QUATRIÈME PARTIE
Environs de fSontlaçon
ïGoogIc
MONTIvUÇON
Quinssaines. — Saint-Oenest. — Le Chflteaa de l'Ours. — Lamaida, — Saiut-Hartinien. — Treignat — Saint-Sauvier. — L'Abbaye des Pierres. — La Rocha-GuiUebaud. — Le Pays de la oli&tai> gne. — Saint' Dàsiri. — Viplaix. — La Chapelaude. — Chapelle Sainte-Agathe. — La Crfite-Audes. — Huriel. — Domârat. — Commentry (Tieux bourg et ville). — Doyet. — Hyds. — Malioome. — Montvloq. — Montmarault. — Villefranche. — Hurat. — Ghappes. — Le Hontet. — La Ch&teau de la Brosse- Raquin. — Cosnes-sur- l'Œil. — Hérisson. — ChAteloy. — ' Ainay-le-Chftteau. - CériUy. — Chantelle-la- Vieille. — Chantelle-le-ChAteau.
En compulsant les nombreux volumes imprimés ou manuscrits et autres documents ayant trait aux choses de l'Histoire de Montiuçon, tant à la Bibliothèque Nationale qu'aux archives départementales et locales, et dans les bibliothèques de plusieurs de nos concitoyens, nous avons recueilli sur les diverses localités des eaviroas de Montlu^on, un certain nombre de notes, qui nous ont paru suffisamment intéressantes pour en faire l'objet d'un chapitre spécial. Cette description sera comme le récit d'une rapide promenade historique et anecdotique, effectuée il y a un demi-siècle, à travers la région dont notre cité est le centre.
Une grande partie du pays qui forme notre frontière occidentale ne présentait, à l'époque.au regard de l'observateur que des plateaux sablonneux dont l'agriculture s'emparait à peine, ou des coteaux à base de granit et de gneiss, sur lesquels poussaient quelques chênes et de maigres bouleaux,
La monotonie du paysage était cependant tempérée par quelques vallées où s'épanouissait une végétation assez luxurianteet formant comme de véritables oasis au milieu de ce sol, en apparence ingrat.
Quinssaines. — En prenant la route de Limoges, la première agglomération importante que l'on rencontre est le bourg de Quinssaines. Nous allons en esquisser le passé historique.
Quinssaines a été autrefois une seigneurie très puissante ; toutefois, on ne connaît de son histoire que les faits postérieurs à l'année 1400, tous les titres et documents d'avE^nt l'aqnée 1409 ayant été brûlés dans la ville
49i Histoire de Montluçon
et château de Pierre-Bufflère par les Aaglais, ainsi que le mentionne l'attestation qui fut donnée à cette époque à Jean de Pomiers, par le duc Jean et Loys de Pierre-Bufflère. (1)
Le château de cette seigneurie, transformé depuis en manoir t>ourgeois, était situé à six kilomètres environ de la ville de Montluçon. Les seigneurs prélevaient cens, rentes et autres droits seigneuriaux sur le territoire d'une notable partie de Montluçon, le faubourg des Cordeliers, le bas de la Grande rue, depuis la porte des Boucheries jusqu'à la place Saint-Pierre, tout le EfLubourg Saint-Pierre en prenant par l'ancien et le nouveau pont, depuis les Bernardines jusqu'aux Nicauds.
Ils avaient également droit de leydesur toute la poterie et la faïence, terre de grès ou terre commune, qui se vendait les jours de marché sur la place Notre-Dame.
Leurs droits s'étendaient également sur les paroisses de Qninssaines, de Notre-Dame et de Saint-Pierre de Montluçon, de Désertines, de Châteauvieux, de Néris, de Lavault-Sainte-Anne, de Durdat, de Saulx, de Prémilhat, d'Ouches, de Teillet, Saint-Priest, d'Argenty, Saint-Martin iea, d'Huriel, de Domérat, d'Aryen tières, Givrette, Pollier, Nocq, Saint-Victor, et autres.
Ils avaient une chapelle spéciale dans l'élise Saint-Nicolas et un superbe caveau dans celle des Cordeliers de la ville de Montluçon. On voit encore près te faubourg Saint-Pierre une croix de pierre sur laquelle étaient sculptées les armoiries des seigneurs de Quinssaines. (2)
La seigneurie de Quinssaines, appartint jusqu'en 1400, à la famille de Pierre- Bufiière, époque à laquelle elle passa aux mains de Jean de Pomiers. Celui-ci ne la garda pas longtemps. Guichard de Rochechouart, seigneur de Mortemart, l'acheta et le 20 février 1412, a en fournit au prince, son aveu et dénombrement *.
Guichard de Rochechouart la vendit trois ans après à Guillaume des Âigea, seigneur de Laage ; celui-ci la revendit à Catherine de Rochechouart, sœur de Guichard et femme d'Olivier de Saint-Geoi^es. Les enfants d'Olivier la rétrocédèrent vers 1405 k Guichard de Lépinas, qui la céda à son tour à Jean de Bourbon pour la somme de 1000 écus d'or.
Après avoir été successivement rachetée et revendue, eHe passa à la famille de Lyon, qui la garda de 1531 à 1631. Elle fut la propriété des Tissandier, de 1631 k 1669 et en 1789, elle échut par mariage "à Louis- Francois-Jules Johannot, marquis de Bartillat.
(l) Noi*s extraites d'un mciDuscrit t^dlgé en 1790, par le chAtetsin de Qi communiquées par M. Dechaud, propriétaire actuel des vestiges de cette aeigiieurie,
(3) Cette croix est encore debout, boulevard de Courlais, adossée à une petite maison appartenant à la famille Raiier.
ïGoogIc
Voici au surplus la liste des seigneurs de Quinssaines, de 1400 à 1789. 1400. — Loys de Pierre-Bussière ; 1409. — Jean de Pomiers ; 1412. — tiuichard de Rochechouart ; 1415. — Guillaume des Aiges ; 1417. — Olivier de Saint-Georges ; 1445. — Guicliard de Lépioas ; 1473. — Jean de Bourbon ; 1488. — Bompard de Saige ; 1520. — Bompard de Saige II ;
1528. — Bertrand de Beaussoa ;
1529. — Geoffroy Brandon ;
1530. — Eustard Brandon ;
1531. — Antoine de Lyon ; 1534. — Julien de Lyon ; 1543. — Pierre de Lyon ; 1552. — Julien de Lyon ; 1573. — Jean de Lyon ; 1688. — Nicolas Gaudron ; 1620. — Jean-Pierre de LyOD ; 1631. — Gabriel de Tissandier ; 1644. — Paul de Tissandier ;
1715. — Gilbert-Olive Aiamargotde Fontbouillant ;
1747. — Jean, comte de Lambertye ;
1776. — Pierre-NicoIas-Elisabelh-GeolTroy de Villemaia ;
1789. — Louis- François-Jules Johannot, comte de Bartillat. Le manuscrit donne beaucoup d'autres particularités intéressantes, mais qui, à notre grand regret, ne peuvent trouver place dans le cadre restreint que nous nous sommes tracés.
Saint-Oenest. — Si des hauteurs de Quinssaines, nous tournons nos regards du câté de la vallée du Cher, en amont de Montluçon, nous apercevons les sites ravissants des villages de Lignerolles et de Saint-Genest, de ce dernier surtout où l'on remarque, les curieuses ruines du ChAteau de l'Ours, de légendaire mémoire. Nous ne résisterons pas au plaisir de reproduire ici, une belle description imagée qu'en a fait, sous le pseudonyme de c Leroc Dussaint ■, un de nos conciloyens, M. l'abbé Bournichon, curé-doyen d'Aigurande, dans un charmant ouvrage intitulé précisément le c ChAteau de l'Ours n (1) :
(I), BouHMCHox, Lb Chite.1i; riE i.'Oins. — Blériot ot (Jauthier, libraires-éditeurs, Kt, quai des (irands-AugustiriB, Paria.
ïGooglc
« On arrive sur le point culminant des collines qui entourent te chftleau légen-
• daire.
a Impossible à quiconque a le sentiment du beau et du grandiose de maîtriser
■ alors un cri d'admiration. La Suisse, l'Auvergne et tous les pays de montagnes
* ont le t]riv)lëge des beaux sites et des horizons variés. S'ils en offrent beaucoup
■ de plus vastes que celui qui s'étale en ce moment sous les yeux, ils n'en offrent n guère de plus beaux.
■ Le point qui attire tout (l'abord le regard, que le premier arrivS désigne du t doigt k ceux qui le suivent en criant joyeusement : « La voilà ! ■ c'est la tour, « c'est la ruine.
t Sur une esplanade de cent pas de long et de trente i quarante de large, for- « manl un ovale à peu près régulier, tout au milieu, une tour cylindrique se dresse t ferme et solide sur sa base de rochers. Les murs de cette tour ont six pieds d'épais- ( seur, sa circonférence est de vingt-quatre mètres en dehors. Pour y pénétrer, point Il de porte, mais une brèche de date assez récenle, ouverte à coups de pic dans la t maçonnerie résistante, et suffisante pour laisser passer un homme. L'intérieur de ■ ta tour n'est éclairé que par le jour de la brèche, et dans le haut, par un peu de « lumière qui descend à travers l'étage supérieur par un trou circulaire, percé au • milieu de la voûte. Ce trou, cet absence de jour, dénotent que ce rez-de-chaussée a n'était autre chose qu'une oubliette, une prison inexorable, qui ne rendait c jamais ceux qu'elle avait reçus.
< Devant la tour, en face de la porte destinée & l'étage du haut, est une petite
• tourelle, ou plutôt un bloc de maçonnerie en forme de tourelle, sapé par la base, ■ mais se tenant encore fermement debout sur sa masse solide. On se demande à
• quoi pouvait servir cette construction bizarre, et on n'arrive que difRcilement à a s'en expliquer l'utilité. Selon toute apparence, ce bloc de maçonnerie devait être t lo psinl d'appui d'un pont-levi.s jeté entre lui et la porte du premier étage.
• K l'extrémité méridionale, on voit les restes d'undonjon semi-circulaire. Une « porte et trois fenèlrc!^ y subsistent encore. Oc donjon devait être l'habitation ordi- « naire des maîtres du château, dont la tour était la forteresse et la prison.
• Le mur d'enceinte n'est plus marqué que par ses fondemenls. Il s'est effon- < dré tout entier dans le précipice béant, vertigineux, qu'il couronnait et comman- • dail jadis >.
Lamaida. — Si l'on poursuit son excursion par la route de Limoges, on arrive bientôt au village de Lamaids, dont le territoire forme la limite de la frontière bourbonnaise. La petite église du lieu, bien que de style ogival, n'a rien de remarquable.
Au siècle dernier, le bourg de Lamaids était encore un des relais de ia diligence de Limc^es k Montluçon, dont le dernier conducteur a été le
boD VergDiaud, qui, sur son déclin, il y a quelque trente ans, s'en faisait un titre de gloire.
Saint-Hartinien-Frontenac. — En revenant un peu sur ses pas, et en prenant à droite, on aperçoit bientôt Saint- Marti nien, dont l'église a été longtemps ta propriété des seigneurs de la famille de Brosse.
1)6 Saint- Marti nien, on se rend à Frontenac, joli village qui en dépend et qui est assis au pied de collines peu élevées et entouré de grands arbres. C'est au-dessus de ce village que sont situés les champs de Jai^es, où BaraillOQ a cru voir, dans les rochers qui composent la masse des coteaux, les débris d'une ville gauloise.
Rien n'est plus naturel que la disposition de tous ces rochers super* posés ; c'est un de ces jeux de la nature qui ont quelque chose de grandiose et d'étrange.
En laissant derrière soi les champs de Jarges, pauvre campagne où l'on ne recueillait qu'un peu de sarrasin, on découvre dans le lointain les gigantesques amoncellements des Pierres JaumAtres et de Touls-Sainte- Croix (Creuse), qui dessinent à l'horizon leurs masses irri^ulières. Il y a I& encore des vestiges de cités gauloises que Barailton et George Sand ont ressuscitées comme la ville de Jai^es.
On a trouvé à Saint- Marlinien, au lieu dit eau Peu-Brillat», de nombreux débris gallo-romains, tels que : vases, monnaies au nom d'Auguste et d'Agrippa, des restes de fresques de l'époque, sur des enduits de murs.
Treignat- — En quittant Frontenac, on se dirige vers Treignat, et bientôt on descend sa riante vallée.
Cette vallée est close de toutes parts, par une ceinture de montagnes dont les échos retentissaient souvent du chant des pâtres, assis sur les crêtes saillantes des rochers.
A Treignat, une église moitié romane, moitié ogivale et lourdement décorée. On y a constaté des traces d'une voie romaine. Rien autre chose de remarquable, non plus qu'à Saint-Sauvier, joli bourg entouré de terres fertiles.
Saint-Sauvier et Chapelle Saint-Rémy.— Près de Saint-Sauvier, à l'extrémité d'un vaste espace inculte, couvert de fougères, planté de quelques beaux tilleuls et de châtaigniers rabougris, se trouve la chapelle Saint-Bémy. L'architeclure en est simple. Figurez-vous un portique moderne de mauvais goût, quelques contreforts gothiques, un toit couvert de mousse, un clocher qui ressemble à un pigeonnier et vous aurez une idée de cette rustique église.
A l'orient, ooule une fontaine d'une eau limpide et abondante.
Cette source, qui ne tarit jamais, dooDe DSissance à un gros ruisseau qui se jette dans le Ciier. C'est elle, qui jadis, attirait chaque année dans ce lieu désert, une foule Dombreuse, le jour de la Tête de Saint-Jean.
■ Dès la veille, dit un auteur contemporain, le plateau se couvre de tentes blanches en longues avenues et de cabanes de feuillage, que l'on appelle amayets ; les étalages de marchands se dressent. Les pèlerins éloignés arrivent et se disposent à bivouaquer. Partout les feux de cuisine en plein air s'allument, et de joj'euses colonnes de fumée s'élèvent et planent au-dessous des bois.
I Le jour de la fête, dès le matin, tous les sentiers descendant des cdtes, serpentant le long des ruisseaux, ou coupant les vastes prairies, retentissent de bruits confus, de chants et d'éclats de voix. Des bandes de garçons marchent précédés d'une musette aux sons grêles. Les jeunes filles, parées de leur robe du dimanche, s'avancent en groupes rieurs ou passent, montées derrière des paysans, qui font caracoler leurs chevaux.
1 La foule se porte de bonne heure, autour d'une mare ombragée de peupliers, formée par l'eau de la fontaine de Saint-Rèmy. Plus de cent femmes, ayant leurs jupons retroussés jusqu'aux genoux, barbottent dans cette eau, troublée par leurs piétinements, s'en lavent les jambes et les bras, en répandent sur leurs épaules et dans leurs seins. On y voit de vieilles femmes courbées et ridées, chez qui la vie s'éteint, et de jeunes filles que trop de vie dévore. Il y a là des mères, dont la figure rayonne d'une confiante espérance et qui plongent dans l'eau glaciale de petits enfants nus, aux membres décharnés, aux figures rendues hflves et livides par la fièvre. Mais, par dessus tout, une immense quantité d'infirmes, de boiteux, de manchots, de perclus, d'aveugles, pauvres créatures auxquelles il reste au moins la foi et sa sœur l'espérance, s'agitent dans ce bain qui doit les régénérer, et marmottent d'inintelligibles prières.
■ Autour d'eux, des nuées de mendiants font retentir l'air de cris lamentables et étalent de hideuses plaies, s'adres&ant à la confiance des pèlerins pour obtenir assistance et compassion.
« Plus loin, les marchands de chapelets et de livres de piété, avec leurs boites à reliques et l'enseigne fiottante de Saint-Hubert ; les diseuses de bonne aventure, les vendeuses de cierges, les saltimbanques et les jeux de hasard, tout se réunit pour tendre des pièges k l'ignorance, à la fiiiblesse et au désœuvrement.
■ Les fidèles se pressent aussi dans la chapelle, aux murailles nues, décrépites, noircies par la fumée des cierges, brûlant sur un triple cordon de fer. Ici, après les ablutions d'une eau glaciale, le vœu s'accomplit par de ferventes prières et de longues stations.
( A la fête de Saint-Rémy, on fait aussi une bonne part aux plaisirs. Un mur sépare les plaintes de la souffrance et les accents de la folle gaieté
les fervents élancemeots de la prière et le tumulte des afTaires mondaines. Là, sont les cornemusiers, debout sur des tonneaux défoncés, et autour d'eux les bourrées se succèdent sans interruption ; ici, sont les marchands forains et leurs étalages qui tentent la coquetterie campagnarde ; plus loin sont des tables disposées pour des repas sans fin. C'est une véritable apport bourbonnaise, s
L'Abbaye des pierres. — Entre Saint-Sauvier et Culan, deux grandes ruines à visiter: le ch&teau de la Roche-Guillebaud et l'Abbaye des Pierres.
On y arrive en suivant tantôt des chemins creux dont les berges escarpées sont couronnées de haies de houx aux feuilles d'émeraude,aux baies de corail, tantdt clés sentiers à peine battus au milieu d'une mer de bruyères,
Après bien des détours, après avoir demandé l'abbaye & tous les paysans que vous rencontrez épars dans les champs ou debout sur le seuil de leur chaumière et vous regardant avec curiosité, vous descendez dans un ravin, creusé par l'Arnon, petite rivière bruyanteet torrentueuse et vous voua trouvez en face de la vieille Abbaye des Pierres, qui a été complètement démantelée.
Le nom de cette abbaye indique assez la nature du pays dans lequel elle est située. Elle est cachée au milieu des bois, entre deux coteaux fort resserrés. Ses bâtiments sont implantés sur le rocher. Au nord, les produits de quelques champs couverts d'une couche mince de terre végétale servaient à nourrir les religieux du monastère.
On ne retrouve plus le squelette de l'Abbaye, pour ainsi dire, tant les constructions ont été bouleversées. On reconnaît encore la place de la chapelle voûtée en berceau ogival ; on voit les débris du cloître et du logis abbatial. Un énorme donjon carré, muni de pilastres, s'avance au-dessus de l'Arnon. Le paysage de l'Abbaye des Pierres est un des plus agrestes et des plus sauvages que l'on puisse voir.
Cette abbaye était de l'ordre de Citeaux, de la filiation de Clairvaux. Elle a été fondée par Raoul, dit le Vieil, prince de Déols,dont l'existence a été constatée en 1128 et par son fils Elbe IL Tous les seigneurs de la maison de Déols comblèrent de biens le monastère fondé par leurs ancêtres.
La Roche- Quillebaud. — Quand on a gravi les collines de la rive gauche de l'Arnon et qu'on a traversé les taillis qui couvrent leurs versants, on aperçoit, au couchant, les masses du château de Culan, donton distingue les tours rondes à mâchicoulis. Pour aller vers l'ancienne forteresse de la Roche-Guillebaud, il faut marcher à l'est et appuyer un peu sur la gauche. On retrouve bientôt l'Arnon, sur les bords duquel, dit
600 Histoire de MoNTLUcoi4
l'auteur du temps, i je vis quatre jeunes paysanoes endimanchées, qui allaient k la messe au bourg voisin, et qui s'étaient assises à l'ombre des glaïeuls pour reprendre leurs chaussures renfermées dans leurs tabliers, s
Au milieu de l'Arnon, s'élève un monticule conique de rochers, isolé de toutes parts. C'est à son sommet que les seigneurs de la Roche-Guillebaud se construisirent, au x." siècle, une forteresse triste et sauvage.
Ces seigneurs faisaient hommage de leur fief au seigneurdeCbAteauroux et celui-ci au duc de Bourbon. Ces seigneurs étaient puissants au XI' siècle.
A cette époque, Lucques,, veuve d'Archambaud V, épousa Alard de la Roche-Guillebaud, pour trouver dans sa personne un défenseur contre les usurpations d'Aymon de Bourbon. Après les seigneurs de la Roche, ce château passa, au xv siècle, à la maison de Malleret; au xvii» siècle, il appartenait à Arnaud de Bourbon, prince de Conti, qui le vendit k Michel-le-Tellier, conseiller d'Etat.
La forteresse de la Roche-Guillebaud est tout à fait ruinée; il ne reste que des murailles en moellons, car la spéculation est venue chercher les pierres de taille jusque dans ces précipices. La porte d'entrée était au nord et était munie d'un pont-levis qui s'abaissait au dessus des ravins, entre lesquels mugit le torrent. Les bâtiments d'habitation étaient compris dans une enceinte murale et défendus par un gros donjon.
Ce château ne présente donc plus qu'une masse informe, des débris de tours couverts de lierre, des monceaux de décombres que se disputent les ronces et les genêts.
Le Pays de la Ch&taigae. — I^a partie du Bourbonnais parcourue ensuite, s'appelle le Pays de la Châtaigne. C'est une pittoresque contrée, qu'aucune grande rivière n'arrose, où les communications laissent encore à désirer; c'est un vaste territoire qui s'avance entre la Marche et le Berry. Des hauteurs, on voyait se dérouler comme une immense forôt coupée de landes incultes, des champs de seigle ou des pièces de sarrasin, encadrés de plantations de châtaigniers.
Saîat-DÂsiré. — Le boui^ le plus riche du Pays de la Châtaigne, est sans contredit celui de Saint-Désiré. Les terres qui l'entourent sont fertiles. Ce que Saint-Désiré offre de plus remarquable, c'est son église, qui est vaste et bâtie sur un plan qui n'est retrouvé que dans la partie du Bourbonnais qui touche au Berry. Klle est du x* siècle, et mesure dans l'œuvre 114 pieds de long sur 6ti de large au transept. Ce qui distingue encore cette église, c'est que son extrémité orientale olïre trois cryptes : une sons le sanctuaire et deux sous les chapelles absidiales qui l'accompagnent.
Environs De MontlucoN èol
Viplaix. — Viplaix, qui a possédé un des plus anciens monastères de notre contrée, est même, dans de vieux titres, qualifié de ville, bien que ce ne soit qu'un simple bourg perdu au milieu des landes et des châtaigniers. Ce qui semble encore conHrmer l'importance de Viplaix au moyen-îtge, c'est qu'à cette époque lointaine il possédait deux églises, ainsi qu'il résulte d'un acte passé entre le prieur de La Chapelaude et les frères Raoul, desservants de ces deux églises. Par cet acte, qui est de 1153, Roi^oo, prieur de La Chapelaude, cède aux deux Raoul, pour trois ans, moyennant une rente annuelle de dix cierges et de trente sous : 1° sa moitié des produits des enterrements, pénitences, offrandes volontaires, elc , et 2* sa moitié des dîmes d'agneaux, veaux, porcs, gélines, grains, etc., pour dix-huit setiers de grains, dont huit de seigle, deux de froment, deux d'orge et six d'avoine.
La Chapelaude. — L'histoire de La Chapelaude semble avoir une grande analogie avec celle de Viplaix. L'une et l'autre furent comprises dans une donation à l'Abbaye de Saint-Denis, par un seul et jnâme acte.
On estime que l'emplacement de La Chapelaude a été habité autrefois par les Romains. On y trouve sur la petite rivière de Meuaelle quelques vestiges d'un pont qu'on pense être de l'époque gallo-romaine. Les assises sans ciment sont si régulières et si bien ajustées qu'on peut croire & l'exactitude de la tradition.
A la Chapelaude, il y a eu un monastère de Bénédictins, fort riche, dont l'église subsiste encore. Elle a la même forme que celle de Saint- Désiré. La décoration est grossière, bien qu'elle ait été faite sous l'inspi' ration de l'art bizanlin. Le chœur est décoré de hautes arcades simu* lées. Les bas-côtés sont très étroits ; les arcs doubleaux qui fortirient leurs voûtes, sont reçus sur de simples impostes. Près de cette église, dans une vaste cour, on retrouve des constructions considérables de l'ancien prieuré de la Chapelaude. On y voit des tours à oubliettes et des caves solidement voûtées. On montre même une tour dans laquelle les moines, dit-on, rendaient la justice. Les murs sont épais et elle est sur* montée d'un toit élégant, à la manière des kiosques chinois.
Cliapells Saintd-Agathe. — Entre Saint- Désiré et La Chapelaude, ou aperçoit sur un plateau sablonneux et aride, une petite chapelle dédiée à Sainte- Agathe. La légende du pays, dit qu'une jeune bergère, animée de l'esprit de Dieu et comblée des bénédictions du ciel, conduisait tous les jours pattre ses moutons sur ces terres infécondes et que ses brebis étaient toujours grasses et couvertes d'une laine pendanCe et épaisse. Son maître lui avait représente sans cesse, que le lieu qu'elle choisissait pour pacage était privé des herbes et des Heurs que recherclient les troupeaux ; mais elle avait continué de mener ses moutons sur le plateau
désert et ils étaient devenus les plus beaux de la contrée ... A la fin, le maître ne douta pas que Dieu n'opér&t un miracle en faveur de la pauvre bergère et il la regarda comme une sainte. Celle-ci fut bientôt en grande vénération dans toute la contrée ; elle fit des prodiges, et quelque temps après sa mort, on éleva une chapelle en son honneur, dans le lieu même oii on l'avait vue, simple bergère, veiller sur son troupeau. Tous les ans, au mois de février et à la Pentecôte on célèbre la messe dans cette chapelle.
Andes. — Le bourg d'Audes est situé dans un pays au sol maigre et rouge&tre ; mais ses maisons se groupent très agréablement au milieu d'arbres et des plantes champêtres de riant aspect.
L'élise était de style roman, mais ravagée par le temps, seule l'abside avait conservé le style primitif de son édification, au cours du siècle dernier.
Ces derniers vestiges disparurent, il y a quelque trente ans, cédant la place à une église moderne de belle apparence.
Huriel. — Dans ce coup d'oeil rapide des environs de Montluçon, gardons-nous d'oublier l'intéressante petite ville d'Huriel, si riche en souvenirs de l'époque féodale.
Huriel était, en effet, au moyen-âge, une des vingt-sept villes du Bourbonnais ayant murailles et fossés, et, comme telle, assujettie à un impôt de guerre. Un imposant chàteau-fort complétait la ville féodale. De tout cela il ne reste que des vestiges de tours, do'nt la principale ' La Toque ■, presque intacte, ajoutée récemment à la liste des monuments historiques, est considérée comme un des plus beaux spécimens de l'architecture militaire du xii" siècle.
L'église, aussi classée comme monument historique, est d'architecture romane et date également du xii' siècle ; on y remarque un bénitier roman et une grille en fer grossier qui semble remonter & la construction primitive.
Autrefois, Huriel possédait encore plusieurs autres églises, notamment celle que les seigneurs de Brosse firent édifier vers la Sn des croisades, sous le vocable de Saint-Martin, pour recevoir leurs tombeaux de famille. Vendue comme bien national pendant la Révolution, cette église a été transformée en maison d'habitation ; mais les tombeaux des seigneurs ont disparu, la main dévastatrice des hommes les a dispersés ; il ne reste plus des richesses artistiques du vieux temple qu'une statue équestre de Saint-Martin, qui a été déposée dans l'enclos des Calobiea, dont elle fait encore le principal ornement. Nicolas de Nicolaï qui a visité cette église rapporte • qu'elle était située entre la ville et le ch&teau,
Environs de Montluçon S03
qu'elle était fondée de douze chanoines et un doyen par les défunts seigneurs de Brosse, qui sont tous là ensépulturés. •
Ainsi qu'on le voit, les de Brosse avaient le culte de leurs ancêtres ; ils avaient aussi le cuUe de ta patrie.
Si pendant la malheureuse guerre de Cent ans, beaucoup de Français eurent la faiblesse de faire cause commune avec l'étranger, les seigneurs d'Huriel, restèrent fidèles à leur roi et à leur patrie. Les Anglais n'eurent pas de plus braves adversaires que Jean de Brosse. Nommé maréchal de France, on le trouve partout comlwttant aux côtés de Dunois, La Hire, Xaintrailles. tl guerroie aussi avec Jeanne d'Arc et fait partie de l'armée qui accompagne Charles VII au sacre de Reims. Comme l'étendard de la bonne Lorraine ■ il avait été & la peine, il était juste qu'il fût aussi à l'honneur •.
On a trouvé à Huriel une hache en silex poli et une tète de lance taillée. Ces objets sont déposés au musée de Moulins.
Domérat. — Les recherches relatives è cette localité, n'ont guère donné de résultats ; toutefois, l'église parait dater du xi* siècle. La crypte est avec celle de Saint- Désiré une des plus belles du Bourbonnais, la plus grande et la mieux conservée. Elle forme une véritable église souterraine et se trouve divisée en trois nefe, par deux rangées de sept colonnes cylindriques ; on y descend par un escalier de sept marches à gauche de l'entrée du chœur. F^lle mesure onze mètres de long sur quatre mètres vingt de large et deux mètres dix de hauteur. En 1277, les religieux d'Evaux, dont dépendit Domérat, adressent une requête à l'archevêque de Bourges, pour qu'il oblige le prieuré à leur fournir du vin qui était surabondant dans le pays.
En 1368, Perroton-Laugé-Aygou vend et cède au duc du Bourbonnais pour 50 francs d'or, six muids de vin, qu'il avait droit de prendre sur les dîmes de vin du dit duc dans la paroisse de Domérat.
Chamblet. — Du côté de la frontière orientale de Montluçon on trouve le bourg de Chamblet qui n'olTre d'intérêt que par son église, dont la façade est ornée d'une grosse tour carrée et crénelée.
Commeatry. — Commentry (Vieux bourg) paraît avoir une origine très ancienne ; avant l'exploitation des mines on y remarquait d'impor' tantes ruines romaines, et l'un de ses chemins porte encore le nom de chemin des Romains. On y a d'ailleurs trouvé des fragments de haches et d'anliques tuyaux en bois dechéne ; ces objets sont maintenant au musée de Moulins.
L'église, consacrée à Saint-Front, l'un des apôtres des Gaules, est remarquable par son antiquité.
èoi Histoire de Mûntluçon'
Doyet. — Doyet possédait uneancieDoe église, de style roman, doDt le clocher était décoré d'arcades angulaires. Dans une chapelle conservée et restaurée de cette église, on voit encore, la seule pierre tombale d'un seigneur de la maison de Courtais, décédé en 1645, sur laquelle on lit l'épitaphe suivante, gravés en creux :
tlCVGlSTMESSIREGlLBERTDECOUnTAISjCHEVAUERSEIGNEURDUDlCTLIEU,
«La Souche, La GuERCHE,DoviET, Les Moreaux, etc. ; Capitaine d'une «Compagnie de Chevau- Légers, ENTHEnrENUE pour le Service de Sa « Majesté, lequel est décédé le 17 Janvier 1645. »
L'antique château de la Souche, dont on aperçoit à droite de la route et parmi de vieux chênes, le donjon carré, & créneaux et à toit aigu, appartient encore à la famille.
Colombier. — Ce bourg célèbre, alord qu'il possédait son ancien monastère, est pour ainsi dire à demi couché sous de beaux ormes et de grands peupliers de France, entre des bouquets d'arbres fruitiers. Ia rivière l'Œil, aux eaux claires et limpides, baigne les maisons du bourg et arrose de riantes prairies.
L'église, bâtie au sommet d'un coteau escarpé, sous trois beaux ormes de Sully, représente les trois ordres de l'Etat. Le portail est à plein cintre et son archivolte est découpé de plus petits cintres.
Le clocher est de forme octogonale; quatre de ses faces sont percées de fenêtres à plein cintre, quatre autres faces sont ornées de petites rosaces. L'intérieur de l'église est tout à lait irrégulier. Les arcades reposent sur des chapiteauic bizarres, rehaussés d'animaux et de plantes en relief peu saillants. Le cimetière est semé de tuiles romaines, on y trouve aussi des tombes en béton, qui proviennent d'un aqueduc antique.
A gauche et joignant immédiatement l'église, s'élève une tour carrée, sous laquelle était pratiquée la porte d'entrée dans le monastère de Colombier, qui était entouré de fossés. Cette tour élait munie d'un pont-levis.
En descendant vers l'Œil, par une rue dont la pente est rapide, on remarque les débris d'une belle croix, sur laquelle on voit le donataire et un ange tenant un philaictère. Colombier a été illustré par la vie et les miracles de Sajnt-Patrocle.
Ryda-Halicome. — Pour regagner MontmarauU, de Colombier, on peut passer par le bourçd'Hyds, oft se trouve une croix, dont les extrémités, dans les temps d'orage, lançaient, dil-on, des flammes. Cette commune doit être d'origine très antique. Le mot braye, d'origine gauloise, y est encore employé pour désigner la culotte et les pantalons ; et on donne encore le nom de brayaud à l'homme qui porte mal ce vêtement.
Environs de NioNTLUçoN 506
Hj-ds possédait, autrefois, plusieurs monuments mégalithiques très remarquables qui ont été en partie détruits.
D'Hyds on arrive à Malicorne, dont l'église est certainement remarquable. Le portail est semblable à celui de la basilique de Ck)lombier. L'abside est décorée de consoles fort originales et exécutées avec une rare habileté. Malicorne était autrefois une ville close de murailles et avait un chàteau-fort, aujourd'hui rasé.
Montvioq. — Au delà de ce bourg on trouve celui de Hontvicq, oti il y a encore d'imposants vestiges d'une forteresse féodale, bâtie sur un mamelon recouvert de gazon et entouré d'un fossé. H était compris dans une enceinte de murailles polygonales fortifiée de tours.
L'entrée est au midi, sous un donjon carré, qui se termine supérieurement par un cordon de mâchicoulis et qui était défendu par deux pontslevis de différentes dimensions, placés l'un à côté de l'autre.
Dans celte enceinte, outre les bâtiments d'habitation se trouvait une petite église rcmane, dont la nef n'élait accompagnée que d'un seul collatéral.
Hontmarault. — Il y a peu k dire sur Montmarault, toutefois, on y a trouvé la trace de bifurcation de plusieurs voies romaines. Celte petite ville est assez bien bdtie et n'a renfermé aucun établissement religieux en dehors de son église, dont le style est de l'époque byzantine et (Rivale. Elle a, par malheur, été mutilée. Quelques restes de sculpture, d'une exécution très soignée, font regretter que ce monument n'ait pas été mieux conservé. Montmarault n'est guère célèbre que par ses produits agricoles et par ses fromages de chèvre, connus sous le nom de ■ roujadoux. •
VUlefranobe. — La ville de Villefranche était appelée dans le principe Montcenoux. Située au milieu de terres fertiles elle était ceinte de hautes murailles et de larges tossés.
Il y avait auai^i un très ancien monastère qui dépendait du chapitre de St-Ursin de Bourges.
L'église paroissiale a été aussi bien malmenée et n'offre plus que le liera de sa nef. Elle est fort large et appartient au style ogival primitif. On vantait beaucoup son portail qui était rehaussé de fort belles sculptures, représentant des rinceaux de feuillages et des statues de saints. La rosace du pignon occidental était citée aussi pour la hardiesse de sa construction; son clocher, surmonté d'une llèche en bois aussi élevée que délicate, auquel on arrivait par un escalier élégant, annonçait la ville au loin dans les campagnes.
En U3(i, Arcbambaud V accorda plusieurs privilèges aux boui^eois
de Villefranche, notamment l'exemption de péage sur toute la terre seigneuriale et le droit d'y vendre toute espèce de marchandises sans payer leyde, sauf pour le sel ; ils avaient droit d'usage dans les bois du sire de liourbon; une course de chevaux était établie à Villefranche, le lendemain de l'octave de la Pentecôte, au pont Bana. Le prix pour le vainqueur était d'un marc d'argent, et pour celui venant après, de cinq sous. Autrefois, la route de Moulins à Montluçon, passait par Villefranche, et coatribuait à la prospérité de cette petite ville, qui adéchu beaucoup depuis qu'elle en est privée.
Morat. — Une ancienne ville, dont il ne reste guère de traces, c'est Murât, située à l'est de Villefranche, dans un pays entrecoupé de petites collines.
Murât était le siège d'une chÂtellenie et faisait partie du domaine des premiers sires de Bourbon, qui s'y conatruisirent un fort ch&teaa, dont les ruines couvrent la surface d'un vaste rocher, isolé de toutes parts et baigné au midi et à l'ouest par l'Aumance.
Une forte enceinte de murailles, flanquée de tours cylindriques, faisait le circuit du rocher; une entrée était pratiquée au midi. Dans l'enceinte étaient renfermés les corps de Ic^s et la chapelle. Ce château était un des plus grands du Bourbonnais ; il a été démantelé lors de la défection du connétable, après avoir été donné à la plupart des douairières de la maison de Bourbon.
Depuis longtemps, il tombe de vétusté, comme la plupart des forteresses féodales ; c'est aujourd'hui une carrière de moellons que l'on a peine à exploiter, tant les pierres sont solidement cimentées. Tout autour du rocher, ce ne sont que des murs pendants et des tours aux flancs déchirés. On peut se figurer l'effet imposant que produisent ces monceaux de ruines, en rappelant que le château de Murât était défendu par yingtsept tours crénelées, construites en grande partie par Louis II, qui enrichit le Bourbonnais d'un si grand nombre de vastes édifices.
Louis II était également renommé pour sa bonté; à la lin de sa vie, ses contemporains ne l'appelaient que le bon duc. En 139S, il mande & ses gens de comptes, d'accorder un dégrèvement de taille à tous les pauvres habitants des chAtellenies de Murât, Montluçon, Verneuil, Chantelle, Bourbon et autres, « qui ont été battus ceste présente année de tempestes tellement, que les hommes des diz lieux ont perdu leur blez, vendanges et autres biens, ou la plus grande partie d'iceulx. ■
Tous les vendredis, il distribuait lui-même de larges aumOnes aux malheureux.
Le 21 juinl456,la criée relative à la vente des biens de Jacques CkBur & été &,He dans la ch&tellenie de Murât, par Jean Menier, sergent du roi.
Environs de Montlcçon 507
L'église de Murât participe des xii" et xni'siècle, Sadécoration architecturale est fort grossière ; des arcs-boutants partant du sol et percés d'arcades, soutiennent les murs extérieurs de l'église. On voit dans la sacristie un reliquaire de la Sainte-Croix, filigrane et en émail, d'un précieux travail et d'une heureuse conservation.
Cette localité est mentionnée par Ë. Tudot, dans sa carte des voies romaines.
Cliappes. — La petite église de Chappes, de style byzantin, est du XI» siècle. La nef intérieure date de l'ère ogivale primitive. Les chapiteaux des colonnes sont décorés de grossières figures courtes et trapues, du plus détestable dessin que l'oD puisse voir ; mais on y admire un devant d'autel du moyen-àge, du plus bel effet ; il représente une adoration des Mages avec une vue du chÂteau de Murât dans le fond.
On y conserve également une vierge en bois, qui remonte, dit-on, à l'époque de la construction de l'édifice.
A l'extérieur, cette petite basilique montre son portait à plein cintre, des corniches ornées de moulures délicates et un clocher, dontle premier étage offre des arcades angulaires et le second, des croisées cintrées. L'église de Chappes appartenait aux moines de Souvigny.
Le HoDtet. — Le Mootet est un des boui^s les plus élevés du Bourbonnais. 11 a dû son importance & un monastère considérable de Bénédictins et aux largesses des sires de Bourbon. Ce monastère fut surtout doté par Archambault III, qui, après avoir résidé pendant longtemps au Montet, y mourut et voulut être enterré dans l'église des moines. Auréa, femme d'Archambault, fut enterréeà côté de son époux. Archambault IV, comme son père, eut sa sépulture dans la t>a9ilique du Montet.
En 1005, le pape Url)ain II vint au Montet et séjourna parmi les Bénédictins. Il délivra dans ce monastère une bulle en faveur des religieux de Souvigny, et rétablit la paix entre eux et Archambault V. Cinquante ans plus tard, il recevait en fugitif, Pons de Montboissier, abbé de Vézelay, chassé par le comte de Nevers. Mahaut de Bourbon, femme de Guy de Dampierre, y mourut et fut enterrée près de ses aïeux. Depuis le XIII* siècle, le Montet n'apparaît plus dans l'histoire.
En 18^, on a trouvé dans les environs, une antique bague en or, avec entaille en cornaline, représentant un buste de femme.
Le Ch&teau de la Brosse-Raquin. — Si du Montet on descend dans la direction de Cosne-sur-t'Œil, on trouve le village de Tortezais, sur le territoire duquel est situé le joli manoir gothique du xv* siècle de la Brosse-Raquin. On l'aperçott de la route qui va de Villefranche-d'Allier à Cosnes ; il se trouve à peu près à égale distance de ces deux localités.
Il garde des souvenirs intéressants de son époque : sa grande cour par laquelle on accède par d'ancieas portails munis à droite et à gauche de tours carrées, dits < les corps de garde ». La petite cour intérieure, défendue, ainsi que le chAteau^ par les douves qui existent toujours et le pont-levis, dont on retrouve l'emplacement. La façade du midi a conservé les fenêtres & meneaux en forme de croix et sa belle lucarne lleuronnée, sur laquelle se voient deux blasons.
On entre au logis par une porte ancienne avec belles serrures et ferrures gothiques ; au dessus se trouve un linteau de pierre également gothique ogival, surmonté d'un écusson.
Cette porte ouvre dans une tour à six pans.
La façade du Nord a deux tours rondes, coiffées en poivrière, sur lesquelles se détachent des échauguettes avec de belles pierres sculptées en style ogival.
Beaucoup de fenêtres gardeat encore leurs anciens barreaux de fer ft croisillons.
A l'intérieur du manoir, la salle des gardes a conservé sa belle cheminée gothique avec montants et manteau de pierre ; son plafond a de belles poutres apparentes sur lesquelles se voient d'anciens jolis décors.
Deux escaliers à vis avec leurs marches de pierre conduisent aux appartements des étages supérieurs, dans lesquels on entre par de belles portes de chêne massif, avec sculpture à draperies gothiques. Au chef de l'une d'elles se trouve, fort bien gardé, un écusson avecarmoiries accolées.
C'est un délicieux manoir féodal, admirablement conservé.
Coane-Bur-l'Œil. — Cosne n'a guère eu de célèbre que ses foires, où il se faisait et il se fait encore un grand commerce de bestiaux et de vin. On sait cependant que plusieurs voies romaines y passaient ; aussi y a-t-on trouvé des poteries antiques, un broD7.e d'Auguste et Agrippa et une statuette gallo-romaine représentant un homme sans téteàcôtéd'unchien. Mais la plus intéressante trouvaille faite h. Cosne, dans la propriété de M. Bonnichon, notaire, est celle d'une trousse formée d'une mince feuille de bronze roulée et contenant cinq baguetles également en bronze. Ces baguettes sont plates, légèrement effilées et renflées au milieu ; elles sont de la même dimension, mesurent 0 '" ISO de longueur, 0.004 de lai^euret O"iO02 d'épaisseur. Chacune de ces baguettes porte des signes différents burinés sur les cétés plats. Les cinq réunies pèsent vingt-quatregrammes. C'est le troisième objet de ce genre connu en Fiance. On peaseque c'était la trousse d'un sorcier.
Au XV» siècle, le bourg de Cosne avait déjà une certaine importance, car le bon duc Louis II l'érigea en ville tranche. Dans les considérants de sa charte, le duc constate que Cosne est < ssàis en pays ferlile de tous
< biens, bois, fleuves, étangs, terres labourables, prés, etc.; qu'il y a
< plusieurs belles et bonnes maisons et habitations bien construites et • peuplées de moult gens d'estat, marcheans, gens de métiers, laboureurs « et autres ».
L'église paroissiale du xw siècle, a appartenu à une commanderie de chevaliers de S^int-Jean de Jérusalem. Elle était fortifiée et environnée de fossés. Le château et l'habitation des chevaliers étaient compris dans la môme enceinte, où l'on entrait par un pont-levis. Une énorme tour, appelée la prévôté, dominait tout le bourg.
Cosne est bflti entre deux petites rivières, l'Œil et l'Aumance, qui confondent leurs eaux non loin des dernières maisons du bourg. Vers ces deux rivières se trouvaient deux ponts, remontant à la fin du xiii* siècle. Très étroits et en dosd'àne, leurs arcades étaient en ogives et solidifléee par des arcs doubleaux ; les piles s'élevaient jusqu'à l'extrémité du parapet et formaient des espèces de guérites, oii les piétons pouvaient se ranger quand les voitures traversaient le pont (1).
Hérisson. — Hérisson était tout à fait dans une position militaire, défendue qu'elle était de l'est au midi par la rivière dont le lit est large et torrentueux. On entre dans la ville après avoir traversé un pont de pierre qui a été reconstruit avec les débris de l'église paroissiale. Hérisson était clos par des murailles fortifiées de tours et défendue par le château, qui s'élève sur un mamelon très accidenté.
Celte forteresse se composait d'une enceinte crénelée, hors de portée d'échelle et sa configuration était celle d'un pentagone ; elle était flanquée de huit tours, aux flancs arrondis et avait un énorme donjon carré, très élevé, à mâchicoulis ; la plupart des tours étaient construites avec un calcaire rougeâtre. L'appareil était diamanté ; la porte d'entrée était pourvue d'un assommoir et d'une herse. Les ducs s'y étaient bâti une chapelle, sous le vocable de Saint-Léger.
Le château d'Hérisson a été habité par Agnès de Bourgogne, femme de Charles I'^ et elle y résida presque toujours après la mort de son m ari & qui elle survécut vingt ans ; elle flt dans la ville plusieurs pieuses fondations.
Aujourd'hui, le vieux manoir d'Hérisson est tout â fait démantelé, c'est du reste, une des plus imposantes et des plus vastes ruines qu'on puisse voir. Sa position sur un rocher escarpé, au-dessus d'une rivière large et rapide, lui donne un aspect fort pittoresque.
La ville, très ancienne, eut beaucoup à souffrir des guerres avec
(t) Ces anciens ponls ont élé démolis ; il en a 6l<- WK de nouve&UT, en remplacement, ces temps dei-niers,
ïGoogIc
les Anglais et des guerres de religion ; les évèoements militaires qui ont amené la ruine du ch&teau se rattachent aux dissensions de la Fronde.
Les seigneurs du pays avaient pris parti les uns pour la Cour, les autres pour la maison de Condé. Il en résultait des combats acharnés et de véritables actes de brigandage qui désolaient tout le pays.
Le seigneur du Creux, commandait pour le roi dans le chàleau d'Hérisson ; c'était un poste très favorable, aussi de Persan qui commandait pour la maison de Condé, résolut-il de s'en emparer ; il tenta jusqu'à trois Cois de pénétrer dans la ville et de soumettre les habitants à une contribution. Mais ceux-ci firent vigoureusement leur devoir et de Persan et ses troupes furent obligés de renoncer à leur entreprise. Cependant la trahison du sieur Simon Samson, seigneur de Bris, qui avait un manoir dans les environs, faillit les livrer à l'ennemi, par un stratagème aussi ingénieux que rempli d'audace. II avait imaginé de mettre quatre soldats dans quatre grands cofTres et de les charger sur quatre charrettes à bœufs. Il avait fait revêtir des habits de paysan à trois autres soldats.
Ceux-ci, se disant faucheurs, amenèrent les cofTres et le sieur de Bris les fit entrer dans la forteresse sous prétexte de les mettre à l'abri ; puis il coupa lui-même les cordes qui tenaient la herse levée et fit amener te pont-levis, en s'écriant : « Nous y sommes i.
Aussilât les coffres s'ouvrent, et il en sort quatre soldats armés jusqu'aux dents. M. de Bris se précipite sur le plus jeune fils du seigneur du Creux ; mais ce seigneur, voyant le danger de son enfant, tire sur le traître et l'étend mort. D'autres soldats sont également tués ; l'alarme est donnée dans la ville, les habitants accourent, enfoncent la herse qui n'était qu'en bois et restent maîtres du chftteau.
Le commandant de Persan, qui attendait à la tête de ses troupes pour attaquer la ville, le signal que devait lui donner le sieur de Bris, quand il serait maître de la forteresse, envoya son trompette pour demander une contribution, mais on la refusa en lui apprenant que la trahison était déjouée, et il fut obligé de se retirer encore une fois honteusement; cependani, il avait agi avec prudence, car ce même jour 27 juillet IfôO, il s'était rendu au château du Creux et avait fait prisonnier le fils aîné du seigneur de cet endroit, afin de le proposer eu échange au parti royal, contre les soldats qui devaient s'introduire dans Hérisson et qui pouvaient ne pas réussir dans leur coup de maiu.
C'est ainsi que la ville d'Hérisson resta fidèle au roi ; mais pour que justice tut faite, Pierre Demay, lieutenant général civil et criminel de ta ville et de la châtellenie d'Hérisson, rendit un arrêt sur cette affaire. Il ordonna que le corps de Samson de Bris, serait livré à l'exécuteur des hautes œuvres, qui lui passerait une corde autour du cou, le mettrait sur une claie et le traînerai! dans les rues de la ville ; le corps devait être en-
suite placé sur ud éch&faud, au milieu de la place publique et la tête devait être séfiarée du tronc, le tronc mis en quartiers, et chacun de ces quartiers porté aux quatre principales entrées d'Hérisson.
Quant k la tête du coupable, fixée au sommet d'un poteau, on devait la planter sur la plate-forme d'une tour du château, pour servir d'exemple à la postérité. Enfin, on confisqua les biens du sieur de Bris et l'on rasa sa maison.
Les Bords de l'Anmanoa & Hérîsion
Comme antiquités, on a trouvé k Hérisson des silex taillés et polis, notamment une hache en pétro-silex tendre, de grande dimension. C'est l'une des plus belles pièces trouvées en Bourbonnais. On y a également découvert un souterrain refuge aux Simons.
Cliftteanx du Creux, de la Roche et de Hontchenu.— Le château du Creux a une origine fort ancienne, c'était une forteresse importante à l'époque de la guerre avec les Anglais et des guerres de religion. Il était bâti sur le bord même de la rivière l'Aumance, dont les eaux, retenues par un barrage, baignaient les murs. Au temps de la Fronde, ainsi qu'on l'a vu, les seigneurs du Creux prirent nettement parti pour le roi ; ils défendirent glorieusement pour lui le château d'Hérisson et malgré tous ses efTorts et ses stratagèmes, M. de Persan qui tenait pour la maison de Condé, ne put s'en emparer. On croit que le château du Creux faisait partie d'une ligne de défense, s'étendant jusqu'à Dun-sur-Auron, pour la protection du BourtKinnais. Détruit par le temps, il n'en reste aujour-
d'hui que les ruines de deux tours. 11 fut rebâti en 1770 par le comte de Fougières, gouverneur des Enfants de France et a été restauré en 1886, par Madame la marquise de Nicolay, alliée à la lamilie de Vogiié.
Les châteaux de la Roche et de Monlchenu, sont des ruines imposantes qui méritent également d'être visitées par le touriste.
Chftteloy. — Châteloy est très près d'Hérisson et la route qui y conduit est fort pittoresque.
C'est à Châteloy que se trouve l'emplacement de l'ancienne ville romaine de Cordes» dont Nicolaï et Caylus ont fait les descriptions suivantes 1
c Entre Châteloy et Hérisson, dit Nicolaï, il y avait anciennement une cité appelée la cité de Cordes, édifiée du temps des Romains, ruinée par les Goths. On y voit encore les ruines des fondements, les fossés de ladite cité et tes rues et chemins d'icelle, pavés de grandes pierres, et quand les paysans labourent leurs vignes, ils y trouvent des monnaies et des médailles antiques, même d'A.ntonin et de Faustina ; on en a trouvé de bronze et d'argent. Il y en a aussi de Dagobert, et on dit qu'il y avait au milieu de ladite cité, une tour fort haute, appelée de Babylone et se nomme encore de Babylooe aujourd'hui la place où elle était, et à la prise et destruction d'icelle, S' Prien fut décollé -.
De son cdté, Caylus dit : a. L'ancienne ville de Cordes, était située sur une petite montagne très escarpée ; le levant, le midi et le nord sont environnés de collines qui commandent ce terrain. Le village de Châteloy en occupe une grande partie ; les autres sont plantée^ de vignes ou remplies de terres labourables. L'escarpement de ce coteau garni de rochers du côté du nord et du couchant est de 38 toises de hauteur. On distingue encore les fossés qui défendaient le levant et le midi ; ils étaient creusés de trente toises pour séparer cette ville des collines qui en sont très peu éloignées et qui la commandaient absolument pour la mettre en état de défense ; en conséquence, elle était fermée par une muraille construite â chaux el à sable, mais plus épaisse et bâtie de pierres, plus grosse au levant et au midi, du c6té de ces fossés, qu'elle ne l'était au nord et au couchant, défendus par l'escarpement.
« 1^ ville avait 280 toises de longueur et 960 de circuit. On distingue encore les ruines d'une de ses portes. Près de Cordes, dans les bois de Boulangé, on voit une ancienne voie romaine.
• La situation et les ruines de l'ancienne cité de Cordes, indiquent qu'elle a été l'une des places fortes de l'empire romain. La vole romaine spécifiéesur la colonne d'Allichamps et dont on retrouve encore les vestiges, conduisait de Néris â Bourges, en passant par Cordes, Drevant et Allichamps.
• A la ville de Cordes a succédé la paroisse de Châteloy. L'église chrétienne a renversé le temple païen. Il y avait là, au moyen-âge, un prieuré dont l'église existe encore. Cette église, bien qu'elle ne serve plus depuis longtemps est en assez bon état ; sa position est des plus pittoresques, dans le genre de Notre-Dame de la Garde à Marseille.
( Elle s'élève sur un rocherqui domine le lit de l'Aumance.à une très grande hauteur. Elle était si inclinée sur le bord extrême du rocher, qu'on l'avait solidifiée, du cdté du précipice, par des contreforts partant de terre, et qu'on l'avait ceinte d'un parapet de pierres, afin qu'on put, sans danger, faire la procession autour du monument. L'édifice tout entier fut b&ti en belles pierres de taille.
• A l'église de Cbàteloy, se rattache la fameuse légende de Saint-Principin.ll était de race allemande. Sa mère, Maura, vendit tous ses biens et vint, accompagnée de ses douze enfants, trouver Saint-Marlin-de-Tours, qui les baptisa. La persécution attaqua les nouveaux chrétiens dans diverses provinces. Principin fut rencontré par des satellites envoyés à sa poursuite dans les champs des environs de Cordes, sur tes bords de l'Aumance ; ils lui coupèrent la tête au moment où il priait Dieu pour ses assassins. Mais, dit la légende du temps, le saint prit sa této dans sa main et se dirigea vers l'église de Chflteloy. Arrivé sur les bords de la rivière, il la passasansdangeret tes gouttes de sang qui ruisselaient de son corps, en tombant, se changèrent en pierres, qu'on montrait dans le lit de l'Aumance. Puis, il monta & travers tes rochers et il se trouva bientét à l'église dédiée à Saint-Pierre ; là, il réveilla un aveugle du nom de Macharius, qui vivait des aumAnes des fidèles ; il se fit ouvrir l'église où il vint rendre le dernier soupir. Macharius, ayant porté du sang de Principin ik ses yeux, fut guéri, par un miracle, de la cécité dont il était affligé. Cette légende remonte à la fin du iv< siècle *.
Ainar-le-ChAteau. — Cette petite ville a pris son surnom d'un château, peut-être bAti par Archambault IX, tout au moins augmenté et embelli parlui, qui y résidait souvent. Ce château était comme presque tous ceux de cette époque, de forme carrée, flanqué de tours et entouré de fossés. 11 était déjà ruiné au XV^ siècle. Il y avait une chapelle d'où dépendait un prieuré. La ville, située dans un fond, sur le ruisseau de la Sologne, à trois lieues de Saint-Amand, n'a jamais été bien considérable. Elle fut saccagée pendant les guerres de religion en ir>68, par les protestants ; elle était te chef-lieu d'une des plus considérables châteltenies du duché du Bourbonnais. Celte châtellenie fut donnée en 1571 à Diane, l^itiméede France, fllle naturelle de Henri II. Le ressort s'étendait sur 70 paroisses et plus de 4000 feux.
On a découvert à Ainay une ancienne tombelle dans laquelle se trou-
vail on bracelet formé d'une lame de bronze très mince, haute de 0.07 et décorée sur la face extérieure d'une gravure formant un dessin réticulé.
Cérilly. — Nous n'avons rien trouvé concernant cette ville avant 1568, date & laquelle les proteatants s'en emparèrent et la ravagèrent ; beaucoup d'habitants y furent égoi^és. Trente ans après, quoique de la chàtellenie d'Ainay, la siège de la justice y fut transféré ; il y est resté jusqu'à la Révolution. Il y avait aussi une maîtrise dea eaux et forêts, fort importante, par la quantité de forêts qui se trouvaient dans son ressort.
Cette petite ville est assez bien bfttie. On y a fabriqué pendant longtemps de gros draps qui, du nom du chef de la fabrique, se nommaient Bouchicot. Sa population est d'environ 3.000 habitants. A une demi-lieue de Cérilly se trouve la fontaine de Saiot-Pardoux et celle de la Trollière, dODt les eaux minérales Irotdes sont employées dans le traitement de plusieurs maladies ; on ne les boit guère sur les lieux et on les transporte ordinairement à Bourbon, qui n'en est éloigné que de deux fortes lieues. Elles produisent plusieurs des effets de la rhubarbe. H. Perreau, médecin de Moulins au xvi° siècle, en a laissé une analyse très détiùllée. Cérilly a donné naissance à Perron, célèbre naturaliste.
Chantell«-la- Vieille. — It existe deux Chantelle : Chantelle- la- Vieille et Chantelle- le- Château. La surnom de la première suffirait pour décider qu'elle est la plus ancienne; mais on a, en outre, d'autres indices probants, pour y supposer la Cantitlia des tables Théodosiennes.
Cantillia était sur la voie romaine qui venait de Bourges et allait à Clermont, et non seulement la tradition, mais des restes de cette voie dont on a constaté l'existence, indiquent d'une manière assez positive qu'elle passait à Chantelle- la- Vieil le, sur un pont jeté sur la Bouble.
Suivant Taillepied (Histoire de l'Etat et Républif]uc des Druides), les premiers habitants de Chantelle adoraient Jupiter. « Une statue decedieu y a été trouvée dans un très bel état de conservation ; la tète est couronnée de lauriers, les mains lancent la foudre. Cette découverte a été faite dans le champ du Temple, nom significatif, du domaine du Grand Pont. La statuette a été en la possession de M. de Villaine, è. Ussel-d'Allier. >
En 1512, Nicolaï lui donne encore le titre de bourg et paroisse ; ce n'est plus aujourd'hui qu'un hameau, qui a fait partie de la corn mune de Monestier, & laquelle elle était annexée en 1712. Oh lit en effet dans un registre de ladite année, écrit par un prieur, curé de Monestier : ■ L'égUse ou plutét la chapelle de Chantelle-la- Vieille a été bâtie en l'année 1210, ainsi qu'il appert par le testament d'un seigneur de Chirat (terre que possède aujourd'hui M. de 6onnefoy,qui a légué, pour bâtir ladite ^lise, quinze livres et dix livres pour t>âtir le pont dudit endroit).
c Le pont de Chaotelle formait alors un grand passage du Languedoc, des Cévennes, de la haute et basse Auvergne k Paris, qui a cessé depuis le croulement du dit pont. Dans les temps dudit passage, il y avait au moins quatre ou cinq auberges à enseignes, ce qui augmentait beaucoup le nombre des habitants dudit Chantelle-la-Vieille, ce qui obligeait mes prédécesseurs (les prieurs de Moneslier) de leur donner la messe dans leurs églises, ce qui n'a pas continué depuis le croulement du < Pont Valois >, en fait une place forte, aussi bien que de Chantelle-le-Chàteau. Les deux Ghantelle sont à une lieue l'une de l'autre n.
ChanteUe-le-Chftteau. — Quoique l'on doive croire que Chaotelte le ChMeau, nommé dans quelques occasions la nouvelle "Cantillia Nova " ait commencée exister plus tard que la Yieille, on ne peut lui refuser une assez haute antiquité. Sidoine Apollinaire, étant évëque de Clermont, vint visiter l'église de la nouvelle Ghantelle, vers 480, à la prière d'un vieillard, qu'il nomme Germanicus et dont il fait l'éloge.
Il faut remarquer que l'évêque vint visiter l'église et non la consacrer, ce qui prouve que son existence remontant plus haut, la rapprocherait beaucoup des premiers temps du christianisme et pourrait nous la faire regarder comme l'une des plus anciennes églises du Bourbonnais. Mais c'est surtout à son chAteau que la ville a dû son imporlaace.
Ce chflteau fut assiégé et pris par Pépin dans la même campagne que Bourbon, et comme on le voit appartenir un peu plus tard aux mêmes seigneurs, il serait permis d'en conclure qu'il fut aussi donné, de même que Bourbon, k un ancêtre de ces seigneurs. Sous leur domination, cette ville semble avoir pris un grand accroissement, et son château était le plus fort et le plus étendu de leurs nombreux manoirs. C'était, à ce qu'il parait, leur forteresse principale, en quelque sorte leur place d'armes. On voit dans le xiv» siècle, le duc Louis II en tirer des machines de guerre. Depuis 1789, on a achevé de renverser cet immense édifice, dont François l»'' avait ordonné la démolition, qui était restée imparfaite. C'est aujourd'hui une vaste carrière où les gens du pays vont chercher de la pierre lorsqu'ils veulent bâtir. Pour bouleverser ses murs d'une ëpfûsseur extraordinaire, on a souvent employé la mine.
Quoiqu'on ait écrit que le connétable de Bourbon y fît bâtir un magnifique château, il parait qu'il s'était plutôt occupé encore d'en faire une forteresse. On ne peut maintenant le faire connaître que par la description qu'en a laissé Nicola'f, faite environ cinquante ans avant la naissance du Connétable:
< Sur le fond de la ville, vers le septentrion, un grand et profond tossé. Sur un haut et long rocher, est situé le si renommé chasteau de Ghantelle, très fort, tant par la nature du lieu que par artifice ; son éten<
bi6 Histoire de MontluçoM
due, du midi au septentrion, est d'environ 120 toises et sa largeur de 54 ou 55, et de tout circuit, en y comprenant les tours, eicepté celle de Notre-Dame, d'environ 394 toises.
a A l'entrée du château, du cdlédu midi, est le lort donjon consistant en une haute tour carrée, qui a 7 toises sur chaque face, k sa plus grande hauteur, environnée de hautes murailles bâties en forme de pentagone, ayant à chacun des cinq angles une tour ronde, percée pour la défense de la courtine et le tout entouré de fossés. Le dit donjon commande le chasteau, la ville, la campagne et l'enceinte de ses murs, à 110 toises.
f Dans la tour du donjon, appelée aussi la tour de Saint-Pierre, est la porte d'entrée sous une grande voûte. Cette tour est un grand et fort édifice, dans lequel est l'atelier à fondre et faire l'artillerie ; il y a plusieurs casemates et canonnières souterraines, ùtites a^ec grand artifice et industrie. Le pied des murs a 5 toises, un pied de roi d'épaisseur, et le circuit environ 45 toises. Du côté de l'Orient, vous avez une autre grosse tour de 19 toises de diamètre, Mtie presque toute en .saillie hors des murs du donjon et le dépasse de 15 toises, afin de mieux commander les courtines, la campagne et la ville. Sous cette tour, il y a une longue grotte en voûte, bien taillée dans le rocher, qui contient un réservoir d'eau pour abreuver les chevaux et autres nécessités. Cette grotte est de telle largeur et hauteur que deux hommes d'armes à cheval pourraient y entrer la lance sur la cuisse. Il y a encore dans le donjon une très belle et grande citerne pour recevoir les eaux de la pluie. Il y a d'autres souterrains et secrètes issues par lesquelles on pourrait, en cas de siège, faire de secrètes sorties.
f Du donjon, vous entrez dans la basse-cour qui a 100 toises de longueur, et dans elle sont plusieurs petites maisons appartenant, tant au capitaine de château, qu'à quelques autres particuliers de la ville. On y trouve des magasins d'artillerie, de poudre et des boulets. >
Ici se bornera cette rapide excursion historique et anecdotique des " Environs de Afoitlluçon ", dont certaines particularités ont sensiblement varié depuis une vingtaine d'années.
En terminant, nous avons cru être agréable à nos lecteurs, en leur donnant un spécimen du patois de la région de Néris.
C'est une traduction libre de la fable le < Corbeau et le Renard », due à la plume spirituelle et originale d'un ancien habitant de Néris, M. l'abbé Forichon, également docteur en médecine, vers le milieu du siècle dernier.
Environs de Montlu(.:on