MONTESQUIEU AU CLUB DE L'ENTRE-SOL
qu'elle occupait et de son origine britanniijue t le club de FEntre-sol. »
En vérité, au commencement du dix-huitième siècle, l'influence de l'Angleterre sur la France et sur Montesquieu se révèle sous tant de formes que l'on peut en retrouver la marque dans l'institution même de ce cercle. Il paraît avoir eu non-seulement pour parrain, mais pour créateur, Un exilé anglais. Milord Bolingbroke avait apporté chez nous la théorie des idées indépendantes, qu'il avait puisée dans le cataclysme politique et religieux de 1688 ; car les révolutions sont les écoles de l'histoire. Il était célèbre par l'influence qu*il avait exercée à la tribune de son pays, et était capable de rendre les Français envieux d'un gouvernement où l'on pouvait s'élever par la parole et parles écrits.
Après lui , les membres principaux étaient l'abbé de Saint-Pierre, qui a laissé aux hommes pratiques un arsenal de projets utiles; d'Argenson, dit le secrétaire d'État de la République de Platon, à cause des utopies généreuses qu'il a répandues dans ses ouvages ; Ramsai, disciple de Fénelon ou de Téléttiaque; Plelo, depuis ambassadeur, qui lut une dissertation « sur les diverses formes de gouvernement » et d'autres esprits aussi distingués que théoriques.
Montesquieu fut admis dans cette société qui, pour son entrée, lui demanda un morceau ^
I. Vie de Montesiiuieu^ Œuvres complètes. Belin, Paria, 1817, !«' vol., p. XX.
Fontieûelle, Fénelon et le président Hénault avaient mis à la mode les dialogues, renouvelés des Grecs, qui peignent et développent les caractères. Montesquieu apporta donc celui de Sylla et (TEucraie, qu'il avait, si je ne me trompe, déjà essayé sur ses collègues de l'académie de Bordeaux'.
Chacun connaît le sujet. Le lendemain de son abdication, Sylla éprouve le besoin d'en expliquer la cause et de justifier sa vie auprès d'un philosophe. Car tout criminel est doublé d'un sophiste, qui l'a démoralisé et qui voudrait démoraliser les autres ^.
Jamais dictateur en retraite n'a fait un éloge plus insolent de la conduite de ces ambitieux qui se prétendent esclaves tant qu'ils ne sont pas tyrans ; aucun n'a expliqué plus effrontément l'art de s'emparer du pouvoir par l'audace sanguinaire ; nul enfin n'a vanté avec plus de cynisme ces hommes yiolents qui aiment à remuer le monde et ne savent pas le gouverner. La rhétorique s'est rarement montrée aussi subtile et et aussi étonnante, et armée de pensées aussi fortes, exprimées avec autant de grandeur. Car Sylla représente la puissance du génie et la domination sur les hommes.
En présence d'un pareil pénitent, le confesseur d'abord fait quelques objections flatteuses, au milieu desquelles on sent des regrets pour cette vieille repu-