‹ Histoire de Montesquieu: sa vie et ses œuvresChapitre 53 sur 269 · NAPOLÉON SUR 8TLLA ET EUCRATE · texte numérisé non relu

NAPOLÉON SUR 8TLLA ET EUCRATE

blique romaine, qui ne devait plus durer trois jours. Cq[)endant son rôle de moraliste l'oblige à lui dire : « En prenant la dictature, vous avez donné l'exemple « du crime que vous avez puni. Voilà l'exemple qui « sera suivi, et non pas celui d'une modération qu'on € ne fera qu'admirer. »

L'épilogue est très-dramatique. Sylla, inaccessible au remords et confiant dans sa cruauté, se rappelle tout à coup qu'il a épargné César ; mais il se rassure en jurant de le faire tuer au besoin : suprême fanfaronnade d'un tigre mourant.

La scène est splendide, d'une conception heureuse, remplie d'imagination, de politique et d'éloquence. La langue en est mâle et le souffle grandiose* Presque tous les littérateurs sont d'accord.

Il me parait utile de faire connaître le jugement des gens d'action. Napoléon disait à M. de Narbonne ^ : « Maintenant allons au fait... de quelles lumières, de « quelles idées justes cela peut-il remplir de jeimes « esprits de notre temps et de mon règne?... quelle « est la morale de ce parlage magnifique? Aucune. « Rien de cette pompeuse analyse de Sylla n'est vrai : « et la faire admirer, c'est fausser déjeunes esprits. »

On ignore le succès qu'obtint, au club de l'Entresol, cette œjivre factice.

Montesquieu aimait les sociétés de savants ; il re-

1. ViUemain , Souvenirs contemporains, M, de Narbonne, 1 vol. Paris, Didier.

cherchait peut-être encore plus celles où ne se trouvaient pas seulement des hommes : « Il est heureux, c dit-il S de vivre dans ces climats qui permettent c qu'on se communique, où le sexe qui a le plus d'a- « gréments semble parer la société, et où les femmes, c se réservant aux plaisirs d'un seul, servent encore c à l'amusement de tous. » C'est bien le dix-huitième siècle, ce siècle de contrastes , plein de systèmes et d'anecdotes, de l'esprit de Voltaire et de l'éloquence de Rousseau, qui prêcha l'humanité et qui finit par la Terreur.

Philippe d'Orléans était mort en 1723. Le duc de Bourbon, qui lui succéda, était seul capable de le faire regretter. C'était un homme dans la force de l'âge, partagé entre l'amour du pouvoir, la dévotion et les plaisirs. II rétablit l'impôt de joyeux avènement et leva une contribution de cinquante pour cent sur le revenu. Quant à la religion, il renouvela contre les jansénistes et contre les protestants les édits les plus rigoureux de Louis XIV. Mais le reste l'occupait davantage : son château de Chantilly, des salons aux écuries, des jardins à la forêt, fut aménagé avec une magnificence réglée sur la mythologie. Ce n'étaient qu'emblèmes, qu'allégories, que symboles, qu'incarnations d'idées abstraites ou métaphysiques. Les dé^ cors représentaient, sous les traits de sa famille et de ses commensaux, le triomphe d'Amphion, l'étude,

Page 1