comme l'ont demandé depuis certains raffinés ' , et il cherchait là forme à leur donner ; car on connaît sa théorie : « Nous aimons l'art, et nous l'aimons mieux que la nature ; c'est que l'art ne prend la nature que là où elle est belle ^. » ; '

Parmi ces papiers se trouve un petit ouvrage, mis au net, où un pythagoricien raconte les transmigraitions de son âme et les divers personnages qu'il a remplis sur la terre. C'est un cadre qui renferoie un tableau de mœurs et de caractère, dans le genre du conte de Memnon par Voltaire, mais inférieur en gaieté. Le titre de ce roman est : Histoire véritable ou Métempsychologie,

Il existe aussi, d'après Fréron^, cent pages d'une Histoire de Théodoric^ roi des Ostrogoths, que promettait rj?5/?nï rfc5 JLow *.

Écoutons aussi ce que le père CasteP écrivait;:

Je rappelle qu'étant allé voir, un jour, le célèbre président de Montesquieu, dans les commencements de notre amir lié, il y a plus de trente ans, je le trouvai dans une espèce

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