II
dernier
dans la salle du festin, et la porte fut fermée. Les autres ■vierges revinrent enfin , disant : Seigneur , Seigneur ouvrez nous ! Mais l'Epoux leur répondit : En vérité, je ne vous connais point. Yeillez donc, puisque vous ne savez ni le jour ni l'heure K »
Jugement 23. » Quaud le Fils de l'homme, escorté de tous ses Anges, viendra dans sa gloire, il prendra place sur le trône de sa majesté. Devant lui seront rassemblées toutes les nations ; il séparera les uns d'avec les autres, comme le pasteur sépare les brebis d'avec les boucs. Il placera les brebis à sa droite, les boucs à sa gauche. Roi suprême, il dira à ceux qui seront à sa droite : Venez les bénis de mon Père, entrez en possession du royaume préparé pour vous, dès l'origine du monde! Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais voyageur, et vous m'avez recueilli ; nu, et vous m'avez habillé; malade, étions m'avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi ! Les justes lui diront alors : Seigneur, à quelle époque nous étes-vous donc apparu, souffrant la faim pour que nous vous ayons nourri ; souffrant la soif, pour que nous vous ayons donné à boire ; voyageur, pour que nous vous ayons recueilli; nu, pour que nous vous ayons habillé; malade, ou captif, pour que nous vous ayons visité? Et le Roi répondra : En vérité, je vous le dis, chaque
* Matth., XXIV, 36-36, xxv, 1-13. Marc, xiii, 32-37. Luc, xxi, 34-36.
fois que vous avez traité de la sorte le plus petit d'entre mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. Puis il dira à ceux qui seront à gauche : Loin de moi, maudits! Allez au feu éternel, qui fut préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire; j'étais voyageur, et vous ne m'avez pas recueilli ; nu, et vous ne m'avez pas habillé ; malade et captif, et vous ne m'avez pas visité ! Eux aussi, ils lui demanderont : Seigneur, quand donc nous avons-vous vu souffrant ou la faim ou la soif, voyageur, nu, malade ou captif, sans vous secourir? Mais il leur répondra : En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous avez refusé votre assistance à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous l'avez refusée ! Et ils s'en iront au supplice éternel, et les justes entreront dans l'éternelle vie \ »
Le livre de l'Evangile qui s'ouvre avant l'aurore des temps, dans les splendeurs de la génération du Verbe, se clôt, par delà tous les temps, dans l'éternité du supplice ou dans l'éternité du triomphe.
§ m. Mercredi Saint.
24. Jésus ne rentra point à Jérusalem en ce jour. Il le passa sur la Montagne des Ohviers. « Les disciples, dit veiiie est l'Evangile, en retrouvant le figuier , maudit la veille , des- '^-«°'
o ' \-i 1 desséché.
* Matth., XXV, 31-46.
ler maudit la
séché jusqu'à la racine, étaient dans Téton nemenl, et disaient entre eux • Comme il est devenu sec ! — Pierre, se rappelaiit la parole de Jésus, lui dit : Maître, voilà le figuier que vous avez maudit ; il est desséché ! — Jésus prit la parole, et leur répondit en ces termes : Ayez foi en Dieu ! En vérité, je vous le dis, si vous aviez la foi , sans incertitude ni hésitation, non-seulement vous auriez la puissance d'agir comme je l'ai fait sur ce Aguier; mais vous diriez à cette montagne : Enlève-toi, va le jeter à la mer ! et elle irait. Quiconque croit, sans hésitation, que tout ce qu'il a dit doit se faire, celui-là verra sa parole accomplie. C'est pourquoi, je vous le dis, quoi que ce soit que vous demandiez, dans la prière , croyez que vous l'obtiendrez, et cela sera fait. Mais lorsque vous vous disposerez à prier, pardonnez d'abord à quiconque vous aura offensé , afin que votre Père qui est aux deux vous remette aussi vos péchés. Car si vous ne pardonnez d'abord, votre Père céleste ne vous pardonnera pas lui-même vos offenses K »
Tel est le langage de Jésus, deux jours avant sa mort. Il
apprend à Pierre, le futur chef de l'Eglise et le gardien de
la foi, la puissance infinie du trésor dont il aura entre les
mains le dépôt sacré.
Le concilia- 23. (( Cependant, continue l'Evangile , le jour solennel
^'judas'"' ^^^ Azymes, appelé la Pâque, était proche. Lors donc que
Jésus eut terminé ces enseignements, il dit à ses disciples :
« .M;itlh., XXI, 20-23. Marc, xi, 19 26.
Vous savez que la Pàque aura lieu clans deux jours, et que venr^ son
maître.
le Fils de l'homme sera livré pour être mis en croix. — En effet les Princes des Prêtres et les Scribes cherchaient comment ils pourraient le faire mourir. Le Conseil des Anciens fut réuni dans V atrium du Prince des Prêtres , appelé Caïphe , et tous se concertaient pour s'emparer de lui par ruse, et le tuer; mais ils craignaient le peuple, et disaient : Que ce ne soit point pendant la fête, de peur de soulever la multitude 1 — Or, Satan entra dans le cœur de Judas, celui qu'on surnommait Iscariote, l'un des douze. Il vint trouver les Grands-Prêtres, leur offrant de livrer Jésus. Il s'entendit avec eux, et avec les magistrats du Temple, sur la manière dont il le livrerait. Que voulez-vous me donner, leur dit-il, et je le mettrai entre vos mains? — A cette parole, ils furent pleins de joie, et convinrent de lui donner plus tard une somme, lui remettant d'abord trente deniers d'argent. Judas accepta l'engagement, et il cherchait une occasion favorable pour livrer son Maître, à l'insu du peuple ^))
La haine du Sanhédrin ne cherche plus même à garder les formes de la justice. C'est par dol, dolo; c'est par la corruption ; à l'insu du peuple, et, dès lors, contrairement à tous les principes de la législation mosaïque ; c'est par la trahison, la vénalité, dans l'ombre d'un conciliabule, où la terreur et le remords prématuré planent, comme des visions vengeresses, que se conclut le marché Déicide.
'Matth., XXVI, 1-0, 14-16. Marc, xiv, 1-2, 40-11, Luc, xxii, 1-6.
486 LISTOFRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CIIRrST.
Un trait essentiellement juif, et qui n'a pas été suffisamment remarqué, c'est qu'on promet au traître une somme d'argent, une somme indéterminée, mais en rapport avec le service qu'il va rendre, et avec la joie que sa proposition excite dans rassemblée : Promiseriûit ei pecimiam se daturos\ Cependant on ne lui compte, à l'avance, que trente pièces d'argent : Constituerunt ei triginta argenteos % environ cinquante francs de notre monnaie. C'était à peine le prix d'un esclave hors d'âge. Jadis les frères de Joseph avaient touché la même somme. La haine n'empêchait pas les vieillards du Sanhédrin de calculer leurs intérêts; ils spéculaient sur la cupidité du traître, et, à un double point de vue, ils crurent l'affaire bonne pour eux !
§ IV. Jeudi Saint.
Préparation 26. « Or, coutinue l'Evangile , le premier jour des
deladernifre
pàque. La Azymcs, où la Loi ordonne de tuer l'Agneau pascal, était
Parasceve.
Le Cénacle, vcuu. Jésus dit à Pierre et à Jean : Allez nous préparer le
Jésus la -e les
piedf aes festin de la Pàque. — Où voulez-vous que soient faits les préparatifs? répondirent-ils. — Et il leur dit : Rendez-vous à la ville. En y entrant, vous rencontrerez un homme, portant une urne pleine d'eau. Suivez-le jusqu'à la maison où il entrera. Quelle que soit cette maison, dites au Père de famille : Le Maître vous mande ces paroles : Mon temps est proche ; je vais célébrer chez vous la Pàque avec mes ' Marc, XIV, H. — ^Matth., xxvi, l\.
CUAP. X. — JEUDI SAINT. 487
disciples. Où est la salle du festin? Alors il vous montrera un grand cénacle, orné de tapis. C'est là que vous prépa rerez la Pâque. — Les disciples allèrent donc, vinrent à la ville, trouvèrent toutes choses comme il leur avait dit, et préparèrent l'Agneau pascal. Or, le soir étant arrivé , Jésus s'y rendit avec les douze ^ Sachant que l'heure était venue où il devait passer de ce monde à son Père , comme il avait aimé les siens qui étaient en ce monde , il les aima jusqu'à la fin. Quand la Cène pascale fut prête, lui, aux mains duquel le Père a tout remis , sorti de Dieu et sur le point de retourner à Dieu, quitta la table, déposa son manteau, se ceignit d'un linge , versa de l'eau dans un bassin, et commença à laver les pieds des disciples, les essuyant du linge qu'il portait à la ceinture. Il vint ainsi à Simon Pierre, qui s'écria : Seigneur, jamais vous ne me laverez les pieds ! — Jésus lui répondit : Si je ne te purifie, tu n'auras point de part avec moi. — Pierre reprit : Seigneur, non-seulement mes pieds, mais les mains et la tête ! — Celui qui est déjà purifié, dit Jésus, n'a besoin que de se laver les pieds, pour être entièrement pur. Or vous êtes purs, mais non pas tous ! — Il connaissait celui qui devait le livrer ; c'est pourquoi il dit : Vous n'êtes pas tous purs. — Après donc qu'il leur eut lavé les pieds, il se mit à table, et leur dit : Comprenez-vous ce que je viens de faire? Vous m'appelez Maître el Seigneur, et vous dites bien, car je le 1 Matth., \x\x, 17-19. Marc, xiv, 12-16. Luc, xxii, 7-ë3.
suis. Si donc Moi, le Seigneur, le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous devez agir de même entre vous. Car je vous ai donné l'exemple , afin que vous fassiez comme j'ai fait à votre égard. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que le maître , ni l'apôtre plus grand que celui qui l'a envoyé. Si vous savez ces choses, et les pratiquez vous serez heureux ' ! »
La Cène pascale, chez les Juifs, commençait au lever des étoiles, le quatorzième jour du mois de Nisan, en souvenir du dernier repas pris sur la terre de la captivité, par les enfants de Jacob , dans la nuit où l'Ange du Seigneur « passa » {Phase ; Pascha ; « Passage » ) sur les maisons des Egyptiens , depuis le palais du Pharaon jusqu'à la chaumière de l'esclave , frappant de mort tous les premiers-nés. Le jour qui la précédait portait le nom de Pa-. rasceve, «Préparation » ou de Premier jour des Azymes, parce qu'on devait préparer l'Agneau pascal et les pains sans levain [Azymes), dont la manducalion était seule permise durant la solennité. Le quatorzième du mois de Nisan tombait cette année un vendredi, et, d'après la manière hébraïque de compter les jours, d'un coucher de soleil à l'autre , c'était le vendredi soir que les Juifs devaient manger la victime sainte. Mais le divin Maître « savait que son heure était venue , et qu'il allait quitter ce monde, pour retourner à son Père. « Le vendredi soir, ({uand le
' Joann., xiii. i-17.
peuple déicide s'assoiera au banquet national, le grand sacrifice sera consommé , l'Agneau de Dieu aura été mis à mort, pour effacer les péchés du monde. Voilà pourquoi Notre -Seigneur anticipe d'un jour la célébration de la Pàque. Pierre et Jean disent de sa part à l'hôte qui doit prêter sa demeure : « Mon temps est proche ; je vais célébrer chez vous la Pàque avec mes disciples. » Pierre et Jean, la Foi et l'Amour, le Moïse et l'Aaron du Testament Nouveau, vont mettre fin, par une immolation suprême, aux sacrifices figuratifs du Testament Ancien. Une dernière fois, la loi Mosaïque va donner l'hospitalité au Verbe fait chair. Toutes les demeures de Jérusalem étaientàla disposition des pèlerins, pendantlesjoursde la solennitépascale.Lebanquet commémoratif devait être pris en commun par chaque famille, ou par chaque groupe de parents et d'amis, au nombre d'au moins dix personnes, et dans l'intérieur d'une maison. Chaque groupe pouvait s'établir partout où il y avait de la place ; les habitants de la ville fournissaient la salle du festin. L'hôtenepouvaitrecevoir, en dédommagement, que la peau de l'Agneau pascal. Le rationalisme moderne, dans son ignorance des coutumes juives, suppose ici fort inutilement tout un système de supercherie, employé par Jésus pour agir sur l'imagination des Apôtres. Cette manière Evangélique de préparer un logement serait impraticable chez nous. Mais à Jérusalem, et dans la circonstance, elle n'avait rien d'extraordinaire : c'est encore là un des traits
d'authenticité du livre Divin. Ce qu'il faut admirer ici, c'est l'amour d'un Dieu, qui s'abaisse jusqu'à laver les pieds des liommes qu'il vient sauver. Chez les Juifs, c'étaient les esclaves qui lavaient les pieds des convives; mais « Jésus veut prendre la forme d'un esclave ! » Dans son étonnement Pierre , le chef futur de l'Eglise , refuse un tel honneur. « Seigneur, s'écrie-t-il , jamais je ne souffrirai que vous me laviez les pieds ! » Il ne sait pas encore quelle pureté immaculée exige la manducation de l'Agneau Eucharistique. Il ne sait pas que Dieu doit d'abord purifier le cœur où Dieu doit descendre. Jésus le lui apprend ; et il ajoute : « Je vous ai donné l'exemple , afin que vous fassiez aux autres ce que j'ai fait pour vous ! » Depuis cette heure, les ministres de Jésus-Christ lavent les pieds de tous les pécheurs, avant de les admettre au banquet de l'Agneau. La cice ^7. « Jésus s'étaut mis à table, continue l'Evangile , les Te^RHutr'^ douze y prirent place avec lui. 11 leur dit alors : J'ai désiré
judaïque. ,, . , , . TA^
d un immense desu' manger cette Paque avec vous, avant ma passion ! Car, je vous le dis, je ne la mangerai plus, jusqu'à ce qu'elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. — Prenant alors la coupe , il rendit grâces et dit : Prenez et partagez entre vous ; car, je vous le dis , je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour oii je le boirai avec vous, sous une forme nouvelle , dans le royaume de mon Père'. »
' Luc, xxn, 14-18.
La première Pàque, sur la terre d'Egypte, avait été célébrée, debout, les reins ceints et le bâton à la main. Mais en posant le pied sur la Terre promise , Israël avait cessé d'être voyageur. Dès lors, ce fut assis qu'il mangea le festin royal de la Pâque, et, quand l'usage du triclinium ou des divans se fut introduit , on s'en servit pour cette circonstance. Telle fut donc l'attitude de Notre-Seigneur, en cette nuit solennelle. Etendu sur un Iridinium, le bras gauche sur un coussin, il avait à sa droite saint Jean, le disciple bienaimé , et à sa gauche saint Pierre *. Les douze Apôtres étaient en demi-cercle autour de lui. L'autre côté de la table , ou l'hémicycle , restait hbre pour ceux qui servaient.
Lorsque les Juifs mangeaient la Pàque, le maître de la
maison se levait , prenait de la main droite une coupe ,
pleine de vin rouge , souvenir du sang ég^^tien, versé au
jour de la délivrance , et prononçait la bénédiction en ces
1 (( Pierre et Jean étaient donc également près du Sauveur. Le premier toutefois avait la place d'honneur, comme toujours. Car en ce cas, la première place, chez lesHébreux, était à gauche, c'est-à-dire à la tète de l'hôte qui occupait le milieu de la table. Jean toutefois était mieux placé pour parler au divin Maître. Les peintres ont abusé de l'expression de l'apôtre saint Jean, quand il dit (( qu'il reposait sur la poitrine de Jésus ; » locution orientale pour désigner qu'il était couché près de la poitrine du Sauveur. Les peintres donc placent le disciple de l'amour sur le sein de Notre-Seigneur, en sorte que Jésus n'aurait pu ni respirer, ni se remuer, tandis qu'il est certain que le Christ et ses Apôtres étaient tous couchés de la même manière, et que la main droite restait toujours libre. » (Sepp. La Vie de Notre- Seigneur Jésus-Christ , Tom. II, 349.)
•492 HISTOIRE DE NOTUE-SEIGNEUll JÉSUS-CHRIST.
termes : « Ceci est le signede notre liberté, et le mémorial de kl sortie d'Egypte. Béni soit le Seigneur, qui a créé le fruit de la vigne ! w Puis , il buvait du vin contenu dans la coupe, et la passait ensuite aux autres convives. Ce premier acte du festin pascal s'appelait, chez les Juifs, Eulogie : « Bénédiction ; » de même que l'Agneau sacramentel portait le nom à' Eucharistie : « Action de grâces ; » nous retrouverons ces- deux expressions dans la langue de l'Eglise. Quand le divin Maître « prenant la coupe, et rendantgrâces, » la donne aux apôtres, il accomplit le rite officiel de l'Eulogie». Mais il ne porte point les lèvres au breuvage mosaïque, et, changeant la formule ordinaire , il annonce la fin de l'Ancienne Loi et l'avéuement de la Nouvelle r « En vérité, je vous le dis, je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai avec vous, sous une forme nouvelle, dans le royaume de Dieu. » Après l'Eulogie de la coupe, le président du festin pascal prenait , suivant le précepte de la Loi, les laitues sauvages, qu'il trempait dans du vinaigre, et les tenant élevées de la main
1 Nous rappelons ici, pour mémoire, et afin de mieux constater l'inintelligence ou la mauvaise foi du rationalisme , les odieuses paroles qu'on a déjà lues : « Les repas étaient devenus pour la communauté naissante , pour la troupe joyeuse et vagabonde , un des moments les plus doux. Quand Jésus fut mort, la forme sous laquelle il apparaissait au pieux souvenir de ses disciples était celle d'un banquet mystique. 11 est probable que c'était là une des habitudes de sa vie, et qu'à ce moment il était particulièrement aimable et attendri. « ( Vie de Jésus , p. 1G7, 302-:J03. )
CHAr. X. — JEUDI SAINT. 493
droite , il disait : « Nous mangeons ces herbes amères, en souvenir de l'amertume dont l'Egypte remplit la vie des Israélites, nos aïeux ! >•> Il mangeait alors gros comme une olive, dit le Talmud , de cet âpre aliment, et tous les convives l'imitaient. On apportait ensuite une nouvelle coupe de vin, deux pains azymes et l'Agneau pascal. Le président du repas prenait l'un des pains, de la main droite ', et disait : c( Nous mangeons ce pain sans levain, en souvenir de ce que nos pères en Egypte , au jour de leur délivrance , n'eurent pas le temps de laisser fermenter la pâte. Louons donc Jéhovah, Dieu d'Israël ! Dites Alléluia! Esclaves, bénissez le Seigneur ! » Les assistants récitaient alors le Psaume : Li eocitu Israël de JEgyiJîo. Le président partageait le second pain en autant de morceaux qu'il y avait de convives, et le bénissait, en disant : a Tel fut le pain de misère , qu'ont mangé nos aïeux en Egypte. Que celui qui a faim, vienne et mange; que l'indigent s'approche et fasse la Pâque ! Béni soit Jéhovah qui produit le pain de la terre ! » Les convives répondaient : a Amen. » Le président prenait chaque morceau, l'enveloppait de laitues sauvages, et le trempait dans un ragoût spécial, nommé Charoseth, sorte de pudding, composé d'amandes cuites dans le vin , avec des figues, des noix , du jus de citron et des oUves. « Béni soit, disait-il, Jéhovah , Dieu de nos pères, qui nous a
* Ce fut ce pain, symbole de la délivrance, sur lequel Jésus prononça les paroles Eucharistiques : <( Ceci est mon corps. »
Wp histoire de NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
sanctifiés par ses préceptes , et nous a commande de manger le pain azyme avec des herbes amères ! « Chaque convive prenait alors un de ces morceaux , ou le recevait directement de la main du chef de famille, qui servait ensuite l'Agneau pascal. Avant de le partager, il prononçait la formule de l'Eucharistie judaïque, en ces termes : « Soyez béni, Jéhovah, Dieu de nos pères, parce que vous nous avez sanctifiés par votre loi , et nous avez ordonné de manger l'Agneau pascal. Ceci est la Pàque que nous mangeons, en souvenir de ce que TAnge exterminateur passa, sans les frapper, devant les maisons de nos aïeux , sur la terre d'Egypte ! » Après lamanducation de l'Agneau pascal, le chef de famille offrait aux convives une troisième coupe devin; puis on récitait l'hymne de l'action de grâces, composée des Psaumes cxv et cxviii \ Tous ces détails du cérémonial juif forment au récit Evangélique un cadre d'authenticité qui nous dispensera de plus amples commentaires. Au vin de la délivrance et au pain de l'amertume, Jésus va substituer « le pain des Anges, et le vin qui fait germer les vierges. »
institut.on 28. « Comme ils commençaient le repas, dit le texte risiiP. sacre, Jésus prit le pam , rendit grâces, le bcnit, le rompit, et le donna à ses disciples : Prenez, dit-il, et mangez.
* Credidi propter quod locutus sum (Psalm. cxv.) Beati Immaculati in via (Psalm. cxvin. Voir pour tous les détails de la cène Pascale : Pezron. Ilist. Evang eL,lom. II. p. 229-240. Scpp. Vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ , tom. II, p. 348-3<i0.)
Ceci est mon corps, qui est donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. — Semblablement , après le repas , il prit le calice, rendit grâces et le leur donna en disant: Prenez et buvez-en tous. Ceci est mon sang, le sang du Testament nouveau, qui, pour vous et pour plusieurs, sera répandu pour la rémission des péchés ^ »
Ceci est mon corps. Ceci est mon sang. Non point la figure, l'image, le mémorial, le signe ; mais la réalité vraie du « corps qui est donné pour vous, du sang qui sera versé » jusqu'à la dernière goutte. Le passage du Seigneur en Egypte était figuré par l'Agneau pascal. La passage de Jésus-Christ, Fils de Dieu, sur la terre, est éternisé dans le pain qui devient son corps, dans le vin qui devient son sang. Le Testament Nouveau commence par ce legs immortel. De l'ancienne Pàque, du sang de l'Agneau qui préserva les maisons d'Israël en Egypte , du pain de l'indigence , du vin des captifs, il ne reste plus qu'un souvenir. Le sacrifice universel est établi ; tous devront manger la chair adorable et le sang divin , qui sont offerts « pour la rémission des péchés. » Le sacerdoce nouveau est constitué à côté du nouveau sacrifice : « Faites ceci en mémoire de moi ; )) et le Testament de l'amour de Dieu pour le monde est scellé dans l'institution de l'Eucharistie chrétienne !
29. « En ce moment, continue l'Evangile, Jésus mani- jésusréyèie festa l'émotion de son cœur, et dit : Je connais ceux que îrtrahison'
* Matth., xxvr, 26-28. Marc, xiv, 22-24. Luc, xxii, 19-20.
de Judas
Sgae'ir j'ai choisis, mais il faut que la parole de rEcrilure s'acsaintVierr. couiplissc : « L'iiommc qui mange mon pain lèvera contre
et à saint i • i «
Jean, moi le talon '. » Yoici en effet que la main du traître est a cette table. En vérité, je vous le rlis, l'un de vous, l'un des douze, qui porte avec moi la main à ce plat -, me doit trahir. Quant au Fils de l'homme, il s'en va, selon qu'il a été écrit de lui. Mais, malheur à celui par qui le Fils de l'homme sera livré ! Il eût été heureux pour celui-là de ne point naître ! — Les Apôtres furent consternés. Chacun se mit à dire : Est-ce moi. Seigneur? — Et ils cherchaient entre eux qui ce pouvait être. Or le disciple que Jésus aimait était couché à table, près de la poitrine de Jésus. Simon Pierre lui fit signe de demander qui ce serait. Le disciple, se penchant donc sur le cœur de Jésus, lui dit à voix l)a5se : Seigneur, qui est-ce? — Jésus répondit : C'est celui à qui je vais donner le morceau de pain trempé ^ — Or Judas, le traître, demandait en ce moment : Est-ce moi, Rabbi? — Jésus répondit, de manière à n'être entendu que de Jean : Tu l'as dit ! — Puis, prenant un morceau de pain trempé , il le donna à Judas Iscariote , fils de Simon. Avec cette bouchée amcre , Satan entra en lui. Jésus lui dit à
1 Psalm., XL, 10.
' Cette parole fut prononcée au moment où chaque convive portail la main au [)lat pour prendre le morceau de pain trempé dans le Charoseth.
'Toutes les mains s'étaient retirées du plat sacramentel, quand Jésus avait annoncé la trahison de l'un des douze. Voilà pourquoi le divin Maître dut en faire lui-même la distribution.
haute voix : Ce que tu as à faire, fais-]e promptement. — Les autres convives ne surent point ce que signifiait cette parole. Quelques-uns pensaient que, comme Judas était chargé de la bourse, Jésus voulait lui dire : Achète promptement ce qui nous est nécessaire pour le temps de la fête * ; ou bien : Vois à t'occuper des pauvres. — Judas, prenant donc le morceau de pain , sortit aussitôt. Il était nuit \ »
30. « Après le départ de Judas, Jésus dit : Maintenant le confirmation Fils de l'homme a été glorifié et Dieu l'a été en lui. Si Dieu primauté
donnée à
a été glorifié en lui, à son tour il fera éclater sa gloire, saint pierre. Bientôt il manifestera la gloire du Fils de l'homme ^ » — Les Apôtres comprirent cette parole dans le sens de l'avénement immédiat du règne de Jésus-Christ. « Qui sera le plus grand , sous la royauté nouvelle? se demandaient-ils entre eux. » — Jésus valeur répondre, et, tout en confirmant une seconde fois la nomination, précédemment faite *, du chef futur de l'Eglise , il leur rappelle les conditions de l'autorité chrétienne. « Les rois des nations, dit-il, les traitent avec empire ; ceux qui ont l'autorité se font donner
^ On sait que les Juifs n'achetaient et ne vendaient jamais rien, le jour du sabbat, ni les jours de fête. Chacun avait donc le soin de s'approvisionner à l'avance de tontes les choses nécessaires à la vie. « La veille de la Pàque, dit le Docteur Sepp, les boutiques des marchands restaient ouvertes toute la nuit. Quant aux pauvres, ils demandaient aux pèlerins et aux étrangers compatissants quelque aumône, afin de subvenir pour eux aux frais du sacrifice pascal. »
niatth., XXVI, 21-25, Marc, xiv, 18-21. Luc, xxn, 21-23. Joan., xni, 21-30. — Joan, xai, 31-32. — ^ Cf. chap. vn de cette Histoire, n°« 23 et 26.
des litres flatteurs. Qu'il n'en soit point ainsi parmi vous. Que celui qui est le plus grand devienne comme le moindre ; et celui qui gouverne comme celui qui sert. En effet, quel est le plus grand, de celui qui préside au festin, ou du serviteur? N'est-ce pas le président du festin? Or, moi qui préside à cette table, au milieu de vous, je me suis fait votre serviteur. Pour vous, qui êtes demeurés avec moi, dans mes épreuves, je vous prépare, comme mon Père l'a fait pour moi-même, un royaume ; afin que vous mangiez et buviez à la table de ma royauté, et qu'assis sur des trônes, vous jugiez les douze tribus d'Israël. — Puis, s' adressant à Pierre, le Seigneur lui dit : Simon, Simon ! Yoici que Satan a obtenu le pouvoir de vous cribler tous, comme on crible le froment. Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point. Un jour donc , quand tu seras relevé , affermis tes frères. » — Telle est l'instilulion de la chaire de Saint Pierre, gardienne d'une foi indéfectible , au-dessus des sièges de l'Episcopat, oii les successeurs des Apôtres jugent toutes les nations du monde. « Mes petits enfants , continua Jésus, je n'ai plus que quelques instants à demeurer avec vous ! Vous me chercherez, et, comm.e je l'ai dit aux Juifs, « Je vais là où vous ne pouvez venir, w Je vous donne un commandement nouveau. Aimez-vous les uns les autres! Comme je vous ai aimés moi-même, aimez-vous. A ce signe de votre charité mutuelle, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples*. » 1 Luc, XXII, 24-32. Joann., xiii, 33-33.
31. « Simon Pierre lui dit : Seigneur, où allez-vous Prédiction
delà chu le da
donc? — Jésus répondit : Je vais où tu ne peux en ce me- saint pierre.
Promesse
ment me suivre ; mais lu me suivras plus tard ' . — Pourquoi, d-envoyer
■■ ^ ' l'Esprit Saint
dit Pierre, ne puis-je vous suivre dès maintenant? — Alors ""^ apôtres. Jésus leur dit: Cette nuit même, je serai, pour vous tous, un sujet de scandale et de chute ; car il est écrit : « Je frapperai le Pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées ^ » Mais, après ma résurrection, je vous précéderai en Galilée. — Pierre s'écria : Quand même tous se scandaliseraient de vous, moi jamais! Je donnerai mon sang pour vous! Seigneur, je suis prêt à marcher, avec vous, à la prison et à la mort ! — - Jésus lui répondit : Tu verserais ton sang pour moi? Pierre, en vérité, en vérité, je te le dis : Cette nuit même, avant le second chant élu coq , tu m'auras renié trois fois ! — Mais Pierre redoublait ses serments, et disait : Quand il me faudrait mourir avec vous, je ne vous renierai jamais! — Tous les disciples tinrent le même langage. Jésus leur dit : A l'époque où je vous ai envoyés, sans bourse, ni sac de voyage, ni double chaussure, avez-vous manqué de quoi que ce soit? — De rien, répondirent-ils. — Jésus dit alors : L'heure est venue où celui qui a un sac de voyage , doit se munir aussi d'une bourse : et celui qui n'en a point fera bien de vendre jusqu'à sa tunique
1 Comme son di-vin Maître, saint Pierre devait mourir par le supplice de la croix.
^ Zachar-., xm, 7.
elle-même , pour acheter une épée. Je vous parle ainsi, parce que la Prophétie, écrite de moi, va s'accomplir : «lia été mis au rang des scélérats \ » J'approche de ma fiu. » — Les Apôtres comprirent alors qu'une lutte terrible était sur le point de s'engager. « Seigneur, s'écrièrent-ils, voici deux glaives ! — C'est assez, répondit-il -. » — Les deux glaives du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel ont en effet suffi , dans la main de l'Eglise, à la conquête du monde. Mais ils ne devaient être employés, ni l'un ni l'autre, à la façon des conquérants humains. Jésus réprime la belliqueuse ardeur des Apôtres. «Que votre cœur ne se trouble point, dit-il. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père , il y a plusieurs étages. Je vais vous y préparer une place. Ensuite je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que là ou je suis, vous soyiez aussi vous-mêmes. Or vous savez où je vais , et vous connaissez la voie à prendre. — Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons pas où vous allez; comment donc pouvonsnous connaître la voie à suivre? — Jésus lui répondit : Je suis la vole, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. Si vous m'eussiez bien connu , vous auriez aussi connu mon Père; vous l'avez vu déjà, et vous le connaîtrez bientôt. — Seigneur, demanda Philippe, faites-nous voir le Père, et cela nous suffit! — Depuis si
* Isa., un, 12.— *Matlh., xxvi, 31-35. Marc, xiv, 27-31. Luc, xxii, 33-38. Joann., xui, 36-38.
CHAP. X. — JEDDT SAINT. 501
long-temps je suis avec vous, répondit Jésus, et vous ne me connaissez pas encore! Philippe, celui qui me voit, voit aussi le Père. Comment donc peux-tu dire : Montrez-nous le Père? Ne croyez-vous donc pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi? Le Père, demeurant en moi, fait les œuvres dont vous avez été témoins. Croyez aux œuvres que vous avez vues. En vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque croit en moi accomplira toutes les œuvres que je fais, et de plus grandes encore; parce que, retourné à mon Père, je ferai tout ce que vous demanderez en mon nom. Vous m'aimez , gardez donc mes commandements. Pour moi, je prierai le Père, et il vous enverra l'autre Paradet ^ (Consolateur), qui demeurera à jamais avec vous; l'Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit et ne le connaît point. Mais vous le connaîtrez, car il demeurera avec vous, il sera en vous. Je ne vous laisserai point orphelins, je reviendrai à vous. Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus, mais vous me verrez ; vous vivrez de ma propre vie, et, ce jour-là, vous connaîtrez que je suis dans le Père , vous en moi, et moi en vous! — Seigneur, demanda Thadée surnommé Jude, que signifie cette parole que vous vous manifesterez à nous, mais non au monde? y> — Les Apôtres attendaient toujours le
* Ah'um Paraditim. Voilà la troisième personne de la Trinité divine, qui doit, avec le Père et le Fils, achever l'œuvre de la Rédemption du monde.
règue du Clirist, dans la splendeur et la gloire d'une manifestalion loute-puissante , qui courberait le monde sous le sceptre de Jésus. Tel est le sens de l'interrogation de Tbadée. Mais le monde doit rester libre d'accepter ou de refuser le bienfait de la rédemption; de suivre le Sauveur, ou de le crucifier. Yoilà pourquoi le divin Maître répond : « Quiconque m'aime, gardera ma parole; et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. Mais celui qui ne m'aime point, ne peut garder ma parole. Je vous dis ces choses, en ce moment où j'habite encore visiblement parmi. Mais l'Esprit Saint , le Paraclet , que le Père enverra en mon nom , vous enseignera toutes choses, et vous donnera l'intelligence de toutes mes paroles. Je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix; non point celle que le monde peut offrir. Que votre cœur soit donc sans trouble, ni effroi. Je m'en vais, mais je reviendrai à vous. Si vous m'aimiez, vous seriez dans la joie de ce que le Fils de l'homme retourne à son Père, car le Père est plus grand que lui K Désormais je ne pourrai plus guère vous entretenir ; le Prince de ce monde approche. Il n'a aucune puissance sur moi, mais il faut que le monde sache que j'aime le Père, et que tous les ordres qu'il
* Comme Dieu, Jésus est égal au Père; il l'indique clairement et à plusieurs reprises : « Le Père et moi nous sommes un. » — <( Tout ce qui est au Père est à moi; tout ce que j'ai est au Père, » etc. Mais, comme Fils de l'homme, à ce titre spécial, Jésus est moins grand que le Père. Tel est ici le sens de la parole Evangélique.
m'a donnés je les exécute. Levez-vous, sortons d'ici *. »
32. « Ayant donc récité l'hymne pascal ^, ils quittèrent sortie du
cénacle.
le Cénacle, se dirigeant vers la montague des Oliviers '. » La vigne
véritable.
Chemin faisant, ils traversaient les coteaux, couverts de Derniers
enseigiie-
yignes, et le divin Maître continua à leur parler en ces ™e°foi^es' termes : « Je suis la véritable vigne, et mon Père est le vi- ^p'''^''®^gneron. Tout rameau qui ne portera point de fruit en moi, il le retranchera, et celui qui porte déjà du fruit, il l'émondera, pour le rendre plus fertile. Vous qui avez recueilli mes enseignements, vous êtes déjà purs. Demeurez en moi, et moi en vous. Comme la branche ne saurait produire son fruit d'elle-même, et sans rester attachée au cep, de même vous ne le sauriez non plus, si vous ne demeurez en moi; Je suis la vigne, vous êtes les branches. Celui qui demeure en moi, et moi en lui ( car sans moi vous ne pouvez rien ), est une branche fertile. Mais celui qui se détache de moi sera coupé, comme le sarment; il séchera, et on le ramassera pour le jeter au feu. Comme mon Père m'a aimé, ainsi je vous aime. Demeurez dans mon amour. Tel est mon précepte. Aimez -vous les uns les autres, comme je vous ai aimés! Nul ne peut donner une plus grande preuve de tendresse que de mourir pour ses amis. Or, vous êtes mes amis, si vous gardez mes commandements. Désormais je ne vous
* Joann., xiv, 1 ad ultim.
' Ainsi que nous l'avons vu plus haut, l'hymne d'action de grâce, après la Pàque, se composait des Psaumes cxv et cxvni. 3 Matth., XXVI, 26. Marc, xiv, 30.
nommerai plus serviteurs; un serviteur ne sait pas ce que fait le maître. Je vous ai donc donné le titre d'amis, parce que je vous ai enseigné tout ce que j'ai appris du Père. Ce n'est pas vous qui m'avez choisi; mais je vous ai moi-même élus et constitués, pour que vous alliez et rapportiez du fruit, et que votre fruit demeure. Le monde vous poursuivra de sa haine ; il m'a détesté moi le premier. Si vous étiez du monde , le monde aimerait en vous son bien propre. Mais vous n'êtes pas de ce monde ; mon élection vous en a fait sortir; voilà pourquoi le monde vous hait. Conservez la mémoire de la parole que je prononce en ce moment : Le serviteur n'est pas au-dessus du maître. Ils m'ont persécuté ; ils vous persécuteront aussi. Cependant on a gardé ma parole, on gardera aussi la vôtre. L'heure vient où quiconque vous tuera croira honorer Dieu *. Et maintenant je vais à Celui qui m'a envoyé. Nul de vous ne songe plus à me demander oii je vais. Mais ce mot de séparation remplit vos cœurs de tristesse. Cependant, je vous le dis, en vérité : Il vous est utile que je m'en aille, autrement l'Esprit Consolateur ne viendrait point à vous. Quand je serai parti, je
* Quelle majesté, dans cette histoire prophétique de l'Eglise ! Le rationalisme moderne écrit, à propos de ces passages, des phrases telles que celles-ci : « Entraîné par l'effrayante progression de son enthousiasme, commande par les nécessités d'une prétention de plus en plus exaltée, Jésus n'était plus libre, il appartenait à sonrùle! » (Vie de Jésus, p. 318 ) « Jean met dans la bouche de Jésus des discours raides et gauches, dont le ton, si souvent faux et inégal, ne serait pas souffert par un homme de goût!» (Ibid. Introd., p. xxni-xxiv. )
VOUS l'enverrai. C'est lui qui forcera le monde àreconnaître ces trois grandes -vérités : Le péché , la justice, et le jugement. J'aurais encore beaucoup à tous dire, mais vous ne pourriez maintenant porter le poids de mes paroles. Quand l'Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité 1. Encore une fois, je vous le dis : Vous pleurerez, vous serez dansla désolation, et le monde se réjouira! Vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse se changera en joie. La femme qui enfante est en proie aux étreintes de la douleur; mais, quand elle a donné le jour à un fils, elle oublie la souffrance; elle est toute entière au bonheur d'avoir mis un homme au monde. Vous aussi, vous êtes en ce moment dans la douleur; mais vous me reverrez, et votre cœur tressaillera d'une joie que nul ne vous pourra plus ravir. En vérité, en vérité, je vous le dis : Tout ce que vous demanderez au Père , en mon nom , il vous l'accordera. Jusqu'ici vous n'avez rien demandé, en mon nom : demandez et vous recevrez ; rien ne manquera à votre joie. Naguère je vous disais ces choses en paraboles. L'heure est venue où je vous parle ouvertement du Père. Le jour oii vous le prierez, en (mon nom, je n'aurai point à intercéder moimême près de lui. Le Père en effet vous aime; parce que vous m'avez aimé ; parce que vous avez cru que je suis sorti du Père. Issu de son sein, je suis venu en ce monde;
1 Qu'est devenue, dans le Protestantisme, l'action incessante du Saint Esprit, qui doit compléter l'enseignement de Jésus ?
Prière de Jésus,
maintenant je quille ce monde, et je retourne au Père. — Les disciples lui dirent ; Non, ce n'est plus en paraboles mystérieuses que vous nous parlez. Nous comprenons que vous savez tout, et nous croyons que vous êtes sorti de Dieu ! — Jésus répondit : Avez-vous en effet cette foi ? Le moment approche où vous allez prendre la fuite , chacun de son côté , et me laisser seul. Seul ! non ; car mon Père est avec moi. Souvenez-vous de ma parole, pour que vous conserviez la paix en moi. Yous subirez l'oppression dans le monde; mais ayez confiance, j'ai vaincu le monde ». » Le torrent 33. Eq parlant ainsi, Jésus était arrivé sur le bord du
du Cédron.
Cédron. Ce torrent, qui avait vu passer l'infortune de David; dont les eaux fougueuses avaient baigné les victimes offertes à Moloch; dont le rivage avait été teint du sang d'Isaïe le prophète, nous apparaît ici comme la limite des deux mondes. L'antique Loi n'irapasplusloin. Le monde nouveau, l'Eglise catholique, va naître. Le Sauveur, dans ce discours, qui dut faire couler tant de larmes, a résumé tous les dogmes, toute l'histoire , tous les combats, tous les triomphes de l'Eglise. « Jésus, continue l'écrivain sacré , leva les yeux au ciel, et dit :Père, l'heure est venue; glorifiez votre Fils, afin que votre Fils manifeste votre gloire ! Vous lui avez donné la puissance sur toute chair, afin qu'à tous il donne la vie éternelle. Or, la vie éternelle c'est vous connaître, vous le seul Dieu véritable, et connaître Jésus-Christ, que ^ Joann., xv et xvi integr.
VOUS avez envoyé. J'ai manifesté votre gloire à la terre ; j'ai consommé l'œuvre que vous m'aviez commise. Maintenant donc, ô Père, faites éclater sur moi la splendeur dont je rayonnais dans votre sein, avant l'aurore du monde! J'ai appris voire nom aux hommes, que vous m'avez donnés, du milieu du monde; ils étaient vôtres, et vous me les avez confiés. Us ont gardé votre parole. Us savent maintenant que de voiis découle tout ce que je tiens de votre libéralité. Les enseignements que j'ai puisés dans votre sein^ je les leur ai transmis; ils les ont reçus ; ils reconnaissent que je suis vraiment sorti de vous; ils croient que vous m'avez envoyé. C'est pour eux que je vous adresse ma prière; je ne prie point pour le monde, mais pourjceux que vous m'avez donnés; parce qu'ils sont vôtres. Or, tout ce que vous avez est à moi, et tout ce que j'ai est à vous. Père, j'ai été glorifié en eux ! Bientôt je ne serai plus dans ce monde ; mais ils y resteront, et moi je vais à vous. Père saint, pour l'honneur de votre nom', conservez ceux que vous m'avez donnés ! Qu'ils soient un, comme nous sommes un ! Tant que je fus avec eux, je les ai conservés en votre nom. J'ai gardé le dépôt que j'ai reçu de vous ; aucun d'eux ne s'est égaré , hormis le fils de perdition , en qui s'accomplit la malédiction formulée par l'Ecriture. Sur le point d'aller à vous, je tiens ce langage, en ce monde que je vais quitter, afin de leur laisser au fond du cœur la plénitude de ma joie. Je leur ai appris votre parole, et le monde les a eus en
508 nrsTomE de notre-seigneur jésus-chrtst.
horreur; parce que, pas plus que moi, ils ne sont de ce monde. Je ne yous demande point de les retirer du monde, mais de les préserver du mal. Sanctifiez-les dans la vérité. Votre parole est vérité. De même que vous m'avez envoyé en ce monde , ainsi je les envoie. Ce n'est pas pour eux seulement que je vous implore , mais pour ceux qui, sur leur parole, doivent croire en moi. Qu'ils soient un! De même que vous, ô Père, vous êtes en moi, et moi en vous, qu'ils soient eux-mêmes un en nous. Ainsi le monde croira que vous m'avez envoyé. Moi en eux , vous en moi , pour qu'ils soient consommés dans l'unité ! Ainsi le monde reconnaîtra que vous les avez aimés, comme vous m'aimez moi-même. Père, je veux que, partout où je suis, ceux que vous m'avez donnés soient avec moi; qu'ils contemplent la splendeur dont vous m'avez entouré ; car, avant que le monde fût, vous m'aimiez! Père de l'éternelle justice, le monde ne vous a pas connu ; mais moi je vous connais , et ceux-ci savent que vous m'avez envoj-é ! Je leur ai appris, et je leur apprendrai votre nom ; afin que l'amour que vous me portczse repose sur eux, et que moi-même je sois en eux ! * » Ayant ainsi parlé, en un langage que le Verbe incarné pouvait seul tenir, et qui suffira, jusqu'à la fin des âges, à la félicité de notre terre , » Jésus traversa avec ses disciples le torrent du Cédron ^ »
' Joan., XVII inlcgr. — - Joan., xviii, 1,
CHAPITHE XL