‹ Histoire de Montluçon, d'après des documents inédits. Annexes: Montluçon industriel, l'antique cité féodale transformée en ville industrielle, 1840; notabilités montluçonnaises; environs de Montluçon; étude sur NérisChapitre 77 sur 113 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

Néris Carlovinoibn, Féodal, ET Contemporain

Néris 80UB les CarloTingiens. — Le PrîeurA et le Ch&teau. — Les Bains au XVI< si&cle. — L'Église. — Les treize moalins du ruisseau de Néris. — Néris moderne. — Ses eaux ouratives. — Casino et promenades. — Excursions. — Avenir de Nâria.

Néris sous les Carlovingiens. — Néris, l'ancieDoe ville romaine, est doDc de toute )a région, le lieu qui a conservé le plus de vestiges de son ancienne splendeur, vestiges des bains, vestiges d'habilations, arènes, inscriptions, etc. Mais cette abondance de documents, grâce auxquels on pourrait écrire sur Néris de longues pages, excédant le cadre que nous noua sommes imposé, nous nous bornerons & esquisser rapidement son râle au moyen-flge et à montrer les vicissitudes que cette station balnéaire célèbre, a eu à subir depuis les Romains jusqu'à nos jours.

Il existe peu de testessur Néris pour la période qui suivit les invasions des Barbares et rétablissement des Francs en Gaule. Les bandes qui avaient pénétré dans nos centres, peu faites à la vie confortable des Romains, avaient détruit toutes leurs installations de luxe ; ils n'avaient guère songé & conserver pour eux ces thermes si bien aménagés ; ils étaient trop forts et trop rudes pour admettre que des eaux pussent leur être utiles. Néris tomba vite en décadence. Il était pourtant difficile qu'un centre aussi important de population fût remplacé du jour au lendemain par une localité voisine. Aussi, Néris, fut-il à. l'époque carlovingienne, le chef-lieu d'une vignerie.

La ville gallo-romaine de Néris, dit M. Chazaud, architecte, dans son étude sur la chronologie des sires de Bourbon, avait encore, au ix<> siècle, assez de restes desonanciennesplendeur, pour offrir, momentanément du moins, une résidence agréable au roi d'Aquitaine, Pépin-le-Jeune, dont il reste les deux chartes datées de Néris en 83é et 838. Peut-être faut-il n'attribuer la ruine déilnitive de Néris qu'à l'invasion des Hongrois, au x« siècle, dont l'épouvantable souvenir est resté si longtemps vivant dans

la mémoire des populations du Berry. Le nom ecclésiastique delà circonscription resta jusqu'en 1792, comme un fldéte témoignage de rancienoe suprématie de Néris ; l'archidiaconé garda jusqu'au bout le nom de Narzenne, qui n'est autre, sans doute, qu'une corruption d'une des formes Nercensis, Neéreusis, Nercenois, que donnent divers textes deGr^oirede Tours. Le même Grégoire de Tours a parlé d'un couvent de filles et d'un oratoire iAli par Saint-Patrocle, dans cette localité et a signalé plusieurs chartes datées du même lieu.

Il nous faut, de là, passer au xiii« siècle. Une charte de 1^7 nous apprend qu'il y avait alors un prieuré & Néris ; c'est celle par laquelle Guillaume, prieur du monastère d'Evaux et son couvent, déclare que les biens temporels possédés par leur prieuré de Néris, dans tes domaines du sire de Bourbon, sont sous la bonne garde du dit seigneur. Ceci nous explique comment les Bourbons, possesseurs de Néris, songèrent, malgré l'état de misère où la ville était tombée, à y établir un poste de défense qui couvrait de ce côté leur frontière d'Auvergne. Le château, construit au i\' ou X* siècle, a complètement disparu ; les registres de l'état civil mentionnent la chute d'une tour qui subsistait seule au xv[ii< siècle : i Le 8 juin 1718 est tombée la tour de Néris, située devant le presbytère, à cinq beures et un quart du soir. >

Des édits et lettres patentes d'Henri IV, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, nomment des Intendants et Surintendants chargés de la haute surveillance des eaux, bains et fontaines ; Néris, contenait au xvi* siècle deux cent quarante-huit feux. En 1567, Nicolas de Nicolaï, géographe des rois Henri H et Charles IX, mentionne le fait et constate les ruines d'anciens bains mesurant deux cent soixante^trois pieds de tour et cinquante de diamètre, et une piscine publique octogonale de vingt-cinq pieds sur quinze.

La fondation de l'hdpital remonte k l'année 1724, comme le confirme l'inscription suivante qu'on peut lire au-dessus du bénitier dans la chapelle :

« L'Hôpital de Nery, a élé fondé en l'année 1724, par Dame Madame Marie-Elisabeth de FAVI^^RES, veuve de Messire Philibert FELLIOLE, Chevalier, Seigneur de la Famomière, etc. ».

Au xvii° siècle, malgré la fondation d'un nouvel hôpital et la fréquentation des étrangers qui commençaient k revenir se soigner à Néris, la population était encore restreinte. • En 1689, dit le curé Bobynet, dans une note placée dans les registres paroissiaux, les guerres étant fort allumées entre notre bon roy et le prince d'Orange ; notre bon roy, combattantcontre luy pour la foy catholique, a eu besoin de gens et il a fallu lever la milice dans toutes les paroisses de son royaume et ont été nom* mes pour marcher, Jean Monnet, tailleur d'habits, pour le boui%, et

Gilbert Alajouaaine, laboureur, pour la paroisse, sous la conduite et daos ta compagnie de M. d'Apremont. >

Puis il ajoute : > les stalles du cbœur et la porte d'entrée, furent faites en ilH, par M. l'abbé de Vastao, prieur, ce qui lui a cousté 206 livres >. Le même prieur avait fait en 1710, la balustrade du sanctuaire et son banc.

Sous le règne de Louis XV, un médecin, dont le nom est encore aujourd'hui porté honorablement dans le pays, M. de Laguérenne, était chargé des fonctions d'intendant des eaux de Néris.

Le prieuré de Néris n'avait à la fin du xviii' siècle que deux mille livres de rente.

Ce sont les seuls renseignements que nous avons pu recueillir sur l'histoire de cette ville pour )a période du moyen-âge et de la renaissance.

Église de NériB

L'Église. — De Néris féodal, il ne reste plus aujourd'hui qu'un monument : c'est l'église. Nous ne connaissons pas U date de sa construction, aucun document d'archives ne la donne, mais ses caractères architectoniques sont suffisamment nets pour nous renseigner amplement sur ce point.

Construite à l'endroit le plus élevé du bourg, sur un tertre qui' domine l'établissement des bains, l'église de Néris est un bâtiment dont l'aspect extérieur n'attire pas, mais qui mérite pourtant qu'on s'y arrête- La simplicité du style, l'épaisseur des murs et des contreforts nous indiquent la lin du xi» siècle, car les arcs brisés de l'intérieur, contrairement & l'opinion généralement émise, sont aussi anciens que les arcs

en plein cintre. Le clocher eat un peu poslérieur. Il est encore roman, mais de la dernière époque de ce style ; son oraemeatation assez soignée indique la fin du x.i[< siècle ; toutefois, il a subi depuis cette époque diverses transformations. Le 22 janvier 1583, un ouragan l'abattit complètement ; il fut également atteint vers la fin du xviii* siècle, car l'abbé Renault, rapporte dans ses mémoires que • le 13 juillet 1782, à midi, le tonnerre est tombé sur le clocher, a brisé toute la charpente, sans endommager les cloches, a abattu le Christ de l'entrée du chœur, cassé celui de la chapelle Saint-Abdon, arraché des pierres du premier pilier du chœur du même côté, fait tomber du crépissage en différents endroits et terrassé huit sonneurs (1) dont un a eu les cheveux brûlés par la foudre s.

En somme, l'église de Néris, malgré sa simplicité, mérite d'être visitée pour la pureté de son style, la disposition particulière des moulures, des bas-cCités, et pour son homogénéité, aucune restauration sérieuse n'y ayant été faite. Elle le mérite aussi, parce qu'elleeattoutce qui nous reste du Néris du moyen>âge.Elle personnifie dans son humilité, entre les riches vestiges des thermes romains et le confortable aménagement des bains actuels, l'état de décadence qui dura depuis la chute de la civilisation romaine, jusqu'à noire civilisation moderne.

L'année 1709 est signalée comme une année de grande calamité pour la région, et en particulier pour Néris. L'hiver fut d'une rigueurtelle que les habitants avaient grand'peine & s'en garantir et le bétail fut décimé par le froid. La famine suivit cet hiver néfaste, qui exerça de profonds ravages parmi la population.

Le tremblement de terre du 1*'' novembre 1768, appelé le tremblement de Lisbonne, parce que c'est dans cette ville, qui fut en partie renversée, qu'il se flt le plus sentir, produisit un effet très remarquable & Néris ; les fondements du grand puits en furent dérangés. Une source qui n'existe que depuis le commencement du xviii° siècle, s'éleva tout à coup de la grosseur d'un tonneau à trois pieds au-dessus de la surface du sol, etentratoa avec uu bruit effroyable, une grande quantité de pierres et desable qui encombra le bain des pauvres. C'est le point de la France ofi ce tremblement de terre fut le plus sensible. Montluçon se ressentit du voisinage, et la commotion y fut assez violente, particulièrement dans le couveut des Bernardines, où quelques meubles furent renversés et la muraille fendue (2).

Une période de calme suivit jusqu'au 24 août 1793, oit la Convention

(1) Voe icHe réunion de sonneura à l'église pendant que le tonnerre gronde, donne lieu de penser que la coutume bourbonnaise de sonner les clocbes pour conjurer lei orages ne date pas d'bier.

{i) Registres paroissiaux de Néris.

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èbO Histoire de MoNtLuçoH

décréta toutes les sources thermo- minérales, propriétés de la Nation. C'est de ce décret que date la mise en fermage des Thermes,

Les fouilles entreprises de 1819 à 1826, mirent à jour les nombreux vestiges, qui ont permis de reconstituer approximativement l'histoire de la cité romaine.

LeB treize moulins du nÙBsean de Néris. — Les sources de Néris sont vraisemblablement les sources d'eaux chaudes les plus abondantes de la France; elles fournissent de quoi faire tourner de nombreux moulins, c'était déjà l'opinion de Nicolas de Nicolaï, qui rapporte qu'en 1567, il a vu a le ruisseau d'eau chaude émanaat des sources, descendant vers le Cher, où il se jetait à un kilomètre au-dessus de Montlucon, après avoir fait moudre treize moulins sur son parcours >.

ha fonctionnement de ces treize moulins, est la démonstration de l'extrême abondance des eaux de Néris.

H signalait aussi à Néris une grande forêt toujours verte. C'était un bois de buis assez étendu ; cette verdure était remarquable dans un pays où il n'y avait guère que des bois de chêne.

Néris modems. — C'est le 15 juin 1826 que Madame la Dauphine posa la première pierre de l'établissement actuel. Cette date est conlirmée par une inscription gravée sur une plaque de cuivre que l'on trouva en 1853, en achevant la construction de l'aile gauche, à cétéd'unvase contenant des pièces de monnaie.

La plaque, le vase et les pièces de monnaie furent remis à la place qu'ils occupaient.

L'inscription de la plaque de cuivre porte :

I L'an de grâce i8S6, la deuxième annéedurègnedeS.M. CHARLES X, le i5 du mois dejutn, son Altesse Royale, Madame la DAUPHINE, a posé la première pierre des Tliermes de Néris ; M. LERO Y de CHA VIGNY étant préfet de V Aliter, M. de MIEGEVULE, sous-préfet de l'arrondissement de Montlucon ; M. de PEVFEILHOUX, maire de NérU ; M. BOIROT- DESSERVlERS, médecin-inspecteur des eaux; M. LE JE UNE, inspecteur des Thermes ; M. JOVARD, conducteur des travaux et DUMOULIN, entrepreneur. 1

Après des lenteurs administratives, des atermoiements et des modifications de toute nature, l'établissement fut enfin à peu près achevé en 1853. iJne ère nouvelle va s'ouvril- pour la cité thermale.

Ses eaux curatiTes. — Grâce aux cures nombreuses et remarquables obtenues à Néris depuis la transformation de son établissement, la

Étude sur tiÈms â5i

clientèle s*accrut d'année ea aonée, et l'Etat, cédant au vœu des habitants, résolut de concéder l'exploitation à des fermiers, qui, dans leur propre intérêt, ne tardèrent pas h embellir encore et& mettre au goût du jour les divers services du grand établissement. Des appareils hydrothérapiques, construits d'après les décoavertes scientiflques les plus réceotes, ont été substitués avantageusement aux anciens et les bassins réfrigérants ont été doublés.

Nous pensons que peu d'établissements thermaux en France oiTrent dans les difTéreots services hydrothérapiques plus de luxe et de confort aux malades et davantage de ressources pour le corps médical.

Les eaux sédatives de Néris sont particulièrement recommandées pour les affections du système nerveux. Elles donnent des résultats remarquables, quelles que soient ta cause, l'origine et la nature de ces maladies ; aussi une clientèle nombreuse et distinguée y vient chaque année bénéficier des bienfaits salutaires de ces eaux prédestinées.

Nérts peut citer avec orgueil les hôtes illustres qui, de tout temps, sont venus demander à ses eaux merveilleuses un regain de jeunesse et de vitalité :

Les rois don Cirlos, don François d'Assise, Le Khédive d'Egypte ; les Clermont-Tonnerre, Lamartine, Chateaubriand, Hyde de Neuville, Albert Delpit, A. Daudet et, plus récemment sir Richard Wallace, Ruggieri, le bey de Tunis, Massenet, les généraux Février, Mercier, etc., elc.

Casino et promenades. — Les éléments récréatifs et d'agréments ne manquent pas à Néris. L'ancien casino, qui consistait en une modeste salle de spectacle a été remplacé par un coquet monument, construit spé cialement pour cet objet.

Le salon de lecture et le salon des dames, style Louis XVI, communiquant entre eux par une large baie, sont fort jolis ; les salons du cercle sont 1res élégamment aménagés, et de vastes vérandas destinées à abriter les promeneurs, contournent cette belle et confortable installation.

Comme promenades, il faut citer le charmant petit parc, le jardin Boissier et le parc des Arènes, évocation d'un glorieux passé.

Si Néris ne possède pas les merveilles des Pyrénées,de la Suisse et de laSavoie, son climat tempéré, son air pur et salubre n'en font pas moins un séjour des plus agréables ; son paysage même olTre aux baigneurs un charme particulier, d'autant plus qu'ils peuvent le parcourir sans fatigue et sans danger, tout en y rencontrant des sites des plus pittoresques : collines séparées par de frais vallons, au fond desquels murmurent de charmants ruisseaux et où seipentent de nombreux sentiers à travers des taillis et des bois de sapins, ou encadrés d'épaisses haies de buis, d'aubépines, d'églantiers et de houx.

&5'2 Histoire de Uontluçon

Néris compte de nombreux hAtels, maisons parthsiiJières, viliss et maisons garnies pouvant offrir une hospitalité convenable aiu élrangsfs.

Le service des postes, télégraphe et téléphone y est adnûrablement organisé, et les besoins du culte y sont assurés pour les catholiques et les protestants.

A signaler le musée Riékotter, richeen médailles antiques.

ExouTBiODS. — Comme excursions, nous citerons au hasard la vallée du. ruisseau de Cournouron, les collines de Bloax, les Côtes-ifonts, la colline Saint- Joseph, le ruisseau des Granges, les églises de Villebret et de Durdat-I.arei]uille, l'abbaije de Bellaigue, le château de Cerclier, le tombeau de M, de Coutine, chevalier de Malte, le moulin Réty, Girone et les bords du Cher, Lavauli-Sainte-Anne, le château de l'Ours et les deux importantes villes manufacturières de Montlucon et Comraentry.

Pour ces diverses excursions des services de voitures publiques ou privées, admirablement organisés, sont à la disposition des touristes (1).

Avenir de Néris. — Bien qu'admirablement située au cœur même du pays et que jouissant de tous les avantages dont nous venons de parler, la station thermale de Néris n'est pas encore arrivée au d^ré de prospérité des principales villes d'eaux de la France et de l'étranger ; et, cet état d'inrériorité, il y a lieu de le craindre, subsistera tant qu'une grande voie ferrée n'amènera pas les baigneurs et les touristes jusqu'aux portes de l'intéressante petite cité.

Cette voie, qui partirait de Montlucon, desservirait dans la région les centres principaux de Durdat-Larequille, Arpheuilles, Marcillat, Pionsat, etc., et mettrait ainsi Néris en communication directe, par des trains rapides, avec :

1" Bourges, Orléans, Paris et le nord de la France ;

2» D'une part Nantes et La Rociielle, et d'autre part Brive, Périgueux, Bordeaux et Toulouse ;

3» Clermont-Ferrand, Nîmes, Marseille et Toulon ;

i" Roanne, Lyon, MAcon, Genève.

Les thermes de Néris étant la propriété de l'Etat, c'est à lui qu'lncombe le devoir de travailler, par teus les moyens dont il dispose, & la prospérité de ses propres biens, et il y arrivera sûrement en dotant cette ville de la voie ferrée qu'elle sollicite et attend en vain depuis tant d'années (2).

(l). l'our lojs renseigne lue nts complécseDlalrei sur Néris, nous InviUiDS le lecteur à consulter l'ouvrage de M. A. Menanteau, de fiéris, guide aussi complet qu'inléressanl, et qui contient des indications précieuses, sous tous tes rapports, pour les intéressés.

(3) Nous avons le devoir d'exprimer ici notre gratitude à M. Méctiet, ancien profi?sscur au Lycée de notre ville, auxiliaire dévoué à l'icuvre aride que nousavions entreprise.

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