ENSEIGNEMENT, COLLÈGES
Richelieu se trouvait dans nos murs. Leur enseignement dura 133 ans.
Lors de l'expulsion des Jésuites, en 1762, le nouveau « collège royal » reçut par règlements de 1764 et par lettres patentes de 1765 une organisation semblable à celle des autres établissements.
La création d'un internat en 1773 et l'adjonction d'une Académie de Peinture, Architecture et Sculpture en 1778, compliqua l'institution sans la ranimer.
Après la révocation de l'Edit de Nantes on établit des écoles pour préparer à la conversion les enfants de certaines familles protestantes.
Lorsque la Révolution éclata, le collège subit les changements résultant du nouvel ordre des choses. Le 9 février 1791, le conseil général de la commune remplaça les professeurs et les régents religieux par des laïques. La caisse du collège était vide, le maire Durand fit généreusement l'avance d'une certaine somme, heureux de mettre sa fortune au service de ses concitoyens. Le nombre des écoliers diminua rapidement; on ferma les classes de philosophie ; les jeunes gens arrivés au point d'étudier cette science entrèrent dans les bataillons pour défendre le territoire. Dans le courant de cette année, on vendit aux enchères les propriétés rurales du collège dont les vastes bâtiments demeurèrent inhabités jusqu'à l'organisation des Ecoles centrales.
En 1792, on s'occupa de la réorganisation de l'instruction primaire pubhque et gratuite.
Avant la révolution l'enseignement primaire était donné par les Frères des Ecoles chrétiennes pour les garçons et par les Ecoles de la Propagande pour les filles. Les religieuses de Saint-Charles, de Sainte- Ursule et de la Miséricorde étaient tenues d'avoir une école dans chacun de leurs couvents. Les Sœurs noires étaient payées par la ville.
Le conseil général de la commune décida qu'il serait établi trois écoles publiques pour les garçons
MONTPELLII'R
et autant pour les filles avec deux maîtres ou maîtresses dans chaque école. Les six instituteurs furent nommés le 6 juin.
Au mois de floréal an II, la municipalité organisa l'instruction primaire, selon le décret du 29 frimaire.
En l'an IV, la municipalité décida, le 19 floréal, l'établissement de dix écoles primaires, une dans chacun des dix quartiers, mais les sujets manquèrent et les écoles ne s'ouvrirent que difficilement.
L'Ecole Centrale dans le local actuel du lycée fut inaugurée en l'an V.
FACULTÉ DE MÉDECINE
Tous les historiens s'accordent à dire que l'étude de la médecine est aussi ancienne à Montpellier que la ville elle-même.
L'Ecole de Médecine de Montpellier a ses origines dans les universités juives et arabes. La beauté du climat de Montpellier, dont la célébrité a fait, pendant des siècles, le tour du monde, fut aussi une des causes qui contribuèrent à augmenter la popularité de cet enseignement par le nombre des malades qui venaient chercher un remède à leurs maux.
Dès la flndu siècle, on y reconnaît une véritable école etsa renommée devait être déjà ancienne puisque Saint-Bernard, dans une lettre de 1 153, nous apprend qu'un archevêque de Lyon étant tombé malade en allant à Rome se détourna de sa route pour venir consulter les médecins de Montpellier.
Il paraît que les frais de son traitement durent être considérables, car Saint-Bernard ajoute qu'il dépensa avec les médecins ce qu'il avait et ce qu'il n'avait pas.
Au même siècle, Jean de Salisbury, évêque de Chartres, assure que, de son temps, on ne se rendait
FACULTÉ DE MÉDECINE
pas moins à Montpellier qu'à Salerne pour y apprendre la médecine.
Plus tard, Gilles de Corbeil, médecin de Philippe- Auguste, reconnaît que déjà auxii^ siècle notre Ecole était florissante ; il ajoute même que c'était la seule qui fut dans le royaume.
Enfin, le moine Césaire d'Heisterback, qui écrivait au commencement du xiii« siècle, disait que Montpellier était la source de l'art médical.
Les rapports commerciaux qui s'établirent entre les habitants de Montpellier et les Arabes facilitèrent l'arrivée des médecins de ce dernier peuple, qui, comme on le sait, ont tenu, pendant tout le moyen âge, le sceptre de la médecine. On peut affirmer que, sous ces influences, Montpellier devint un centre médical et que de bonne heure les étudiants y affluèrent.
L'enseignement fut d'abord entièrement libre. Chaque docteur pouvait grouper autour de lui un certain nombre d'élèves ; rien ne ressemblait alors à un corps universitaire.
Plus tard, quelques docteurs voulurent s'arroger le droit d'enseigner, à l'exclusion de leurs autres confrères. Guilhem VIII abolit ce privilège et donna à tous les docteurs, de quelque pays qu'ils fussent, l'autorisation de régenter dans l'Ecole de Médecine de Montpellier. Mais ce fut surtout le cardinal Conrad, légat du pape, qui lui donna ses premiers statuts, le 16 des calendes de février 1220; dans ces statuts nous relevons les articles suivants :
1° Nul ne pourra prétendre à l'honneur de la maîtrise qu'il n'ait été auparavant examiné par les docteurs régents et qu'il n'ait, en conséquence, reçu de l'évêque de Maguelone la licence d'enseignement et de pratique;
2° On choisira, à la pluralité des voix, un des docteurs régents pour être chancelier et juge de l'Ecole ; y Le chancelier aura le droit de régler les disputes
HiSÏ. DU MONITELLIER l6
MONTPELLER
et les différends qui existeraient, tant entre les maîtres qu'entre les écoliers.
Le clergé continua, pendant longtemps encore, à exercer une action dominante sur notre Université. Divers papes confirmèrent la bulle de Conrad. En 1229, Nicolas IV rétablit la Faculté de Droit et des Arts ; il y joignit celle de Médecine et fonda, par la réunion des trois Ecoles, l'Université de Montpellier; mais la Faculté de Médecine chercha toujours à s'isoler des autres écoles et à conserver son indépendance.
Les papes et les rois voulurent auprès d'eux des médecins de Montpellier, et Urbain V fonda, auprès de cette école, le Collège de Mcndc ou des Doti^e Médecins en faveur des boursiers de son pays natal. Les professeurs ne recevaient aucune rétribution ; les élèves rétribuaient eux-mêmes leurs maîtres, et ceux-ci faisaient de continuels efforts pour augmenter leur clientèle. Cette liberté devait avoir et avait en réalité ses inconvénients. Suivant les circonstances, les professeurs affluaient ou faisaient défaut. Charles VIII et Louis XI 1 voulurent d'abord porter remède à cet état de choses ; quatre charges de professeurs, auxquels on donna un appointement de 100 livres par an, furent instituées. En 1561, Charles IX porta leurs appointements à 300 livres, et Henri IV, en 159), à 600 livres.
Deux nouvelles charges furent créées, en 1^93, par Henri IV : une d'anatomie et de botanique, qui fut donnée à Richer de Belleval, et une autre de chirurgie et de pharmacie, dont Pierre Dortoman fut le premier titulaire. Peu de temps après, en 159% fut instituée une charge de dissecteur ou anatomiste royal, avec 300 livres d'appointements ; elle fut attribuée à Cabrol, qui peut être considéré comme le premier chef des travaux anatomiques à Montpellier» En 1673, d'Aquin fit ériger en chaire la place de
FACULTE DE MEDECINE
démonstrateur de chimie, et, en 171 5, une huitième chaire fut créée.
Cette organisation dura jusqu'au 12 août 1792, jour où parut la loi qui supprimait les Universités de Médecine. A ce moment, huit professeurs étaient installés dans leurs chaires. Cette loi si étrange ne pouvait avoir des effets bien durables. Aussi le gouvernement créa-t-il, le 14 frimaire an III, les trois Ecoles de Santé de Paris, de Montpellier et de Strasbourg, dans le but unique de former des médecins militaires dont il avait besoin. Enfin, quelques années après, parut le décret qui transformait les Ecoles de Santé en Facultés de Médecine.
Privée, à l'origine, de tout local, accomplissant, alors et pendant longtemps, ses cérémonies dans l'église de Saint-Firmin, la Faculté s'installe d'abord dans les bâtiments qui appartiennent aujourd'hui à l'Ecole de Pharmacie ; elle vient ensuite habiter le vieux monastère de Saint-Germain que le pape Urbain V avait annexé à la cathédrale, et c'est là qu'elle se trouve encore aujourd'hui.
Au début, son enseignement ne consista qu'en lectures dans lesquelles le professeur se contentait de commenter les ouvrages des anciens maîtres. L'aspirant à la licence devait répondre sur les matières de ce programme à chacun des examinateurs, en justifiant de six ans d'études médicales (l'année scolaire était évaluée à raison de huit mois); ou de cinq années d'études, s'il était maître ès-arts (titre équivalent au double baccalauréat d'aujourd'hui), et élève d'une des grandes Universités; à quoi il fallait ajouter l'attestation de huit mois de pratique. A ces conditions seulement il était apte à se présenter à la licence. L'examen consistait en deux leçons, l'une théorique, l'autre pratiqué, devant un jury convoqué par le chancelier dans l'église de Saint-Firmin ou dans celle de Notre-Dame des Tables, suivies chacune
MOMTP;£LLiEK
d'une sérieuse argunieutalion. Ce programme fut consacré en 1340.
Tel fut l'enseignement jusqu'en 1334 : à ce moment l'esprit de la Renaissance vint lui imprimerune heureuse et profonde modification. Les Arabes sont délaissés au profit des médecins grecs ; Hippocrale reprend la place d'honneur ; c'est sur les textes originaux et non plus sur les mauvaises traductions latines du moyen âge que les commentaires se font. On peut parfaitement admettre que la présence de Rabelais à Montpellier ne fut pas étrangère à ce mouvement de rénovation.
En même temps un progrès bien plus sérieux s'accomplissait. L'observation directe tendait à prendre la place qui lui appartient en réalité. En 1315, Mondini de Lunzi avait disséqué publiquement deux cadavres de femme. C'est incontestablement à l'Ecole de Montpellier que revient l'honneur d'avoir inauguré les études pratiques d'anatomie. Le duc d'Anjou, gouverneur de Languedoc, accorda, en 1376, à notre Université l'autorisation de disséquer chaque année, le cadavre d'un criminel. (>'étaitlàun minime progrès, d'autant plus à remarquer qu'il fallait, à cette époque, lutter à la fois contre les préjugés, contre les prescriptions de la loi juive, et contre les défenses de l'autorité catholique, assurément les plus sévères entre toutes.
Bientôt après apparaît Rondelet qui sut imprimer aux études anatomiques un élan nouveau. Il attira autour de sa chaire des élèves nombreux, parmi lesquels plusieurs se sont placés aux premiers rangs des anatomistes célèbres. C'est lui qui fit construire le premier amphithéâtre d'anatomie établi en Europe, et c'est là, dit-on, qu'il fit voir le placenta de ses deux fils jumeaux et qu'il disséqua le cadavre de l'un de ses enfants.
Dans l'origine, la chirurgie se trouvait réunie à la médecine et exercée par les mêmes mains. Au corn-