‹ Histoire de Montferrand, l'athlète canadien [microforme]Chapitre 1 sur 5 · À VENDRE PAR TOUTE LA VILLE · texte numérisé non relu

À VENDRE PAR TOUTE LA VILLE

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Expédié franc de port dans toute la Puissance et aux

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ENREGISTRÉ conformément à l’Acte du Parlement du Canada, en l’année 18849

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Après la signature de la capitulation de Montréal, le 8 septembre 1760, les troupes françaises furent embarquées pour retourner dans leur patrie, mais les soldats qui optèrent en faveur de la colonie eurent la permission d'y demeurer.’ L'un de ces derniers, Joseph Montferrand, se fixa à Montréal et ouvrit une salle d'escrime qui fut bientôt très fréquentée. La taille imposante, la force herculéenne, l'adresse de ce maître d'armes le mirent en réputation. La légende rapporte que, célébrant le premier jour de l'année, en nombreuse compagnie, à l'hôtel des Trois-Rois, il s'éleva une querelle entre lui et plusieurs

convives. Les épées sortirent du fourreau n était encore

si près de la guerre de Sept Ans que la rapière et le fleuret étaient bien portés. Les militaires anglais voulurent contraindre Montferrand à se tenir tranquille. Ils les chargea avec fureur et fit maison nette.

Son fils se nommaïit aussi Joseph et parait être né en 1754. En 1783, il s'engagea à la compagnie du Nord-

Ouest pour ces rudes voyages dont les historiens ont si.

souvent parlé. Très fort et très brave, il se fit remarquer dans maints combats —- et l'on sait si la lutte était chaude

1 Jean Sulte, mon bisaieul, était de ce ngmbre., |

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entre les compagnies qui se disputaient la traite des fourrures de l’ouest ! Conducteur des flottilles chargées de marchandises pour les pays d'en haut ; ensuite guide ou ( traiteur de pelleteries, il sut amasser une petite fortune qui lui permit de finir ses jours dans l’aisance. Il avait la renommée de ne-reculer devant aucune provocation et de n'avoir jamais été vaincu. Les Français et les Cana-

diens de Montréal se montraient fiers de lui comme de

son père. Dans ces temps agités, la valeur musculaire jointe à la bravoure étaient généralement prisées. Mont-

ferrand mourut à Montréal au commencement de notre siècle. Sa femme se nommait Marie-Louise Couvrette.

+ Elle descendait d’ine famille des plus vigoureuses et très connue, les Ethier, de l’Assomption. Un fier-à-bras qui

venait un jour de maltraiter un enfant, tomba aux mains de Marie-Louise et reçut une dévelée dont il porta long- 4 ( temps les marques, notamment à la tête et au cou. Il ( avait bel et bien perdu connaissance sous les claques de cette femme robuste et pas commode du tout!

De ce couple de géants naquit, à Montréal, le 26 octobre 1802,! un fils qui reçut au baptême le nom de Joseph. C'est notre héros. Son parrain s'appelait Fabre ; de là le nom de Montferrand dit Fabre qu'on lui donne dans certains actes officiels.

1 Rue des Allemands, dans une maison qui a été brûlée au grand feu de 1852, et remplacée par celle qui porte actuellement le n. 167.

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Une grande douceur de caractère le fit d'abord remarmarquer parmi les autres enfants. Eloigné des dissipations de son âge, il manifestait de la piété, une profonde modestie, et personne n'eut deviné en lui l'homme de combat qui devait répandre son nom sur tous les points de l'Amérique du nord.

Le révérend M. Sauvage, du séminaire Saint-Sulpice, qui lui fit faire sa première communion, le citait comme exemple à ses condisciples. Sa sœur Hélène lui enseigna le cathéchisme ; elle sut lui inspirer une foi vive, une grande confiance en Dieu et une profonde vénération pour la sainte Vierge.

Dès l'enfance il connut la force dont il était doué, et, comme il avait en tout un grand sens de la justice et de l'équité, on ne le vit jamais maltraiter ses camarades. D'instinct, il protégeait les petits écoliers contre les grands et se faisait leur tuteur. Il pouvait prendre pour devise, comme les Salaberry : “ Force à superbe ; merci à faible, ”

Un jour qu’il transportait à lui seul une pièce de bois énorme, sa mère lui dit :

— Tu es fort, mais n’en sois point glorieux, ton père était plus fort que toi. | |

À seize ans, une circonstance fortuite le rendit tout à coup célèbre dans le quartier. Il travaillait à une excavation, devant la maison de son père. Un nommé Michel Duranleau, fameux 64//y traversant la rue en

compagnie de deux autres fiers-à-bras, très connus dans les élections, mit le pied sur la tête de l'enfant qui se trouvait au niveau du sol. Cette insolence ne piut pas à Montferrand qui, poussé comme par un ressort, sortit de terre et alla tomber au milieu des trois hommes. Duranleau, qui n'avait pas encore “ rencontré son maître, ” fut rossé, avec ses compagnons. Tous trois étaient de la campagne. Les gens du quartier Saint-Laurent considérèrent cette victoire comme un item à leur crédit.

Ce qui étonnait le plus dans cet adolescent, c'était la vivacité et la souplesse de ses allures. Il ne portait pas sur le sol. On l’a vu plus d’une fois s’enlever et marquer du talon de sa botte. le plafond des salles (basses comme celles de toutes les demeures de cette époque) où il s'amusait avec ses camarades. Bondir à pieds joints par dessus une table ou une barrière était pour lui un jeu quotidien.

Son caractère était très doux. Ayant conscience de sa force surhumaine et du milieu dans lequel il vivait, il était toujours sur ses gardes et réglait son humeur d’après la justice et le droit. Loyal et honnête, il s'était acquis la réputation d'un gentleman. La famille Montferrand, très rangée, économe et bien notée dans le faubourg Saint- Laurent, élevait ses fils avec tout le soin désirable. Notre héros se ressentit toujours de la sollicitude de ses parents envers lui.

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L'art de Ja boxe est une institution anglaise. L'armée et la marine britannique ont transporté ce goût sur tous les points du globe. A la fin du siècle dernier et jusque vers 1845, aucun pays ne fut plus anglais que le Canada à cet égard. Notre peuple est l'un des plus vigoureux qui se puisse voir. Lorsque les soldats ou les matelots cherchaient querelle aux habitants — ce qui arrivait continuellement —ils trouvaient à qui parler. On se montrait fier, de part et d'autre, des victoires ainsi remportées.

Les élections se faisaient alors par la violence. Durant des semaines et des mois, les rencontres étaient journalières. Un défi n’attendait pas l’autre. Notre génération n'a pas connu ces temps de trouble, aussi pouvonsnous difficilement nous en faire une idée. Le règne pacifique de la loi nous a habitués au mépris des actes disgracieux qui ne choquaient personne il y a soixante ans.

La rue des Allemands, lieu de naissance de Montferrand est en plein milieu du quartier Saint-Laurent où se réunissaient avant 1840 tous les hommes forts de passage à Montréal. Les tavernes y abondaient. Le mélange des nationalités s'ajoutait à la physionomie déjà étrange de ce quartier. Tout wyageur un peu solide tenait à s’y faire connaître, mais on ne se battait bien que sur la grève, au pied de la place Jacques-Cartier. Connu au faubourg Saint-Laurent c'était avoir une réputation qui

s'étendait par tout le Canada. Les habitués de ces ta- Q vernes passaient alternativement de la buvette à la salle

de boxe, car l'établissement n'eut pas été complet en # Ce temps-là sans le noble exercice que les Anglais nomment #%e manly art. Plus d’une partie commencée avec les gants rembourrés se terminait, quelques jours après, en présence de la foule convoquée par la rumeur publique, “ par une rencontre sérieuse à. coup de poing. : Les sportsmen et les gentlemen les plus huppés dela EE ville ; les'officiers des troupes ; les dames mêmes, patro- sé naient ces joutes, ces tournois, ces exhibitions de la force fe physique. Les rencontres se faisaient suivant les règles. tr. On n'y voyait, dès lors, rien de répugnant. Plus d'une s'É taloche savante a été, dans ce temps, l’objet de commen- er taires passionnés et l'auteur du coup s'est attiré les bé louanges et les félicitations de milliers de spectateurs ra

enthousiastes.

La légende qui s’est formée sur notre athlète est fausse en plusieurs endroits. On dit qu’il ignorait l'art de la boxe. Il le connaissait aussi bien que les plus adroits jouteurs. Elevé dans le faubourg Saint-Laurent, à deux | pas du Fort Tuyau, du Coin Flambant et de dix salles Jos de gymnase, il les fréquentait habituellement, mais évitait les les querelles si communes dans ces réunions. Son éloi- ! lu gnement Pen les boissons fortes le laissait maître de lui- ° à

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es ta- Quand son adversaire le serrait de trop près, il levait la : salle jambe et le couchait par terre sans lui faire de mal

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à Deux boxeurs anglais renommés luttaient un jour, après : ; | £ Per en 1818, sur le Champ de Mars de Montréal, en présence

ligue, de la foule et d’une partie dés troupes de la garnison. On rapporte que le vainqueur fut proclamé champion du

de la Canada et que le meilleur homme du pays fut appelé

patro" séance tenante à lui disputer ce titre. Le sang de Mont-

LA ferrand ne fit qu'ux tour: il ne voulait pas laisser la

ègles. palme à un Anglais! Selon la coutume du temps,: il

d'une s'élança dans le cercle et chanta le coq : cela signifiait qu'il

ghinn relevait le défi. Les gens du quartier Saint-Laurent

é les battirent des mains —ils connaissaient l'enfant qui allait

Heurs se mesurer contre le boxeur anglais. Leur espoir ne fut point trompé. Montferrand ne porta qu'un seul coup de poing, mais si parfaitement appliqué que son adversaire se déclara incapable de lui résister.

e est ; ;

rt de Ses bras, sur le vainqueur, dans sa gloire troublé,

À Frappent comme un fléau sur la gerbe de blé,

droits

deux | Le lendemain toute la ville prononçait le nom de |

salles . Jos. Montferrand. Il avait conquis la faveur populaire ;

vitait les sportsmen lui pressaient la main et se le présentaient

éloi- \ l'un à l’autre, La candeur avec laquelle’ il recevait les

elui- À: éloges le faisait encore plus remarquer. Sa bonne figure

tirer, plaisait aux amateurs du grand jeu. -

Mais lui, dans son humble condition, ne cherchait qu’à gagner sa vie et à aider sa famille. Ses instincts po étaient du côté du travail. Il exerça, pour commencer, gn l'état de charretier de grosses voitures ; on l'employait surtout à la manœuvres des articles lourds et difficiles à remuer. Il expédiait avec prestesse la besogne d’un déménagement, on peut le croire |

Sa conduite à l'égard du mulâtre qu’il avait battu à . Kingston révèle son bon cœur. C'était en 1819 ou 1820.

Ce mulâtre, professeur de boxe, était le favori de la

arnison. Sa renommée s’étendait jusqu'aux Etats-Unis. £ Jusq

Les voyageurs canadiens lui parlèrent de Montferrand.

— Je lui offrirai la partie, dit le professeur, à condi- re tion qu'il ne fera point usage de ses pieds.

— J'accepte, répondit Montferrand. Mo:

Au jour fixé, toute la ville voulut voir lé combats. Dès les premières passes, le mulâtre s'emporta et piqua lui d de la tête. Montferrand le menaça de ses pieds s'il rom- | Fra pait les conditions du cartel. Quelques instants plus tard, U puis le mulâtre abaissa les mains et se darda de nouveau la pas: tête en avant. Le Canadien leva le pied et lui fracassa la mâchoire en quatre morceaux. : Ce :

Il existe plusieurs versions de ce combat contre un D sicie mulâtre ; en voici une autre : C'était dans l’hiver de 1820- É ciale HN la fc M. Lamontagne, neveu de Montferrand, n’en croit aucune, Cependant tout le mair

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21. Monti sand était du nombre des voituriers qui transportaient des marchandises en, Haut-Canada en compagnie de Charles et Joseph Perreault. À Kingston, il rencontrèrent un mulâtre célèbre par ses prouesses au pugilat et se querellèrent. Montferrand barra le chemin au mulâtre pour le punir de son audace, mais un coup de poing qui le lança à dix pieds, lui apprit ce que valait son adversaire. Il y eut cinq reprises en règle et ce n’est qu’à la cinquième que Montferrand porta le coup de pied qui lui donna la victoire.

Dix ans plus tard, tous deux se rencontrèrent à Montréal, au marché Molson, aujourd’hui marché Papineau. Le mulâtre n'était pas reconnaissable. Sa maîgreur et sa figure affreusement endommagée en faisaient un spectre repoussant. |

— J'ai toujours dépéri, depuis notre combat, dit-il à Montferrand,

Celui-ci lui prit la main, le consola de son mieux et lui donna dix piastres. Bientôt après, en présence de M. François Laviolette, il lui remit vingt autres piastres ; puis il obtint de le faire entrer à l'hopital, où il ne tarda pas à mourir.

Troisième combat contre un homme de couleur : — Ce mulâtre était tambour-major dans une troupe de musiciens ambulants ; ‘la rencontre eut lieu, par faveur spéciale, sur le Champ de Mars de Montréal, alors fermé à la foule. Au premier coup, Montferrand tomba sur une

û m4 — main, mais se releva aussitôt. À la seconde passe il porta

au mulâtre un coup dans le côté gauche qui l’abattit et causa sa mort la même journée. La manière dont avait été arrangée cette malheureuse rencontre fut la sauve-, garde de Montferrand : on avait compromis tant de personnes dans l'affaire que tout en resta là.

J'ai encore des histoires de mulâtres — mais je vous en fais grâce pour le moment.

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Son père et sa mère décédèrent de 1820 à 1822. ‘L'année suivante, il entra’au service de la compagnie du Nord-Ouest sous les ordres de M. Fisher. Dès les premiers jours, un métis, du nom d'Armstrong le provoqua en duel au pistolet, à vingt pas. Montferrand voulut abréger la distance, mais son adversaire s'y refusa,

— Eh! bien puisque tu ne veux pas te battre, tu n’en sentiras pas moins a poudre !

| Ce disant, il lui mit le pistolet sous le nez et tira en l'air. Puis appliquant sa large main sur l'épaule du pauvre diable, il ajouta :

— À présent, tu vas la danser !

Armstrong s’excusa, à genoux, dit-on. Ce métis était contremaître d’un chantier, ou sérvait dans la compagnie de la baie d'Hudson. Son amusement consistait à aller d’un campement à un autre, insulter les hommes et les appeler en combat singulier. À cause de sa force et de sa méchanceté on le craignait beaucoup. Montferrand le guérit de ses louables habitudes, |

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A l’âge de vingt-cinq ans, il laissa la campagnie pour entrer au service de Joseph Moore qui exploitait des coupes de bois sur la rivière du Nord, où il fut conducteur en chef pendant deux ans; alors il passa chez Bowman et: McGill marchands de bois. Ce fut son premier voyage en haut de l'Ottawa.

Le commerce de bois prenait des proportions énormes à cette époque. On tirait de l'Ottawa des “ cages ” qui descendaient le fleuve et faisaient la fortune des entrepreneurs. Les “‘ voyageurs” touchaient de gros gages. Les bons hommes étaient recherchés. Leur rendez-vous à Montréal, se continuait durant tout l'été. Ceux qui avaient fait plusieurs campagnes et qui s'étaient distingués par des actions d'éclat jouissaient d’une notoriété que la jeunesse enviait. L'adresse, le courage et les muscles étaient en grand honneur. Nombre de Canadiens se trouvaient riches sous ce rapport — et ils exploitaient leur fonds avec tout l’entrain que notre race met dans les choses qui lui plaisent.

Un jour qu'il était porteur de plusieurs milliers de piastres destinées à la paie de ses gens, il fut attaqué, : au lac des Sables, par cinq hommes qui voulaient le dévaliser. Malgré leurs bâtons, il assomma trois d’entre eux et s'empara des deux autres pour les livrer à la justice.

Il mettait de l’ordre partout : dans la bande, souvent indisciplinée, qu'il commandait ; dans les affaires de ses patrons et jusque dans lés écritures des commis, tant sa mémoire était fidèle .

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Le lac des Sables est en haut de la rivière du Lièvre, à trente lieues de Buckingham. Ces terrains avaient été concédés à Philemon Wright vers 1799. En 1818, M. Fisher en acheta une partie pour établir une ferme, qui devint bientôt prospère sous sa direction. En 1830, l’arpenteur Bouchette constate que M. Bowman y possédait des cultures en bon état, ainsi que des moulins. La compagnie de la Baie d'Hudson y avait dès lors un poste de traite.

Un parti, mêlé d'Ecossais, d’Irlandais et d'Américains, logeait temporairement:chez un Canadien de Buckingham, qui recevait des voyageurs lorsque les hôtelleries étaient pleines. On improvisa une sauterie. Les filles du canton ne demandaient pas mieux. Le plaisir allait bon train, lorsque le fils de la maison voulut prendre part à la

danse. Les skiners le repoussèrent avec des moqueries en

disant qu'un Canadien était de trop en ce moment. Cette insulte courut le village comme une traînée de poudre. Montferrand en eut connaissance et il partit seul pour régler l'affaire. Entrant dans le bal sans se faire annoncer, il étendit la main sur le violon et le broya. Ensuite,

< s'adressant à la société :

— Tout le monde dehors |

Vous comprenez le reste :

Sur cet ordre un peu leste Chacun s’en fut coucher,

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“Trois qualités physiques faisaient de Montferrand un homme redoutable : les bras longs et forts, la jambe qu'il maniait comme un fouet, et la souplesse incroyable de tout son corps. Ajoutons à cela un sang-froid qui rendait son courage effrayant.

Le plus souvent, il se battait à la négligence, mais dans les cas de légitime défense, il déployait tous ses moyens. C'était alors un lutteur homérique. Rien ne l'arrêtait et tout pliait devant son audace, Il semblait avoir un souverain mépris du nombre de ses adversaires, peut-être d’après ce calcul qui consiste à frapper un grand coup sur deux ou trois hommes et à terrifier ainsi toute la bande.

Son frère Louis, plus jeune et un peu moins fort que lui, l'accompagna dans bien des courses. C'était aussi un homme d'ordre. Tous deux, après avoir beaucoup travaillé, rudoyé leurs corps et couru des dangers sans nombre, ont laissé une jolie fortune à leur famille. On raconte de Louis qu'il buchait cinq cordes de bois, durant une courte journée d'hiver et les cordait avant l’arrivée de la nuit. Ses bourgeois lui donnaient toujours double salaire. Lui et son frère mesuraient six pieds trois pouces et trois quarts de hauteur. .

Louis ne possèdait pas l’agilité de Joseph. A la bataille il était maladroit. Quelques uns pensaient qu’il valait son frère, tant sa forceet sa bravoure était incon-

testables.

Un nommé Berlinguet annonçait depuis quelques v temps qu'il battrait les Montferrand à la première ren- a contre. Les cages de l’Ottawa étant arrêtées à l’Abord- di à-Plouffe et Berlinguet sachant que Joseph avait pris les d: devants pour se rendre à Montréal, s'adressa à Louis, | l'injuria et finit par le souffleter. A la grande surprise des de

assistants, Louis ne tira point vengeance de l’insulte. . Mais un homme du nom de Marsolais, de Montréal, très vaillant lui-même, sauta dans une voiture et alla conter l'affaire à Joseph. On voit d'ici le poil du grand frère! En deux temps, il fut à l'Abord-à-Piouffe — mais Berlinguet avait disparu. Bientôt après, rendez-vous fut pris ! Ut à Montréal, par l'entremise de témoins. Berlinguet

en

refüsa Ge s’y rendre. Joseph alla le chercher. Sur le api terrain, il s’avoua incapable de soutenir son défi. 'ét — Î1 n’y a donc pas un homme sur la terre pour faire | De

face aux Montferrands | s’écria Joseph.

— Je le crois bien, vous ne craignez ni Dieu ni diable, répondit Berlinguet.

— Je crains Dieu; quant au diable, habillez-le en: homme ou amenez-le moi dans son costume naturel et je

Ha.

l'étranglerai !

De père en fils, les Montferrands sont charitables. Lorsqu'un pauvre charretier perdait son cheval, les deux M Les frères, Joseph et Louis, allaient par les maisons- quêter À l'argent nécessaire pour lui acheter une autre bête. Les

quelques ère ren- Abordpris les à Louis, rise des l'insulte.

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veuves 2t les enfants tombés dans la misère trouvaient en eux des protecteurs d'autant plus écoutés qu'ils étaient du peuple, connaissaient toute la ville et étaient estimés dans tous les rangs de la société,

Louis est mort du choléra, à Montréal, en 1832, âgé de vingt-cinq ans. Il n'était pas marié,

. Pa"

Vers 1828, à Montréal, un major dy nom de Jones, appartenant à l’armée, passait pour être un pugiliste invincible, Il affeogait un profond mépris des Canadiens. Un jour, dans une buvette de la Place d'Armes, il vit entrer Montferrand et se moqua de lui. Dix minutes après les deux hommes se mesuraient dans la cour de l'établissement, À chaque coup appliqué d’une main sûre, Montferrand lui disait : |

— Insulterez-vous encore les Canadiens !

Le major capitula, tout grand boxeur qu'il était.

# | Pur

En 1828, à Québec, Montferrand pensionnait à | Æ64 de Québec, tenu par un nommé Beaulieu. Les frères McDonell, commis de Bowman et McGill, donnaient un bal aux voyageurs. Les officiers d’un navire anglais s’avisèrent de troubler la fête. Ils cherchaient à se mesures contre les plus vaillants et menaçaient de tout briser dans l'hôtel. C'était la mode du temps. Les McDonell appelèrent au

f vrene 3 near , à = AUS ste Re, 2 TA 4 secours; Montferrand descendit de sa chambre. Il tenta

d'abord de faire sentir sa force aux intrus, mais ceux-ci s'armèrent de garcettes — alors le véritable bal commença ! Montferrand ne manqua pas un seul offciér : il les laissa tous aux mains des médecins. La chose fit grand bruit par la ville. Les sportsmen accoururent le lendemain ; ils venaient des navires en rade et principalement de la garnison. Montferrand ne pouvait suffire à répondre aux éloges dont on l’accablait et aux attentions que lui témoignaient ces visiteurs enthousiasmés.

- — Nous avons parmi nous, dit un capitaine, le champion de la marine anglaise : il est de voœre force et serait

heureux de voir ce que peut faire contre lui un Canadien.

Le mot n'était pas lâché que Monferrand avait dit : “j'accepte!” Son patriotisme n'hésitait jamais, quoiqu'il

aimât médiocrement la bataille pour elle-même. | eA r Le rendez-vous était sur le quai de la Reine, Un ÿ C

trait qui peint bien les mœurs du temps, c’est que, outre /

la population accourue en foule, il y avait beaucoup de L/ t

dames — et les soldats de la garnison formaient la chaîne . #} pour contenir les deux mille spectateurs de cette*scène, É P De nombreux paris étaient engagés. Montferrand igno- |

rait cette circonstance. Le champion anglais était un

colosse de six pieds quatre pouces de haut. Son torse et e k ses bras nus étaient couverts de poils. Son apparence en À |

imposait aux plus braves — si bien que Montferrand se | p

crut perdu. Une faiblesse générale s'empara de ses mem- É

bres. Il ne savait comment se tourner. Tout à coup, la A

musique du régiment se fit entendre, Elle eut un effet n

ceux-ci 1] comciér : il ose fit rent le rincipauffire à entions

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magique sur notre héros. Il entra dans le cercle et se mit en garde. L’Anglais porta un coup habile, qu'il croyait irrésistible, mais qui fut paré. On applaudit. Aussitôt la confiance des parieurs se tourna du côté de Montferrand. Celui-ci redoutait maintenant plus la science que la vigueur de son adversaire, et comptait le fatiguer, grâce à l’inépuisable force dont il se sentait lui-même possesseur. À la douzième reprise, l'étranger donna des signes de faiblesse, et à partir de ce moment les chances parurent en faveur du Canadien. A la seizième reprise, une feinte habile permit au marin anglais de frapper à la tête, près de l'oreille, endroit sensible à l'excès, mais au début de la dix-septième reprise Montferrand para des deux

bras à la fois et détacha deux coups de poing qui atteigni-

rent son adversaire en pleines côtes le mettant hors de combat.

Le capitaine, suivi de nombre de personnages, amateurs de ces jeux barbares, donna force poignées de mains à Montferrand et déposa devant lui deux mille piastres, formant la part de bénéfice du vainqueur.

— Je veux bien, dit Montferrand, garder le titre de champion des cinq parties du monde que vous me décernez ; quant à l'argent, donnez-le au pauvre diable que j'ai brossé, H en aura plus besoin que moi pour se faire raccommodrr la carcasse. Je ne me bats ni pour or ni pour argent.

— Alors, venez avec moi, je vous ferai voyager autour du monde et vous traiterai en bon ami. Pour com-

— J'irai diner avec vous à bord, mais nous n'irons pas plus loin ensemble. Si vous saviez comme je ne suis pas attaché à l'argent, et combien il m'en coûterait de partir de mon pays |

A ceux qui lui Gffraient un jour mille piastres, la veille d’une élection, il fit cette réponse: ”

— Si c'est pour mon parti, pas d'argent. Si c’est contre mon parti, tout l'or de la terre ne m'achèterait pas.

Bill Collins avait la réputation d’être l’un des plus adroits boxeurs de Montréal-et le plus souple de tous ceux qui se servaient du pied et du poinÿ. Sa coutume était de parcourir le faubourg Saint-Laurent, la menace à la bouche, désignant d'avance ses victimes. Il chantait le coq à tout propos. Un ami de Montferrand, appelé Etienne Lavictoire, tenait une auberge ; il se concerta avec Edouard Perreault et Louis Picard, deux autres familiers de Montferrand et ils invitèrent celui-ci à rencontrer Collins chez eux pour une lutte courtoise. Montferrand vit, en entrant, un grand feu qui flambait dans la cheminée, et à l’autre extrémité de la pitt. une buvette. On servit une ronde. Collins, caché s:1: |: comptoir, se montra soudain et brisa le verre dans lequel Montferrand buvait. Ce fut un éclair. Montferrand se pencha par des. *s ‘& cemptoir, saisit Collins aux deux flancs et le la:ïsa la: la cheminée, où il eut grillé jusqu'aux os sans l'aide que lui poriérent les assistants. Il ne demanda pas

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