DE 1795 A
Girod-Ponzol, délégué de la Convention, réorganise la municipalité (mars 1793). — Misère à la suite de froids rigoureux. — Cherté des vivres (7 février 1793). — Emeutes. — Election pour le conse l des Cinq-Cents, du Directoire et du conseil des Anciens (12 octobre). — La Convention nationale termine sa mission (27 octobre 1793). — La municipalité désorganisée. — Re us de recevoir des assignats. — Prix élevé des denrées. — Fêtes décrétées par la Convention. — Elections municipales
(1798) . — Mise en état de siège de Montpellier (3 janvier 1798).
— Levée de l'état de siège (17 février 1798% — Fête de la souveraineté du peuple (7 mars 1798). — Elections municipales
(1799) . — Bonnier d'Alco est nommé au conseil des Cinq-Cents (5 septembre 1798). — Ensuite au corps législatif (i'^'' mars 1799^.
— Il est assassiné h Radstadt (29 avril 1799). — Son éloge au conseil des Cinq-Cents. — Fête funèbre en son honneur à Montpellier (8 juin 1799). — Coup d'Etat du 18 brumaire (9 décembre 1799). — Fin de la Révolution.
Girod-Pouzol, délégué par la Cionvention dans le département de l'Hérault, adressa une proclamation dans laquelle il fai*=ait appel à la concorde et à l'union. La proclamation produisit dans le département un grand enthousiasme, mais il n'en fut pas de même auprès de la municipalité. Quelques jours après, le 21 ventôse, Girod-Pouzol prit l'arrêté nommant lui-même les membres de la municipalité.
Le maire Montels, nommé administrateur du district, le II floréal, était provisoirement remplacé par chacun des officiers municipaux exerçant de mois en mois selon l'ordre du tableau.
La misère avait augmenté avec l'hiver ; la neige
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avait fait périr presque tous nos oliviers et la pénurie des grains continuait à être extrême. Le 19 pluviôse, une foule de huit ou neuf cents personnes se porta à la municipalité et au département. Le département céda et prit un arrêté pour faire réduire le prix du pain. La municipalité dut s'incliner et réduisit à 22 sous le prix de la livre qui se vendait 40 sous et s'était même vendue 66 sous. Mais la population le voulait à cinq sous la livre, payable en assignats, c'est-à-dire pour rien, et, afin de l'obtenir, elle fit violence aux magistrats municipaux, envahit la salle des séances et força par les armes les administrateurs à délibérer sur le champ et à assister ensuite à la publication de cette taxe dérisoire. Le même soir, Cambon vit sa maison envahie et sa personne menacée.
Après une nuit très agitée, la même foule se livra, le lendemain, au pillage de la viande, du poisson, de la volaille, des légumes, du vin et de l'huile. La générale fut battue, un peu trop tard peut être. La garde nationale et les élèves de l'Ecole de santé prirent les armes contre les séditieux. Mais, en face de l'infanterie, conduite par le général Frègeville, et des canons amenés par le général ïisson, l'émeute se dispersa sans qu'il y eut du sang versé. Tout cela aboutit, comme presque toujours, à des désordres, sans aucun effet pour l'adoucissement de la misère, et enfin à la condamnation aux fers ou à la prison de vingt-deux individus qui rendirent ainsi leurs familles plus malheureuses qu'auparavant.
Les élections pour le conseil des Cinq-Cents et le conseil des Anciens avaient eu lieu le 20 vendémiaire an IV.
Fabre et Brunei étaient morts; Cambon, décrété d'accusation, ne pouvait être élu; Bonnier d'Alco et Curée étaient repoussés par leurs commettants, ainsi que Louis Joubert qui avait été nommé député suppléant en 1792.
Des élus de Montpellier deux furent membres du Directoire : La Réveillère-Lépaux et Barras.
Dans le conseil des Cinq-Cents :
Boissy d'Anglas, Lesage, Merlin (de Douai), Danou, de Fermon, Larivière, Bailleul, Cambacérès, Saladin, Rouyer, Crassous, Thibaudeau, Malibran.
Dans le conseil des Anciens :
Lanjuinais, Castillon, Baudin, Girod-Pouzol, Viennet, Dussaulx.
Merlin fut appelé au ministère de la justice et, le 4 nivôse, à celui de la police générale.
Le 4 brumaire, la Convention nationale déclara sa mission terminée en décrétant l'abolition de toute procédure pour faits purement relatifs à la Révolution, l'abolition de la peine de mort à dater du jour de la publication de la paix et une amnistie pour les délits révolutionnaires, non compliqués de vol et d'assassinat.
Dès le 3 ventôse, Bousquet, président provisoire, avait donné sa démission. L'administration municipale, par suite du refus de plusieurs citoyens d'accepter ces fonctions et par des démissions successives, se vit bientôt réduite à trois membres, et le Directoire, vu les circonstances critiques où se trouvait la commune de Montpellier, décida que la municipalité devait, telle qu'elle était, voter pour se compléter; mais tous ceux qu'elle désigna refusèrent. Le scandale était à son comble, et chose incroyable, aucun de ces refus n'était appuyé par des motifs.
Le ministère de l'Intérieur prévint l'administration municipale « qu'il était temps de remédier à ce désordre, à cette insouciance honteuse pour des républicains », et l'informait qu'il ferait remplir les vacances par des agents qu'il nommerait et que la commune paierait. Les premiers désignés acceptèrent, et Moulinier fut no.nmé président provisoire de la municipalité.
Sur les places de marché on refusait les assignats;
PENDANT LA RÉVOLUTION EN l^i)) Ï9I
il fallut que le département obligeât la municipalité de Montpellier et celles des autres villes à nommer des commissaires chargés de se rendre chaque jour au marché pour surveiller et signaler les marchands ou les acheteurs qui refusaient d'accepter ou de recevoir des assignats. Aussi les objets de consommation se payaient à des prix très élevés en assignats. Voici un relevé à la date du 22 floréal an IV :
Pain blanc,' 45 fr. la livre; pain rousset, 35 fr.; mouton, 100 fr.; veau, 115 fr.; agneau, 100 fr.; brebis, 8) fr, ; poisson commun, 60 fr. ; merlan et anguille, 125 fr.; thon, 190 fr.; douzaine d'huîtres, 190 francs.
Les fêtes décrétées par la Convention furent très nombreuses en l'an V et en l'an VI. La fête des époux, célébrée le 10 floréal, consista en cortèges, musique, discours de Galabert, officier municipal, et mariage de deux époux qui reçurent de la commune une somme de six mille livres. Quelques malins avaient trouvé très spirituel d effacer sur les placards annonçant cette fête la première lettre du mot époux.
On célébra, avec plus ou moins d'éclat, le 10 prairial, la fête de la Reconnaissance ; le 10 messidor, la fête de l'Agriculture ; le 9 thermidor, la fête de la chûte de Robespierre ; le 10, la fête de la Liberté ; le 23, la fête du 10 août ; le 30 fructidor, la fête de la Vieillesse.
Le i^*" germinal 1798 eurent lieu les élections municipales, elles furent très calmes. Galabert fut élu président
Le Directoire avait mis, le 16 nivôse, la commune en état de siège, mais, le 28 pluviôse, le Directoire exécutif revenait sur son arrêté, et, « considérant que les membres de l'administration centrale et municipale de Montpellier n'ont cessé de donner, depuis leur installation, des preuves de zèle, d'autorité et d'attachement au gouvernement et que c'est à leur zèle
MOKTPELLIËR
que l'on doit la tranquillité dont jouit cette commune, ainsi que l'amélioration de Tesprit public, arrête : La mise en état de siège de la commune de Montpellier est levée ».
La veille des assemblées primaires, le 30 ventôse, fut célébrée la fête de la souveraineté du peuple, à l'effet de préparer les citoyens à exercer leurs droits d'électeurs pour assurer la liberté de la République. Sur l'Esplanade s'élevait l'autel de la Patrie, au-dessous de l'arbre de la Liberté. Sur cet autel reposait le livre de la Constitution. Au cortège le peuple « était représenté par cinquante vieillards, non célibataires, portant chacun une même baguetie blanche. Devant eux marchaient quatre jeunes gens choisis parmi ceux qui avaient fréquenté avec le plus d'assiduité les écoles publiques et s'étaient distingués par leur patriotisme. Ils portaient des bannières où étaient des inscriptions rappelant les devoirs et les droits des citoyens. » Les administrations venaient ensuite. A côté de l'autel étaient les instituteurs et leurs élèves et, au devant, les vieillards rangés en demicercle. L'un d'eux brisa sa baguette pour en montrer la fragilité, après quoi les autres formèrent avec les leurs un faisceau qu'ils rendirent solide en le liant au moyen de baguettes tricolores.
Un des vieillards monta alors sur les degrés de l'autel et dit aux magistrats : « La souveraineté du peuple est inaliénable. Comme il ne peut exercer par lui-même tous les droits qu'elle lui donne, il délègue une partie de sa puissance à des représentants et à des magistrats choisis par lui-même ou par des électeurs qu'il a nommés. C'est pour se pénétrer de l'importance de ce choix que le peuple serassemble aujourd'hui. » Le président du département répondit. Des chants patriotiques, des courses et des jeux terminèrent la fête.
Le i^'' germinal an VI, les élections municipales eurent lieu, et Dumas fut élu président.
PENDANT LA Rl£VOLUTION EN 179^
Le président de l'administration municipale donna sa démission le 21 ventôse, mais depuis le 15 ventôse, un arrêté du Directoire exécutif avait prononcé sa révocation Le 1^^ germinal an VII, Thorel, aux élections municipales, fut nommé président.
L'Autriche, irritée de ce que plusieurs princes germaniques étaient disposés à traiter avec la France, conçut le projet insensé de faire arrêter nos plénipotentiaires et de saisir leurs papiers pour connaître quels étaient les princes qui traitaient individuellement avec la République française. A leur départ de Rastadt (9 floréal an VII, 29 avril 1799s ils furent assaillis, la nuit, par un détachement de hussards. Debry, attaqué le premier reçut treize coups de sabre ; Bonnier fut littéralement hâché et tué sur place ; Roberjat eut le crâne fendu d'un coup de sabre; un hussard en sortit la cervelle et la mit dans sa poche. Les familles de ces malheureux étaient présentes à ce triste spectacle. Debry avait le poignet coupé, mais il n'était pas mort ; il se traîna à Rastadt, oii les autres plénipotentiaires lui prodiguèrent des soins. Ils protestèrent en déclarant qu'ils laissaient à l'Autriche seule la responsabilité de cette perfide violation du droit des gens.
Sur la proposition de Curée et de Moreau de l'Yonne, le conseil des Anciens arrêta que le nom de Bonnier ferait partie de la liste des représentants du peuple ; qu'il serait compris dans les appels nominaux et que sa place serait tirée au sort chaque mois et occupée par un costume complet couvert d'un crêpe funèbre, avec cette inscription : « Bonnier, assassiné par les ordres de l'Autriche ». Il arrêta que, toutes les tois que le nom dé Bonnier serait prononcé dans les appels nominaux, le président répondrait : « Q ue le sang des plénipotentiaires français assassinés à Rastadt retombe sur la maison d'Autriche ».
Le 20 prairial on célébra à Montpellier la fête décrétée en l'honneur des victimes. Le cortège,
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escorté de la iorce militaire et composé de toutes les autorités, de tous les fonctionnaires et de tout le parti républicain, se rendit de la maison commune à la salle décadaire, décorée pour cette triste cérémonie. Le citoyen Ch.-L. Dumas, ex-président de la municipalité, retraça la vie entière de Bonnier, sa naissance, son éducation, ses luttes, sa conduite politique, les services rendus par lui, et fit ensuite l'éloge de Roberjat. Le général Petit-Guillaume prononça aussi un discours qu'il termina en proclamant solennellement les noms des conscrits et des volontaires du canton partis pour l'armée. En même temps on affichait à la porte de la salle les noms des conscrits réfractaires, et, après la lecture des lois, la célébration des mariages termina cette cérémonie funèbre et cette fête décadaire.
Indépendamment de cela, et, dès le i6 prairial, la municipalité de Montpellier avait décidé « qu'une place serait établie au lieu précédemment occupée par la ci-devant église Notre-Dame des Tables et qu'il y serait élevé une tour en forme d'obélisque pyramidal, propre à retracer l'horrible attentat commis par la maison d'Autriche sur lés personnes des ministres français, à Rastadt, d'autant que cette tour se trouverait placée en face de la maison de Bonnier. » (i). Le plan en fut dressé parles citoyens Lèques et Delmas ; la tour devait, en même temps, supporter une horloge et un beffroi pour appeler les citoyens en cas d'alarme.
L'an VIII commença , comme les précédentes années, par la fête anniversaire de la République, mais le coup d'Etat du i8 brumaire mit fin à la Révolution.
(i) Bonnier denietifait dans la rue Aigiiillérié, vis-à-vis la touf d'Encanet,