INFLUENCE DES SCIENCES
server les faits, aies réunir, à les comparer avec d'autres, aies analyser, à les classer, à en tirer des conséquences et à les subordonner à des idées. Mais je ne sais si la faute en est ou à lui-même ou à la méthode scientifique du temps ; ses écrits en ce genre dénotent un esprit plus ingénieux que logique et très-habile à se tromper lui-même, un goût pour les questions inopportunes ou prématurées, telle que la génération spontanée et une propension extrême à faire des conjectures avant de s'assurer de la réalité du fait, qu'il admet comme point de départ.
M. Sclopis * a fort bien démontré que les principales définitions de Y Esprit des Lois ne sont ni d'un jurisconsulte, ni d'un métaphysicien, mais d'un géomètre et d'un naturaliste. Ainsi vous trouverez dans son chefd'œuvre : « Avant qu'il y eût des lois faites, il y avait « des rapports de justice possibles. Dire qu'il n'y a « rien de juste ni d'injuste que ce qu'ordonnent ou « défendent les lois positives, c'est dire qu'avant qu'on « eût tracé un cercle, tous les rayons n'étaient pas « égaux. — Les lois sont les rapports nécessaires qui « dérivent de la nature des choses. » On lit enfin dans une lettre à moitié inédite^, adressée par lui à Ch. Bonnet, de Genève, en 1754: « Je garde la première a définition que je donne des lois, où je parle de la si- « gnification la plus étendue qu'elles puissent avoir,
1. Études 8ur Montesquieu. Revue de législation, 1870. Thoriiif Paris, p. 50 et suiv.