CULTES
Culte catholique. — Premiers sanctuaires. — Transfert à Montpellier de l'évéché de Maguelone. — Conciles. — Visite de papes à Montpellier. — Saint Roch.
Eglises : Notre-Dame des Tables. — Saint-Denis. — Saint-Pierre. — Saint-Mathieu. — Pénitents bleus. — Sainte-Anne. — Sainte- Eulalie. — Saint-Roch. — Les Carmes. — Saint-François.
Chronologie des Evêques de Montpellier.
Culte protestant. — Origine. — Temple de la Loge. — Petit Temple. — Grand Temple. — Temple de la rue de l'Observance. — Temple de la rue Maguelone.
Culte Israélite. — Les Juifs de Montpellier d'après les auteurs anciens. — Il ne leur est point permis d'être nommés bayle. — Conditions humiliantes pour leur costume , les droits de péage etc. — Obligation de fournir 20,000 traits pour chaque siège de la ville. — Contribution pour la construction des remparts. — Bienveillance des seigneurs d'Aragon à leur égard. — Leur influence dans le commerce et dans l'enseignement du droit, des sciences et de la médecine. — Hospitalité des chanoines de Maguelone, envers les Juifs pauvres. — Un chef pastoureau, leur persécuteur est pendu. — Leur quartier. — Leur synagogue. — Ils sont expulsés (1594). — Les Multipliants.
CULTE CATHOLIQUE
Les premiers sanctuaires des deux bourgs de Montpellier et Montpelliéret, dont les noms sont parvenus jusqu'à nous, ne remontent pas au-delà du viii® siècle, époque où les habitants de Maguelone, chassés
MONTPÈLLlER
par Charles Martel, vinrent s'établir dans ces deux bourgs.
Les noms de Saint-Denis, Notre-Dame des Tables, Saint-Firmin, Notre-Dame du Palais, sont ceux des édifices religieux les plus anciens ; les deux premières églises ont été reconstruites sur d'autres emplacements, les deux autres n'existent plus.
A partir du xi*^ siècle de nombreux couvents, des hôpitaux s'élevèrent autour de l'enceinte des remparts, alors que dans la cité se construisaient de nouvelles églises.
Les fondations du pape Urbain V au milieu du XIV® siècle, le transfert de l'évéché de Maguelone à Montpellier, en 1536, peuvent être considérés comme l'apogée de la religion catholique dans Montpellier.
Quelques années plus tard les guerres religieuses vinrent arrêter subitement ce développement. Selon l'expression du chanoine d'Aigrefeuille, la religion fut renversée en 1568 et en 1622 ; quelques mois avant le siège de la ville, les protestants démolirent toutes les églises, ne laissant subsister que des pans de murs, la façade et un clocher de la cathédrale de Saint-Pierre, du sommet duquel ils envoyèrent des boulets dans les travaux d'approche des assiégeants.
Après la reddition, la plupart des églises furent reconstruites ; mais les couvents, hôpitaux, oratoires situés en dehors des remparts avaient été détruits pour la sûreté de la défense des assiégés. Le couvent des Carmes, aujourd'hui Hôpital général, fut le seul réédifié.
MontpeUier était resté fidèle au Saint-Siège pendant la croisade contre les Albigeois, et d'après Germain, elle dut à ce fait sa prospérité.
Des conciles furent tenus dans l'égUse Notre- Dame des Tables. L'un d'entre eux eut lieu en 12 14; pendant que les Pères délibéraient, Simon de Montfort, qui se trouvait en dehors de la ville,
CULTE CATHOLIQUE
dans ]a maison des Chevaliers du Temple, fut invité par le légat de se rendre devant le Concile; les habitants, en apprenant sa présence, prirent les armes, afin de se venger sur lui de la mort de leur dernier seigneur, Pierre d'Aragon, qu'il avait vaincu à la bataille de Muret, et où ce dernier avait perdu la vie ; on fit sortir secrètement Montfort par une porte latérale.
Cinq autres conciles ont été tenus à Montpellier en 1162, 119^, 1211, 1224, 12^8.
Plusieurs papes, Urbain II, Gélase II, Caliste II, Alexandre III, Nicolas IV, Clément V, l'honorèrent de leur visite ; un d'entre eux, Urbain V, y vint plusieurs fois.
Montpellier a donné le jour à saint Roch, un des saints les plus populaires en Italie.
Ces sentiments religieux expliquent le grand nombre d'églises, de communautés, d'hôpitaux pendant le moyen âge.
Notre-Dame des Tables. — L'origine de son nom provient des tables que les changeurs de monnaie ou banquiers de cette époque dressaient aux alentours de l'église et non loin de la maison commune.
Dans les premières années du xiii« siècle, en 12 16, févéque Ricuin P"" en fit la dédicace solennelle. Elle fut restaurée et agrandie au xiv"^ siècle, et devint la paroisse du Consulat et fut l'église communale de Montpellier. En 1230 elle fut érigée en succursale de Saint-Firmin et consacrée par Grégoire IX. Elle atteignit alors l'apogée de sa gloire ; son trésor renfermait de très grandes richesses , et pendant plusieurs siècles elle attira un grand nombre de pèlerins.
L'église primitive possédait une aiguille dont les ornements furent conservés dans la nouvelle. Elle était, d'après certains historiens, très remarquable par son architecture. La vénération des fidèles pour deux statuettes de la Vierge, l'une noire, en bois du
Levant, rapportée par Guilhem VI de Jérusalem, l'autre en argent, offerte par un orfèvre.
Sur le flanc droit de l'église s'élevait une tour carrée où se trouvaient cinq cloches. « Elle était percée de deux fenêtres gothiques et dominée par une large terrasse » d'où s'élançait l'aiguille, de forme octogonale, entourée d'un portique circulaire où, chaque nuit, on allumait des flambeaux qui brillaient jusqu'à la mer. Cette tour possédait la seule horloge de la ville.
Pendant les guerres de religion, les calvinistes en 1^61 ne laissèrent debout que les murs et l'horloge qui rendait des services publics ; mais, en 1562, ni la tour ni l'horloge ne furent respectées : la tour s'effondra sous le marteau des religionnaires.
On commença à la réparer en 1601, mais elle ne servit au culte qu'en 1608 et fut de nouveau démolie en 1621 pour être réparée en 1650.
Après les guerres de religion une nouvelle église s'éleva sur l'emplacement de l'ancienne et demeura debout jusqu'en 1806.
L'année suivante, la Halle aux Colonnes remplaça l'église disparue.
Au moyen âge, tous les grands actes de la vie publique se passaient sous les voûtes de l'église de N.-D. des Tables. C'est dans l'enceinte de cet édifice que les corporations prêtaient leur serment. L'Université montpelliéraine y recevait les docteurs. Les conciles se tenaient dans son enceinte et les assemblées politiques, comme celles du Languedoc, y venaient demander la bénédiction de leurs travaux.
Les princes, les rois et les papes ne s'arrêtaient point à Montpellier sans aller s'agenouiller sur les dalles de ce sanctuaire.
Le peuple lui-même avait accordé une confiance naïve à la Vierge noire.
Voulait-il éloigner les horreurs de la peste ? il faisait f^ire une chandelle aussi longue que les murs
CULTE CATHOLIQUE
d'enceinte de la ville et la lui offrait. Avait-il besoin de pluie? il allait processionnellement tremper la statue dans le Lez. Les médecins eux-mêmes, au dire de Césaire, moine d'Heisterbach, envoyaient pour être guéris à N.-D. des Tables les malades dont ils désespéraient.
Les corporations venaient tous les ans, depuis le 31 août jusqu'au 8 septembre, monter autour de la madone une garde ou vigile, d'où est venu à cette cérémonie le nom de vejolades.
La fête des Miracles de N.-D. des Tables se célébrait à la fin août et durait dix jours. Les Pelleteurs faisaient leurs stations et leurs processions le 30 août; les Poivriers ou épiciers, le lendemain ; les Consuls ouvriers et Consuls de Mer^ le i^^ septembre ; les Canabassiers, le 2 ; les Sediers (ouvriers en soie), le 3 ; les Poissonniers^ le 4 ; les Bouchers^ le 5 ; les Merciers de V Aiguillerie, le 6 ; les Drapiers et Marchands de la rue St-Firmin, le 7 ; les Camhradours (changeurs), le 8.
L'église actuelle fut commencée en 1707, Févêque Joachin Colbert en posa la première pierre.
Saint-Denis. — Cet édifice construit sur les plans de l'architecte d'Aviler, en 1699, a pris le nom de l'ancienne église paroissiale de Montpelliéret. Cette dernière se trouvait à l'angleN.-E. de la citadelle; elle fut démolie pendant les troubles religieux de 1562; réédifiée ensuite, elle fut détruite avant le siège de Montpellier, par Louis XIII en 1622, et ses ruines furent le théâtre d'un combat sanglant.
L'église actuelle a été bâtie, dans le cimetière de Notre-Dame des Tables. C'est sur ce terrain que le ^ novembre 1628, soixante-trois soldats de l'armée de Rohan avaient été pendus.
Saint-Pierre. — L'église cathédrale de Montpellier fut primitivement la chapelle du couvent de Saint- Germain fondé en 1364 par Urbain V.
C'est en 1367 que ce pape en fit la dédiçacç. « J'a-
vais mandé, dit-il, en s'adressant à l'architecte, de bâtir une église et vous n'avez fait qu'une chapelle. » Puis, en examinant le cloître : « Vous faites, ajoutat-il, la maison des serviteurs plus grande que celle du maître ». Preuve de l'importance du cloître Saint- Germain.
Depuis 1536, elle sert de cathédrale sous le vocable Saint-Pierre, ancien patron de l'église de Maguelone.
Cette église servit de refuge aux catholiques en 1567, lors du soulèvement des protestants. Après la capitulation, elle fut démantelée, et le clocher de droite fut démoli; ce dernier a été reconstruit en 18^6.
Pendant la Révolution, elle servit aux fêtes décadaires et de dépôt de l'administration militaire.
Le chœur avait été reconstruit en 1775; il était à plein cintre et disparate ; il a été démoli et remplacé par un plus grand, commencé en 1854, sur les dessins de M. Revoil, et inauguré le 17 juin 1873.
Le verrouil de Saint-Pierre était redoutable aux banqueroutiers. D'après un statut consulaire de 12 13, ils y étaient attachés, fouettés par leurs créanciers et étaient ensuite emprisonnés jusqu'à leur paiement.
Saint-Mathieu. — Cette église est mentionnée dans un acte du xiv° siècle; elle fut démolie par les protestants en 1568. Rebâtie en 1617, elle fut de nouveau démolie en 1621. Après la prise de Montpellier, les Dominicains obtinrent la confiscation des biens de quelques rebelles avec quoi ils rebâtirent l'église.
Sainte-Foy ou Pénitents Blancs. — Cette église fut d'abord une annexe de l'église paroissiale de Saint-Denis alors située hors des murs. La croix de bois que l'on voit contre la façade a remplacé celle que les Pénitents y firent mettre pour marquer leur prise de possession en 1624. La rue Sainte-Foy était désignée aussi sous le nom de rue des Pénitents Blancs; aujourd'hui elle porte le nom de rue de Jacques-Cœur.
CULTE CATHOLIQ.uk
Pénitents Bleus. — La dévote et royale compagnie des Pénitents bleus s'est formée de la réunion successive des confréries de la Charité Saint-Barthélemy, de Saint-Claude du Charnier et de l'Œuvre de Notre-Dame du Charnier.
En 1746, elle obtint de Tévêque de Charancy d'être transformée en compagnie de Pénitents bleus et se fit construire une église restaurée en 1748. Dissoute en 1792, elle se reforma de nouveau en 1802, et occupa l'église Sainte-Eulalie qui servait aussi de paroisse. La compagnie fut suspendue en 1845; on vendit son église. Depuis cette époque on a édifié l'église de la rue des Etuves.
Les Carmes. — Construite en 1643 sous le vocable de Notre-Dame-des-Grâces, elle appartenait à l'ordre des Augustins. Elle est actuellement desservie par l'ordre des Grands-Carmes.
Les Carmes déchaussés avaient édifié au xviii^ siècle une église à l'avenue de Toulouse (actuellement la Providence).
Sainte-Anne. — Sur son emplacement s'élevait autrefois l'église de Saint-Arnaud érigée en collégiale en 1496 sous le vocable de Sainte-Anne. Elle fut abattue pendant les troubles de religion; le nouveau bâtiment construit sur les plans de l'architecte Cassan a été livré au culte en 1870.
Sainte-Eulalie. — Cette église remplaça celle de la Merci qui s'élevait sur l'emplacement du Peyrou et dont la démolition eut lieu en 1741 lors de la création de cette promenade.
L'ordre de la Merci fut fondé par Jacques, roi d'Aragon, en mémoire de sa liberté recouvrée. Après la triste mort du roi Pierre, son père, cet ordre vint s'installer vers 1220 à Montpellier et eut une maison florissante dans cette ville. La maison de Montpellier fut dédiée à Sainte-Eulalie, la grande sainte de l'Espagne ; elle devint un centre d'études
d'où sortirent quelques hommes distingués. L'Université de droit y tenait aussi ses écoles.
L'ordre de la Merci édifia Téglise actuelle en 1742.
Saint-Roch. — Sur son emplacement s'élevait autrefois l'église Saint-Paul dont le service fut fait pendant près de 200 ans par les Trinitaires. Elle fut érigée en paroisse au sortir de la Révolution.
L'église actuelle a été bâtie au moyen de fonds provenant d'une loterie; elle est encore inachevée; les cérémonies du culte s'y font pourtant depuis 1867.
Saint-François. — Cette église dont la construction remonte à 1875, n'est pas encore complètement terminée. On y célèbre le culte depuis 1876. Le nom donné à cette église rappelle les Religieux des Franciscains de l'Observance dont le monastère se trouvait dans la rue du faubourg de Lattes. Leur église a servi au culte protestant pendant plusieurs années ; et dans cet édifice se trouve actuellement une imprimerie.
Le transfert du siège épiscopal de Maguelone à Montpellier eut lieu le 6 des calendes d'avril (27 mars) 1850, en vertu de labulle du pape Paul III. Guillaume Pellicier, un des plus grands savants de l'époque, fut le dernier évêque de Maguelone. C'est par ses démarches que le transfert de l'évêché eut lieu à Montpellier.
Chronologie. — Guillaume Pellicier (i 527-1 568).
Pierre de Boulbe (i 568-1 573).
Antoine de Subjet Cerdot (1S73-1596).
Guittard de Ratte (i 596-1602).
Jean VII (1603-1607).
Pierre VII, Fenouillet (1608-1652).
Renard, cardinal d'Esté (i 652-1655).
François de Bosquet (1655-1676).
Charles I de Pradel (1676-1696).
Charles II,Joachim Colbert de Croissy (1696-1738.)
Georges Lazare Berger de Charency (i 738-1748).
François II, Renaud de- Villeneuve (i 748-1 766),