‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangiles (volume 2)Chapitre 42 sur 69 · Premières stations de la Voie Douloureuse · texte numérisé non relu

Premières stations de la Voie Douloureuse

22. Le ciucifiement. — 23. Les sept paroles de Jésus en croix. La mort.

510 niSTOlRE DE NOTRE- SEIGNEUR JÉSUS-CnniST.

— 24. Prodiges arrivés à la mort de Jésus. — 25. Confirmation du récit Evangéli(]ue par l'iiisloirc profane.

§ Vil. — LA SÉPULTURE.

26. Le Crun'frnginm. La plaie du Cœur de Jésus.— 27. La sépulture par Joseph d'Arimathie et Nicodème. — 28. Le sceau des Pontifes sur le tombeau de Jésus.

§ I. lia sueur de sang-,

L'agonioot 1. (( Selon sa coiUiime, dit l'Evangile, Jésus se rendait

la sueur ir

sang, sur la montagne des Oliviers. Les onze le suivaient. Il vint à la villa, nommée Gethsémani *. Là, se trouvait un jardin, parfaitement connu de Judas, le traître, parce que le Seigneur s'y retirait d'ordinaire avec les disciples. Jésus y entra, et dit aux Apôtres : Asseyez-vous ici, pendant que j'irai prier à l'écart. Restez vous-mêmes en prière, pour ne point entrer en tentation. — Prenant alors avec lui Pierre, Jacques et Jean, il commença à leur manifester des sentiments

' Gethsémani, « Pressoir d'Olives. » Au pied du mont, dit des Oliviers, la destination d'une localité ainsi désignée était toute naturelle. On sait que les pressoirs des anciens, creusés dans le sol, et enduits d'une couche de ciment ou de bitume, étaient placés soit dans la vigne, soit dans le champ d'oliviers, dont les grappes et les fruits, pressés avec le pied, ou écrasés avec un fouloir à main, laissaient couler le liquide dans le léservoir artificiellement disposé. Ces habitudes locales nous font comprendre les expressions bibliques : (( Quis est iste qui venit de 'Edom, tinctis vestibus de Bosra ? TorcvJar cakavi solus. (Is. lxui, 1, 3.) Fodit in eà tonular. (Matth,, xxi, 33.) Mais par quel symbolisme divin, Jésus-Christ, le fruit du Testament Ancien, choisit, pour son agonie, et sa sueur de sang, le Gcthscmani du mont des Oliviers! 11 se place lui-même sousle pressoir; et chaque goutte de sang représente la Rédemption du monde !

CHAP. Xr. — LA SUEtTR DE SANG. 511

d'effroi, de dégoût, de tristesse et d'angoisses. Mon âme, leur dit- il, est triste jusqu'à la mort ! Demeurez ici et veillez avec moi, — S'étant ensuite éloigné, environ à la distance d'un jet de pierre, il se mit à genoux, et priait, en disant : Père, si vous le voulez, éloignez de moi ce calice. Cependant, que votre volonté soit faite, et non la mienne ! — Or, un Ange du ciel lui apparut, le fortifiant. Et Jésus, se prosternant la face contre terre, tomba dans une véritable agonie , insistant dans sa prière pour voir., s'il était possible, s'éloigner de lui cette heure. Abba, Père! disait-il, s'il se peut, écartez ce calice de mes lèvres! Tout vous est possible. Otez cette coupe d'amertume. Et pourtant, qu'il soit fait non comme je veux, mais comme vous voulez ! — En ce moment, il fut couvert d'une sueur pareille à des gouttes de sang, qui coulaient sur le sol. S'étant levé, après sa prière, il vint aux disciples, et les trouva endormis. Dans leur accablement, le sommeil les avait gagnés. Quoi ! vous dormiez ! dit-il. Levez-vous, priez, de peur de succomber à la tentation. L'esprit est vaillant, mais la chair est faible ! — Et s'adressant à Pierre, il lui dit : Simon, tu dors ! Ainsi tu n'as pu veiller une heure avec moi ! — 11 s'éloigna une seconde fois, et recommençant sa prière, il disait la même parole : Mon Père, si ce calice ne peut s'éloigner, s'il me faut le boire, que votre volonté soit faite ! — Puis il revint aux disciples, qu'il trouva de nouveau plongés dans le sommeil; car leurs yeux étaient ap-

Jésus.

pesanlis, et ils ne savaient que lui répondre. Les laissant donc, il s'éloigna encore, et pria pour la troisième fois, dans les mêmes termes. Alors il revint aux Apùtres, et leur dit : Dormez maintenant, et reposez en paix ! Il suffit. L'heure est venue. Le Fils de l'homme va être livré aux mains des pécheurs ^ ! »

Divinité de 2. TertuUieu, Origène, saint Epiphane, les premiers apologistes du dogme chrétien, invoquaient cette page de l'Evangile, pour convaincre les disciples de Marcion que Jésus-Christ était réellement un homme, et que la Divinité, dans sa personne auguste, n'avait point absorbé l'élément humain. L'apologétique actuelle doit retourner la thèse, et prouver unes modernes sophistes que l'agonie du Sauveur, à Gethsémani, est celle d'un Dieu. Une sueur de sang! Combien de fois n'a-t-on pas déclaré ce phénomène complètement impossible, au nom de la science physiologique? Mais aujourd'hui, des exemples nombreux, saisissants, authentiques, sont venus prouver qu'en certains cas de frayeur extrême, d'angoisses terribles et d'imminent danger, le cœur, en se contractant, pousse avec violence le sang jusque dans les artères capillaires, d'oii il transsude par les pores, et se forme sur la peau en gouttelettes, pareilles à celles d'une transpiration ordinaire. Le rationalisme ne nie donc plus, comme une impossibilité physique,

1 MaUh., xxYi, 36-46, Marc, xiv, 32-42. Luc, xxii, 39-i6. Joann., xviiii, 1.

CHAP. XI. — LA SUEUR DE SANG. 5l3

la sueur de sang du Fils de l'homme. Mais il s'arrête devant cette suprême manifestation « d'effroi, de dégoût, de tristesse et d'angoisse.» Il s'écrie : Est-ce là un Dieu? Un Dieu qui craint; un Dieu qui tremble; un Dieu qui se débat, dans l'agonie d'une faiblessse inénarrable, en face de la mort ! Tout n'est-il pas humain , dans les frayeurs, le trouble et l'amertume de la grotte des Oliviers ? — Vraiment, il faut répondre à ces arguties ! Au lieu de nous prosterner le front dans la poussière arrosée par le sang rédempteur ; au lieu de pleurer le poids des péchés et des fautes de l'humaine nature, sous le pressoir desquels gémissait la victime innocente ; il nous faut prouver à ce siècle incrédule que le Jésus du Gelhsémani est Dieu ! Eh bien oui, c'est jusqu'à cet excès d'amour que l'Homme- Dieu a porté sa tendresse pour nous ! Tout d'abord , et d'un premier coup d'œil, comment ne voit-on pas que la souffrance ici porte éminemment le caractère de la divinité? L'agonie, chez les mortels, n'est pas, et ne saurait jamais être un phénomène volontairement produit, et dont on se fixe l'heure à soi-même. Quand elle arrivera, pour chacun de nous, après la lutte d'une longue et douloureuse maladie, nous la subirons ; elle s'imposera comme l'avant-courrière de la mort, sans nous laisser ni la faculté de la retarder, ni la force de la vaincre. Mais Jésus choisit spontanément l'heure de son agonie. Il l'appelle à lui, plein de santé, de jeunesse et de vigueur. Il veut la boire, comme II. 33

un calice dont chaque goutte empoisonnera ses lèvres. Nous autres, nous redoutons d'avance cette heure formidable ; mais, quand elle est venue, notre faiblesse est telle que nous n'en avons plus conscience. Jésus-Christ, le Dieu fait homme, mesure jusqu'au fond toutes les douleurs de Thumanité. Il sort du Cénacle, et, en pleine vie, il sonde les mystérieux épouvantements de la mort. Qu'elle est terrible, cette fille du péché, enfantée sous l'arbre du Paradis terrestre, et luttant avec l'Adam nouveau, dans le jardin de Gethsémani ! Jésus la verra de plus près sur la croix ; mais, comme il est Dieu, il mourra dans toute sa force, en poussant a un grand cri. » De même, parce qu'il est Dieu, il choisit l'heure de son agonie ; il l'avance à son gré ; il l'interrompt trois fois pour venir à ses Apôtres. Son sang s'est écoulé, dans une transsudation qui mouille la terre ; et ses membres n'ont rien perdu de leur élasticité, de leur souplesse et de leur énergie. RationaUstes, vous trouvez cela tout naturel ? Quelle capacité de foi ne suppose pas votre incrédulité ! Si Je miracle est quelque part visible, manifeste et palpable, à coup sur, c'est dans la grotte de Gethsémani. Les Apôtres, malgré tant de prédictions, croient si peu au^danger « qu'ils dorment. » Jésus-Christ seul veille et prie, dans l'attente du traître. L'Homme-Dieu qui sait tout, qui révèle tout, et qui lit à travers les ténèbres de la nuit, comme dans les replis les plus cachés du cœur, suit tous les mouvements de la troupe envoyée à sa recherche ;

Page 1