‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangiles (volume 2)Chapitre 39 sur 69 · II · texte numérisé non relu

II

4G6 UISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CIIRIST.

mourait avec le corps; la coixFcieuce était ainsi débarrassée des terreurs de l'autre vie ; les récompenses ou les peines après la mort, le dogme de la résurrection étaient des chimères, dont on ne rencontrait, disaient-ils, nulle trace dans les écrits de Moïse *. Aussi le Pentateuque était le seul livre de l'Ecriture dont ils admissent l'inspiration ; ils rejetaient tous les autres. Le passage du Deutéronome, qu'ils invoquent à l'appui de leur matérialisme grossier, leur paraissait décisif. Le Divin Maîlre reconnait leur bonne foi. Il ne leur dit pas, comme aux Pharisiens : « Hypocrites, pourquoi me tentez-vous ? » Mais il leur répond , à deux reprises , avec une douceur miséricordieuse : « Vous vous trompez. » « Yous êtes dans une profonde erreur. •» C'est par le texte même de Moïse qu'il réfute leur étrange doctrine. «< Dieu n'est pas le Dieu des morts. 11 n'est pas digne de lui, dit Bossuet, de ne faire, comme les hommes, qu'accompagner ses amis jusqu'au tombeau, sans leur laisser au delà aucune espérance; et ce lui serait une honte de se dire avec tant de force le Dieu d'Abraham, s'il n'avait fondé dans le ciel une éternelle cité, où Abraham et ses enfants pussent vivre heureux. » Jésus leur révèle l'état glorieux des corps ressuscites pour la vie. Aucune des grossières jouissances, ou des infirmités de noire condition mortelle, ne saurait les atteindre, a Pareils à des Anges, ils seront les Fils de Dieu. )> L'existence des Anges, l'immortaUté des âmes, » Cf. Hist. génér. de l'Eglise, tom. 111, p. 604-603.

la résurrection des morts , ce dogme capital du christianisme S comme l'appelle Saint Au gustiu, se trouvent ainsi clairement définis par le Divin Maître. Abraham, Isaac et Jacob, les patriarches de l'Ancienne Loi, vivent devant Dieu. Leur vie, dans la féUcité sans mesure et sans terme, ne leur fait point oublier les descendants qu'ils ont laissés sur la terre. Jéhovah, sur le point de sceller son alliance avec le peuple hébreu, s'appelle , dans ce sens « le Dieu d'Abraham , d'isaac et de Jacob, k L'intercession des Saints est donc encore un dogme Evangélique. Et quand un chrétien les implore, du fond de cette vallée de larmes, que fail-il, sinon répéter l'exclamation de la Parabole : a Père Abraham, ayez pitié de moi ^? »

17. (( Or les Pharisiens , continue l'Evangile, apprenant Lepius que Jésus avait réduit les Sadducéens au silence , se concertèrent de nouveau. Et l'un d'entre eux. Docteur de la loi, s'approcha pour le tenter. Maître, lui demanda-t-il, quel est le plus grand commandement de toute la loi? — Jésus lui répondit : Le premier de tous les commandements est celui-ci : Ecoute, Israël, le Seigneur, ton Dieu, est un. Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu , de tout ton cœur, de toute ton àme, de toute ton intelligence et de toute ta force. Yoilà le suprême et le premier commandement. Le second ressemble à celui-ci : Tu aimeras ton prochain comme toi-

* Resurredio mortiiorum prœcipna fides Christianorum. S. August. Sermo loO^n» 2.) — - Luc, xvi, 19.

coaimandemeat.

même. 11 n'y a pas de plus grand commandement que ceux-là. Sur ces deux préceptes repose l'ensemble de la Loi et les Prophètes. — Le Scribe dit alors : Maître, vous avez parlé selon la justice et la vérité. Dieu est un ; il n'y en a pas d'autre que lui. L'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute son àme et de toute sa force; aimer aussi le prochain comme soi-même, cela est plus grand que tous les holocaustes et les sacrifices ! — Jésus , voyant la sagesse de sa réponse , lui dit : Vous n'êtes pas loin du royaume de Dieu ! — Cependant nul n'osait plus l'interroger. Jésus s'adressa donc aux Pharisiens réunis, et leur demanda : Que pensez-vous du Christ? De qui doit-il être fils? — De David, ropondirent-ils. — Comment, reprit Jésus, les Docteurs de la loi peuvent-ils dire que le Christ doit être fils de David, lorsque David lui-mêm,e, inspiré par l'Esprit Saint, parle ainsi du Christ , au livre des Psaumes : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marche-pied ' ? » Si David nomme le Christ son Seigneur, comment le Christ peut-il être fils de David? — Et nul ne pouvait lui répondre un seul mot. On n'osa plus dès lors lui adresser une question , mais la foule l'entendait avec bonheur \ »

La dernière épreuve des Pharisiens pour « tenter » Jésus,

1 Psal., cix, i. — ^ Mattli., xxii, 34 ad ultim. Marc, xii, 28-33. Luc, XX, 40-44.

après qu'ils l'ont entendu repousser les avances d'une secte rivale , offre le même caractère de fourberie et de malignité, qui signalait leurs interrogations précédentes. Le premier et le plus grand enseignement de la révélation, aux yeux de tous les Juifs, était celui-ci : « Ecoute , Israël, Jéhovah, ton Dieu, est un. •» Cette parole était inscrite sur les phylactères que les Hébreux portaient dans les Synagogues, au front et à la main gauche * ; on n'eût pas trouvé

* Moïse (Exod., xiii, 9. Deuteron., vi, 8, xi, 18) avait dit : « Tu attacheras ces paroles (le résumé de la loi), comme un mémorial, à ta main; tu les porteras entre tes deux yeux. » Pour exécuter ce précepte, selon toute la rigueur des termes, les Juifs, dans leurs synagogues, portaient à la main gauche et sur le front, des bandelettes de parchemin sur lesquelles étaient reproduits intégralement les trois passages de la Loi, si formellement recommandés à leur attention par le législateur lui-même. Le premier, relatif à la solennité nationale de la Pàque et à la consécration de tous les premiers-nés au Seigneur, contenait seize versets du chapitre xui de l'Exode, depuis le 3^ jusqu'au 19*'. Le second renfermait les six versets du chapitre vi du Deutéronome, depuis le 4^ jusqu'au 16"=. C'était précisément le texte si cher aux Juifs : « Ecoute, Israël, Jéhovah ton Dieu est un. Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, etc. » Enfin le troisième comprenait toutes les bénédictions attachées à la fidèle observance de la Loi, et renfermait les dix versets du chapitre xi du Deutéronome, depuis le 13^ jusqu'au 22^. Les bandes de parchemin, ainsi écrites, étaient collées sur une lanière de cuir noir, aux extrémités de laquelle on fixait deux cordons de soie, servant à attacher le phylactère ((t''j>.ay-tt'i'.cv, Conservatorium legis ) au front et à la main gauche. Encore aujourd'hui, les Juifs portent ces phylactères, ou Tephillin, et les regardent comme des préservatifs contre l'action des esprits impurs. C'est pourtant en présence d'un peuple aussi traditionnel, qui porte, depuis quatre mille ans, les paroles de Moïse écrites autour de son poignet, que le rationaUsme a prétendu nier l'authenticité des Livres de Moïse !

un seul enfant de Jacob qui l'ignorât. Or, le dogme sacré, universel, immuable, de l'unité divine, Jésus ne le violait-il pas, en affirmant sa propre divinité? Si le Sauveur acceptait le principe suprême, posé par la révélation mosaïque, il devait renoncer à se dire Dieu. S'il le rejetait, toute la foule lapiderait le sacrilège. Voilà pourquoi le Scribe, étonné de la réponse affirmative qui lui est adressée, insiste avec tant de complaisance, pour en faire l'éloge aux yeux du peuple. Si Jéhovah, le Dieu d'Israël est un , Jésus ne saurait être Dieu. Le Sauveur ne laisse pas aux Pharisiens le temps de triompher de ce qu'ils croient une contradiction. « Yous n'êtes pas loin du royaume de Dieu, w répond-il ; comme s'il eût dit à ce Docteur de la Loi : Un seul point vous sépare de la vérité Evangélique. Vous n'admettez pas, dans l'unité de l'essence divine , la distinction des personnes. Vous n'admettez pas que le Christ soit Dieu. Ecoutez donc la parole inspirée de David. — Il commente alors le magnifique Psaume cix , où le Roi-proj)hète décrit la génération éternelle du Christ. « Jéhovah a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite , jusqu'à ce que j'aie réduit vos ennemis à vous servir de marche-pied. Avec toi est le principe, au jour de ta puissance créatrice, dans les splendeurs des saints ! Je t'ai engendré de mon sein, avant l'aurore des âges, avant la naissance de l'Etoile du matin! » C'est par celte affirmation solennelle de sa Divinité, prédhe par David, que Jésus ferme la bouche à ces docteurs hypocrites.

18. « Il (lit alors à la foule et aux disciples : Les Scribes Dernier

analhème

et les Pharisiens se sont assis sur la chaire de Moïse. Ob- contre les

Scribes et les

servez donc et pratiquez tout ce qu'ils vous enseignent ; pharisiens.

•■ -i ■■■ '-^ ' L'! tronc des

mais ne suivez pas leurs exemples ; car ils enseignent la L^'^^^^^^'e Loi et ne l'exécutent pas. Ils lient des fardeaux pesants et les attachent sur l'épaule des honimes, quand euxmêmes ne voudraient pas les soulever du bout du doigt. Ils font chacune de leurs œuvres pour être vus des hommes. Ils dévorent l'héritage des veuves , tout en récitant d'interminables prières. Ils affectent de se promener avec des robes traînantes ; ils élargissent leurs phylactères % et multiplient les franges de leur manteau -. Ils recherchent les salutations publiques sur leur passage. Ils aiment les

* Les Pharisiens et les Scribes ne se contentaient pas des trois citations officielles dont nous avons parlé dans la note précédente, lis élargissaient les phylactères, et y écrivaient d'autres textes de la Loi, pour faire parade d'une fidélité exagérée.

^ Voici le texte de la loi Mosaïque, relatif aux franges que les Israélites devaient porter à leur manteau. « Parle aux enfants d'Israël et dis-leur qu'ils mettent, au bord de leur manteau, des franges entrelacées d'un réseau couleur d'hyacinthe. » (Num., xv, 38. ) Le manteau de Notre-Seigneur avait une bordure de ce genre. « Si je touche seulement la frange de son manteau , disait l'hémorrhoïsse de l'Evangile, je serai guérie. » Les Pharisiens avaient introduit la coutume d'attacher à cette frange des Zizith ou Cédilim , petites bandes de parchemin sur lesquelles étaient tracés quelques versets de la Loi. Ils prétendaient se conformer par là au sens du Législateur, qui avait expliqué en ces termes le symbolisme des franges et des réseaux couleur d'hyacinthe : « Cet ornement rappellera aux fils d'Israël qu"ils sont enchaînés à la loi de Jéhovah , et qu'il ne doivent point laisser égarer leurs pensées ni leurs regards aux pompes des cultes étrangers. » (Numer., xv, 39. )

sièges d'honneur dans les Synagogues, les premières places dans les festins , et le titre de Ral)bi dont on les décore. Pour vous , n'ambitionnez pas d'être appelé Rabbi , car vous n'avez qu'un seul Maître, le Christ, et vous êtes tous frères. N'appelez personne ici bas votre père , car vous n'avez qu'un seul Père qui est aux cieux. Que le plus grand parmi vous soit votre serviteur. — Ayant ainsi parlé, Jésus s'assit vis-à-vis du Gazophjlacium * et il observait la manière dont le peuple y versait ses offrandes. Or plusieurs riches déposaient de grosses pièces d'argent. Il vit alors une pauvre veuve qui mit seulement deux petites pièces de cuivre, de la valeur d'un quart d'as. S'adressant à ses disciples, il dit : En vérité je vous l'affirme , cette pauvre •veuve a plus versé dans le Gazophjlacium que tous ceux qui l'ont précédée ; car ceux-ci ont contribué de leur abondance, mais elle vient de donner tout ce qu'elle possède, et l'unique ressource qui lui restait. — Après avoir ainsi parlé, il sortit du Temple ^ »

Prophétie 19. Jésus nc dcvait plus franchir l'enceinte des Parvis

e la ruine de ,^ ... it • ' • •.

Jérusalem, sacrcs. Sou miuistere public avait commence par une visite ,au Temple ; une dernière visite au Temple le terminait.

' Les troncs , placés dans les parvis du Temple pour recevoir les offrandes, étaient au nombre de treize, et avaient chacun sa destination particulière. Le Gazophylacium , dont il est ici question, était vraiscMnhlablemcnt destiné à recevoir les offrandes volontaires pour les sacrifices publics de la l'àque.

*MaUh.,xxni, 1-12. Marc, xn, 38-4 i. Luc, xx, 45 ad ultiin., xxi, 1-4.

C'est pour cela, sans doute , que les rationalistes disent aujourd'hui : « -Jésus aimait peu le Temple ' ! » Telle est la formule qui résume pour eux, avec une rigoureuse fidélité, tout le récit Evangélique, et quand le Sauveur fait un éloge sitouchant de la pauvre veuve qui dépose l'obole de son indigence dans le Gazophi/Iacium, les rationalistes s'écrient, toujours avec le même bonheur d'interprétation : « Les pratiques des dévots l'avaient pour mortel ennemi M r> Pendant que le divin Maître descendait, pour la dernière fois , les degrés de la Montagne sainte , « ses disciples lui montraient, continue l'Evangile, la magnificence des constructions. Que de pierres précieui es ! quelle richesse d'ornements! disaient-ils. — Maître, reprit l'un d'entre eux, voyez quels blocs énormes et quelle architecture ! — Jésus leur répondit en ces termes : Vous admirez ces constructions superbes et tous ces bâtiments. En vérité , je vous le dis , les jours viendront où il n'y restera pas une seule pierre qui ne soit renversée ! — Puis, étant arrivé sur la Montagne des Oliviers, il s'assit en face du Temple. Pierre , Jacques, Jean et André l'interrogèrent à l'écart : Maître , lui demandèrent-ils, dites-nous quand cette ruine arrivera, et quels en seront les signes précurseurs? — Jésus répondit : Yous entendrez le bruit des combattants , le tumulte des séditions, le fracas des armes. Ne vous troublez point alors. Il faut d'abord que toutes ces choses arrivent, mais * Vie de Jésus, p. 214. — ^ Ibid., p. 224.

474 niSTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

ce ne sera pas encore la fia. On verra se lever nation contre nation, et royaume contre royaume ; des tremblements de terre, la peste , la famine, partout la terreur et de sinistres présages ! Tout cela marquera le début des douleurs. Auparavant, ils jetteront sur vous leurs mains, et vous persécuteront, vous traînant dans leurs prisons et leurs synagogues. Ils vous traduiront à leurs tribunaux ; vous serez flagellés ; on vous fera comparaître devant les gouverneurs et les rois , en haine de mon nom , et parce que vous me rendrez témoignage. Retenez ceci dans vos cœurs. Alors qu'ils vous conduiront à leurs tribunaux , ne vous préoccupez point de ce que vous aurez à répondre. Vous parlerez selon qu'il vous sera inspiré à l'heure même ; car je vous donnerai moi-même une éloquence et une sagesse auxquelles tous vos adversaires ne pourront ni résister, ni opposer de contradiction. Ce ne sera point vous qui parlerez , mais l'Esprit-Saint. Cependant , le frère traliira son frère, et le père son fils; les fils s'élèveront contrôleurs parents et les mettront à mort. Pères , frères , parents , amis , tous vous trahiront, vous accableront d'outrages et vous livreront au supplice. Vous serez pour tous un objet de haine, à cause de mon nom. En ces jours beaucoup failhront; la trahison et la haine seront réciproques. Des faux prophètes s'élèveront , séduisant les multitudes , et dans cette effusion d'iniquité, la charité d'un grand nombre sera refroidie. Cependant , pas un cheveu de voti-e tète ne

sera perdu ; et celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé. Vous posséderez doue vos âmes dans la patience ; et lorsque vous aurez vu Jérusalem investie par une armée , sachez que sa ruine est proche. Quand « l'abomination de la désolation , » prédite par le prophète Daniel \ aura envahi le Lieu saint ( que celui qui Ut comprenne), alors que ceux qui seront en Judée s'enfuient dans les montagnes ; que les habitants quittent ce pays, et que ceux des régions étrangères ne cherchent point à y entrer ! Car ces jours seront ceux de la vengeance , et toutes les paroles des Prophètes seront accomphes. Malheur aux femmes déjà mères, et à celles qui seront sur le point d'enfanter, en ces jours! Priez pour que votre fuite n'arrive point en hiver, ni un jour de sabbat ! Les horreurs de ces jours seront telles qu'il n'y en eut et n'y en aura jamais de semblables. Terrible sera la détresse de cette terre , et la vengeance contre ce peuple ! Ils tomberont sous le tranchant du glaive ; ils seront emmenés captifs parmi les nations ; Jérusalem sera foulée aux pieds par les Gentils , jusqu'à ce que l'ère des nations soit révolue. Si le Seigneur n'avait abrégé ces jours, nul n'aurait survécu à ce désastre ; mais Dieu les a abrégés en faveur de ses élus ^ »

20. Le miracle de la prophétie éclate, avec le bruit de la Authenticité

delà

foudre et la lueur de l'éclair, dans ce discours Evangélique. prophétie

évangélique.

^ Dan., is, 27. — '- Matth., xxiv, 1-22. Marc, xic, 1-20. Luc, xxi, S-24.

hlG HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

Josèplie décrira plus tard les soulèvements de la Palestine, de la Syrie , do TOricnl tout entier , à l'approche des armées de Yespasicn et de Titus. Il décrira les horreurs de la peste, de la famine, et les tremblements de terre qui engloutiront des cités de trente mille âmes. Il notera les voix sinistres qui, pendant sept années, redisaient : uMalheurau Temple ! Malheur à Jérusalem ! « Il racontera les scènes de carnage dont le Lieu saint sera le théâtre , quand les cadavres des Juifs, massacrés par les n Zélotes, » rempliront le sanctuaire de Jéhovah. « L'ahominatiou de la désolation )) sera telle , « que si les Romains eussent différé de punir tant d'horreurs, Jérusalem aurait dû périr par un déluge nouveau , ou par une pluie de feu , comme Sodome et Gomorrhe. » Ce sont les paroles mêmes de Josèphe. Il ne nous laissera ignorer aucun détail de ce siège fameux. Le mur de circonvallation, prédit par le Sauveur, sera élevé par les soldats romains , avec une énergie et une persévérance incroyables. On verra de malheureuses mères égorger leur enfant à la mamelle , le faire rôtir, et dévorer le fruit de leurs entrailles! Au jour où le vainqueur entrera dans la ville , onze cent mille Juifs seront passés au fil de répée. On promènera le soc de la charrue sur les décombres fumants de Jérusalem. Les fils de Jacob seront dispersés parmi les nations, et la Cité sainte sera foulée aux pieds par les Gentils. Vainement le rationalisme voudrait déchirer, du livre de l'Evangile, cette page prophé-

tique. K On l'a , dit-il , ajoutée après coup ^ » Voilà pourquoi , sans doute , Eusèbe raconte , « qu'à rapproche de Titus et de ses légions, tous les chrétiens habitant la Palestine, guidés par l'oracle divin, abandonnèrent en masse ce pays, et se réfugièrent au delà du Jourdain, dans les montagnes de Galaad \ » Il y a, d'ailleurs, dans cette prophétie , des traits qu'une m.ain apoci-yphe était impuissante à ajouter. Qui donc aurait pu écrire, après la ruine de Jérusalem par Titus , que les Juifs ne reconstitueraient jamais leur nationalité sur le sol de leur patrie ; qu'ils resteraient dispersés parmi tous les peuples ; et que la cité de David (i serait écrasée sous le talon ^ des races étrangères jusqu'à ce que l'ère des nations soit révolue ^ ? » Il en est ainsi pourtant. Le talon des fds de Mahomet écrase aujourd'hui Jérusalem ; cent autres vainqueurs ont précédé les tyrans actuels, et leur succéderont peut-être. Jamais les Juifs ne sont rentrés ni ne rentreront eu maîtres sur la terre de leurs aïeux !

21. La ruine de Jérusalem et du Temple, l'extinction de la nationalité juive, si clairement prédites par le Sauveur,

1 Vie de Jésus. Introduct. p. XVII et XXXIX. — ^ Euseb. Ilist. Ecoles. ,\ih. m. cap. v. Patrol. Graec, tora. XX, col. 222.— ■"* C'est la traduction littérale du cakabitur de la Vulgate.

* C'est-à-dire « jusqu'à la fin monde. » Ainsi, d'après la prophétie divine de Jésus-Christ, les Juifs ne rentreront jamais dans la possession de leur ville et de leur temple. « Nous affirmons en toute assurance, disait Origène, qu'ils ne seront jamais rétablis : » Conficlenter dicimus eos minquam esse restituendos. (Orig. contra Celsum. )

La fin du monde

hlS UISTOIRE 1)E NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CURIST.

étaient en contradiction formelle avec l'idée que les Apôtres eux-mêmes se formaient alors de l'empire du Messie. Dans la pensée du peuple Hébreu, la Cité sainte et le Temple de Jéhovah devaient durer autant que le monde, et devenir le centre du royaume immortel fondé par le Christ , fils de David. Chaque nationalité a rêvé pour elle-même la perpétuité de la durée. Malgré l'inconstance et la mobilité des choses humaines , ce préjugé est aussi vivant chez nous qu'il put l'être jadis à Thèbes, à Ninive ou à Carthage. Mais chez les Juifs , il n'était pas seulement un sentiment d'orgueil patriotique , il constituait une religion véritable. Aussi, Pierre et les trois Apôtres ne comprennent plus comment le royaume du Christ pourra jamais s'établir, dès que Jésus leur annonce la prochaine ruine du Temple , de la ville de David et de la nationalité hébraïque. « Seigneur, demandent-ils, quel sera donc le signe précurseur de votre avènement et de la consommation du siècle? — Jésus leur répondit : Prenez garde que nul ne vous séduise. Plusieurs se présenteront en mon nom, et diront : Je suis le Christ ! Car il s'élèvera de faux Christs et de faux prophètes , qui égareront les multitudes. Ils feront des miracles et des prodiges si étonnants , que les élus eux-mêmes , s'il était possible, eu seraient ébranlés. Ne les suivez point, mais soyez en garde, vous rappelant que, d'avance, je vous ai annoncé toutes ces choses. Si donc ils vous di>ent : « Le Christ est au désert ! » N'y allez point. « Le voilà qui vient

d'entrer dans cette maison ! » N'en croyez rien. Comme l'éclair déchire la nue à l'Orient, et apparaît soudain àl'Occident, ainsi il en sera de l'avènement du Fils de l'homme. Auparavant , il y aura des signes dans le soleil , la lune et les étoiles , et, sur la terre , une angoisse terrible des nations, comme un fracas de mer grondante et de flots agités. Les hommes sécheront de frayeur, dans l'attente de la catastrophe qui menacera tout l'univers. Aussitôt après les horreurs de ces jours , le soleil sera obscurci , la lune ne versera plus sa clarté , les étoiles du firmament seront défaillantes , et les puissances des cieux s'ébranleront. Alors apparaîtra l'étendard du Fils de l'homme , dans la nue , et toutes les tribus de la terre pleureront. Elles verront le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel, avec une grande puissance et une grande majesté. Il enverra ses Anges ; au son de la trompette et avec un cri formidable, ils assembleront les élus, des quatre vents, du sommet des cieux jusqu'à leurs dernièresprofondeurs. Or, quandlessignesprécurseurs se manifesteront, regardez en haut et levez la tête, parce que votre rédemption sera proche. — Ensuite, il leur fit cette comparaison : Voyez le figuier et les autres arbres, dit-il. Quand ses bourgeons se développent , que les feuilles commencent à éclore, et qu'on voit poindre le fruit, vous dites : La saison d'été va venir. De même , quand vous verrez advenir toutes ces choses, reconnaissez que le Christ est à vos portes, et que le royaume de Dieu s'avance. En vérité, je

VOUS le (lis , celte géiiéralion * ne passera point avant que toutes ces choses soient accomplies. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas *. » Parabole des 22. « Or, clc cc jour ct de cette heure, nul n'est informé.

vierges. / j 7 »

ni les Anges dans le ciel, ni le Fils', mais le Père seul. Soyez donc sur vos gardes, veillez et priez, car vous ne savez quand viendra ce temps. Soyez attentifs ; ne laissez point vos cœurs s'appesantir par l'excès des viandes et du vin, ni par les soucis de la vie, de peur que ce jour ne fonde sur vous à l'improviste. Car il tombera, comme un filet, sur tous ceux qui habiteront la terre. Encore une fois veillez, priant toujours. Rendez-vous dignes d'échapper à ces désastres de l'avenir, et de comparaître sans crainte devant le Fils de

' La race juive, qui ne doit se convertir, et, par conséquent, cesser d'être une race à part, qu'à la fin des temps et à la veille du Jugement dernier, suivant la parole de saint Paul dans l'Epilre aux Romains. « Je ne veux pas que vous ignoriez ce mystère qu'une portion d'Israël a été frappée d'aveuglement jusqu'à ce que la plénitude des Gentils soit entrée dans le bercail, et qu'ainsi tout Israël soit sauvé. » (Rom. xi, 25, 26. )

2 MaUh., XXIV, 23-33. Marc, xni, 21-31, Luc, xxi, 2.Ï-33.

2 Le Fils de l'homme, en tant qu'homme, ne sait point, pour la révéler aux mortels, cette heure terrible. Comme Fils de Dieu, il la connaît , dans le secret inviolable où la Divinité veut la maintenir. C'est la pensée de saint Grégoire le Grand : In naturâ quidem humanitatis novit diem et horam, non ex naturâ humanitatis novit; ideo scientiam, quam ex naturâ humana non habuit, in quà cum angelis creatura fuit, hanc se cura augeUs habere dcucgavit. (Gregor., lib. VIll, Epist. col. 42.) Cela ne décourage point les Ci-prits inquiets et téméraires, qui, de siècle en siècle, se donnent la mission de prédire l'époque de la fin du monde et du Jugement dernier.

l'homme. Il en sera de lui comme d'un père de famille, qui, sur le point d'entreprendre un lointain voyage, confie sa maison à ses serviteurs, et prescrit au portier la vigilance. Yous ignorez quand le maître reviendra , le soir, au milieu de la nuit, au chant du coq, ou le matin , veillez donc ; afin qu'à son arrivée inattendue il ne vous trouve point endormis. Ce que je dis à vous, je le dis à tous : Veillez ! Car le royaume descieux sera semblable aux dix Vierges, qui, les lampes à la main, vont au-devant de l'Epoux et de l'Epouse '. Cinq d'entre elles étaient sages, et cinq étaient folles. Celles-ci ne prirent point , outre leurs lampes, une provision d'huile dans leurs vases. Les sages au contraire eurent cette précaution. Or, l'Epoux ayant tardé à venir, toutes se laissèrent gagner par le sommeil, et s'endormirent profondément. Au milieu delà nuit, le cri se fit entendre : Voici l'Epoux qui vient! Allez à sa rencontre! Toutes les vierges se levèrent alors, et disposèrent leurs lampes. Les folles dirent aux sages : Donnez-nous de votre huile, parce que nos lampes s'éteignent. Allez plutôt vous pourvoir près des marchands, répondirent les sages, de peur que notre provision ne soit insuffisante pour vous et pour nous. Or, pendant qu'elles allèrent en acheter, l'Epoux arriva; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui

1 Voir, pour l'intelligence de cette Parabole, les détails relatifs aux cérémonies du mariage chez les Juifs, Tom. I de cette Histoire^ p. 362-363.

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