L. —- Je vais lui porter mon approbation
| Et toute la journée on vit Montferrand monter la n garde le long des grèves et des quais, demandant Letendre aux échos d’alentours. On m'assure que les parents } de Letendre arrangèrent l'affaire.
Gilmore, établi à Montréal en ,1847, avait conquis la palme de champion de la boxe dans toute l'Amérique. Il était d'une taille colossale. Ses leçons étaient très recherchées. Il attendait son maître, disait-il souvent. Ce maître ne venait pas, et Gilmore grandissait aux yeux de ses admirateurs. Un jour qu'il jouait aux quilles, on lui annonça que Montferrand se tenait près de lui. De suite, et fort poliment, il offrit les gants à l’athlète. Son déplai-
sir fut immense lorsqu'il eut tâté l'adversaire qu'il croyait
Lu ; \ PS
pouvoir vaincre avec facilité. A l'instar de O'Rourke, il commit la faute de ce monter la tête. Dès lors, arrachant ses gants, il transforma le combat. Montferrand répugnait à ce genre de querelle et se contenta de parer quelques coups, mais enfin impatienté il empoigna Gilmore et lui faisant traverser la chambre il l'envoya par dessus les deux allées du jeu de quilles. Puis, vif comme un écureuil, il franchit l'obstacle à son tour et releva son adversaire, qui lui tendit la main et se reconnut dompté. Pa
, Aù grand feu de 1852, les quatre coins des rues Mignonne et Sanguinet étaient en flammes ; la rue Sanguinet, vis-à-vis chez Montferrand, se trouvait tellement
encombrée de peuple occupé au sauvetage qu'il n’y avait.
pas moyen de sortir d’un côté ou de l’autre. Les personnes étaient menacées de périr avec les meubles accumulés dans cette espace étroite. Pour ouvrir un passage sur la rue Saint-Denis, M. David Meunier, aujourd’hui hôtelier de la rue Saint-Dominique, ordonna à son fils Pierre d’abattre à coups de häche la clôture du jardin de Coopers mais les gens de Coopers tirèrent sur le jeune homme un coup de fusil. Montferrand intervint. Comme on le menaçait, il lança ses-deux pieds dans la clôture et pratiqua une brêche qui fut bientôt agrandie, Les témoins de
ce tour de force disent que la clôture avait dix pieds de
haut et était appuyée de poteaux de cinq pouces caïrés.
Coopers n'eut pas le temps de se reconnaître, car en fai-
sant sa trouée Montferrand avait mis la main au collet de
urke, il rachant pugnait uelques re et lui sus les un écu-
, adver-
es rues ue Sanlement
y avait.
rsonnes umulés e sur la hôtelier Pierre oopers me un on le et pratioins de
ieds de
carrés.
en fai-
ollet de
ce gropriétaire exigeant et l'avait contraint à demander pardon. :
Montferrand ne croyait pas subir sitôt le poids de l’âge. À cinquante-quatre ans, date toujours critique pour les hommes fortement constitués, il s’aperçut que la nature reprenait sur lui son empire. Néanmoins, seul il le comprenait et son extérieur ne dénonçait aucunement ce qui se passait dans son être. Il agit en conséquence et se prépara à couler une belle vieillesse, qui fut moins longue qu'il ne le croyait.
Homme d'ordre, même au milieu de ses extravagances de voyageur, il avait su amasser une jolie fortune pour ses vieux jours. Son fils la possède aujourd'hui et s'en montre digne. |
Son portrait, toujours mal gravé, l’a enlaidi sottement. On dirait une «spèce de monstre. Les hommes de la génération actuelle n’ont vu que sa décadence, son air bonhomme, parfois un peu renfrogné sous l'influence des rhumatismes — et c’est ainsi qu’on le conçoit maintenant. Je me rappelle l'avoir rencontré par les rues, vers 1860, lorsqu'il demeurait dans sa propriété, coin des rues Sanguinet et Mignonne, faisant sa promenade quotidienne au marché Bonsecours, mis avec soin, la tête haute, la figure riante, droit, imposant comme le juge Monk, ayant un mot pour tout le monde — enfin jouissant de la vie. A pied, il dépassait la foule et sa belle figure rayonnait sous les regards qui le suivaient, Sa première visite était pour
Ni
mer DE SET ENTRE ra a EE oem à
les bouchers, qui l’acclamaient et badinaient avec lui. Ensuite il parcourait les rangs des voitures des cultivaveurs, agaçant les femmes, goguenardant les hommes, et salué sur toute la ligne par de joyeux bonjours. Il allait souvent en voiture, Ses chevaux étaient superbes. Quand il redressait sa taille et qu'il s’animait en par- lant, c'était encore le beau garçon de 1830, sans forfanterie, sans ostentation, tout de cœur et de généreux mouvements. ‘“ Oh ! disait-il parfois, plus je réfléchis plus je m'aperçois que j'ai été un grand misérable ; je m'en repens ; puisse Dieu me pardonner les misères d’une vie que j'ai trouvée si longtemps inutile et souvent nuisible !” Il semble qu'il regrettait d’être né à une époque de trouble et qu'il la comparait avec notre temps où les lois sont obéies et respectées. Son humilité le faisait s’accuser de fautes que l’histoire ne lui reprochera pas assurément. Il déplorait en quelque sorte d’avoir acquis une renommée issue de la violence et de la forre brutale.
"x Marié en 1862 avéc Mile Esther Bertrand, qui avait été élevée chez un de ses oncles, M. Abraham Boyer, de Beauharnois, il en eut un fils (enfant posthume), mainte nant âgé de dix-neuf ans, bien instruit, grand (six pieds trois pouces) et doué de deux bras qui rappellent la vigueur de ceux de son père. Il a été élevé par M. J.-Bte Lamontagne, son cousin et tuteur, avec un soin tout paternel, et s'est marié le 29 avril 1884, avec Mile Fournier,
1 Dans ce passage, j'emprunte à M. A. N. Montpstit,
rt
mel ce
lui.
ivas, et
llait
parintenouis je n ree vie le |” troulois user
ent.
mée
avait er, de ainte
pieds la vi- -Bte Daterrnier,
Montferrand mourut en 1864, dans sa maison, n. 212
rue Sanguinet. Sa femme le suivit de près.
Si l'histoire de Montferrand n'était pas écrite, la légende de cet homme extraordinaire ne subsisterait pas moins dans l'imagination du peuple. Il a vécu à une époque où le pugilat était en honneur, et de plus il prit une part active à ces petites guerres de races si fréquentes parmi nous avant 1840. Sa renommée dépassa de son vivant toutes celles de ses rivaux. Les plus solides gaillards illustrés dans vingt combats s’éclipsaient devant lui. De Gaspé aux Montagnes-Rocheuses et à la Californie, le nom de Montferrand résume trente années de luttes et de passes d'armes qui rappellent les exploits des chevaliers de la Table Ronde. C'est désormais une mémoire indestructible que la sienne. Il personnifie un monde déjà disparu, des mœurs d'un autre âge, des coutumes dont l'étude nous surprend.
N'est-il pas vrai que, peu après 1815, la vallée de l'Ottawa fut en quelque sorte conquise par les Irlandais et les Ecossais, nouvellement arrivés d'Europe et que les Canadiens n'étaient pas en nombre suffisant pour résister à ce flot envahissant qui augmentait d'année en année ? Pourtant, nous avons tenu bon dans ces territoires, nous nous y sommes implantés. Comment ? Par la vaillance ! Et qui a été plus redoutable que Montferrand ? Per-
‘ Inutile de dire que dans cet écrit j'ai fait de mon mieux à l’aide de renseigne.
ments parfois diffus et peu faciles à vérifier. La critique a le champ libre. Je donne ce que je sais,
sonne. Quel est celui de nos compatriotes qui a soutenu
nos droits dans ces lieux avec plus de persistance et de succès ? Aucun. Il a symbolisé la force dans un règne de *! force. Là terreur n'avait ni prise ni influence sur lui.
Avant que de mettre la charrue dans les terres qui L}! bordent cette belle rivière, les Canadiens ont dû les con- * quérir au bout du bras. Montferrand … personnifié ces |
. combattants d’une époque déjà presque oubliée mais très “historique, très honorable pour nous.
Au lac des Sables, voilà soixante ans, il prêchait la | colonisation. Je me demande si M. le curé Labelle |: connait ce précurseur de ses œuvres. Il faut. disait Mont- le | ferrand, que les Canadiens s'emparent de ces belles || terres : autrement l'Anglais nous écrasera ; dans les villes F +4 nous ne pouvons plus commander ; notre valeur est à la
campage. Durant les dernières années de sa vie, il parlait 4:55 sans cesse de ce sujet et encourageait la jeunesse À défri- #2;
HHurn
cher le sol. HA Mon plan primitif était de livrer à la presse une série ; 2 de de notes sur les premières annéés de la ville d'Ottawa. Pare On n'habite pas une localité dix-huit ans sans recueillir :: ae ÿ bien des choses de son passé. Examen fait, je détache ie Montferrand de ce cadre pour le faire paraître seul. I] ji appartient autant et plus à Montréal qu'à Ottawa, et}. comme il est connu de tout le monde, je suis persuadé |
qu'il sera partout bien reçu.