‹ Histoire de Montluçon, d'après des documents inédits. Annexes: Montluçon industriel, l'antique cité féodale transformée en ville industrielle, 1840; notabilités montluçonnaises; environs de Montluçon; étude sur NérisChapitre 4 sur 113 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Orioins et Premiers Siècles

Ruines romaines. — Opinions des Archéologues sur l'itymologie du nom de notre ville. — Mœurs de nos ancêtres. — Les Bolens, leur capitale. — Voies romaines oonvergeant à Hontluçon. — Les vieux ponts. — Le tumulus de Ch&teauTieux.

RUINES ROHAINES. — L'origine d'une ville est toujours eutourée de légendes, de chroniques plus ou moins vraisemblables ; aussi, les temps primitif de Mootluçon sont-ils très ouageux, et il sera longtemps encore impossible de pénétrer exactement le mystère de cet înconDu lointain.

La ville de Montlucou, quoique l'itinéraire d'Antonin ou la table de PeutiDger ne la mentionnent pas, a pria naissance vers l'époque Gallo- Romaine. La présence sur son sol de plusieurs voies romaines, d'après la carte ofScielle dressée par E. Tudot pour le département de l'ADier, de débris de substructions, de pièces de monnaie ; rexistence bien coostatée, près de sa vieille enceinte, de deux ponts latins, dont l'un est encore debout(l), le prouvent irrérutablement. L'omission signalée sur la table de Peutinger tient probablement à son importance secondaire à une certaine époque, et surtout au voisinage du camp et de la station balnéaire de Néris, qui l'éclipsait, dit-on.

Étymologie du nom de notre TiUe. — Suivant Férault d'Aguet et Malingre, dans son Nouveau Théâtre du motide, Montlucon serait formé des mots : « Mons Lucius > de Lucius Appius, proconsul des Gaules, qui aurait jeté les premiers fondements de la ville, pendant qu'il commandait aux légions de Néris.

D'après certains archéologues, et notamment Coupas, dans son Hiêtoire du département de l'Allier, ce Lucius aurait été possesseur d'une

(1) Pont vieux, faubourg Saint-Pierre.

ïGoogIc

villa au hameau des Isles ; son nom est cité dans l'inscription latine trouvée & Néris, maintenant'déposée au Musée de Cluny, à Paris.

D'autres, observant que les peuples antiques désignaient souvent leurs villes par ce qui les rendait plus remarquables, comme ils donnaient souvent aux individus les noms de leur profession ou des qualités qui les distinguaient, ont pensé que Montluçon venait de MoNS LucENS : Mont brillant sous les feux du soleil, à cause des micaschistes qui composent le coteau d'où s'élève le château de l'ancienne ville.

Uuelques-uns ont estimé que sur ce rocher de micaschiste il y avait, pendant l'occupation romaine, un fanal qui illuminait les voies romaines partant de Clermont, Chantelle et Néris, aboutissant & Montluçon, pour se diriger sur Limoges, Ch&teauroux, Bourges et Autun.

Le P. Foderé, dans sa Cuatoderie d'Auvergne en i6t9, écrivait sur Montluçon :

• Cette ville fut conslmiu au commencement que les Romains se rendirent g maistres de la Gaule Aquitanique, par Lucius, citoyen et consul romain, qui Kt 0 premièrement édifier le cliaaieau sur ce petit mont (emplflcement du vieux château 0 féodal transformé actuellement en caserne), au circuit duquel la ville fut prise « après construite, d'où anciens tiennent qu'elle fut appelée Mons Lucius, du lieu de f son assiette et de ce sien premier fondateur, et que caste élimologic est tenue pour 0 la plus véritable par les modernea, qui confirment leur opinion parce que les armes ( de Montluçon (ainsi que je les ai vues sur la porte de ville appelée anciennement a la Porte de Uarchio (el A présent la Porte des Cordelien) est un chasteau flanqué " de deux grosses tours entre des montagnes ».

D'autres disent que a sa dénomination iii«n( de ce que ce petit mont ett fort aéré et reluisant par ta réflexion de la clarté qui part et redonde des hautes montagnes qui l'entourent, et lequel, par ce moyen, est rendu fort fertile, mesmement en vignobles, duquel elle est chargée, d'où est qu'il est appelé MoNS Lucens inter montes, et que la ville qui a depuis esté bastie, a retenu ce nom Mons Lucens b.

D'autres, enfin, avec Coiflier-Demoret, croient que l'étymologie si discutée de ce nom, est la même que celle de la ville de Luc^n et qu'elle vient de son château dominant la campagne, les routes romaines et tes éclairant, pour se servir de l'expression militaire.

Comme plusieurs auteurs encore émettent d'autres avis, on le voit, les étyraologies ne manquent pas pour expliquer le nom de noire ville ; les hypothèses, pour rechercher ses origines, non plus ne font pas défaut, comme nous le verrons plus loin.

Laissant à de plus habiles que nous en science étymologique le soin de trancher définitivement la question, nous nous bornerons à présenter ici quelques observations personnelles.

L'étymologie Mona Lucens a pour elle le témoignage des armes

Origine et Premiers Siècles a

pariantes de la ville, qui portent d'azur au château d'argent posé sur «ne montagne d'or surmontée d'un soleil de même ; c'est bien là notre Mont Luisant, MoriB Lucena. Mais cette étymologie ne doit être que le résultat d'un calembour. — On sait que le calembour a été le pain quotidien de l'art du blason et il est superflu de démontrer que les lois les plus élémentaires de la pharétique s'opposent absolument à ce qu'on l'admette.

Le feiDal qui aurait surmonté le rocher de micaschiste semble donc être du domaine de la fantaisie. Plus sensée est l'opinion qui rapproche le nom de Montlugon de celui de la ville de Lucon, l'identité des deux noms est l'évidence même. Mais d'oîi vient donc ce nom qui, d'ailleurs, n'a rien à voir avec le sens « d'éclairage s ? Il faut remarquer que beaucoup de noms de lieux en France s'appellent Luc, Luce, Lucon. Il sufQt d'ouvrir un dictionnaire des communes pour s'en convaincre. Ces noms sont-ils d'origine celtique ? Leur extrême diffusion, leur présence dans les lieux même hors de France où, vraisemblablement, le celtique n'a jamais été parlé, nous autorisent & exclure a priori cette hypothèse, quoique en pareille matière il faille être très prudent, caries Romains ont fréquemment transformé, pour en foire des mots latins, les noms de lieux gaulois, jusqu'à les rendre méconnaissables. Toutefois, l'hypothèse la plus plausible est que le nom de Luçon est d'origine latine.

LuçoD doit être le diminutif de Luc, Luce ou Lucus (Bois sacré), comme garçon est le diminutif de gars. Le problème revient à trouver l'origine, soit de Luc, soit de Luce. Luc serait simplement le nom du saint, très répandu dans les noms de lieux de l'ancienne France. (Notons àceproposqu'on trouve une très antique dévotion 6 Saint Luc aux portes de Montiuçon, dans la commune de Désertines). Quanti Luce, c'est le nom latin de Lucius. L'existence de Lucius Appias, qui commandait à Néris et dont le rOle important dans l'organisation de la région nous est révélé par les inscriptions, doit, nous semble-t-il, trancher nos doutes.

L'histoire, aussi bien que la science étymologique, s'accordent popr nous engager à admettre que Mont-Luçon est le Mont de Lucius. C'est peut-être moins brillant que Mont-Luisant, mais c'est beaucoup plus probant.

Nos Anoôtres, - Baraillon, dansses recherches (1806) dit avoir reconnu autour de notre cité, des traces évidentes d'un cantonnement celtique, qui occupait la Gaule. Là, dit-il, dans la profondeur de ces bois, dont la tradition nous a conservé le souvenir et que nous révèlent la multiplicité des énormes troncs d'arbres qu'on a trouvés couchés sous les galets en creusant à Montlucon le port du canal du Berry, là s'accomplissait sans doute, les lugubres cérémonies des Druides et la récolte du gui sacré.

Çà et là, la découverte de quelques meuliers, semblent donner raison au savant docteur; d'ailleurs, vers la fin du VI* siècle, on rendait encore

un certain calte à quelques arbres ; la lettre de Grégoire le Grand A Brunehaut eu fait foi. Quoiqu'il en soit, les faits, tout vraisemblables qu'ils paraissent, sont trop lointains et trop problématiques, pour que noua insistions davantage.

Après les Celtes vinrent les Romains, qui laissèrent chez nous des traces plus profondes et plus certaines.

Ce qui est généralement admis, c'est que les Romains, après la conquête des Gaules, comprenant l'importance strat^quede Montluçon, y établirent une colonie militaire, occupée aussitôt par une cohorte de la huitième légion, la légion Octava-Augusta, en garnison à Néris, dont Lucius Appius, prétendu fondateur de Montluçon, était letieutenant.

A diverses époques, on a découvert k Montluçon quantité de débris antiques, tels que armes, vases, instruments, médailles, etc. Dans la partie haute de la ville passait la voie dite de César, allant de Bourges à Néris et Clermont. D'après l'Abbé Moret (Paroisses Bourbonnaises) on aurait découvert plusieurs fonderies gauloises dans le voisinage de Montluçon, une entre autres, au hameau d'Argonty, ob le fondeur avait fait une cachette de 84 haches en bronze h bords droits, encore pourvues de leurs bavures.

La voie des Lombards s'y voyait encore au XVII' siècle, aboutissant à Néris. L'on y recueillit des fragments de statues de marbre de grandeur naturelle, des corniches ayant des cordons d'oves perlées, comme ornementation, ainsi que des guirlandes de feuilles et de feuillage. (1)

Parmi ces ruines apparaît un bas-relief représentant un repas funèbre, ainsi que deux autels votifs en pierre, de forme cubique, ayant 0"88 de côté. La nécropole était près d'Argenty ; elle formait un polyandre de 8"35 sur S^SO, ayant des cases symétriques, précédées d'un vestibule avec arcatures, soutenues,par des colonnes ; au centre était encore l'autel ; la plupart des urnes cinéraires étaient en verre, les autres en terre et contenaient encore les cendres et les ossements incinérés; la nécropole était éclairée par une lampe. (Notes par A. Lenoir, de l'Institut et Revue Bourbonnaise,' 1887, page 300).

Avant l'invasion romaine, la Gaule ne semble pas, du reste, avoir compté d'élite; donc, point d'esprit particulier à signaler. Nos ancêtres étaient surtout chasseurs, pasteurs et bateliers, ils campaient en tribus nomades dans les vastes plaines le long des fleuves ; ils différaient peu, disent certains archéologues, quant à l'Ame, des populations actuelles du Soudan. César entre ; l'intelligence brille dans les cités, sur les traces du sillage que laissent dans l'air les étendards des légions, et durant

(i) En 1792, au cours des travaux exécutés pour l'achèvement du ctiemin de Rrctonni aux laies, fat encore mise à découvert une portion de cette voie romaine.

ïGoogIc

Origine et Premiers Siècles 5

l'ocoupatioD, des transformatiODs s'accomplissent, des relations commerciales s'établissent et de nombreux visiteurs aflluent aux villes d'eaux déjà célèbres de notre région.

LES BOIBNS. Leur Capitale. — C'est ici que se place la fameuse question des Bolene et de leur Gergovie.

Nous n'exposeroDs pas les causes qui motivèrent l'intervention des Bomain» dans les affaires des Gaules, ni les événements qui en furent la conséquence et qui mirent sous la domination de Rome, un des pays les plus beaux et les plus riches du monde. Nous nous bornerons à mentionner l'un des faits se rattachant plus particulièrement h l'histoire de notre contrée, afin d'en extraire des indications de nature & apporter un complément de lumière sur la question si controversée de la Gei^ovia Bolorum.

Les Botens, peuplade d'origine germanique, étaient très renommés par leur courage. Bien avant l'invasion de César, plus de cinq siècles avant J.-C, on trouve partout des traces de leur passage dans les Gaules, en Italie, jusqu'en Asie Mineure, etc.; ils assistent & toutes les batailles et remplissent le monde du bruit de leur renommée.

Nous ne pouvons nous dispenser de dire quelques mots de ces Bolena, débris de la Confédération des Helvètes, que César avait attachés & sa cause et qu'il avait établis sur la frontière des Eduea ou Eduens, sur leur demande, afin de les protéger contre les Arvemes.

Quelle est la partie du territoire qui leur fut concédée après la victoire remportée par César ?

Quel est l'emplacement de leur Gergovia, assi^ée par Vercingétorix?

César, dans ses commentaires, ne précise point l'emplacement de leur Oppidum, il dît seulement, d'après les traducteurs :

(LiVHB I*r) • A U demande des EdueDS, Césnr ayant permis aux Boïens, peuple « renommé par sa valeur {i), de s'établir sur leur frontière, des terres furent données « à cea nouveatii venus, et bientôt ils partagèrent tous les privilèges et tes droits « des anciens habitants. »

(LivBB VII) < Vercingétorix apprenant que César se prépare & surprendre les € Arvemes, en passant par le pays des Eduens, ramène son armée de l'Arvemie chez « les Bituriges et se dispose à faire le siège de Gei^ovie, ville tenue par les BoUm ■ (Bolomm Oppidum) que César y avait établis, sous l'autorité des Eduens, après « le désastre de la guerre helvétique.

■ Cependant César fait avertir les Boîeos de son approche, les exhorte à rester « fidèles et à soutenir vaillamment l'attaque des ennemis. Puis laissant à Agendicnm

(1) Les tablettes trouvées après la défaite des Helvètes, portent à 32.000 le nombre dea Boîeos qni avaient suivi l'eipédltioD, y compris tes vieillards, les femmes et les enfanta ; sur ce chiffre ils comptaient 7 ou 8.000 combattants. '

ïGoogIc

• deux légions, avec le bagage de toule l'armée, il se dirige ïprs les Roiens. Mais, « arrêté à Vellanodunum (Chftleau-Landon) le conquérant romain prend et incondîe u cette place, fait passer la Loire â son armée el arrive sur le territoire des a Bituriges. »

SoD arrivée dans ce pays n'est pas pluldt connue de Vercingétorix que cetui-ci lève le siège de Gergovie et court à la rencontre de César qui allait assi^er Orléans.

A la faveur de cette imprécision, de nombreux historiens, chacun avec des raisons souvent spécieuses, ont placé l'Oppidum Boïen, en Nivernais, en Bourgogne, mais plus particulièrement en Bourbonnais.

Nous allons analyser très rapidement les diverses opinions émises par les auteurs suivants, qui se sont occupés plus particulièrement de la question.

MM. Mignard et Coûtant, antiquaires, donnent pour assiette à la ville des Boïens les ruines de Laudunum, près la colline de Vertaud (Côte-d'Or).

L'emplacement assigné par ces auteurs est trop éloigné des frontières Eduennes et Arvemes pour qu'on puisse lui accorder créance.

MM. Walkzaer et Bonniard te placent à Entrain ou k St-Réverien, dans le département de la Nièvre, mais ils ne basent leur opinion qoe sur l'existence d'une voie romaine qui traverse un village du nom de Bouï et sur les ruines d'une cité Gauloise ou Gallo-Romatne constatée & proximité; c'est bien insuffisant.

MM. l'Abbé Grosnier el Coiffîer-Demoret opinent pour Chantenay et Thiel dans l'Allier, mais ne donnent guère de motifs plus probants que les précédents.

M. Clairefond, dans une étude très sérieuse lue en séance de la Société d'Emulation de l'Allier (1) conclut en li"" ligne pour Moulins ou ses environs, c'est-à-dire Plaisance et Yzeure ; en 2^ ligne pour Bourbon>rArchambault. Il appuie son argumentation par une carte du territoire des Gaules établie par ressource, sur laquelle on a trouvé, dit-il, des vestiges de voies romaines et des traces de leur passage, ce qui n'est pas surprenant, étant donnée la mobilité de leurs nombreuses évolutions dans les Gaules, avant l'invasion de César, c'est-à-dire avant qu'il tes installât défmitivement vers la frontière éduenne, sur la demande de ces derniers ; mais son argumentation n'est basée que sur des probabilités.

Biaise de Vigenère, surnommé le Bourbonnais, contemporain de Belleforest, dans un exposé de motifs assez serré, conclut nettement pour MontlucoD et Néris, sans pourtant en donner la preuve.

(1) Tome Vil {1858-I8e0)

Ohiginb et Premiers Siècles 7

Uo auteurdu comtnencemeDt du xviii"slècle,Auroux des Pommiers, magistrat du Présidial de Moulins, dans la préface de son commentaire sur la coutume de notre province, livré à la publicité en 1732, dit :

t Que les anciena habitanU du Bourbonnais, qui faisaient une partie des Boîes « ou Boîens, n'étaionl qu'une colonne venue des environs de la Bavière, laquelle étant

< sortie de son pays, vint s'établir dans les endroits les plus faibles et les plus décou-

• verts, que l'on conjecture être les environs de Montiuçon, Néris et autres lieux « ci rcon voisins. »

Enfin notre concitoyen, M. Brugière de la Motte, ancien sous-préfet de MoQtlucon, dans un travail très documenté, lu devantle Congrès scientifique de Clermoat'Ferrand, en 1838, développé dans la question des Boïens, nous montre pour leurcantonnement général, la triple contiguïté des Boïens avec les Eduens, les Arvernes et les Bituriges.

• Or, dit-il, comme celle Iriple contiguilé était impossible à droite de la Loire

■ el de l'Allier, par la raison toute simple que les Bituriges ne dépassaient pas la « Loire, qui les séparaient des Eduens, ni l'Allier dont ces derniers occupaient les ( deux rives (dans les limites des diocèses de ISeverseld'Auluo) il en conclu! que celle > Iriple conliguité se trouvait entre le Cher et l'Allier.

■ On sait, d'ailleurs, ajoute-l-il, que César vint en droite ligne, par le Berry

• (foil coDiirmé par la carte de M. Clalrefond), au secours de la Gergoviy Bolorum

■ attaquée par VercingOorùe, ce qui semblerait limiter les Bo[ens, vu leur nombre

■ au périmètre de l' arrondissement de Hontiuçon.

■ César, par une habile manœuvre, les plaçait ainsi dans un lieu accidenté qui a barrait le passage aux Arvernes, ses plus redoutables ennemis dans les Gaules, et

< rendait sûr, le point le plus vulnérable de la confédération.

< Une autre vraisemblance subsiste dans l'impossibilité où se trouve Verrin-

< gélorix, de passer ailleurs que chez tes Boïens, quand il voulut aller chez les Bilu-

■ riges pour les détacher de l'alliance Eduenne el les entraîner dans le mouvement « insurrectionnel.

■ Cette vraisemblance du cantonnement des Bbîens entre le Cher et l'Allier, en a serait enco're dans la nécessité où se trouva Vercingétorix de mettre le siège devant « Gergovia quand ii conduisit une seconde fois son armée dans le Berry.

< Ainsi placés sur la route de Clermont à Bourges, les braves Boïens, purent

< lui disputer le passage ; les médailles du chef arveme trouvées à Bis-Peyre (Pierre > des Boïens) dans le canlon de Marcillal et provenant probablement des guerriers a morls dans les combats, en rappellent le souvenir. >

Ija thèse de M. Brugière a été l'objet de nombreuses contradictions ; bien qu'elle soit dépourvue de preuves évidentes, elle ne manque pas de vraisemblance et peut très bien se soutenir.

Quoi qu'ilen soit, puisque ni les commentaires de César, ni aucun texte n'établissent le lieu de l'assiette de la Gergovia dans la vallée du Cher, en raison des nombreuses votes romaines qui y venaient converger et de sa situation stratégique, des conjectures autorisent à la placer là, où devait

naître et grandir Montluçon et permettent de supposer que c'était bien là cette cité qui devait résister au chef arverae, placée sur sa roule quand ilallacliez les Bituriges, dans l'eadroil le plus dangereusement exposé, en face de ses plus terribles ennemis et justement & l'extrémité du prolongement rectiligoe de la direction suivie par César, pour voler au secours de l'Oppidum Boïen que Vercingétorix attaquait, en vue de délivrer ses alliés et d'en grossir son armée, soit aussi qu'il voulût en cas d'échec trouver dans leur Oppidum un refuge assuré.

Nous n'insisterons pas, ne voulant afflrmerpourexactsdes faits encore insuffisamment établis ; aussi, nous nous bornons & exposer brièvement le résultat de nos laborieuses recherches, en laissant aux découvertes futures et aux historiens de l'avenir, le soin de faire la lumière définitive sur ce point, encore bien imprécis de notre histoire, comme tant d'autres, hélas!

Ces faits exposés, on sait comment la valeur du grand chef gaulois vint se briser devant les retranchements de la ville fortifiée, avant d'être fait prisonnier à Alésia.

Blentât Gergovia, à son tour, tomba à la suite d'une sanglante bataille. La cité des Boîens vit jeter bas ses murs par l'ordre du tyran couronné, et le fort que César y avait fait élever fut rasé par les Qls de ceux qui l'avaient bâti.

Épuisée par dix ans de guerre, la Gaule devint province romaine, mais ce qu'elle perdit en liberté, elle le gagna en civiliaatioQ.

Sous l'influence du génie de Rome, les habitants de notre région et de toute la Gaule abandonnent leurs mœurs sauvages ; leurs forêts impénétrables, où s'accomplissent de sanglants sacrifices, tombent sous la hache ; des routes sillonnent le sol. Aux huttes de terre et de bois succèdent des villes de pierre et de marbre.

Des temples, des cirqu«s, des thermes s'élèvent dans des campagnes aujourd'hui solitaires. Les Romains apportent dans notre contrée leurs mœurs luxueuses et bientôt d'élégantes villas s'élèvent aur nos coteaux verdoyants.

Le goût de l'industriti, du commerce, des arts et des lettres s'enracine sur le vieux sol gaulois et subjugue ses habitants plos facilement que ne l'ont fait les légions de César.

Néris, le Camp fastueux où les Romains avaient réuni le luxe et les plaisirs de leur civilisation trop avancée, les Barbares l'avaient couchée dans la tombe. Les voies que parcouraient naguère les légions de Rome et les chars des proconsuls étaient désertes ou perdues dans la boue ; le camp de César n'entendait plus de cris de guerre et ses retranchements s'écroulaient de toutes parts.

Des cendres de ces ruines, dans notre région, devait s'élever

Origine et PaEMiEHS Siècles 9

MoDtlugoD. Son histoire et sa formation, dans ces temps éloignés, ressemblent à la genèse de toutes les places fortes ou lieux stratégiques fortifiés. On comprend que tout tendait à rendre ft cette cité la gloire de son passé : située sur la vallée du Cher, place d'armes de toute cette partie du territoire des Bituriges, elle vit s'ouvrir pour elle une ère nouvelle. Malte-Brun, dans sa Ffance pitloretque, édition de 1835, dit :

■ qu'on pcal croire que Hontluçon doit son origine et son accroissement

« au voisinage et & la décadence de Néris, ainsi qu'A un passage militaire sur le « Ch6r, où aboutissaient plusieurs voies milllaires, dont on connaît encore les

■ directions.

C'est le sentiment de la plupart des historiens.

VOIES AOMAINBS. — Les vieux ponts. — Trois grandes voies romaines, celle de Lyon à Poitiers, de Limoges ft Autun et de Glermont & Bourges, par Néris, se croisaient h Montlucon. On en voyait, au commencernent du siècle dernier, des tronçons de 80 à 100 mètres de longueur & la sortie des faubourgs de Bretonni et des Forges. La première, l'une des quatre construites dans les Oaules par Marcus-Agrippa, gendre d'Auguste, et dont la Table Théodosienne indique la direction par AQV/E NÉRI et HÉDIOLANVM (Néris-lea-Bainç et Ch&teaumei liant), traversait le Cher, au bas de la ville, sur le pont appelé Pont vieux qu'ont abandonné les eaux depuis un temps immémorial, et dont les cinq arches août aujourd'hui reléguées derrière le foubourg Saint-Pierre. Très étroit, comme celui sur lequel César passa la Loire ft Orléans, ce pont fijt sans doute construit en môme temps que la voie qu'il desservait. Des médailles de MarcuB-A^Ippa, h qui nous en attribuons la fondation, ont été trouvées à Montlucon, ainsi que celles d'Auguste et de ses successeurs.

« Dans les murailles des deux vieilles maisons, dit le docteur Baraillon (I), on « trouva, en Thermidor de l'An II, une médaille en grand bronze de Faustine et

■ une autre de Probus, en aident. La même année, ajoute-t-il, on découvrit dans

■ le mur de ville, près la porte Pouquet, une médaille votive en l'honneur de < Constantin. ■

Et M. Brugière :

1 La plupart des médailles impériales de notre collection ont été recueillies dans • la monnaie courante. > {ï)

L'autre pont dont les annales de la ville constatent l'existence aous le nom de Bufécié, en 1304, et dont M. Brugière et l'auteur lui-même ont reconnu quelques vestiges vers le village des Isles, donnait passage, sur

(1) Recherches sur l'ancienne Ville Romaine de Néris. — BabaIllon, n*109.

{i, La question des Boïens. — Bhuoiëre db la Motte, 1866. — Moulins, Desrosiers.

10 HlSTOIBE DE MONTLUÇON

le Cher, & la voie de Limoges k Autun. Cette voie n'est pas indiquée sur la Table Théodosienae ; mais le docteur Baraillon en a suivi les traces jusqu'aux approches de Mootiuçoo. Au-delà de la ville, la carte d'étatmajor en montre le prolongement entre les communes de Commentry et de Malicorne avec cette annotation expressive : < Oiemin des RomairiB ».

La troisième voie, de Glermont à Bourges, dite chaussée de César, d'où pro\ ieut la colonne leucaire relevée & Bruère et dont la carte de Cassini, ainsi que plusieurs tronçons très apparents indiquait la direction vers Montluçon, aboutissait à cette ville en laissant k gauche le tumulus de Ch&teauvieux, situé dans un enclos appelé Baroulière, par dérivation du mot Barow, dont se servaient les Celtes pour désigner ce genre de monument. En sortant de la ville, elle rencontrait un autre tumulus, portant comme en beaucoup d'autres lieux, le nom de Butte ou Babutte. De 1&, elle tendait h Néris par les Modières, oii dans un champ labouré, M. Brugière a pu fecoonaltre son tummum dortum.

Banville, célèbre géographe, a noté ces diverses voies sur sa carte de la Gaule Antique.

Toutes ces belles voies, on se le demande, auraient-elles uniformément coovei^é vers le même point en notre cité, si là, dès les premiers temps de la domination des Bomains dans les Gaules, et avec les ponts de construction ^contemporaine qui y étaient établis, n'avait pas existé une ville forte, ou tout au moins un important Castrum Romain surveillant la vallée du Cher, protégeant le camp de Néris et assurant les communications avec le centre de la Gaule. Si là, sur la frontière qu'avaient été appelés à défendre contre les Arvernes les redoutables auxiliaires de la Confédération éduenne, et au milieu des nombreux tumulus où reposent les restes des guerriers tomt)és glorieusement dans les combats, ne s'était pas rencontré la place d'armes importante de la contrée.

Page 1