CHAP. X!. — LA SUEUR DE SANG
il voit venir Judas le traître ; il compte chacun de ses pas sur la roule; et il attend! Mais, si Jésus était un homme, faible, timide et lâche, comme vous osez le croire, est-ce qu'il attendrait? Sur douze de ses défenseurs, un Ta trahi ouvertement; les onze autres dorment; et Jésus ne fuit pas! Qui le retient donc? L'obscurité le protège. Ses ennemis ont été obligés d'allumer des lanternes et des flambeaux. Cette circonstance se prête, on ne peut mieux, à une évasion. Sous l'ombre des Oliviers, qui couvrent la montagne, il se dérobera facilement à toutes les investigations. A l'autre versant, commence le a Désert de Jéricho. » Dans cette solitude, nul ne pourra l'atteindre. Le lendemain sera la veille de la Pàque. Les Juifs, occupés à l'immolation de l'Agneau mystique, ne pourront continuer leur poursuite. Pendant les huit jours de la fête, le fugitif aura tout le temps de gagner la Galilée, de traverser le lac de Tibériade, et d'aller, s'il lui plaît, demander au roi d'Edesse l'asile qu'il lui offrait naguère. Et pourtant Jésus ne fuit pas ! Durant une heure, il prie; il sue le sang; il souffre l'agonie ; mais il ne fuit pas! Où est l'homme, en tout cela? Croyezvous par hasard que, depuis dix-neuf siècles, pendant lesquels Jésus n'a cessé d'être adoré comme Dieu, on n'ait pas réfléchi à chacune de ces circonstances? Avant de se prosterner devant le Fils de l'homme, Tertullien était idolâtre, Epiphane était Juif, Augustin était disciple de Manès. Ils se connaissaient en hommes, ces grands génies ; et, comme
nous, dans l'agonisant de Gelhsémani, ils ont adoré leur Dieu!
Un mot de 3. c( Qu'cllo a été, dit Bossuet, cette agonie, différente
Bossuet sur
l'agonie du infiniment de celle que nous voyons dans les autres liom-
Sauveup.
mes ! Là une âme qui fait effort pour n'être point séparée du corps, en est arrachée par -violence; et ici l'âme prête à en sortir y est retenue par autorité. L'âme combat dans les moribonds, pour ne point quitter cette chair qu'elle aime : la mort ayant déjà gagné les extrémités, la vie se relire au dedans ; poussée de toutes parts, elle se retranche enfin dans le cœur ; et là elle se soutient, elle se défend, elle lutte contre la mort, qui la chasse enfin par un dernier coup. Et voici qu'au contraire, dans notre Sauveur, l'harmonie du corps étant troublée, tout l'ordre déconcerté, toute la vigueur relâchée jusqu'à perdre des fleuves de sang, l'âme est arrêtée par un ordre exprès et par une force supérieure ! Vivez donc, ô pauvre Jésus ! Yivez pour d'autres tourments qui vous attendent ! Réservez quelque chose aux Juifs qui s'avancent, et au traître Judas qui marche à leur tête ! C'est assez d'avoir montré aux pécheurs que le péché suffisait tout seul, pour vous donner le coup de la mort '. yy
' Bossuet, m" sermon pour le vendredi saint. Sur la Passion de Notre-Seigneiir Jcsiis-Christ.
§ n. lie baiser de Judas.
4. « Comme Jésus parlait encore, reprend l'Evangile, judas au
T 1 T • Ti 1 / • r> • n jardin de
Judas Iscariote parut. Il s était fait accompagner d une co- Gethsémani. horte ; les Princes des Prêtres et les Pharisiens lui avaient donné leurs satellites. A l'instigation des Scribes et des Anciens, une foule nombreuse, armée d'épées et de bâtons, et portant à la main des lanternes et des torches, s'était jointe au cortège. Le traître leur avait donné ce mot d'ordre : Celui que j'embrasserai sera Jésus. Assurez -vous de sa personne, et prenez vos précautions pour l'emmener. — Judas marchait donc en avant de cette escorte. Il s'approcha de Jésus, et l'embrassa, en disant : Salut, Rabbi ! — Mon ami, répondit Jésus, qu'êtes-vous venu faire? Judas, vous trahissez le Fils de l'homme par un baiser ! — Or le Seigneur n'ignorait rien de ce qui allait se passer. Il s'avança vers les satellites : Qui cherchez-vous? leur dit-il. — Ceux-ci répondirent : Jésus de Nazareth. — C'est moi, dit Jésus. — Aussitôt qu'il eut prononcé cette parole, la foule recula, et tous tombèrent la face contre terre. Une seconde fois, il leur demanda : Qui cherchez-vous ? — Ils répondirent encore : Jésus de Nazareth. — Cest moi; je vous l'ai déjà dit, reprit-il. Et montrant les Apôtres, il ajouta : Puisque c'est moi que vous cherchez, laissez ceux-ci se retirer en hberté. — Ainsi il accomplissait sa propre parole : c( Père, de tous ceux que vous m'avez donnés, je n'en ai
518 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CnRIST.
perdu aucun '. » Alors les satellites approchèrent, portèrent la main sur Jésus et le saisirent. Cependant les Apùlres qui l'entouraient, lui dirent : Seigneur, si nous frappions ces hommes de notre glaive? — Simon Pierre, sans attendre la réponse, étendit la main, et tira sou épéc du fourreau. Il en frappa un \alet du Grand-Prêtre, et lui coupa l'oreille droite. Ce valet se nommait Malchus [Maleh, «Roi»). — Arrêtez ! dit Jésus aux Apôtres. — Puis s'adressant à Pierre : Remets, lui dit-il, ton cpée dans le fourreau. Car quiconque pi'endra le glaive périra par le glaive. Ne me faut-il pas boire le cahce que le Père m'a réservé? Crois-tu que je ne pourrais en ce moment prier mon Père ; et il enverrait, pour me défendre, plus de douze légions d'Anges? Mais alors comment s'accompliraient les Ecritures, qui ont prédit tout ce qui va se passer? — Ensuite il dit à cette foule, parmi laquelle étaient des princes des Prêtres, des officiers du Temple et des Anciens : Vous êtes venus, avec des épées et des bâtons, pour me prendre, comme si vous étiez à la poursuite d'un voleur ! Chaque jour, vous m'avez vu assis dans le Temple , enseignant le peuple , et vous ne m'avez point arrêté. Mais cette heure est la vôtre; elle inaugure la puissance des ténèbres; et tout s'est passé de la sorte pour que chaque parole des Prophètes soit accomplie*. » Essai de 5. La narration Evangélique laisse dans l'ombre, avec
Uoann., wii, 12. Cf. chapitre précédent, n° 33. — -Mattli., xxvi, 47-49. Marc, xiv, 43-i9. Luc, xxii, 47-53. Joann., xvin, 3-11.
une miséricorde ineffable, toutes les démarches de l'Isca- réhabimatinn
de Judas
riote, depuis sa sortie du Cénacle, à neuf heures du soir, israrioteet
' ^ ' 'du Sanhédrin
jusqu'à son arrivée au jardin des Oliviers, vers le milieu de ^^]^^^^^^^'''' la nuit. Le voile d'une charité silencieuse s'étend sur le traître, et couvre tous les détails de la trahison. La main qui a écrit l'Evangile se montre ainsi fidèle au Dieu qui laissa tomber une sentence de pardon sur les bourreaux. Nos modernes lettrés ne soupçonnent même pas les délicatesses divines du texte sacré. Dans tout cela, une seule chose les frappe ; c'est « la haine particuHère que Jean témoigne contre Judas , et le zèle avec lequel les anciens amis du traître sèment dans le monde le bruit de son infamie K » Telles sont les hauteurs où s'élève l'inteUigence du rationalisme contemporain ! C'est avec le même bonheur de compréhension historique qu'il résume la scène de l'arrestation du Sauveur en ces termes : « Un grand sentiment d'ordre et de police conservatrice présida à toutes les mesures. Il s'agissait d'éviter une esclandre. Comme la fête de Pâques, qui commençait celte année le vendredi soir, était un moment d'encombrement et d'exaltation, on résolut de devancer ces jours-là. Jésus était populaire; on craignait une émeute. L'arrestation fut donc fixée au jeudi. On résolut aussi de ne pas s'emparer de lui dans le Temple, où il venait tous les jours , mais d'épier ses habitudes, pour le saisir dans quelque endroit secret. 1 Vie de Jésus, p. 381 et 438.
Les agents des prêtres sondèrent les disciples , espérant obtenir des renseignements utiles, de leur faiblesse ou de leur simplicité. Ils trouvèrent ce qu'ils cherchaient dans Judas de Kérioth. Ce malheureux , par des motifs impos^ sibles à expliquer, trahit son maître, donna toutes les indications nécessaires, et se chargea même (quoiqu'un tel excès de noirceur soit à peine croyable) de conduire la brigade qui devait opérer l'arrestation. Le souvenir d'horreur, que la sottise ou la méchanceté de cet homme laissa dans la tradition chrétienne, a du introduire ici quelque exagération '. Judas, par un travers ordinaire dans les fonctions actives, en sera venu à mettre les intérêts de la caisse audessus de l'œuvre même à laquelle elle était destinée. L'administrateur aura tué l'apôtre. Nous croyons donc que les malédictions dont on le charge ont quelque chose d'injuste 2. La marche que les prêtres avaient résolu de suivre était très conforme au droit établi. Le guet-apens judiciaire faisait partie essentielle, chez les Juifs, de l'instruction criminelle ^. »
Réfutation 6. On nous pardonnera cette longue citation. Mais, parmi les crachats qui couvriront bientôt la face adorable du divin Maître, dans le Prétoire de Caïphe, la pieuse Véronique ne fit pas de choix. Elle les essuya tous ; parce que le Sauveur les avait tous subis. Celui-ci, le crachat de la
1 Vie de Jésus, p. 380. — « Ibid., p. 381-382. — ' Ibid., p. 393.
dernière heure , et tous ceux qui le suivront , jusqu'à la consommation des siècles, était compris d'avance dans le baiser de Judas. Quoi! Jésus « ce géant sombre, qui méprisait les saines limites de la nature % comme disent nos rationalistes , et dont la hauteur extrême repoussait tout attendrissement personnel^ » était, dans l'habitude de la vie, un maître qui se laissait embrasser par ses disciples ! Judas, le traître, s'applaudit de trouver, à si peu de frais, un signal qui sera compris par la populace. Il paraît que les Rabbi d'Israël ne se prêtaient pas plus, de leur temps, à cette touchante familiarité, que ne le ferait aujourd'hui un professeur d'hébreu au Collège de France ! Mais Jésus n'était, ni de la génération des Scribes , ni de la race des docteurs officiels. Il était l'amour divin, incarné pour le salut du monde. 0 Jésus, victime sacrée,une grande mesure de police conservatrice présida, en effet, à l'arrestation que vous avez daigné subir ! Ce fut le décret éternel de la conservation du genre humain, rendu dans les conseils de l'auguste Trinité. Mais les Princes des prêtres, qui ordonnèrent l'arrestation du Fils de l'homme , violaient la loi de Moïse et toutes les lois connues. Nulle part la justice humaine, qui a conscience d'elle-même , n'exécute ses arrêts dans l'ombre de la nuit. Jamais, et chez les Juifs moins qu'ailleurs, une justice quelconque ne pouvait déléguer son mandat à un vil dénonciateur. Judas Iscariote était-il, à aucun titre, un » Vie de Jésus, p. 310, 3i2. — ^ Ibid. p. 422.
522 mSTOlRIi DE NOTRE-SEIGNEDR JÉSUS-CIIRIST.
officier public? Enfin qu'est-ce que celte tourbe, armée de bâtons et d'épées, peut avoir de commun avec la justice 1 C'est en un siècle où le formalisme déborde qu'on a osé écrire : a Un grand sentiment d'ordre et de police conservatrice présida à toutes les mesures de l'arrestation 1 » 0 Dieu, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils disent! Leurignorance ne plaide-t-elle pas suffisamment pour eux, quand ils ajoutent ces paroles : « Comme la fête de Pâque, qui commençait celte année le vendredi soir , était un moment d'encombrement et d'exaltation, on résolut de devancer ces jours-là. Jésus était populaire , on craignait une émeute. L'arrestation fut donc fixée au jeudi? » Depuis que fEvangile est lu et médité, c'est-à-dire depuis dix-huit cents ans, il n'a rien été imaginé, sur ce grave sujet, d'aussi complètement dénué de sens. La réflexion de nos lettrés serait tout au plus acceptable, s'il s'agissait d'une fête aux environs de Paris, à Nanterre ou à St.-Cloud. a Le moment d'encombrement et d'exaltation » (s'il y en a) ne commence en effet, dans ces localités, que le jour même de la fête. La veille, ou l'avaut-veille , la foule ne gêne en rien la police de ces paisibles villages ; l'on peut y procéder, sans compromettre la tranquillité publique, à une arrestation légale. Mais (( rencombrement, « à Jérusalem, était aussi grand la veille de la Pàque, que le jour même. Les pèlerins, nous l'avons vu, arrivaient durant la semaine précédente, pour avoir le temps d'accomplir sur leur personne les purifîca-
lions préliminaires. Accourue de toutes les synagogues du monde, leur foule était immense, Or, la veille de la Pàque, le jour de la Préparation, Parasceve, cette multitude innombrable, qui avait pu jusque là camper en dehors de la Ville sainte, était obligée, dès le matin, d'immoler l'Agneau, dans l'intérieur des murs ; après avoir employé toute la nuit à acheter, dans les boutiques ouvertes des marchands, les objets nécessaires à la vie, pendant le grand et inviolable repos qui allait suivre. Dès lors , ce fut au moment précis, où le plus grand c( encombrement » et la plus grande «exaltation» régnaient à Jérusalem, qu'eut lieu l'arrestation du Sauveur. Yoilà les miracles de science exégétique, dont le rationalisme Français ne craint pas d'offrir à l'Europe l'incroyable exhibition ! Il y a long-temps , pour l'honneur de la science véritable, que tous les interprètes ont signalé l'inconséquence du Sanhédrin, dans les mesures dont nos lettrés admirent si naïvement aujourd'hui c( le grand sentiment d'ordre et de police conservatrice ! » Les Princes des prêtres , dans un précédent conciliabule, « cherchaient les moyens de s'emparer de Jésus, par dol, et de le tuer *. » La délibération n'aboutissait qu'à constater
' Ut Jesum dolo tenerent et occiderent. (Matth., xxvi, 5.) « Dans la langue latine, dit M. Dupin^ langue parfaitement bien faite dans tout ce qui exprime les termes de droit, jamais occidere, non plus que interficere, n'ont été employés pour exprimer l'action de juger à mort, mais seulement pour signifier le meurtre ou l'assassinat. Ce dol, à l'aide duquel on devait s'emparer de Jésus ne fut autre chose que le pacte des prêtres Juifs avec Judas. » (Dupin. Jésus devant
^ilï HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEDR JÉSUS-CHRIST.
leur lâcheté et leur impuissance. «Ils craignaient la foule, el ils disaient : « Que ce ne soit point pendant la solennité*, de peur d'un soulèvement parmi le peuple ! >) Dans leur effroi, loin de chercher à « devancer » l'arrestation , ils songaient à la reculer, après la semaine pascale, quand les caravanes des pèlerins commenceraient à s'éloigner de Jérusalem. c( Mais, dit Cornélius a Lapide, résumant d'un seul mot l'enseignement des Pères et l'exégèse de tous les siècles, le Conseil de Dieu avait décrété que le Christ mourrait pendant la Pàque, pour que le type divin , la victime auguste dont l'Agneau pascal était la figure, fût immolé au jour de la véritable délivrance du monde, dont la Pàque et la délivrance d'Israël étaient les symboles ^. » Le Testament Nouveau se fondait dans le sang du Testament Ancien. L'histoire entière se concentrait autour de la croix rédemptrice.
Rôle de 7. Aiusi la police conservatrice du Sanhédrin n'eut pas
Judas dans
l'arrestation même l'i^noblc courage de fixer elle-même le iour où. sa haine serait satisfaite. Elle voulait le retarder, il fut avancé ; elle craignait « l'encombrement et l'exaltation »
Caîphe et Pilate, ou procès de Jésus-Christ. Chap. ni. § 11. Corruption et trahison de Judas.
1 M-/) i-i TY) io^T-fi. La fùte pascale durait huit jours. Voilà pourquoi les prêtres Juifs se servent de l'expression générale de « solennité. » Nos lettrés devraient savoir assez de grec pour ne pas confondre une semaine tout entière avec un jour en particulier.
* Cornel. a Lapide. Comment, in Script, sacr. Edit. Vives, tom. XV, p. 544.
de la solennité Pascale ; elle fut obligée de les subir. Dès que Judas apparaît, c'est lui qui s'empare du premier rôle; la terreur du Grand Conseil s'abrite sous le manteau du traître. Judas a entendu le Sauveur dire aux Juifs : « Je m'en vais, et vous ne pourrez me suivre. Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus. » 11 était là, quand Jésusdonnait à Pierre et à Jean l'ordre d'anticiper l'heure de la préparation de la Cène, « parce que son temps était proche. )i Il avait recueilli cette autre exclamation significative : «J'ai désiré, d'un désir immense , célébrer avec vous cette dernière Pàque! En vérité, je vous le dis, je ne la partagerai plus avec vous que dans le royaume de Dieu, w Judas eut peur que sa victime ne lui échappât, et qu'aussitôt après le festin du Cénacle, Jésus ne quittât définitivement Jérusalem. Dès lors, le complot ourdi par le traître serait déjoué. Yoilà pourquoi, l'heure du crime fut avancée, L'Iscariote se hâta de courir aux Princes des prêtres , aux Pharisiens, qui lui avaient promis le prix du sang. Ce qu'il leur dit, dans cette dernière entrevue, l'Evangile le passe sous silence; mais il nous est facile de le conjecturer. Jésus vient de célébrer la Pâque. Depuis deux jours, il n'était pas rentré à Jérusalem. Sans doute, il va s'éloigner encore, avec ses Apôtres, aussitôt qu'il aura accompli le rite solennel de laLoi. Où le retrouver, 011 le saisir, après son départ? Qu'on profite donc de cette circonstance suprême. Qu'on se hâte, sinon l'occasion sera perdue pour jamais! Tel dut être le langage de Judas. Aus-
sitôt quelques soldats romains, mis à la disposition du Grand Prêtre par le Gouverneur Pilatc, pour maintenir l'ordre, au milieu de tant d'étrangers, sont requis. On leur adjoint les valets des Pontifes , les satellites du Grand Conseil, et cette horde innommée, qui se tient, dans toutes les grandes agglomérations, aux gages de quiconque veut la soudoyer. Quelle sera, le lendemain, l'attitude du -véritable peuple de Jérusalem, en présence de cet attentat? nul ne saurait le prévoir. Mais on n'a plus le loisir de s'en préoccuper. La victime va échapper à ses bourreaux; le temps presse. Qu'on se précipite à sa recherche ! Les Scribes etles Anciens auront toute la nuit, pour concerterle moyen d'assurer leur vengeance, travailler l'opinion populaire, et au besoin rejeter sur Pilate la responsabilité du fait accompli. Mais il faut saisir le fugitif On allume des torches et des lanternes; on s'arme de bâtons, d'épées , de tout ce qui tombe sous la main ; et cette foule ignoble court, sur les pas d'un traître, à la poursuite du Dieu qui l'attend. Voilà « les grands sentiments d'ordre et de police conservatrice, » que salue l'admiration rétrospective de nos lettrés ! VoiLà ce que l'exécration des siècles a flétri, sous le nom de « baiser de Judas ! »
§ m. Anne et Caïpbe.
^dejélus™ ^' ^^ ^^ cohorte, le tribun qui la commandait , et les sadîscïïe^ tellites Juifs, continue l'Evangile, saisirent Jésus, et le gar^
rottèrent. Les Apôtres , l'abandonnant tous , prirent la fuite. Cependant un jeune homme, couvei-t d'une simple tunique , s'était mêlé au cortège, et suivait Jésus. Les soldats voulurent l'arrêter; mais, laissant sa tunique entre leurs mains, le jeune homme s'enfuit nu, etleur échappa \ >> » Eveillé peut-être par le passage de la foule, dit le docteur Sepp, ce jeune disciple, en apprenant le but de l'expédition nocturne, avait quitté la natte où il dormait, se couvrant à la hâte du vêlement qui protégeait son sommeil, et que les Arabes appellent encore aujourd'hui heik. Comme S. Marc est le seul Evangéliste qui raconte cette circonstance, les Pères de l'Eglise en ont conclu que c'est lui-même dont il est ici question. La mèr(3 de Marc avait en effet, dans ce faubourg de Jérusalem, une maison où elle demeurait avec son fils, et où les Apôtres et les Disciples se réunirent, après la mort du Sauveur^. » Quoi qu'il en soit , la tentative des soldats, pour s'emparer de ce jeune homme, prouve que l'arrestation des Apôtres leur avait été commandée par les Prêtres. Les Evangélistes ne prennent pas même le soin de mentionner cette circonstance atténuante. Sous la dictée de Pierre, S. Marc écrit : « Tous les disciples, l'abandonnant alors, prirent la fuite. » Nul souci d'amoindrir aux yeux de l'univers, par un mot d'exphcation, cet acte de lâcheté. Le rationahsme connaît-il beau-
* Matth., XX.VI, 56. Marc, xiv, 50-52. Joann., xvui, 12. — '^ Sepp. La vie de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ, tom. II, p. 388.
coup d'cxomplosJ'un tel sentiment d'impersounalité, parmi les écrivains?
^^Ann?" ^' ^* J^'^"^» garrotté par les soldats, reprend le texte sacré, rfuni^n tTes ^^^ amcné d'abord dans la maison d'Anne, car Anne était am-ïns^lhez Ic beau-père de Caiphe, Grand Prêtre de cette année. Anne donna Tordre de le conduire cliez son gendre , où tous les Prêtres, les Scribes et les Anciens étaient réunis. Or, Pierre et Jean * suivaient de loin leur Maître. Jean était connu dans la maison du pontife. Il put donc entrer, avec Jésus, dans VAlrium. Mais Pierre fut contraint de rester dehors, près de la porte. Jean dit un mot à la portière, qui fit entrer Simon, dans la cour du Grand Prêtre. On y avait allumé du feu, car il faisait froid. Pierre prit place au milieu des satellites, assis en cercle autour du foyer; il se chauffait, en attendant la fm. Cependant le grand prêtre Caïphe procédait à l'interrogatoire de Jésus. Il le questionnait sur ses disciples et sur sa doctrine. Jésus lui répondit : J'ai parlé publiquement au monde ; j'ai constamment enseigné dans les Synagogues, et dans le Temple, en présence de tous les Juifs ; jamais je n'ai prononcé une seule parole d'enseignement occulte. Pourquoi m'adressez -vous ces questions? Demandez quels étaient mes discours, à ceux qui les ont entendus. Ceux-là savent ce que j'ai dit. — Quant il eut ainsi parlé , l'un des valets donna un soufflet a. Jésus, en s'écriant : Est-ce ainsi que tu réponds au Grand-Prêtre ? — ' Joann., xvii, 15.
Jésus reprit : Si j'ai mal parlé, prouvez-le. Si j'ai bien parlé , pourquoi me frappez-vous? — Or, les Princes des Prêtres et tous les membres du Conseil cherchaient à provoquer un faux témoignage contre lui, pour le condamner à mort. Mais ils n'en trouvaient aucun, malgré le grand nombre de faux témoins qu'ils produisirent. Les dépositions mensongères se contredisaient. Enfin, deux nouveaux accusateurs se succédèrent devant le tribunal. Le premier déposa en ces termes : Nous l'avons entendu dire : Je puis renverser le Temple de Dieu, et le reconstruire en trois jours. — Le second parla ainsi : Nous l'avons entendu dire : Je renverserai ce Temple, bâti par la main des hommes, et, en trois jours, j'en élèverai un autre, qui ne sera point l'œuvre d'une main d'homme. — Ces deux témoignages ne s'accordaient pas entre eux. Le Grand Prêtre, se levant alors au milieu de l'assemblée , dit à Jésus : Ne répondras-tu rien à ces accusations? — Mais Jésus gardait le silence, et ne proféra pas une parole. Le Grand Prêtre lui adressa une nouvelle interrogation : Au nom du Dieu vivant, dit-il, je t'adjure ! Dis-nous si tu es le Christ, Fils de Dieu! — Vous l'avez dit, je le suis, répondit Jésus. — Et il ajouta : Je vous le déclare : Un jour vous verrez le Fils de l'homme, assis à la droite du Dieu Tout-Puissant, descendre sur les nuées du ciel. — A ces mots, le Grand Prêtre déchira ses vêtements : Il a blasphémé! s'écria-t-il. Qu'avons-nous encore besoin de témoins? Vous n. 34
530 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSLS-CURIST.
venez d'enlenJrc le blasphème sortir de sa bouche! Que vous en semble? — Tous les juges répondh'ent : Il a mérité la mort! — En ce moment, les valets se ruèrent sur Jésus, lui crachant au visage : ils l'insultaient, en le frappant . Ils lui mettaient un bandeau sur les yeux, et, le souffletant, ils disaient : Christ, prophétise ; devine qui t'a frappé ! — Us multipUèrent ainsi les blaphèmes et les outrages, au gré de leur férocité *. »
La sentence [Q. « Yoilà Ic grand Sentiment d'ordre et de police coude Caiphe et
le rationa- gervatrico, qui présida à toutes les mesures ! » On cherche
hsme mo- ' ■■■ '•
''""'®" en vain l'ombre d'une justice quelconque, dans cet appareil hypocrite de tribunal. Toutes les prescriptions du code juif, et toutes les notions de la jurisprudence générale y sont outrageusement violées. Pourquoi cette première halte de la Voie Douloureuse, dans la maison d'Anne? De quel droit, ce beau-père du Grand Prêtre, qui avait payé les Romains pour transmettre à son gendre Caïphe la pourpre d'Aaron, se fait-il amener l'auguste victime? Le texte de l'Evangile, dans sa divine simplicité, en dit plus que tous les commentaires! « Us l'emmenèrent chez Anne, car Anne était le beau-père de Caïphe. » Singulier motif pour faire comparaUre devant lui un accusé! La loi mosaïque n'était plus qu'une affaire de famille, et le procès de Jésus commence par une dérision. Mais il fallait donner le temps aux Scribes de rassembler leurs faux témoins, dans le palais du
' Matth., XXVI. 0O-G8, Marc, xiv, o3-G5.
Grand Prêtre. La maison d'Anne était située sur la montagne de Sion, à l'entrée de la cité, à un mille de la grotte de Gethsémani. Pour y arriver, Notre-Seigneur avait dû descendre la vallée de Josapliat; traverser le Cédron *, visà-vis le tombeau d'Absalom; monter la colline du Temple, et pénétrer dans la ville par la porte Sterquiline. Quatre jours s'étaient écoulés, depuis son entrée triomphale. A peine les palmes, dont on avait jonché la route, avaient-elles eu le temps de se flétrir ! A Vhosanna du peuple , avaient succédé les cris de mort d'une horde infâme. Cependant, c'était toujours un roi, qui rentrait à Jérusalem. Les chaînes, dont on avait chargé ses mains, ne sauraient étouffer sa puissance. Quel rayon de majesté divine éclate soudain , dans le tribunal de Caïphe! «Je suis le Christ, Fils du Dieu vivant. Vous me verrez un jour, assis à la droite de Jéhovah, descendre sur les nuées du ciel! » Voilà le coup de tonnerre qui sillonne les ténèbres de cette horrible nuit, et retentit dans la conscience des juges iniques. Un lettré écrivait naguère : « Jésus n'eut jamais l'idée de se pré-
* « Une tradition locale rapporte que notre Sauveur^ en traversant le Cédron, tomba sur une pierre, qui conserva l'empreinte de ses genoux. » {M"'' Mislin. Les Saints Lieux, tom. II, p. 199.) L'impression de ces -vestiges est peu distincte aujourd'hui. Mais le lieu même de la chute s'est conservé dans le souvenir des habitants, qui le montrent encore aux pèlerins. Cette circonstance traditionnelle rappelle à la mémoire la prophétie de David : De torrente in via Uhet, propterea exaltabit caput.— Une Eglise, appartenant aux Arméniens, occupe aujourd'hui l'emplacement de la maison d'Anne
senter aux Juifs comme Dieu. Sa mauvaise humeur contre le Temple, qu'il avait toujours détesté, lui inspira un mot imprudent, qui figura parmi les considérants de son arrêt de mort^ » Le lettré, qui lient ce langage, a-t-il réellement lu l'Evangile? Le « mot imprudent contre le Temple » ne figura pomt « dans les considérants de l'arrêt de mort. » Jésus avait dit aux Juifs : « Détruisez ce Temple, et je le rebâtirai en trois jours. Or, ajoute l'Evangéliste, il entendait parler du Temple de son corps -. » Les faux témoins cherchent à dénaturer cette parole. L'un la travestit en ces termes : « Je renverserai le Temple. » Or, Jésus n'avait point prononcé cette affirmation menaçante ; il avait dit hypothétiquement : a Détruisez ce Temple. » Le second témoin vient ensuite, et sa déposition établit nettement que le Sauveur parlait d'un tout autre Temple que de celui de Jérusalem, puisqu'il avait dit : «J'en rebâtirai un autre qui ne sera point l'œuvre d'une main d'homme. » Cette double déposition , mensongère et contracUctoire, fut écartée. L'Evangile le dit en termes formels : Non erat conveniens testimonium illorum. Caïphe en proclame un instant après la nullité : Quid adhvc egcmus tcstibus? Où donc le rationalisme moderne a-t-il trouvé des monuments inconnus, attestant que «le mot imprudent, contre le Temple, figura
*Joann., xi, 18.
'Cette remarque fort judicieuse est de M. Dupin : Procès de Jésus- Christ, cdit. in-32, p. S4, 5o.
parmiles considérants de l'arrêt de mort? « Ce qui est, dans l'Evangile, aussi éclatant que la lumière du soleil, c'est la déclaration solennelle de Jésus : « Je suis le Christ, Fils du Dieu vivant. » Le Sauveur a gardé le silence, tant qu'il s'est agi d'accusations calomnieuses, ou de dépositions contradictoires, placées sur les lèvres vénales des faux témoins. Dans cet accusé, qui se tait, nos rhéteurs ne voient qu'un homme ! Un homme, devant ce tribunal d'iniquité, aurait protesté contre un jugement aussi illégal. Il aurait invoqué les textes mosaïques, qui défendaient d'instruire un procès criminel la nuit ; qui interdisaient absolument toutes les séances de ce genre, pendant la durée de la solennité pascale ; il aurait récusé surtout, comme juge, ce Caïphe, qui s'était précédemment constitué son accusateur. Quand un témoin lui reproche d'avoir conspiré, pour détruire le Temple, Jésus se tait. Mais sait-on bien la valeur d'une telle accusation, chez le peuple juif? Le Temple de Jéhovah, c'était la nationalité hébraïque tout entière ; la loi divine et humaine, résumées en un monument que tous les fils d'Abraham croyaient immortel! Pour le défendre contre les légions romaines, ce Temple impérissable, onze cent mille Juifs se firent massacrer. S'il eût été prouvé que Jésus avait songé seulement à détruire le Temple, témoins, juges, satellites et valets, l'eussent égorgé à l'instant même ! Cependant, Jésus garda le silence. D'un seul mot, il pouvait dissiper l'équivoque, et rétablir le véritable sens des
paroles qu'on incriminait faussement. Ce mot ne tombe pas de ses lèvres. Quand il ouvrira la bouche, ce sera pour affirmer sa divinité, qu'il n'a cessé de proclamer, pendant les trois années de son ministère public. Il faut que le Sanhédrin sache le nom de sa victime : « Je suis le Christ Fils du Dieu vivant. Vous me verrez un jour, assis à la droite du Tout-Puissant, descendre sur les nuées du ciel. » Caïphe peut maintenant déchirer sa robe de grand prêtre. Elle ne sera jamais recousue! Le sacerdoce d'Aaron s'en est allé en lambeaux, avec elle. C'est un Dieu, que les Scribes ont jugé; c'est comme Dieu qu'ils l'ont condamné; l'unique «considérant qui figure dans l'arrêt de mort,» c'est le titre de Dieu, que Jésus s'attribue hautement. Après cette manifestation de la divinité, le Fils de l'homme se livre aux outrages de la horde qui l'entoure. 11 en est encore ainsi, et le divin Maître ne cesse de tendre la joue à qui veut le souffleter, ou lui cracher au visage! A ce signe, on reconnaît toujours l'IIomme-Dieu !
Lu triple 11 . « Pierre était demeuré assis dans V Atrium, dit l'E-
ncgatioD de
St. Pierre, vaugéliste, parmi les valets et les satellites, qui se chauffaient autour du brasier ardent. La servante du Grand Prêtre qui l'avait fait entrer, le considérant, à la lumière du foyer qui se reflétait sur son visage, s'écria : Cet homme était avec Jésus ! — Et s'adressant à Pierre : N'es-tu pas, lui dit-elle, un des disciples du Galiléen ? — Non ! répondit l'Apôtre , devant tous ces témoins. Je ne le connais pas !
Femme , je ne sais ce que vous voulez dire ! — Pierre se rapprocha alors du vestibule , et , en ce moment, le coq chanta. Une autre servante le reconnut, et dit aux valets : Cet homme était réellement avec Jésus de Nazareth! — Pierre étant donc revenu près du foyer, et se tenant debout, ils lui dirent : N'es-tu pas un de ses disciples? — Pierre le nia, une seconde fois; il en fit le serment, et dit: Non, je ne connais pas cet homme ! — Environ une heure après, un des valets du Grand-Prêtre, parent de celui dont Pierre avait coupé l'oreille à Gethsémani, le reconnut à son tour. Très-certainement , s'écria-t-il , celui-ci était avec Jésus ! D'ailleurs il est Galiléen. — Et s'adressant à Pierre , il lui dit : Ne t'ai-je pas vu au jardin des Oliviers avec lui ? — Je ne sais ce que tu veux dire , répondit Pierre. — Sans aucun doute, reprirent les assistants, tu es l'un de ses disciples! Tu es de Galilée; ton langage te trahit! — Alors, avec des imprécations et des anathèmes, il jura encore : Je ne connais pas celui dont vous me parlez ! dit-il. — Aussitôt le coq chanta pour la seconde fois, et le Seigneur, se retournant, jeta un regard sur Pierre. Celui-ci se rappela la parole dite au Cénacle : « Avant le second chant du coq, tu me renonceras trois fois. » Il sortit de l'atrium , et pleura amèrement . »
C'est Marc, le disciple de S. Pierre, qui enregistre avec
* Malth., XXVI, 69 ad ultim. Marc, xiv, 66 ad ultim. Luc, xxii, 54-62. Joann., xviii, 25-27.
le plus de détails les circonstances de cette triple négation. Les autres Evangélistes indiquent brièvement le fait. Mais la main que le Prince des Apôtres guide , insiste sur la chute, en note tous les incidents , en inscrit chaque phase. Quand il s'est agi des prérogatives de souveraineté, données à Pierre ; quand il était question des actes de dévouement, des élans d'amour, dont Pierre, durant trois années, avait toujours pris l'initiative, au milieu du collège Apostolique, le récit de S. Marc s'arrêtait brusquement. Mais ici, c'est Pierre qui s'accuse, par la bouche de son disciple. Les pleurs, qu'il commença à verser en cette nuit, ne tarirent jamais. La tradition nous apprend qu'ils creusèrent, sur son visage, un sillon toujours humide. Rome le vit ainsi, sur la chaise curule du sénateur Pudens ; et quand on lui demandait pourquoi ses yeux étaient changés en une fontaine de larmes, il répondait par l'histoire de sa chute. Pierre pleure toujours dans l'Eghse ; mais il n'en est pas moins le chef suprême de l'Eglise, Il nous fallait, dit S. Chrysostome, un chef qui sût, par l'expérience d'une chute personnelle, tempérer, dans la miséricorde et la patience, la rigueur de ses justes arrêts. La voix d'une servante fit tomber le premier des Papes; le tonnerre des batailles, ni la menace des conquérants, n'ont pu réussir à ébranler un seul de ses successeurs ! Telle fut la divine puissance du regard fixé sur Pierre , alors que les valets de Caïphe , las de frapper leur victime, conduisirent Jésus dans le cachot du palais
pontifical, pour être libres de se reposer eux-mêmes jusqu'au matin.
§ IV. Ponce-Pilate.
12. Une sentence capitale ne pouvait être rendue la nuit, seconde
sssemblée du
La loi Juive s'y opposait. Cependant la haine du Sanhédrin ^^^^^^^^f? ne s'était point arrêtée devant cet obstacle. Clandestine- conTuirau ment et dans l'ombre, la peine de mort venait d'être pro- ^"^ piiate. ^ noncée contre Jésus. Caïphe et ses Scribes auraient voulu profiter des dernières heures de la nuit, pour consommer leur forfait; mais, libres de juger et de condamner, ils n'avaient plus le pouvoir juridique de faire tomber une seule tête. Rome, dominatrice du monde par le glaive, s'était partout réservée le droit souverain du glaive. II fallait donc faire ratifier par le préteur romain , Pilate , la condamnation de Jésus. Or, d'après le droit romain, aucun jugement ne pouvait être rendu, avant le lever de l'aurore. «Dès qu'il fut jour, continue l'Evangéliste , tous les Princes des Prêtres, avec les Anciens du peuple, les Scribes et le Sanhédrin, s'assemblèrent, pour livrer Jésus à la mort '. Toutefois un des Anciens , le décurion Joseph
* « L'assemblée précédente, qui s'était tenue vers minuit dans la maison de Caïphe, n'était composée que du collège des Prêtres, c'està-dire du Conseil des vingt- trois. Maintenant le Sanliédrin , ou Grand Conseil des soixante-douze, composé des trois états en Israël, va confirmer la première sentence , pour lui donner plus de poids au tribunal de Pilate. » (Sepp. La vie de Notre-Scigneur Jésus-Christ, tom. II, p. 400.)
538 niSTOIRE DE NOTIlE-SEIGNEUn JÉSUS-CHRIST.
d'Arimathie, homme juste et irréprochable, qui vivait dans l'attente du Royaume de Dieu, refusa son concours à leurs dcUbéralions et à leurs démarches K Jésus fut ramené dans la salle du Conseil. Les juges lui dirent : Si tu es le Christ, déclare-le nous. — Jésus répondit : Si je vous le déclare, vous ne me croirez pas. Si je discutais avec vous, vous ne me répondriez point, et vous ne me remettriez pas en liberté. Désormais le Fils de l'homme ira s'asseoir à la droite du Dieu Tout-Puissant. — Tu es donc le Fils de Dieu? demandèrent-ils d'une voix unanime. — Vous l'avez dit, reprit Jésus. Je le suis. — A ces mots, ils s'écrièrent ; Qu'est-il besoin d'autre témoignage? Nous entendons ses blasphèmes ! Il est digne de mort * ! » Dans cette ratification sommaire de la sentence précédente, plus de témoins, plus de formes juridiques. La haine et la vengeance apparaissent seules. La loi juive interdisait de condamner un homme , même sur son propre aveu , s'il n'y avait pas d'autres témoins du crime. Les réunions légales du Grand Conseil ne pouvaient avoir lieu qu'après le sacrifice du matin, vers huit ou neuf heures, afin que tout le peuple pût assister à l'instruction du procès, connaître l'accusation, et apprécier la justice de la sentence. Enfin, aucune condamnalion à la peine capitale ne pouvait être prononcée que le troisième jour après le jugement ^ Mais le Sanhédrin
*Luc, xxiii, oO, 51. — "Miirc xv,42. Luc, xxiii, lii.
■' M. Diipin a fort bien résumé les règles fondamenlalos et la pra-
CIIAP. XI. — rONCE-riLATE. 539
« s'est réuni, dit l'Evangile, pour livrer Jésus à mort. » Ce ne sont point des juges, ce sont des bourreaux qui prononcent l'arrêt. Leur considérant est toujours le même.
tique de la jurisprudence criminelle, chez les Juifs. « Au jour du jugement, dit-il, les huissiers faisaient comparaître la personne accusée. Aux pieds des Anciens étaient assis les hommes qui, sous le nom d'auditeurs ou de candidats, suivaient avec régularité les séances du conseil. Les pièces du procès étant lues, les témoins étaient successivement appelés. Le président adressait à chacun cette exhortation : «Cène sont point des conjectures, ou ce que le bruit public t'a appris, que nous te demandons. Songe qu'une grande responsabilité pèse sur toi. Si tu faisais condamner hijuslement l'accusé, son sang, même le sang de toute sa postérité, dont tu aurais privé la terre, retomberait sur toi. Dieu t'en demanderait compte, comme à Caïn du sang d'Abel. Parle! » La déclaration seule d'un individu contre lui-même, la déclaration d'un prophète, quelque renommé qu'il fût, ne déterminaient point la condamnation, u Nul ne peut se porter préjudice à soi-même, disent les docteurs. Si quelqu'un s'accuse en justice, on ne doit pas le croire, à moins que le fait ne soit attesté par deux autres témoins. La mort infligée àHacan, du temps de Josué, fut une exception occasionnée par la nature des circonstances; car notre loi ne condamne jamais sur le simple aveu de l'accusé , ni sur le dire d'un seul prophète. >- Après l'examen des preuves, les juges qui croyaient à l'innocence exposaient leurs motifs ; ceux qui croyaient l'accusé coupable parlaient ensuite, avec la plus grande modération. L'un des auditeurs, ou candidats, chargé, soit directement, soit d'office, de la défense, prenait place sur une estrade, et haranguait les juges et le peuple. Dès que l'accusé voulait parler lui-même , on lui prêtait l'attention la plus soutenue. Les débats finis, on faisait éloigner les assistants et deux scribes transcrivaient les votes : l'un ceux qui étaient favorables, l'autre ceux qui condamnaient. Si la majorité des suffrages acquittait, on rendait l'accusé libre sur-le-champ. S'il fallait punir, les juges difTéraient jusqu'au surlendemain le prononcé de la sentence. Dans la matinée du troisième jour, ils revenaient sur le siège de la justice. On prenait de nouveau les suffrages. Ceux qui avaient absous, la première fois, ne pouvaient plus voter pour la condamnation; mais au contraire
Jésus, garrotté comme un criminel vulgaire, le visage meurtri par les soufflets et les crachats d'une tourbe infâme, s'est proclamé le Christ, Fils du Dieu vivant. A la première page de TEvangile, on a lu ces paroles : « Le Yerbe s'est fait chair. » Depuis la crèche de Bethléem jusqu'à la sentence de mort, toute la vie de Jésus n'a été que le commentaire affirmatif de cette divine révélation. « Je suis le Christ, Fils du Dieu vivant ! »
Suicide de 13. «La multitude, continue l'historien sacré, se
Judas
iscarioie. précipita SUC Jésus. On le chargea de chaînes, et, de la maison de Calphe , on le traîna en tumulte au prétoire
celui qui avait condamne, la première fois pouvait absoudre dans cette nouvelle séance. Si la majorité condamnait, deux magistrats accompagnaient aussitôt le condamné au supplice. Les Anciens ne descendaient pas de leurs sièges ; ils plaçaient à l'entrée du tribunal un prévôtj tenant un petit drapeau à la main. Un second prévôt à cheval suivait le condamné, et tournait sans cesse les yeux vers le point de départ. Sur ces entrefaites, si quelqu'un venait annoncer aux Anciens de nouvelles preuves favorables, le premier prévôt agitait son drapeau, et l'autre, dès qu'il l'avait aperçu, ramenait le condamné. Sur le parcours du cortège, un héraut criait le nom du condamné , celui des témoins, le motif de la condamnation, et ajoutait : « Si quelqu'un a des renseignements à donner en sa faveur, qu'il se hâte! » C'est en vertu de ce principe que Daniel fit rebrousser le cortège qui conduisait Suzanne au supplice. Si aucun incident de ce genre ne se produisait, on pressait une dernière fois le condamné de confesser son crime. On lui faisait avaler un breuvage stupéfiant, pour lui rendre moins terrible les approches de la mort, et la sentence recevait son exécution. » (Dupin. Procès de Jésus, p. 13-22. ) Si nous avons le droit d'admirer une telle législation, on ne saurait nous refuser celui de constater qu'elle fut indignement violée, à l'égard du divin condamné, Jésus-Christ.
du gouverneur Ponce-Pilate '. Or, c'était le matin; et les Juifs ne voulurent point pénétrer dans le prétoire, de peur de contracter l'impureté légale , qui les aurait mis dans l'impossibilité démanger la Pàque. Ils se tenaient donc à la porte du Tribunal. En ce moment. Judas, le traître, voyant que Jésus était condamné, s'abandonna au désespoir. Il rapporta aux Princes des Prêtres les trente pièces d'argent qu'il en avait reçues. J'ai péché, leur dit-il, en livrant le sang du Juste! — Que nous importe? répondirent ceux-ci. C'est ton affaire ! — Judas jeta les trente pièces d'argent dans le Temple; il s'en alla, et se pendit. Dans les angoisses de l'agonie, son corps s'ouvrit par le milieu, et ses entrailles se répandirent sur le sol ^. Les trente pièces d'argent furent recueillies par les prêtres, qui se dirent : Il ne nous est pas permis de déposer cette monnaie dans le «Corban^» {GazophyJaciwn ou « Trésor Sacré »), parce que c'est le prix du sang. — Après en avoir délibéré, ils l'employèrent
* Pilate habitait le palais situé à l'angle nord-ouest de la grande enceinte extérieure du Temple, près de la tour Antonia. Le lieu où il rendait la justice , le prétoire , était vers la partie orientale du palais. C'est la première station du Chemin de la croix. Le palais de Pilate avait été converti en église, par la piété des fidèles; aujourd'hui il appartient tout entier aux musulmans : on y trouve une caserne, des écuries et des ruines.
« Act., I, 18.
5 Corban, en hébreu, signifie : dori. Nous avons eu l'occasion de remarquer ailleurs que ce mot était devenu sacramentel, pour exprimer un don fait au Seigneur. Le scrupule des Princes des Prêtres est un nouveau trait d'hypocrisie, digne de leur pharisaïsme.
542 UISTOIRE DE NOTKE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
à l'achat d'un terrain, appartenant à un potier, pour en faire le lieu de sépulture des pèlerins. Voilà pourquoi ce lieu s'appelle encore aujourd'hui Ilaceldamay * « le champ du sang. » Ainsi fut accomplie la parole du Prophète : « Ils ont recueilli les trente pièces d'argent, prix de celui qui fut marchandé et taxé par les fils d'Israël. Ils les ont échangées contre le champ d'un potier. Telle est la révélation que m'a faite Jéhovah -. » Le scrupule des Juifs, qui viennent de condamner un innocent, et qui n'osent pas entrer dans le prétoire de Pilate, de peur d'y contracter une impureté légale, est un trait de mœurs pharisaïques, qu'il suffit de noter. Le désespoir et le suicide de Judas Iscariote, si nettement racontés par l'Evangéliste, nous rappellent d'autres scrupules, dont la conscience de nos lettrés s'estprise naguère. Sympathiques àce comptable malheureux, lesrationalistesmodernesne sauraient admettre une aussi triste fin. « Peut-être, disent-ils, retiré dans son champ de Ilakeldama , Judas mena-t-il une vie douce et obscure, pendant que ses anciens amis conquéraient le monde, et y semaient le bruit de son infamie ^ » Il est évi-
• Uaceldama « le champ du sang » est situe au sud de Jérusalem, à la jonction des trois vallées, sur la hauteur. On y trouve une argile blanchâtre, propre à la poterie, dont on se sert encore aujourd'hui. Toute cette éminence cstcouvcrte de sépulcres antiques. (Ms"" Mislin. les Lieux Saints, tom. II, p. 206, K04.)
' Zachar., xt, 12. — Malth., xxvu, 1-10. Marc, xv, l. Luc, xxni, l. Joann., xvm, 28.
' Vie de Jrsiis , p. tiiS.
CHAP. XI. — PONGE-PiLATE. 543
dent qu'après avoir eu le courage de vendre sou Maître, et a plus forte raison son Dieu , pour trente pièces d'argent, on a le droit d'attendre une mort douce et paisible, comme un rentier retiré à la campagne ! Toutefois cette idyllique hypothèse ne rassure pas complètement nos lettrés , sur le compte de l'infortuné Iscariote. « Peut-être aussi , disentils, l'épouvantable haine, qui pesait sursa tête, aboutit-elle à des actes violents, où l'on vit le doigt du ciel *. » Une accusation d'assassinat, jetée à la face du siècle apostolique, qui n'eut que des martyrs! Sophiste, quand vous avez suspendu ce point d'interrogation sur tant d'illustres mémoires, permettez-nous d'espérer que vous ne vous êtes pas compris vous-même!
14. « Cependant, continue l'Evangile, la foule s'agitait La louie tumultueusement à la porte du prétoire. Pilate sortit donc : prétoire de Quelle accusation produisez-vous contre cet homme? demanda-t-il. — Ils répondirent : Si ce n'était point un malfaiteur, nous ne vous l'aurions pas amené ! — Chargez-vousen vous-mêmes, dit Pilate, et jugez-le selon votre loi. — Mais, répondirent-ils, nous n'avons plus le pouvoir de mettre personne à mort; — Ainsi devait s'accomplir la parole de Jésus, qui avait annoncé qu'il mourrait de la main des
* Vie de Jésus, p. 438. Nous consignons, à notre grand regret, cette parole déplorable. Le rationalisme futur pourra se montrer plus instruit, plus sérieux, plus logique surtout; mais il lui sera à jamais impossible de pousser plus loin la mauvaise foi.
Pilate.
5i* HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
Gentils. Il commencèrent alors à raccuser devant Pilate : Nous l'avons trouvé qui pervertissait le peuple, dirent-ils. Il défend do payer le tribu à César; il se proclame le Christ-roi M »
Ponce-Pilate, créature de Séjan, tenait de ce favori de Tibère, le gouvernement de la province présidiale de Judée. On appelait ainsi les provinces qui relevaient directement de l'empereur, pour les distinguer des provinces sénatoriales) dont les titulaires étaient nommés par le sénat. Ce détail d'administration romaine nous fait comprendre l'exactitude juridique du titre de PrœseSy donné par l'Evangile à Ponce-Pilate. Quoique simple préteur, Pilate avait droit de vie ou de mort, dans sa province présidiale. Ce droit du glaive, confié par Tibère, pouvait blesser la main qui le portait. Suivant les circonstances, il était parfois aussi dangereux de l'employer, que de le laisser dormir. Les Juifs, toujours rebelles à la domination de l'étranger, avaient déjà donné à Pilate plus d'un exemple de leur obstination. Le gouverneur romain les méprisait, tout ensemble, et les craignait. En présence de cette foule séditieuse, il songe à se débarrasser du jugement qu'on évoque à son tribunal. Il soupçonne qu'il s'agit d'une affaire essentiellement juive, où les passions nationales seules sont en jeu. Voilà pourquoi il répond : « Chargez-vous-en vousmêmes. Jugez cet liommme selon votre loi ! « Mais la res-
* Joann., xviii, 29-32. Luc, xxiii, 2.
CHAP. Xr. — PONCE-PILATE. 545
ponsabilité qu'il leur retourne, les princes des Prêtres n'en veulent pas, et ils en donnent eux-mêmes la raison. « Nous n'avons plus le pouvoir de mettre personne à mort. » C'est donc bien la peine de mort, qu'ils demandaient contre Jésus. Le Sanhédrin pouvait cependant prononcer la peine de mort, dans les affaires purement ecclésiastiques. Un arrêt de ce genre était toujours ratifié. Pilate leur reconnaît ici ce droit, qu'ils exercèrent longtemps encore. Le martyre de saintEtienne nous en fournira la preuve. Mais, dans ce cas, le supplice était celui de la lapidation. La sentence devait être sanctionnée et exécutée par le peuple lui-même. Or, le jugement préalable, en vertu duquel le divin accusé était déféré àPilate, avait été rendu dans l'ombre, à huis clos, sans que le peuple y eût pris part. La valetaille, déchaînée par les Prêtres et les Scribes, n'était pas le peuple. La grande octave de la solennité sainte était commencée. Pendant huit jours, toute exécution capitale, par les mains des Hébreux, devenait impossible. Il fallait donc, à tout prix, que Pilate et les soldats romains se fissent bourreaux. Voilà pourquoi les Prêtres s'écrient : « Nous vous amenons un séditieux, qui défend de payer le tribut à César ! » Or, deux jours auparavant, Jésus avait formulé cette doctrine solennelle : « Rendez à César ce qui est à César. » Mais qu'importait un nouveau mensonge à ces parjures? Défendre de payer le tribut à César, quand César s'appelle Tibère, c'est un crime qu'il suffit d'énoncer, pour vouer un innocent à la mort. II. 35
« 11 se (lit le Christ-roi ! » ajoutent-ils. Afficher une préteufion à la royauté dont Tibère a le monopole ; soulever le peuple contre Tibère; et défendre de lui payer l'impôt, voilà trois accusations capitales, avec lesquelles Pilate ne saurait transiger, sans jouer lui-même sa tête. Il n'est donc plus question, dans la bouche des Juifs, du a blasphémateur qui s'est dit le Fils de Dieu. » L'accusation de lèse-majesté divine est oubliée; on la transforme en accusation de lèse-majesté césarienne, et Pilate, qui eût dédaigné la première, est forcé de prendre la seconde au sérieux. Premier 15. c( Pilalc rcutra donc dans le prétoire, continue
interrogatoire de l'Evangile, et fit comparaître Jésus. Le Seigneur se tint de-
Jésus par
pouce-piiato. jjQyi dcvant le gouverneur, qui l'interrogea en ces termes : Tu es le roi de Juifs ? — Est-ce de vous-même que vous me donnez ce titre, répondit Jésus, ou d'autres vous l'ont-ils appris de moi? — Est-ce que je suis Juif, moi? reprit Pilate. Tes compatriotes et les Pontifes te traduisent devant moi. Qu'as-tu fait? — Jésus répondit : Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs combattraient, les armes à la main, pour ne pas me laisser tomber aux mains des Juifs. Mais, quant à présent 2, mon royaume n'est point d'ici-bas. — Donc , tu es roi? demanda Pilate. — Vous le dites : Je suis roi, reprit
1 Nunc autem regnmn meum non est hinc. Les ennemis de la royauté de l'Eglise ont soin, en citant ce texte, de supprimer le Nunc « Maintenant, » qui gène leurs théories.
CHAP. XI. — PONCE-PILàTE. 547
Jésus. Je suis né, et venu dans le monde, uniquement pour proclamer la vérité. Quiconcpie est du parti de la vérité entend ma voix. — La vérité! dit Pilate, qu'est-ce? — Et sans attendre la réponse, il sortit du prétoire, et dit aux princes des Prêtres et à la foule : Je ne trouve rien de criminel en cet homme ! — Alors les Anciens et les Prêtres recommencèrent à multiplier les accusations. Jésus garda le silence. Pilate lui dit : N'entends-tu pas les témoignages qu'ils accumulent contre toi ! IS'as-tu rien à répondre? — Mais Jésus n'ouvrit plus la bouche, et le gouverneur en était dans l'étonnement. — Cependant les Juifs redoublaient leurs vociférations : Il a soulevé le peuple dans toute la Judée, disaient-ils, depuis la Galilée , où il a commencé ses prédications, jusqu'ici! — En entendant prononcer le mot de Galilée , Pilate demanda si cet homme était Galiléen. Il en eut bientôt acquis l'assurance. Comme Galiléen, l'accusé relevait de la juridiction d'Hérode. Pilate renvoya donc Jésus au Tétrarque, qui était à Jérusalem depuis quelques jours \ »
On accédait au prétoire par un escaher en marbre blanc de vingt-huit marches, c'est la Scaîa Santa^ qui fut plus tard transportée à Rome par Constantin le Grand. Notre Seigneur l'a montée trois fois pendant sa passion ^ Toutes
* Joann., \\m, 33-38. Mattli., U-14. Marc, x\, 2-S. Luc, xxiii, 27. 2 « Une première fois pour son interrogatoire, la seconde en revenant de chez Hérode, et la troisième après la flagellation. Cet escalier.
les généralions cliréliennesdes pèlerins l'ont ensuite gravie à genoux. Quand Pilate <( sortit pour parler aux Juifs, » comme dit TEvangile, il se tint au haut de cet escalier. Ainsi, le scrupule des princes des Prêtres fut respecté; ils conservèrent intacte la pureté légale, qui ne les empécliait pas de se souiller ce du sang du Juste î »
Les soldats romains escortèrent seuls le divin Maître, quand il dut gravir l'escalier prétorien, et comparaître au tribunal du gouverneur. L'interrogatoire eut la forme ironique et brève, que la justice de Rome affectait vis-à-vis de l'univers vaincu. « Est-ce que je suis Juif, moi, demande Pilate, pour croire à la royauté d'un Christ? Qu'as- tu fait? » — « Tu es donc roi? » Et quand, à ce Romain, rendant la justice au nom de Tibère, Jésus parle d'un «royaume qui n'est pas de ce monde, » d'un sceptre « qui n'est pas actuellement d'ici-bas ; » Pilate hausse les épaules. Rome ne connaîtra que plus tard cette double royauté, spirituelle et temporelle, qui lui assurera l'empire immortel de la vérité. Mais, en ce moment, Pilate, le représentant de la philosophie de Rome païenne, fait d'un seul mot sa profession de foi : « La vérité ! qu'est-ce ?» — « Il ne demande point de réponse, dit un auteur illustre, il était assuré qu'il n'y en
arrosé du sang de Jésus-Christ, est conservé dans une chapelle, près de la hasilique de saint Jean-de-Latran. 11 a été tellement usé par les genoux des fidèles qu'on a été obligé de le revêtir en tables épaisses de bois de noyer, et on les a déjà renouvelées plusieurs fois » M^' Mislin. Les Saints Lieux, tom. II, p. 207. )
CHAP. Xr. — PONCE-PILATE. 519
avait point *. » Il a cherché dans l'accusé des crimes; il n'y rencontre que des idées, dont l'expression, les tendances et la portée réelles lui échappent, mais dont l'innocence est incontestable. Il revient dire aux Juifs : « Je n'ai rien trouvé de criminel dans cet homme. » Juge compétent, il casse l'arrêt de mort prononcé par le Sanhédrin. Si Pilate avait maintenu, comme c'était son devoir, l'inviolabilité de cette sentence d'absolution ; s'il eût résisté aux clameurs de la foule déicide ; son nom n'aurait pas été voué à une éternelle infamie. Mais il n'a pas le courage de la justice ; il se laisse intimider par les vociférations des Juifs. Peutêtre même, la vie d'un innocent compte-t-elle si peu, pour ce Romain, qu'il ne veut pas se donner la peine de la défendre. Une victime de plus, qu'est-ce que cela, sous le règne de Tibère ? Quoi qu'il en soit, Jésus de Nazareth relève de la juridiction d'Hérode le Tétrarque. Pilate renvoie le sujet à son prince naturel ^.
16. c( Hérode, dit l'historien sacré, fut ravi de celte occa- Jésus devant
Hérode.
sion de voir Jésus, car, depuis longtemps il désirait l'entrenir. Il avait beaucoup entendu parler de lui ; et il espérait le voir opérer quelque miracle. Il l'interrogea donc, avec une grande abondance de paroles. Mais Jésus ne lui fit pas
*L. Veuillot. La Vie de No fre-Seigneur Jésus-Christ, p. 432. — -Le palais d'Hérode n'était qu'à une petite distance du prétoire , sui' la colline d' Acra. Le lieu où Notre-Seigneur comparut devant le tétrarque avait été converti en une Eglise; mais elle est aujourd'hui en ruines^ ainsi que le reste du palais.
550 UlSTOmE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.
une seule réponse. Les princes des Prêtres et les Scribes, (qui n'avaient plus à craindre, dans le palais d'un prince juif, de contracter la souillure légale,) se tenaient debout, entourant le trône d'Hérode, et multipliant leurs invectives. Le roi et ses courtisans insultèrent l'accusé silencieux. Ilérode lui fit, par dérision, jeter sur les épaules un manteau blanc, (comme on en mettait aux fous) et le renvoya à Pilate. A partir de ce jour, le gouverneur et le roi, jusquelà ennemis, se réconcilièrent ^ »
Le meurtrier de Jean-Baptiste avait craint autrefois que sa victime, ressuscitée d'entre les morts, n'eût pris la forme de Jésus de Nazareth. Ses terreurs se dissipent, devant une figure qui ne ressemble en rien à celle du prisonnier de Machéronta. Le silence du divin accusé provoque la raillerie du prince et de ses courtisans. Est-ce que l'innocence qui se tait, devant les puissances de ce monde, n'est pas toujours suspecte de rébellion ou de folie ? Barabbas. 17. Jésus fut douc ramcué au prétoire. « Pilate, reprend l'Evangile, dit aux Princes des prêtres , aux Anciens et au peuple réunis : Vous m'avez déjà présenté cet homme comme un conspirateur et un séditieux. Je l'ai interrogé devant vous, et je ne le trouve nullement coupable des crimes que vous lui imputez ; Hérode non plus ; car je vous ai renvoyés à ce prince , qui n'a intenté contre lui aucune action capitale. Je vais donc le faire punir , et je le
' Luc, XXIII, 5-12.
mettrai en liberté*.» Le punir, pourquoi? puisqu'il est innocent. Voila la justice sommaire de Pilate ! Et pourtant nous sommes forcé d'ajouter que l'expédient inique du gouverneur romain était en réalité un acte de clémence, si on le compare à la haine obstinée des Prêtres. Tous les châtiments qu'on pourrait infliger à Jésus ne satisferaient point leur rage ; ils veulent sa mort. La proposition de Pilate ne fut donc pas agréée. « Or, continue l'Evangile, les gouverneurs romains étaient dans l'usage , à la solennité pascale, de faire grâce de la vie à un prisonnier que l'assemblée des Juifs désignait. Cette année-là, il y avait, dans la geôle romaine, un malfaiteur fameux, nommé Barabbas, coupable de vol, de sédition et d'assassinat. Pilate dit au peuple : Encore une fois, je ne trouve rien de criminel, dans l'homme que vous avez traduit à mon tribunal. Mais, vous avez le privilège de faire mettre en liberté un détenu, à l'occasion de la fête de Pâque. Voulez-vous que je fasse élargir le Roi des Juifs? Entre Barabbas et Jésus, surnommé le Christ, qui choisissez-vous? — C'était au peuple que Pilate faisait cette nouvelle proposition; il ne l'eût point adressée aux Prêtres, dont il connaissait la haine personnelle contre Jésus. Pendant que le gouverneur était encore assis sur son tribunal, sa femme lui avait envoyé dire : Ne vous compromettez pas vis-à-vis de ce juste. Aujourd'hui même j'ai été étrangement tourmentée en songe, à cause de * Luc, xxni, 13-17.
lui! — Pilate espérait que le peuple serait plus miséricordieux que les Prêtres. Mais ceux-ci, de concert avec les Anciens et les Scribes, excitèrent la foule à demander la liberté de Barabbas et le supplice de Jésus. Lors donc que Pilate revint dire : Lequel des deux voulez-vous sauver? le peuple d'une voix unanime s'écria: Débarrassez-nous de celui-ci! Rendez-nous Barabbas! — Que voulez-vous donc que je fasse du Roi des Juifs, appelé Christ? — Tous s'écrièrent : Crucifîez-le ! crucifîez-le ! — Une troisième fois Pilate leur dit : Mais quel mal a-t-il fait? Je ne trouve rien en lui qui mérite la mort! — Sans l'écouter, ils redoublaient leurs cris: Crucifîez-le! crucifiez-le! et leurs voix devenaient de plus en plus menaçantes. — Pilate dit enfiu : Je vais le faire flageller, et je le relâcherai ensuite '. » Claudia 18. D'après le témoignage de la tradition, la femme de femme dé Pilatc s'appelait Claudia Procula. Il est probable qu'elle Kiageiiationt" était uuc affranchie de la famille Claudia, dont l'empereur
Ecce hûino, , , . , . ^ . ,, . , ,
Tibère était lui-même issu. Elle avait accompagne son époux en Judée *. On sait l'importance que les anciens accordaient
* Matth., XXVII, lo-23. Marc, xv, 6-14. Luc, xxiii, 17-23. Joaun. xviii, 3y-40.
' L'empereur Auguste avait confirmé l'ancienne loi Oppia, qui défendait aux gouverneurs d'emmener leur femme dans les provinces dont ils avaient le commandement. Cette mesure fut rapportée sous Tibère. Un sénatus-coiisulte accorda formellement cette autorisation aux gouverneurs, mais en les rendant personnellcnieut responsables des désordres et des troubles, que la présence de leur femme pourrait occasionner. (Cf. Sepp. La vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tom. II, p. 417-419.)
aux songes. L'oneirocritie avait fait le tour du monde païen. Du palais des Pharaons, elle passa à ceux de Ninive, de Babylone et de Persépolis ; elle régna sur la Grèce et domina les Romains, maîtres de l'univers. Calpurnia, effrayée par un songe, voulut empêcher Jules César de se rendre au sénat, le jour où le héros devait y être assassiné. Claudia Procula , sans plus de succès, voulut épargner à Pilate la flétrissure qu'il allait attachera son nom. Le gouverneur essaya pourtant de disputer la vie de l'auguste victime à la fureur de ses ennemis. Il comptait que la vue du sang innocent, qui allait couler à grands flots sous le fouet des soldats, attendrirait les Juifs. Cette cruelle concession devait être plus funeste à l'accusé qu'une sentence capitale. Au lieu d'un supplice, Jésus en subira deux. La flagellation était une torture équivalente à la mort, qu'elle déterminait souvent. Le patient, à demi courbé, et les deux mains passées dans un anneau de fer, scellé à une colonne, était dépouillé de ses vêtements jusqu'à la ceinture. Quatre soldats le frappaient, sans compter les coups, avec des lanières de cuir, armées de petites boules de plomb et d'ongles de fer. « Pilate, dit l'EvangéUste, donna donc l'ordre de flageller Jésus. Les soldats l'entraînèrent hors du prétoire S
* (( On avait contume de flageller les malfaiteurs hors de l'enceinte du palais. Le lieu de la flagellation est du côté opposé à celui où stationnait la foule, devant l'escalier du prétoire. Une petite église, restaurée, en 1838, par la munificence du duc Maximilien de Bavière, marque cet emplacement. — 11 existe deux colonnes dites « de la
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et, après rexécution, ils le ramenèrent dans le vestibule. Là, toute la cohorte était réunie. Ils l'affublèrent d'un lanibeau d'ccarlate, lui mirent sur la tète une couronne d'épines entrelacées*, et un roseau^ dans la main droite. S' approchant ensuite, ils fléchissaient le genou devant lui, se prosternant par dérision , et disaient : Salut , Roi des Juifs! — Ils le souffletaient alors, le frappaient à la tête du roseau qu'ils avaient placé dans sa main enchaînée, et le couvraient de crachats ^ •» Ce fut donc sous le fouet d*un soldat romain que le sang Rédempteur commença à couler dans la Passion. Ce fut un soldat Romain qui couronna
flagellation : » l'une à Jérusalem, dans l'Eglise du Saint- Sépulcre, et l'autre à Rome dans la basilique de sainte Praxcde. On croit communément que la première est celle du prétoire , et la seconde celle de la maison de Caïplie. » Ms'' Misliu. Les Saints Lieux, tom. H, p. 21 i-214 .
1 On sait que la couronne d'épines, transportée par l'impératrice sainte Hélène à Constantinople , achetée, en 1239, à Baudoin II, par saint Louis, et déposée jusqu'à la Révolution Française dans la Sainte-Chapelle, construite pour recevoir ce pieux trésor, est aujourd'hui conservée à Notre-Dame de Paris, où chaque année, le Vendredi-Saint, elle est exposée à la vénération des lldèles.
2 Le roseau, que l'on mit à la main du Sauveur, n'était point une de ces fragiles graminées qui croissent dans nos étangs, mais qu'on ne connoit ])oint en Palestine. C'était un anmdo donax, de la famille des bambous, dont la tige, plus grosse que le pouce, atteint ordinairement une hauteur d'environ deux mètres. (Cf. Sepp. La vie de Notre-Seigneur Jcsus-Christ , tom. III, p. 4.
3 Matth., xxvn, 26-30. Marc, xv, 46-19. Joan., xix, 1-3. L'Eglise du Saint -Sépulcre à Jérusalem, conserve, dans la chapelle dite de VImpropére {Improperiorum), un tronçon de la colonne de marbre gris, qui se trouvait au prétoire, et au pied de laquelle Notrc-Seigneur était assis, quand il fut abreuvé d'outrages par les soldats de Pilate.
d'épines le Roi des Juifs et du monde. Par combien de larmes d'amour la Rome chrétienne n'a-t-elle pas racheté ces forfaits de la Rome de Tibère ! Cependant Pilate yint reprendre le divin flagellé , et sortit avec lui du palais. Du haut d'une arcade, qui traversait la rue et dominait toute la foule, ils apparurent ensemble. «Jésus, dit l'Evangéhste, avait la couronne d'épines sur la tête, et son lambeau d'écarlate sur les épaules. Yoici que je vous le ramène, dit Pilate. Encore une fois, sachez que je ne trouve en lui aucun crime. — Puis le montrant du doigt, il ajouta : Yoilà l'homme ! — A cette vue, les Prêtres et les valets des Pontifes recommencèrent à crier : Crucifiez-le ! crucifiez-le ! ^ » Le peuple attendri se taisait. La divine victime, ruisselante de sang, avait pour un instant désarmé , par le spectacle de ses soufî'rances, la férocité de la foule. Mais la haine des gens du Temple était implacable , et le peuple va bientôt imiter leur fureur. « Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes et crucifiez-le ! Pour moi je ne trouve aucun crime en lui. — Nous avons notre loi, répondirent-ils , et d'après cette loi ,
^ Joann., xix, 4-6. «■ A une centaine de pas du prétoire, en suivant la Voie Douloureuse, dit M^"^ Mislin, on remarque une galerie couverte, ayant une double fenêtre, et passant au-dessus de la rue. Ce fut du haut de cette arcade que Pilate montra Jésus au peuple , en disant : « Voilà l'homme ! » La galerie est habitée aujourd'hui par je ne sais quel derviche musulman. Les chrétiens ne peuvent y avoir accès; mais on comprend sans peine l'émotion avec laquelle ils se prosternent au-dessous, et comme ils se représentent vivement cette scène déchirante de la Passion. » {Les Saints Lieux , tom. II, p. 213. )
il doit mourir, parce qu'il se prétend Fils de Dieu! — Eq entendant cette parole, les appréhensions de Pilate redoublèrent '. »
Dernipr i9. Tant quc les Juifs n'avaient articulé contre Jésus que
interroga- ... ^., ,
loire de dcs griefs politiqucs , évidemment imaginan'es , Pilate s en
JésDS par
Ponce-piiate. était médiocrement soucié. Un coup d'œil avait suffi au Romain pour se convaincre que le sceptre de Tibère ne pouvait être sérieusement menacé par un tel compétiteur. <( Yoilà l'homme! » dit le gouverneur, en montrant la victime épuisée, couverte de sang et de plaies. Oui, c'était l'homme tel que le péché l'a fait ! Mais le préteur ne songe point aux mystères de grâce et d'amour divin, que recèle son ironique interjection. Il espère désarmer, par le spectacle de tant de douleurs, la haine de Juifs. Un moment il crut avoir réussi; la foule, jusque-là si acharnée, garde le silence. Les Prêtres seuls et leurs valets : Vontifices et ministri, vocifèrent de nouveau des cris de mort. Pilate leur répond : « Prenez-le vous-mêmes, et crucifîez-le. » Il savait bien , tout en leur accordant cette permission , qu'Us ne voudraient point en profiter, pendant la solennité pascale déjà commencée. Quoi qu'il en soit, cette concession est un second pas dans la voie d'iniquité, où le gouverneur s'engage honteusement. La fureur des Juifs, rallumée parles excitations des Prêtres, lui arrachera bientôt un arrêt de mort. « Nous avons notre loi, disent-ils, et, d'après cette loi, il doit mourir, parce 1 Joann., xix, 7, 8.
qu'il s'est fait Fils de Dieu ! » Sous cette parole , Pilate aperçoit des émeutes, des rébellions, et de nouvelles guerres, pareilles à celles que, depuis trente ans, les passions religieuses n'avaient cessé de soulever en Palestine. « Ses terreurs redoublent, » dit l'Evangile : Pilatus magistimuit. Il n'est plus qu'un instrument aveugle, dans la main des Grands-Prêtres. Leur accusation de lèse-majesté césarienne n'a pas produit le résultat qu'ils en attendaient. C'est maintenant au nom de leur loi, dont Rome a garanti l'inviolabilité; c'est parla perspective d'un soulèvement national, qu'ils vont triompher du dernier obstacle. Cependant Pilate veut interroger encore une fois l'accusé. « Il rentra au prétoire, continue l'Evangéliste, et dit à Jésus : D'oii es-tu? — Mais Jésus ne lui fit point de réponse. Tu refuses de me parler? reprit Pilate. Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te mettre en croix, ou de te renvoyer libre? — Jésus lui dit alors : Yous n'auriez sur moi aucun pouvoir, s'il ne vous eût été donné d'en haut. C'est là ce qui aggrave le péché de celui qui m'a livré entre vos mains. — Pilate cherchait toujours à le mettre en liberté ; mais les Juifs poussaient de nouvelles clameurs , disant : Si vous l'élargissez, vous n'êtes pas l'ami de César. Quiconque se fait roi est l'ennemi de César ^ ! »