MONTLUÇON SOUS LA TERRBUR
Descente des oloohes des églises. — La levée en masse. — Taxation des grains. — Plantation d'un arbre de la liberté. — Envoi à la Monnaie de l'argenterie des églises. — Démolition des oloohers des oonvents. — Proclamation de la Liberté des cultes et défense de sonner les cloches. — Réclamation des cordonniers. — La prise de Toulon. — Les chevaliers de Saint-Louis.
Descente des cloches des églises. — Le 13 septembre 1793, on descendit toutes les cloches des églises Notre-Dame et Saint-Pierre, & l'exception de deux qui furent réservées par la loi.
La levée en masse. — Un décret du comité de salut public ayant ordonné une levée en masse de la nation, on réquisitionna tous les jeunes gens de din-huit à vingt-cinq ans, auxquels on fit faire l'exercice, afin de se tenir prêts i. tout événement.
Taxation des grains. — Le 27 septembre, la municipalité édicta an règlement Hxant ainsi le prix des grains : le septier de blé méteil à dix-huit livres ; le septier de seigle & quatorze livres ; le septier d'orge & onze livres, quinze sols ; le septier de sarrazin à huit livres, dix sols ; le boisseau d'avoine à deux livres, dix sols.
Le 9 octobre, les marchands furent mis dans l'obligation de déclarer toutes les marchandises qu'ils avaient en magasin et on leur défendit de s'approvisionner pour plus d'un mois. Il leur était enjoint en même temps d'afBcher dans leurs boutiques les prix de leurs marchandises, qui furent taxées.
Deux jours plus tard, on brûla les livres contenant les tarifs des droits et titres féodaux.
Le 14 octobre, la municipalité enjoignit de nouveau aux boulangers de ne fabriquer qu'une seule espèce de pain, tait avec tant de blé moulu, après en avoir enlevé le gros son.
Plantation d'un arbre de la Liberté. — Le 19 octobre fut piaaté UD arbre de la Liberté.
Voici le procè8-verbal officiel de cette cérémonie ;
« La Sociéu! populaire avait arrêté qu'il serait planté à ses frais un arbre de la 4 Liberté, dans l'une des seclioas de la commune, dite de la Frsiernilé.
a Le vingt-neuvième jour du premier mois de l'an 11 de ia République était 1 marqué pour cette auguste cérémonie.
■ Au jour indiqué, une foule de citoyens ot de citoyennoe s'est réunie dans le
• lieu des séances de la Société.
■ k trois heures du soir, le cortège s'est mis en marche. Le ciel était sans « nuage, le soleil brillait de toute sa splendeur ; il semblait prendre plaisir à éclairer . celte fête.
« La marche était ouverte par un chœur de musiciens qui faisaient retentir les
• airs de sons patriotiques.
« A. la tète du cortège étaient deux respectables vieillards, l'un delà section de
• rUnitè, Agé de quatre-vingt-sept ans, et l'autre de la section de la Fraternité, &gé de
■ quatre-vingts ans.
■ Leurs fronts chauves élaienl couverts d'un bonnet de la Liberté.
« Chacun d'eux portait une branche de ch4ne, ornée de rubans tricolores. Ils 1 se tenaient parla main en signe de l'union qui doit animer tous les Français.
H L'un, courbé sous le poids de la vieillesse, était soutenu par sa femme et par K un enfant ; l'autre, frais et encore vigoureux, marchait d'un pas ferme et sa < ligure était rayonnante de joie.
« Ces vénérables patriarches avaient une garde d'iionncur : c'était une expian tion de l'honneur qu'on rendait jadis aux rois.
« Les vieillards étaient suivis de deux citoyennes patriotes, brillant de tontes
• les grices de la jeunesse et de la beauté. Cet heureux rapprochement de la vieil- I lesse qui présidait A la fête et de la beauté vertueuse, qui sollicitait tes secours en t faveur de l'indigence, offrait un tableau charmant et portait dans toutes les âmes ( une sensation délicieuse. Venait ensuite une foule immense de citoyennes, vêtues c de blanc, avec des ceintures nationales.
( Elles marchaient quatre à quatre ; la pudeur et la gaieté se mariaient sur leurs n Irotils. La mère entourée de ses lilles, les conduisait en chantant A l'autel de la
• patrie et leur promettait de les condu ire bientôt A l'autel de l'hymen.
■ Un groupe nombreux de jeunes garçons présentait ensuite aux regards satis- R faits les élèves et l'espoir de la patrie. La masse du peuple formait un autre groupe
■ plus majestueux. Tous les citoyens, sans distinction de rang et d'individus, les 0 fontionnaircs publics sans costumes et des membres de toutes les sociétés popu- « laires, du district marchaient ensemble, se tenant par la main dans cette aimable ( confusion qui est le symbole de l'égalité.
a Au milieu de ce groupe, on voyait deux commissaires délégués, des représen-
■ lants du peuple qui avaient eu la modestie de ne point accepter de place particu-
■ Hère et dont la présence ajoutait encore au plaisir de ta f^tc.
« La garde et la gendarmerie nationales sous les armes, fermaient la marche. « La garde naltiUale était nombreuse ; le feu du courage et du patriotisme élince-
ïGoogIc
MONTLUÇON SOUS LA TehhEUR ill
* lait dans les yeux de chaque volontaire. Le cortège a fait une première station sur
* la place de l'Unité, autour de l'arbre de la Liberté.
« Des citoyens ayant chanté un hymne à la déesse des Français, le cortège, dans « le même ordre, faisant retentir les airs de ses chants et de ses cris de joie, s'est « rendu sur la place de la Fraternité, où était planté le nouvel arbre ; il s'est formé « en un cercle et a suspendu pendant quelques instants les accents de son allégresse.
« L'n membre de iRSociétépopulaireaprononcâuDdiscoursénerffique.analogue
• aux circonstances et il avait A peine commencé le serment si cher aux Français
■ que tous les citoyens, cédant à leur impatience et levant spontanément leurs mains, I ont prononcé avec transport ce serment gravé dans tous les cœurs : ce serment,
< l'effroi des despotes et des esclaves : Vivre libre ou mourir. Ce n'était qu'un même R cèi mille et mille fois répété. La liberté ou la mort — Viee la Rëpuilique !
■ Les mouvements électriques de l'enthousiasme qu'animait encore le bruit du
< canon et les sons bruyants d'une musique guerrière ont été suivis d'une scène « touchante '. les deux vieillards se sont approchés lentement veis le nouvel arbre « tenu par des membres de la Société populaire : après avoir réuni en on seul
* faisceau, les deux branches de chêne qu'ils avaient portées, ils ont pressé sur leur
■ cœur ce faisceau, symbole de l'union et de la fraternité, l'ont élevé vers le Ciel et
• l'ont attaché A l'arbre avec des rubans tricolores. Soudain, se jetant dans les bras
■ l'un de l'autre, ils se sont donné l'accolade fraternelle. Réunissant ensuite toutes ( leun forces et levant leurs mains faibles et tremblantes, ils ont fait entendre trots 1 fois ces paroles : Nos enfants, ioyez unii et la République sera éternelle. >
I Tous les cœurs étaient émus, Des pleurs coulaient de tous les yeux. La chan-
• son des Sans-Culottes a ranimé l'allégresse et le cortège s'est remis en route pour
< aller au champ de la Révolution.
< Il y est arrivé après avoir parcouru lentement différants quartiers de la ville.
> Rien de plus majestueux et de plus gai tout A la fois que cette marche de républi-
> cains, chantant tour à tour des hymnes A la liberté et des hymnes A l'amour.
■ Au milieu du champ de la Hévolution était un bûcher sur lequel on avait t placé de vieux parchemins, des titres d'orgueil et de sottise, des portraits hideux
> de rois et de tyrans. Une Oamme rapide et pétillante a dévoré ces restes impurs
■ des cadavres du despotisme et de l'aristocratie. Des danses joyeuses ont terminé ces
■ léles et chacun s'est retiré en chantant : Vive la République ! Vive la Convention « Nationale I Périssent tous les traîtres et les tyrans !
■ Fait et rédigé par nous. Président et Secrétaires de la Société Populaire, com- « missaires nommés A cet effet.
■ Signé : Chabot, président ; Faviérea, Reguard, Raby, Fourneau, Philippe et t Cornai, secrétaires.
Le 25 octobre, on adjoigoit au sécrétai re-grefîîer, un commis aux Bppointementa de quatre cents livres. Le secrétaire avait six cents livras.
Le même jour, des marchands qui avaient vendu à un prix supérieur à la taxe maximum, furent condamnés à l'amende.
Le premier novembre (1 1 brumaire), les cordonniers recurent l'injonction de faire cinq paires de soutiers par décade, pour les volontaires.
!"- Dix jours plus tard, la commune décida qu'elle fourDÎniit à l'armée deux chevaux harnachés. L'équipement fourni par Brun, sellier, tut payé quatre cent dix-sept livres.
Le 12 novembre (22 brumaire), tous les détenteurs d'objets eu argent reçurent l'ordre de les déposer au comité de surveillance du district.
Le 22 novembre (2 frimaire), le conseil fut appelée se prononcer sur de nombreuses demandes formulées par des religieuses sollicitant des certiricats de civisme. Après discussion, la question fut ajournée à une autre séance.
Le lendemain, le district répondit qu'il ne connaissait aucune loi astreignant les religieuses, qui n'étaient pas fonctionnaires, à prêter le serment.
Envoi à la Monnaie de l'argenterld des églises. — Ce même jour, on envoya à la Monnaie toute l'argenterie destinée au culte dans les deux églises paroissiales ; on remplaça les vases de métal précieux par des vases en verre ou en métal de peu de prix.
Le 29 novembre (9 frimaire), le maire de Montluçon, M. de Favières, t craignant que le de qui précède son nom ne fasse pas plaisir à tous >, demanda & le retrancher, ce qui lui fut accordé.
Le 10 décembre (20 frimaire), la municipalité ordonna la démolition des clochers des églises des Cordeliers, des Bernardines, des Ursulines et des Capucins, travaux qui furent adjugés à trois couvreurs.
Proclamation de la liberté des ouïtes et défense de sonner les cloches. — Le 17 décembre (27 frimaire, an II) fut proclamée la liberté absolue de tous les cultes. Les citoyens furent également invités à se reposer le décadi. On défendit c le son des cloches annonçant un privilège pour le culte catholique ■.
Le procureur de la commune et le procureur syndic ayant échangé leurs dénominations contre celles d'agents nationaux, 20 décembre, la municipalité songea à s'épurer elle-même. En conséquence, tous les membres offrirent leur démission qui fut repoussée.
Réclamation des cordonniers. — Le 25 décembre (5 nivdse), les cordonniers réclamèrent l'augmentation de la taxe des souliers fournis aux volontaires.
Ils représentèrent que les nouveaux souliers étaient plus forts et qu'ils avaient soixante clous aux semelles, et que dans ces conditions, le prix de six livres par paire était insuffisant.
La prise de Toulon. — A la nouvelle de la prise de Toulon, le 27 décembre 1703 (7 nivâse), un élan sponlané, un enthousiasme de patrio-