VL LES PARABOLES
39. Parabole du semeiu". — 40. Interprétation donnée par le Sauvem* à cette parabole. — 41. Parabole de l'ivraie. — 42, Parabole de la germination. — 43. Parabole du graui de sénevé. — 44. Pai aboies du levaui, du trésor caché, de la perle et du filet. — 45. Caractère divin des paraboles. — 40, La tempête apaisée sur le lac de Tibéiiade. — 47. La barque de l'Eglise et les tempêtes sociales.
§ Vn. MORT DE SALNT JEAN-BAPÏISTE.
48. Le festin ensanglanté. Saloitié la danseuse. La fête de saint Jean- Baptiste. — 49. Caractères intrinsèques de vérité du récit évangélique. Détails traditionnels.
§ I. Second voyage à Jérusalem,
Les deux 1 . « Une ilos fèlcs solennelles des Juifs élail proche, dit
aveug'es.
Lemuei pos- i'£yQiigélisle , cl Jcsus sc l'cndit à Jérusalem*. Deux • Jean, v, 1. Nous ne voulons pas entrer dans la discussion élcvc'e
CHAP. Vr. — SECOND VOYAGE A JERUSALEM. ô
aveugles, mêlés à la foule , le suivaient en criant : Fils de sédé du
démon.
David, ayez pitié de nous. — Jésus s'étant arrêté dans une maison, les aveugles s'approchèrent de lui. Il leur demanda : Croyez-vous que je puisse vous guérir? — Oui, Seigneur, répondirent-ils. — Alors il toucha leurs paupières en disant : Qu'il vous soit fait selon votre foi. — A l'instant, leurs yeux s'ouvrirent. Ne parlez à personne de ce qui vient de se passer, dit Jésus. — Mais ces hommes, une fois éloignés , apprirent sa puissance k tout le pays d'alentour. Après leur départ, on lui amena un muet, possédé du démon. Jésus chassa l'esprit impur, et le muet parla. Témoin de ces prodiges , le peuple fît éclater son admiration, en disant : Jamais rien de semblable n'a paru en Israël ! — Cependant les Pharisiens allaient répétant : C'est par la vertu de Béelzébub , prince des démons , qu'il chasse les esprits impurs! — Jésus continuait à traverser les cités et les bourgades, enseignant dans les synogogues, prêchant l'Evangile du royaume des cieux et guérissant toutes les maladies. A la vue des multitudes qui se pressaient sur ses pas , ses entrailles s'émurent de compassion ; il les comparait à des brebis abandonnées, sans pasteur et sans défense; et il disait à ses disciples : La moisson est immense, et les
sur le sens de l'expression : Fête des Juifs, employée par l'Evangéliste. Les uns prétendent que cette fcte était la Pàque , d'autres croient que c'était la solennité des Pourim. Nous adoptons volontiers la première opinion, sans pouvoir donner ici la suite des considérations qui nous y déterminent.
ouvriers sont rares. Priez donc le maître du champ d'envoyer enfin des moissonneurs *. »
Explication 2. Impossiblc de se méprendre sur le caractère des midet miracles raclcs dc Jésus-Clirist. Ils ne sont pas le but de sa mission,
du Sauveur.
ils en sont le signe extérieur, la confirmation éclatante et triomphale, a Croyez-vous à ma puissance? » demande le Sauveur. C'était dire : Croyez-vous à ma divinité ? — Les deux aveugles le comprennent parfaitement, et le sens de leur réponse nous est attesté par le mot de Noire-Seigneur : « Qu'il vous soit fait selon votre foi ! w L'illumination des yeux du corps suit aussilôt celle du cœur. Les aveugles voient; et sans tenir compte de la recommandation que Jésus leur avait faite de garder le silence , ils mêlent les accents de leur reconnaissance aux cris d'admiration de la foule. Ils vont publier dans tout un pays, si longtemps témoin de leur infirmité, la merveille de leur guérison. Leur parole , confirmée par le miracle visible dont ils ont été l'objet, provoque l'empressement et l'espérance des populations. On amène au Sauveur un démoniaque, qui était muet. Jésus chasse le démon , et rend la parole à ce malheureux. Il n'est pas sans intérêt de rapprocher des miracles évangéliques les explications embarrassées que les rationalistes ont essayé de présenter en ces derniers temps. Les modernes exégèlcs supposeraient volontiers un système de connivence, établi de manière à simuler des apparences de * Matth., IX, 27-34.
guérison. S'il s'agissait de quelques phénomènes isolés, accomplis devant un petit nombre de témoins, dans un lieu choisi d'avance , et préparé avec soin pour une manifestation concertée, l'hypothèse pourrait avoir un côté spécieux. Mais c'est en plein air, au milieu d'une foule , qui ne l'abandonne jamais, qui le suit dans ses voyages, et s'attache à tous ses pas ; c'est au miUeu de contrées qu'il traverse pour la première fois, où il n'a par conséquent aucune relation antérieure , que Jésus, d'un mot , d'un signe , rend la santé à une infinité de malades. Les deux aveugles ne connaissaient pas le Sauveur; ils entendent la foule proclamer la divinité du Fils de David ; ils suivent la foule, jusqu'à l'instant où il leur sera permis d'approcher du médecin céleste. Dans les campagnes de Galilée, où se trouvait alors le divin Maître, il n'était pas possible de produire deux aveugles apocryphes, sans que la fraude fût immédiatement découverte. Les habitants de chacune de ces petites localités se connaissaient entre eux, absolument comme on se connaît dans nos villages. Des aveugles , condamnés par leur infirmité même à vivre dans un rayon fort restreint , et à recourir pour la moindre démarche à l'assistance charitable d'un voisin, d'un ami, du premier passant venu, sont bientôt l'objet d'une notoriété générale dans le leur pays. En présence de ces réalités, l'hypothèse d'une connivence entre de faux aveugles et un imposteur habile, mérite même pas l'honneur de la discussion. Aussi le
C HlSTOinE DE NOTRE-SEIGNEDR JÉSUS-CHRIST.
modenie rationalisme clicrcbe-t-il lui-même à se placer sur un antre terrain. «La médecine scientifique, fondée depuis cinq siècles par la Grèce , dit-il , était à l'époque de Jésus, inconnue des Juifs de Palestine. Dans un tel état de connaissances, la présence d'un homme supérieur, traitant le malade avec douceur, et lui donnant par quelques signes sensibles l'assurance de son rétablissement, est souvent un remède décisif. Qui oserait dn^e que dans beaucoup de cas, et eu dehors des lésions tout à fait caractérisées, le contact d'une personne exquise ne vaut pas les ressources de la pharmacie ? Le plaisir de la voir guérit. Elle donne ce qu'elle peut , un sourire, une espérance , et cela n'est pas vain '. Guérir était considéré comme une chose morale; Jésus qui sentait sa force morale devait se croire spécialement doué pour guérir. Convaincu que l'attouchement de sa robe , l'imposition de ses mains , faisaient du bien aux malades , il aurait été dur, s'il avait refusé , à ceux qui souffraient , un soulagement qu'il était en son pouvoir de leur accorder ^. »
La médecine 3. « La médecluc scientifique, » loin d'être inconnue en
scientifique i • . i
en Judée. Palestine, a l'époque de Jésus, y était en fort grand hon-
Systèine dérisoire des neur. On se rappelle tous les efforts des médecins pour
rationalistes.
combattre la cruelle maladie d'IIérode'. Les eaux ther-
' Vie de Jrsiis. pag. 260. — ' Ibi'L, pag. 2C1. — ^ Voyez, dans le volume précédent, les chapitres intitules : Ilcrode, n° H, et Divine Enfance, n° 22.
CHAP. Vf. — SECOND YOYAGE A JERUSALEM. 7
raales étaient d'un fréquent usage, et on les prenait sur la prescription des médecins. Nous verrons bientôt que les malades indigents ne manquaient pas à la piscine Probatique , au Temple de Jérusalem, et chaeun sait que l'bémorrhoïsse, miraculeusement guérie par le Sauveur, avait, depuis douze aus, dépensé toutes ses ressources en consultations de médecins ^ La profession médicale , déjà mentionnée par les livres hébraïques , à l'époque des Patriarches 2, avait été l'objet de prescriptions particulières dans la loi de Moïse ^. Nous la retrouvons exercée, au temps de David % et l'auteur des Paralipomènes reproche au roi Asa d'avoir mis toute son espérance dans l'art des médecins, sans compter sur la miséricorde divine '. Un chapitre de V Ecclésiastique est consacré à l'éloge de la science et de la profession médicales ^ Nous avons entendu Notre-Seigneur citer à ses compatriotes de Nazareth le proverbe alors répandu dans toute la Judée : « Médecin, guérissez-vous vous-même \ » Il répondait aux murmures des Pharisiens, dans la maison du publicain Lévi, par ces autres paroles : « Ce ne sont pas les hommes en santé qui ont besoin de médecin ^ » La médecine scientifique était donc connue, pratiquée et honorée par les Juifs de Palestine, à l'époque évangélique. Le rationalisme, qui voudrait
*Luc, vm, 43. Marc, v, 26. — - Gènes., l, 2. — ^ Exod., xxi, 19. — * Psalm., Lxxxvii, 11. — MI Paralip., xvi, 12. — ^ Ecdi., xxxviii, 1-16. — ■'Luc, IV, 23. Voir chapitre précédent , 11» 32. — ^ Matth., IX, 12; Marc, 11, 17; Luc, v, 31. Voir chapitre précédent, n° 47.
8 niSTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JESUS-CHRIST.
inventer une histoire nouvelle pour son usage, n'est pas heureux dans cette tentative. Mais que dire de sa théorie pathologique, et des maladies pour lesquelles « le contact d'une personne exquise , la présence d'un homme supérieur, un sourire, une espérance, » sont des remèdes décisifs! Des maladies que « le plaisir de voir un grand homme » guérit radicalement ! Qu'on veuille bien en référer à toutes les commissions de physiciens, de docteurs et de chimistes ! Qu'on organise , d'après ce système , assurément fort économique, le service de nos hôpitaux, des maisons de santé, des asiles de sourds-muets et d'aveugles î II se trouvera bien, en France, quelques « hommes supérieurs, » a quelques natures d'élite, » « quelques personnes exquises. » On les suppliera de se laisser toucher et voir à cette immense famille de moribonds et d'infirmes; il sera permis alors d'affirmer que leur « contact ou leurs regards valent les ressources de la pharmacie et que cela n'est pas vain ! » En vérité, il semblerait que la Judée, au temps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, eût été le théâtre d'une épidémie de malades imaginaires ! Ou plutôt, il semble que de nos jours, pour offrir au public de pareilles pauvreîés, on ait compté sur une épidémie de cécité intellectuelle! Le paraiy- 4. « Or, conlinuB le texte sacré, il y avait à Jérusalem,
tique gui'-ri à
la piscine ppgs la portc du Troupeau ', une piscine, appelée en hé- ' Nous traduisons d'après le Icxle grec : Kari 8ï h t^^; lîsocc/.ùaoi;.
CHAP. TI. — SECOND VOYAGE A JÉRrSALElT. 9
breu Béthe!?da*, autour de laquelle on avait élevé cinq portiques couverts. Une multitude d'infirmes, d'aveugles , de boiteux et de paralytiques se tenait là, attendant que l'eau vînt à bouillonner. Car, à certains intervalles, l'Ange^ descendait, agitait l'eau de la source, et le premier qui se plongeait alors dans la piscine , était guéri , quelle que fût sa maladie. Parmi cette foule, il y avait un paralytique, malade depuis trente-buit ans. Jésus le vit étendu sur un grabat, et sachant qu'il était là depuis longtemps, il lui dit : Youlez-vous être guéri ? — Seigneur , répondit l'infirme, je n'ai personne qui me plonge dans la piscine, quand l'eau vient à bouillonner. Vainement j'essaie de m'y rendre ; dans l'intervalle, un autre s'y est déjà précipité. — Levez-vous, lui dit Jésus, emportez votre lit, et marchez. — A l'instant, le paralytique fut guéri ; il chargea son lit sur ses épaules, et se mit à marcher. Or, ce jour-là était un sabbat. Les Juifs, qui rencontrèrent cet homme, lui dirent : Nous sommes au jour du sabbat; il ne vous est pas permis de transporter ce fardeau. — Celui
* Le mot latin de la Yulgate Bethsaîda^ répond assez à la prononciation hébraïque; cependant il convient de ne pas le confondre avec la ville galiléenne du même nom, patrie de l'apôtre saint Pierre. Voilà pourquoi nous conservons dans notre traduction l'expression môme de l'original. L'étymologie et la signification des deux termes sont d'ailleurs fort différentes. Bethsaîda veut dire : Ville des pêcheurs ; Bethesda signifie : Maison de miséricorde.
' La Vulgate dit formellement : Aîigelus Domini ; mais le texte original, moins explicite, est celui-ci : a-^-ye/.o; -^às av-x xatfiv, /.. t. x.
10 lIISTOmE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CURIST.
qui vient île me guérir, répondil-il , m'en a donné l'ordre en ces termes : Emportez votre lit et marchez. — Quel est, reprirent-ils, celui qui vous a parlé ainsi? — Il ne put leur répondre , car il ne connaissait pas le nom de l'étranger qui lui avait adressé la parole , et Jésus s'était retiré du milieu de la foule, aussitôt après l'événement. Quelques heures aprèrî, Jésus le retrouva dans le Temple, et lui dit : Vous avez recouvré la santé ; ne péchez plus désormais, de peur qu'il ne vous arrive pis encore. — ■ Cet homme dit alors aux Juifs : Yoilà celui qui m'a guéri '. » Topographie 5. Chacun des détails évangéliques mérite ici une at-
de la piscine . • t- • i ^ ti ^ . . , .
Probatique. tculion particulière , au pomt de vuc de 1 authenticité intrinsèque qui résulte de leur examen. La « porte du Troupeau » ou « porte Probatique, » à l'est du palais Antonia, avait été construite sous Néhémias , par les soins du pontife Eliacib*. Elle s'ouvrait sur la rue des Marchands et des Orfèvres', dans l'intérieur de la ville, et donnait accès au
* Jean, v, 2-1 o.
^ H Esdr., m, 1-38; xii, 38. Cette porte se nommait en hébreu : Sahar-IIatzon {Porta Pecoris) , expression que les Septante ont traduite par : ft kûXy) f, npoêaTix-r. , et la Vulgate par ces mots : Porta Gregis. La plupart des traducteurs français ont adopté l'expression de : « Porte des Brebis. » Cette interprétation , ainsi que Pezron le fait remarquer, est inexacte. Le sens réel est « Porte du Troupeau. » Vraisemblablement , ajoute le docte commentateur, elle était ainsi appelée parce qu'elle servait à introduire dans Jérusalem les troupeaux de toute sorte, amenés pour le service du Temple ou même pour les usages domestiques. (Pezron, Histoire évangélique, tom. I, pag. 317.)
3 II Esdr., m, 31.
Temple, dont elle était considérée comme l'une des portes extérieures. A ce titre, elle avait reçu une consécration solennelle '. La mention, qui en est faite par le lexte sacré, est donc d'une exactitude rigoureuse ; l'indication du monument, désigné sous le nom de piscine de Béthesda, ou piscine Probatique, ne l'est pas moins. Au temps d'Eusèbe de Césarée, cette piscine existait encore dans sa forme primitive , quoique les cinq portiques couverts eussent été ruinés lors de la dévastation du Temple par les soldats de Titus. « A côté d'un lac naturel, alimenté par les pluies de l'hiver, ditEusèbe, ou voit encore une piscine, de construction fort ancienne, dont les eaux, d'un rouge extraordinaire, ont la couleur du sang\ » Aujourd'hui cette piscine est connue à Jérusalem sous le nom de Bézetha, évidemment dérivé du Béthesda de l'Evangile \ Quant aux caractères d'antiquité qui frappaient Eusèbe, ils sont signalés par les voyageurs modernes : « A l'est du palais Antonia, dit Mgr Mislin, au milieu d'un vaste bâtiment en ruine , est la piscine Bethsaïda *. On y retrouve la même maçonnerie que dans les étangs de Salomon , au delà de Bethléem, et une couche en cailloutage, comme aux puits
1 II Esdr., m, 1.
^ Eusebii, Onomasticon , traduction de saint Jérôme, sous le titre de: Liber de Situ et ISominihus locorum hebraicoram {PatroL lat., tora. xxui, col. 884, 883.)
* De Saulcy,.Dici. des Antiq. bibh, pag. 133, 134. — '^M^' Mislin, Les Saints Lieux, tom. II, pag. 412.
de Salomon, près de Tyr, el le même enduit à rexlérieur. Ses dimensions exactes sont de cent cinquante pieds de long sur quarante de large. Il serait maintenant difficile d'en mesurer la profondeur, qui a dû être fort considérable'. » Au commencement de ce siècle, à l'époque où Chateaubriand la visita, elle était déjà à demi comblée. « Cette piscine, dit l'illustre voyageur, est maintenant- desséchée ; il y croît quelques grenadiers et une espèce' de tamarins sauvages , dont la verdure est bleuâtre ; l'angle de l'ouest est tout rempli de nopals*. » La dégradation de ce monument célèbre a fait de nouveaux progrès en ces dernières années. « On voit encore , dit Mgr Mislin % quelques arbustes et quelques pieds de nopals, à l'angle de l'ouest, mais l'autre partie se comble de plus en plus, depuis qu'on y a entassé les décombres provenant des ruines de l'église de Sainte-Anne, qui est en face '^. « Malgré les ravages du temps, aggravés par l'inintelligence notoire de l'administration locale, la piscine Probatique est encore reconnaissable. Elle subsiste de nos jours, témoin lapi-
' M'^'" Mislin, Les Saints Lieux, tom. II, pag. 414. — ^ Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem, tonri. II, pag. 59. — ' Mp' Mislin, Les Saints Lieux, tom. II, pag. 413.
* « Il n'y a plus une goutte d'eau dans la piscine Probatique. On y jette maintenant toutes les immondices du quartier. Tajar-Pacha, qui était gouvrrneur île la Palestine il y a peu d'années, ayant fait déblayer les ruines de l'église de Sainte-Anne, qui est en face, fit jeter tnns les décombres dans cette piscine. » (M^' Mislin, Les Saints Lieux, tom. 11, pag. 413. )
daire, qui affirme, après dix-neuf siècles , la véracité des indications topographiques de l'Evangile. La plupart des archéologues reconnaissent, avec Brocard*, que cette piscine est de construction salomonienne. Les Nathinéens, ou serviteurs du Temple, venaient y laver les victimes qu'ils présentaient aux prêtres pour les sacrifices ^ Les cinq portiques, dont elle était entourée, du temps de Notre- Seigneur , supposent une disposition particulière , récemment étudiée par M. de Saulcy. « La colonnade n'affectait point, dit-il , une forme circulaire. La disposition du terrain, qui m'est parfaitement connue , ne me permet pas d'adopter ce sens. Une raison, selon moi, péremploire, c'est que le portique, placé autour de la piscine, aurait donné accès au Temple du côté de la ville, pendant que ce fossé plein d'eau , quoique nécessaire aux usages du Temple , lui servait en même temps de défense du côté du nord. Mais, à l'intérieur de l'édifice sacré, un immense portique , soutenu par quatre rangs de colonnes , servait à abriter les sacrificateurs qui venaient laver les victimes dans l'immense lac de Bézetha. Telle est l'explication naturelle du terme de l'Evangéliste \ » Ces inductions de la science moderne nous font parfaitement comprendre la relation qui existait entre la piscine de Béthesda et les parvis
' Brocard, liznerar., cap. 6. — ^ M^^ Mislin, Les Saints Lieux, tom. 11, pag. 413, 414. — ^ De Saulcy, Dict. des Antiq. bibl., pag. 153, 154.
\ï HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
du Temple, où Noire-Seigneur se relrouve quelques instants après la guérison du paralytique. La topographie de l'Evangile est donc ici d'une précision tellement rigoureuse, qu'à elle seule, elle formerait une preuve d'authenticité incontestable. Nul autre qu'un témoin oculaire n'a pu fournir, avec tant de simplicité dans le style, des détails d'une vérité si parfaite. On n'invente pas de la sorte, et rien ne se prête moins à l'imagination des légendaires, que la disposition réelle des lieux et des monuments historiques*.
Témoignais 6. Ces cousldéralions n'arrctenl point le rationalisme mode l'histoire .
relatifs à la dcme. La piscine Probatique existe encore; elle porte,
piscine
l'robatique. d^ns sa coustruclion même , et dans les matériaux qui la composent, tous les caractères d'antiquité qui la recommanderaient à l'étude des archéologues, s'il s'agissait d'unbalneum romain, ou d'un hypocauste de l'époque des Césars. Mais un monument décrit par l'Evangile, et remontant peut-être à l'ère salomonienne, mérite-t-il donc un instant d'attention? Les savants ont autre chose h faire ! Ces
• « La porte Probatique, dit le docteur Sepp , était une des douze portes de Jérusalem au teiups de Notre-Seigiicur. La source jaillissait au sud-ouest, et au pied de la monta<3Tiedu Temple. Ses eaux étaient aussitôt recueillies dans un réservoir. Nous pouvons conclure de ce fait , et de celui de la guérison de l'aveugle - né , dans la piscine de Siloë, que Jésus montait ordinairement au Temple, et en descendait du cô!é du midi et de la porte nommée Ihdda, parce que la pente était plus douce et plus facile de ce côté; tandis que du côté du nord elle était trés-escarpi'c. » (D' Sepp, La Vie de Notrc-Seigtieur Jésus- Christ, tom. 11, pag. 17.)
CHAP. "Vr. — SECOND VOYAGE A JÉRUSALEM. 15
fins de noii-recevoir auront beau se produire désormais : l'heure est venue où la science , trop longtemps retranchée dans son dédain systématique, se verra forcée d'abdiquer son rôle officiel ou de consentir enfin à s'occuper de ce qui agite en ce moment toutes les intelligences. La question qui passionne le monde est celle de la divinité de Jésus- Christ. Toutes les autres s'effacent devant elle ; les efforts de l'incrédulité n'ont abouti qu'à mieux poser, dans les esprits, cette question d'une importance capitale. Il s'agit donc de contrôler chaque ligne, chaque iôta de l'Evangile, et quand les deux seules grandes découvertes de la philologie moderne, l'interprétation des hiéroglyphes par l'illustre ChampoUion, et celle de l'écriture cunéiforme, par M. Oppert', sont venues spontanément confirmer toutes les données du Testament Ancien, on chercherait vainementà éluder l'examen scientifique du Testament Nouveau. Il y avait donc, parmi les dépendances du Temple de Jéru-alem, à l'époque du Sauveur, une source, dont la puissance curative est attestée par son nom même : Piscine de Miséricorde. Il n'est pas sans importance de faire observer que l'Evangile de saint Jean, très-certainement postérieur à la ruine de Jérusalem par Titus, mentionne cette piscine
1 On sait qu'au mois d'août 1863, le grand prix biennal a été décerné, par toutes les Académies réunies, à M. J. Oppcrt, pour sa magnifique découverte de l'interprétation des monuments cunéiformes.
comme existant encore* ; de sorte que la vertu merveilleuse des eaux de Céthesda avait survécu à la catastrophe dont la Ville sainte fut victime. Nous avons, de plus, au tujet des propriétés particulières des sources qui alimentaient le Temple, un témoignage irréfragable. Josèphe parle avec admiration des eaux de Siloë, voisines de la piscine de Béthesda, et peut-être alimentées par la même nappe souterraine \ La Palestine était abondamment pourvue de sources thermales, dont l'efficacité est attestée par tous les historiens. La réputation des eaux de CaUirhoé, au temps d'ilérode, était universelle. La tradition nous parle encore de la source de Mirjam, près du lac de Tibériade, et mentionne la source d'Elisée, près de Jéricho, (pii jailUt au pied du mont de la Quarantaine, et s'appelle aujourd'hui , chez les Arabes, M'n-el-Sult an, ou Source du Roi '. Li-pijcir.e '^' L'exégèse catholique s'est vivement préoccupée de ^rrnsèî'gDe-** ces faits, dans l'étude du récit de la piscine de Béthesda. Il vE^wJ. s'est produit, en ces derniers temps , un nouveau système d'interprétation, qui présente certains caractères de vrai-
' Jean, V, 2.
* Le niveau de la source de Siloë est à environ deux cents pieds plus bas. (M''''' Misiin, Les Saints Lieux, tom. Il, pay. 413.) Cotte disposition des lieux, on le conçoit, n'eiupùclierail pus que la niènie nappe souterraine n'alimentât les deux sources. Nous cmyons donc que dom Calmct a pu dire sans erreur que « la i)iscine l'iob.itiipie était pleine des eaux de Siloë. »
' Scpp, La Vie de Notre -Seigneur Jésus- Christ , loin. Il, pag. 14.
semblance, mais auquel manquera toujours la consécration de l'autorité des Pères et de la tradition ecclésiastique. « La source, qui alimentait la piscine, dit le docteur AUioli, existe encore. L'eau en est salée; elle a une vertu médicale et offre cette particularité singulière, qu'elle ne bouillonne et n'est chaude que de trois à six heures du matin. Elle s'écoule ensuite peu à peu, et, durant le reste du jour, laisse son lit à sec. Tel est le rapport de Scholtz, qui a récemment étudié sur place le phénomène *. » — Le docteur Sepp, partant de cette donnée exclusivement physique , s'exprime ainsi : « Ceux qui souffraient de quelque infirmité assiégeaient la fontaine, et dès qu'elle bouillonnait, ils descendaient dans l'eau, à laquelle le mouvement et l'agitation communiquaient une nouvelle énergie. Ce mouvement, produit sans doute par le dégagement souterrain du calorique, tel qu'on le remarque, à certains temps déterminés, dans un grand nombre de sources minérales, était attribué, par le peuple, à l'opération d'un Ange, et l'Évangéliste confirme celle croyance dans son récit. Beaucoup de maladies, et, entre autres, la goutte, les rhumatismes, la paralysie et la consomption trouvaient, dans cette source , un remède efficace, pourvu que les malades pussent y descendre et s'y plonger avant que la saturation minérale se fût dissipée, et
* AUioli, Nouveau Commentaire sur tous les Livres des divines Ecritures, édit. Vives, loin. VIII, pag. 497, 498. Cf. Ms^ Mislin, Les Saints Lieux, toni.II, pag. 413; Scholtz, Traduction et explication du Nouveau Testament, Jean, v, 2.