‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangiles (volume 2)Chapitre 3 sur 69 · II · texte numérisé non relu

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que l'eau eût perdu sa chaleur bienfaisante '. » Nous ailmettons volontiers, avec l'illustre docteur allemand, les propriétés médicales de la source de Bélhesda; mais nous ne saurions adopter de même son commentaire du texte sacré, relatif à l'intervention de l'Ange. Non-seulement saint Jean s'est prêté à la croyance populaire de la Judée, mais il a donné la mesure et la règle de la foi de tous les âges. Ce serait singulièrement amoindrir l'autorité des paroles de l'Evangile, que de les accommoder ainsi aux préjugés vulgaires. L'Evangile est à la fois une histoire et une doctrine. Au point de vue doctrinal , il importe donc de le

' D'' Stpj); La Vie de Notre-Seigneiir Jésus-Christ, tom. II, p. 15. Cette explication , on le voit , n'a rien de commun avec les systèmes naturalistes du siècle précédent. Les critiques du temps de Voltaire entendaient le mot grec Ây.cXc;, non pas d'un Anye, «mais, dit M. L. Paris, d'un prêtre ou d'un lévite, qui du Temple, situé non loin de là , venait agiter l'eau dans laquelle on avait récemment lavé les victimes égorgées. Ces eaux , mêlées au sang et à la graisse des animaux , une fois échaufTées , pouvaient causer dans les humeurs des malades une amélioration sensible. Mais peut-on, par ce raisonnement, expliquer la guérison des aveugles, des estropiés , des paralytiques de naissance? Mieux vaudrait dire que Dieu est grand, et confesser le pouvoir qu'il avait d'imprimer aux eaux de la piscine la vertu surnaturelle dont il s'agit, » ( L. Paris , Toiles peintes et Tapisseries de la la ville de Reims, in-4°, 1843, tom. I, pag. 148, 140.) Ajoutons que l'expression Â-,7e"ao;, sans l'article et même sans l'addition détorminative de Kûsicu, qui ne se trouve pas dans le texte original , ainsi que nous en avons fait la remarque, ne laisse pas, dans le style de l'Ecriture, d'emporter la signification précise d'un Ange. On ne trouverait pas , dans toute la BiMe , un seul exemple contraire. Jamais le terme ÂfjEXo; n'y est pris dans le sens vague d'un envoyé ou messager ordinaire.

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maintenir dans son intégrité divine , et dans les termes exacts de son interprétation traditionnelle. Saint Thomas d'Aquin a résumé la vérité dans ces paroles, trop oubliées de nos jours : « Toute la nature matérielle est régie par les Anges. Ce principe est admis, non-seulement par les saints Docteurs, mais par tous les philosophes qui ont reconnu l'existence des esprits K » En un siècle de matérialisme comme le nôtre, on ne pourrait assez insister sur ces principes, qui sont ceux de l'Evangile et de la tradition entière. Que saurions-nous du monde surnaturel, sans la révélation du Yerbe incarné? Inaccessible à nos sens, la hiérarchie des esprits se révèle, parfois, d'une manière inusitée. Si les mauvais anges exercent une influence fatale sur l'homme et sur la nature qui en est dépendante , il est certain que Dieu communique aux bons Anges un pouvoir direct sur le monde. Yoilà pourquoi, avec tous les Pères, nous entendons le texte de saint Jean , relatif à l'Ange de Béthesda, dans son sens naturel et obvie-.

* Omnia corporalia reguntur per Angelos. Et hoc non solum a saJictis doctoribus ponitur, sed etiam ah omnibus philosophis qui incorporeas suhstantias posiienmt. {Summ. TheoL, pars I, qu. ex, C.)

2 C'est aussi la conclusion du D"" AUioli. « L'eau qui, dès lors, pouvait avoir une vertu médicale, dit-il, comme elle doit l'avoir encore de nos jours , la tenait d'un Ange , qui , à certains temps , mais à ce qu'il paroit dans des moments inconnus et indéterminés , la mettait en mouvement et lui communiquait la vertu singulière de délivrer de leurs infirmités, quelles qu'elles fussent, les malades qui y descendaient aussitôt après son agitation. Le mouvement de l'eau pouvait être aperçu par un jaillissement plus fort et plus abondant que de coutume.

Preuves 8. Quol qu'll 011 soit, rcfficacité extraordinaire tles eaux

intrinsèques . , . n

de la réalité Je la piscine Probalique était tellement connue au temps

du miracle

opéré sur le jg Notre-SeigncuF, qu'en voyant un malade de trente an-

paraljlique.

nées subitement guéri, les Juifs ne s'étonnent nullem.enl de cette cure. Leur premier mouvement, en rencontrant le paralytique qu ils avaient vu si longtemps étendu près de la fontaine de Béiliesda, n'est point de s'extasier sur sa guérison. Tous les jours, des faits de ce genre s'accomplissaient sous leurs yeux. Dans leur pharisaïsme étroit et mesquin, ils ne songent qu'à la violation du repos sabbatique , commise sous les parvis mêmes du Temple, par un malheureux qui emporte sur ses épaules le grabat où il a souffert tant d'années ! On chercherait vainement ailleurs que chez les Hébreux, des exemples de ce rigorisme outré. L'histoire évangélique nous fournira encore plus d'une occasion de le signaler. Du reste, le paralytique reconnaît lui-même l'infraction légale dont il vient de se rendre coupable. Pour se justifier, il en appelle à l'autorité de celui qui l'a guéri. Alors seulement ses interlocuteurs commencent à s'émouvoir de la cure elle-même, qui leur semblait jusque-là fort naturelle. « Quel est cet homme? demandent-ils. Comment a-t-ilpudirc : Emportez voire lit et marchez? » — Tousces

pendant lequel l'Ange augmentait encore sa vertu salutaire. Cette propriété existait pendant le mouvement, et immcdiatcmpnt après; mais ensuite elle cessait. Du reste, tous les saints Pères considèrent le fait dont il s'agit comme miraculeux. » (Allioli, Nouveau Commentaire sur tous les Livres des divines Ecritures, tom. Vlll^ pag. 498.)

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détails, si conformes aux mœurs judaïques, seraient inintelligibles dans toute autre histoire. Si le paralytique avait été guéri par les eaux de la piscine, il eût laissé sous les portiques la natte qui lui servait de grabat, jusqu'au coucher du soleil, et ne l'eût emportée qu'à l'heure rituelle où cessait l'obligation du repos sabbatique. Dans l'intervalle , il se fût rendu au Temple, pour rendre grâces à Dieu de la faveur dont il venait d'être l'objet. Mais c'est la parole toute puissante d'un inconnu, qui l'a guéri. L'étranger lui a dit: « Levez-vous, emportez votre grabat, et marchez. » Au risque d'enfreindre matériellement la loi, il s'est empressé d'obéir à l'ordre souverain qui venait , en sa personne, de commandera la nature et d'en faire fléchir les lois. Sa reconnaissance le ramène bientôt au pied des autels. Il revient au Temple , reconnaît le Sauveur , et, le montrant aux Juifs, il leur dit : « Le voilà ! c'est lui qui m'a guéri ! »

9. « Or, continue le texte sacré , les Juifs poursuivaient Discours

T' 1 • 1 1 • 1 • 1 • 1 11 de Jésus aux

Jésus , lui reprochant la violation du jour du sabbat. — juifs de

Jérusalem.

Mon Père ne cesse jamais d'agir, leur dit-il, voilà pourquoi j'agis moi-même. — A ces mots, ils voulaient le mettre à mort , non plus seulement parce qu'il violait la loi du sabbat , mais parce qu'il appelait Dieu , son père , en se faisant lui-même égal à Dieu. Jésus reprit : En vérité, en vérité, je vous le dis : Le Fils ne fait que ce qu'il voit faire au Père. Tout ce que fait le Père, le Fils le fait également.

Car le Père aime le Fils et lui révèle toutes ses œuvres. Il eu manifestera de plus grandes encore que celle-ci, et vous en serez dans l'étonnement. De même que le Père donne la vie et ressuscite les morts, ainsi le Fils donne la vie à qui il lui plaît. Le Père ne paraît point sur son tribunal pour exercer la justice, mais il a donné au Fils le pouvoir de juger, afin que tous honorent le Fils, comme ils honorent le Père. Quiconque refuse ses hommages au Fils, les refuse au Père qui l'a envoyé. En vérité, en vérité, je vous le dis : Celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m'a envoyé, possède la vie éternelle. La condamnation ne l'atteindra point , et il est déjà passé de la mort à la vie. L'heure approche , et elle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l'écouteront auront la vie. Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils de posséder en soi la vie. Il lui a remis le pouvoir du jugement parce qu'il est le Fils de l'homme. Ne soyez pas surpris de cette parole, car l'heure viendra où tous les habitants des sépulcres entendront la voix du Fils et se lèveront , ceux qui auront fait le bien, pour la résurrection de la vie , ceux qui auront fait le mal pour la résurrection du châtiment. Je ne puis rien faire de moi-même. Selon que j'entends la décision du Père, je juge; ainsi ma sentence est juste , parce que je ne cherche pas ma propre volonté, mais celle du Père qui m'a envoyé. Si je me rendais à moimême témoignage , vous n'accepteriez pas la sincérité de

ma parole. Mais il en est un autre , qui me rend témoignage , et je sais que son témoignage à mon sujet est véritable. Vous avez fait interroger Jean-Baptiste, et il a proclamé la vérité. Cependant, je n'ai point à recevoir la sanction d'un homme : si je vous dis ces choses , c'est afin que vous soyez sauvés. Jean était la lampe ardente et lumineuse. Il vous a plu, pour un instant , de vous réjouir à sa splendeur. Mais j'ai un témoignage supérieur à celui de Jean. Les œuvres que le Père m'a donné le pouvoir d'accomplir, les œuvres que je fais sous vos yeux, attestent que le Père m'a envoyé. Lui-même, le Père qui m'a envoyé , a rendu témoignage de moi ; mais vous n'avez pas voulu entendre sa voix, ni reconnaître sa majesté. Vous n'avez pas en vous sa parole permanente , parce que vous ne croyez point en Celui qui m'a envoyé. Vous scrutez les Ecritures, dans la pensée d'y trouver la vie éternelle. Or, les Ecritures me rendent témoignage , et pourtant vous ne voulez point venir à moi , pour avoir la vie. Ce n'est point que je recherche la gloire humaine , mais je vous connais et je sais que l'amour de Dieu n'habite pas en vous. Je suis venu au nom de mon Père, et vous me repoussez ; d'autres viendront en leur propre nom et vous les accueillerez ! Comment pourriez-vous avoir la foi, vous qui recherchez la gloire que les hommes se donnent entre eux, et dédaignez la gloire véritable qui vient de Dieu seul? Ne croyez point que je doive être votre accusateur près de mon Père. Votre

accusateur, c'est Moïse lui-même , en qui reposent toutes yos espérances. Si vous aviez réellement foi aux paroles de Moïse , peut-être croiriez-vous aussi en moi , car c'est de moi que Moïse a écrit. Mais quand vous repoussez le témoignage de ses écrits , comment pourriez-vous accepter celui de mes paroles ' ? »

uévéïaUon 10. Lc miraclc de guérison opéré à la pisciue Probalique,

théologique

renferoKc qq f^jt gi éclatant , dout la nouvelle est apportée sous les

dans le

discours du parvis du Temple par le paralytique qui en a été lui-même l'objet, aurait frappe tous les esprits , partout ailleurs qu'à Jérusalem. Placez le récit évangélique dans un autre milieu social, et il devient inexplicable. Mais , au sein du peuple juif, parmi cette race exceptionnelle, dont l'histoire et l'existence même étaient une série de miracles, aucun des étonnements, aucune des préoccupations ordinaires n'avaient accès dans les cœurs. Il avait été dit à ce peuple : c( Souviens-loi de sanctifier le jour du sabbat -. » La même autorité législatrice , celle de Jéhovali , par la bouche de Moïse, avait ajouté : « Si un prophète opère des prodiges, et qu'il vienne vous dire : Allons rendre hommage à des dieux étrangers ! mettez à mort ce prophète , et vous aurez fait disparaître le mal du milieu de vous ^ » Certes, Notre- Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, ne prêchait point aux Juifs le culte d'une divinité étrangère; loin de violer

'Jean., V, IG ad ultim. — ^ Numer,, xv, 32-41. — ^ Deutcron.,

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