Marais, Journal et Mémoires^ ubi supra
406 CHAPITRB IX.
Les vaincus se consolèrent en disant qae quelquesuns de leurs collègues s'étaient laissé toucher par la crainte de ruiner la réputation du candidat, trouvant plus doux d'exposer l'honneur de la compagnie que de consentir à la flétrissure de ce fou '.
Cette opposition eut du retentissement au dehors. Les adversaires de Montesquieu ne désespérèrent pas jusqu'au dernier moment de faire revenir le ministre sur l'agrément qu'il avait donné. Ils y travaillaient encore la veille du scrutin définitif, fixé au 5 janvier 1728. On se figure avec plaisir leur dépit lorsqu'arriva, le matin môme, au secrétaire perpétuel la lettre suivante, qui est un chef-d'œuvre du genre.
Marly, 5 janvier 1728.
« n me parait, Monsiear, que la manière dont vous ayiez dressé le registre, le 11 décembre, est très-sage et très-mesurée. Il y a de certaines choses qu*il vaut mieux ne pas approfondir par les suites qu'elles pourraient avoir, et, si on voulait aller plus loin, ou on n'en dirait pas assez ou on en dirait trop. La soumission de M. le président de Montesquieu a été si entière, qu'il ne mérite pas qu'on laisse aucun vestige de ce qui pourrait porter quelque préj udice à sa réputation, et tout le monde est si instruit de ce qui s'est passé, qu'il n'y a aucun inconvénient à craindre du silence que gardera l'Académie.
c< Voilà mon sentiment, et je ne prétends pourtant point le donner comme une décision. Je serais bien fâché de vouloir jamais m'ériger en juge de ce que pourra faire la Compagnie. En général, je ne puis m'empêchcr dépenser que le
1 . Liyet, Histoire de V Académie ; — Lettre de Tabbé d'OUvet au président Bouhier, 11 décembre 1727,
DISCOURS DE RÉCEPTION. i07
parti de prévenir les tracasseries est toujours- le ^Itts pru^ dent.
Cardinal de Flkury*. .»
Après a,voir lu cette lettre, c rAcadérnie, assem-
c blée au nombre de seize, a procédé au second tour
c de scrutin pour l'élection d'un académicien à. la
<E place de M. de Sacy, et M. de Moutesquieu y a eu
c la pluralité des suffrages. i> Je doane le. texte de ce
procès-verbal, parce que le premier ministre écrivit à
son sujet, à l'abbé Dubos.
Marly, 8 janvier 1728.
c< ... Puisqae rAcadérnie a trouvé, Monsieur, que le registre disait tout ce qu'il fallait pour Télection de M. de Mon* tesquîeu, j'approuve que vous n'ayez point fait usage de ce que je vous ai marqué à cette occasion.
« Je vous prie de croire, etc.
Gard, db Flburv*. »
Enfin Montesquieu était de l'Académie ; il ne s'en fallait plus que de la séance de réception qui fut fixée
au 24 janvier, tambour battant.
Son discours fut un véritable panégyrique de M. de
Sacy, de Richelieu « qui tira du chaos les règles de la
c monarchie, qui apprit à la France le secret de ses
« forces, à l'Espagne celui de sa faiblesse, ôtaàTAlle-
« magne ses chaînes, lui en donna de nouvelles,
c brisa tour à tour toutes les puissances... du cardinal
I . Dupont White, Mélanges historiques , littéraires et archéologiques, Beauvais, in-t8, 1847, pp. Cl et 6?.