‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangiles (volume 2)Chapitre 53 sur 69 · II · texte numérisé non relu

II

leur clit-il, le sujet de votre conversation, et pourquoi ètesvous si tristes? — L'un d'eux, nomme Cléophas, lui répondit : Est-il un seul étranger, sortant de Jérusalem, qui puissse ignorer les événements de ces derniers jours? — Quoi ? demanda-t-il. — N'avez-vous donc pas entendu parler de Jésus de Nazareth, ce prophète puissant en œuvres et en paroles, devant Dieu et devant tout le peuple? Ne savezvous pas que les Grands-Prêtres et nos Princes l'ont condamné à mort, et l'ont crucifié? Pour nous, nous avions cru qu'il serait le rédempteur d'Israël. C'est aujourd'hui le troisième jour, depuis que tout cela s'est passé. Cependant, quelques-unes des femmes qui sont avec nous, nous ont fait des récils effrayants. Elles se sont rendues , avant le jour, au sépulcre, et n'y trouvèrent plus son corps. Elles prétendent avoir vu des Anges, qui leur auraient dit que Jésus était vivant. Quelques-uns des nôtres se sont alors rendus au tombeau ; le corps n'y était plus, comme les femmes l'avaient dit ; mais ils n'ont pas trouvé Jésus. — L'inconnu leur dit alors : Insensés ! Cœurs lents à croire ce qu'ont annoncé les Prophètes "^ Ne fallait-il pas que le Christ subît toutes ces souffrances , pour entrer ainsi dans sa gloire? — Commençant alors à Moïse, et passant successivement à chaque Prophète, il leur expliquait tout ce que les Ecritures ont dit du Christ. Ce fut ainsi qu'ils arrivèrent à Emmaiis. Là Jésus parut vouloir les quitter et continuer sa route. Mais les disciples le pressèrent de s'arrêter, en

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disant : Demeurez avec nous, la nuit approche, et déjà le jour baisse. — Il entra donc avec eux, et s'étant mis à table, il prit le pain, le bénit, le rompit, et le leur partagea. En .^e moment, les yeux des disciples s'ouvrirent ; ils le reconnurent. Mais Jésus disparut aussitôt à leurs regards. Demeurés seuls , ils se disaient : Notre cœur n'était-il pas tout brûlant, au-dedans de nous, lorsqu'il nous parlait sur la route, et nous développait le sens des Ecritures? — A l'instant, ils se levèrent, et reprirent le chemin de Jérusalem K »

6. >i Les onze étaient rassemblés. Lorsque les deux disci- uinquièaie pies entrèrent, on disait dans la réunion : « Le Seigneur .lè j^suTaL est vraiment ressuscité. Il est apparu à Simon! « A leur réunis! tour, ceux-ci racontèrent ce qui venait de leur arriver sur la route d'Emraaiis, et comment ils avaient reconnu leur Maître, à la fraction du pain. Mais les disciples ne voulurent point les croire. Or, il était tard ; les Apôtres, réunis à table, avaient soigneusement fermé les portes, de peur des Juifs, Tout à coup Jésus parut au milieu d'eux. Dans leur trouble et leur saisissement, ils croyaient voir un esprit. La paix soit avec vous ! leur dit Jésus. C'est moi. Ne craignez point! — La frayeur les dominait encore. Il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu'ils avaient refusé d'ajouter foi à ceux qui l'avaient vu ressuscité. Pourquoi vous troubler ainsi, leur dit-il, et don-

1 Marc, XVI, 12, 13. Luc, xxiv, 13-33,

ner accès aux pensées qui vous obsèdent? Considérez mes mains et mes pieds. C'est Lieu moi ! Touchez et voyez ! Un esprit n'a ni cliair, ni os, comme vous voyez que j'en ai. — En parlant ainsi, il leur montrait ses mains, ses pieds, et la plaie qu'il avait au côté. La joie de revoir le Seigneur était pourtant encore mêlée d'un sentiment d'hésitation et d'incertitude. Jésus leur dit alors : Avez-vous quelque chose à manger? — Ils lui offrirent du poisson grillé, et un rayon de miel. Il en mangea devant eux , et leur partagea ce qui restait. Ensuite il leur dit de nouveau : La paix soit avec vous ! Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie. — Après avoir prononcé ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit : Recevez l'Esprit-Saint. Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez; ils seront retenus pour ceux à qui Aous les retiendrez '. »

L'incr'duiité "^ ' ^^^^ apparitlous avaient marqué ce premier jour de foudemeniL ^^ Résurrcctiou Divine. Magdeleine et les saintes femmes \ienne.'^" eurcut Ics premières , après Marie , l'ineffable joie de contempler le Sauveur dans sa gloire. L'œuvre de la rédemption se poursuit sur un plan parallèle à celui de la déchéance. Une femme causa la ruine du genre humain ; Marie et ses compagnes réparent la faute d'Eve. Les pieuses femmes de l'Evangile ont suivi le Dieu du Cab.aire, dans sa voie douloureuse ; elles ne l'ont point abandonné, dans son agonie sur la croix. Elles ont fait le premier pèlerinage chrétien au 1 Luc, XXIV, 33-43. Joann., xx, 19-23.

Saint Sépulcre. Que les docteurs du Protestantisme veuillent bien étudier ce fait, avant d'accuser d'idolâtrie les pèlerinages catholiques aux Lieux Saints. Il y a donc incontestablement, dans le rôle de lafemme Evangélique, réhabilitée par la foi et l'amour divin , un principe de grandeur, de noblesse et de dignité chrétiennes qui s'est développé partout où la croix rédemptrice a été arborée. En la personne de la Vierge Marie, la femme a repris possession des trésors de grâce, de pureté et d'innocence, que le serpent lui avait ravis. Cependant, si hautes que soient les destinées faites à la femme par l'Evangile , la merveilleuse harmonie de la création n'en est point troublée. La femme^ rachetée par Jésus-Christ , s'élève jusqu'au ciel, par l'héroïsme de la vertu; mais elle demeure, sur la terre, dans l'humilité et la modestie de sa condition. Rhéteur! Vous avez dit que « la passion d'une hallucinée donna au monde un Dieu ressuscité ' ! » Vous avez cru énoncer un blasphème retentissant; ce n'est qu'une grossière impiété. Marie Magdeleine a vu la première son bon Maître; elle vient en hâte annoncer l'heureuse nouvelle aux Apôtres; mais les Apôtres ne la croient pas. Les Saintes Femmes, favorisées à leur tour d'une semblable apparition, apportent leur témoignage aux Apôtres. Elles insistent et s'appuient de la déposition identique de Magdeleine. Les Apôtres ne les croient pas davantage ; ils les traitent de visionnaires. Le plus soup- ' Vie de Jésus, p. 434.

çonneux des ralionalisles aurait-il pu mieux faire? Où donc avez-vous trouve , dans l'Evangile , que Marie Magdeleine ait « donné au monde un Dieu ressuscité ? » Le mot vous a paru piquant, et vous l'avez écrit. Qu'il retombe sur vos prétentions scientifiques , comme la plus lourde absurdité, dont se soit jamais rendu coupable « un savant qui croit faire quelque honneur à son pays ! » Ni Marie Magdeleine, ni les Saintes Femmes, ne peuvent triompher de l'incrédulité des Apôtres. Simon-Pierre, leur chef, quand Jésus s'est manifesté à lui, ne réussit pas mieux à se faire croire. Les deux disciples d'Emmaûs se présentent à leur tour. Ils disent : Nous l'avons vu ; nous avons voyagé avec lui ; il nous a entretenus pendant toute la route ; nous l'avons reconnu, à la fraction du pain ! — On répond à Cléophas et h son compagnon de voyage, comme on a répondu à Pierre, aux Saintes Femmes et à Marie Magdeleine : Nous ne vous croyons pas ! Nec illis crediderunt. Ah ! Je comprends le silence de la Vierge Marie , en ce jour où l'incrédulité des Apôtres enfantait la foi immortelle de l'Eglise ! Elle *jt dit : Mon Fils est ressuscité ! Il est venu consoler ma douleur! Et on aurait répondu à la mère de Dieu : Nous ne vous croyons pas! Ce sont là les illusions de votre cœur maternel ! Marie se tait parce que son Fils est Dieu , et que Dieu peut seul triompher de l'incrédulité humaine. Chacun des Apôtres ne croira que quand il aura vu. S'il en eût été autrement, est-ce que le monde entier , qui n'a pas vu,

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aurait jamais voulu croire? En ce moment, sur quoi repose la foi des adorateurs de Jésus? Sur l'incrédulité obstinée, persévérante, opiniâtre, des Apôtres. 0 mon Dieu, mon Sauveur, et mon Maître ! Pierre et chacun des Apôtres, avant de mourir pour attester votre résurrection , ont refusé d'y croire jusqu'à ce qu'ils vous aient vu. Voilà pourquoi je crois, moi qui n'ai point vu; et l'on croira, jusqu'à la fin des siècles, des témoins qui scellent leur déposition de leur sang !

§ II. L'octave de la Résurrection.

8. La solennité pascale durait huit jours. Les Apôtres et Le sacrement

de Pénitence,

les Disciples ne devaient quitter Jérusalem, et retourner en confession

auriculaire.

Galilée, qu'après la semaine de la fête. L'Ange de la résurrection leur avait annoncé que Jésus les précéderait dans leur patrie , et que , sur cette terre, où il avait vécu trois années avec eux, tous pourraient le contempler. Cependant le Divin Maître n'avait pas voulu retarder jusque-là sa manifestation au collège apostolique. Dès le premier soir, il était apparu aux Apôtres rassemblés. Il se prête en Dieu à la faiblesse de ces hommes. Il leur fait toucher ses mains, ses pieds, la plaie de son cœur. Il mange, devant eux, les modestes provisions qu'ils lui offrent. Les pêcheurs du lac de Tibériade, soigneusement enfermés, de peur des Juifs, n'ont autre chose que du poisson grillé et un rayon de miel. L'Eglise Catholique, héritière de la tradition des Apôtres, a

retenu celte humble pratique de l'abstinence, qui révolte les délicatesses du rationalisme et le libre arbitre des Protestants. Mais l'Eglise a été fondée par douze pêcheurs, pour lesquels le jeûne, l'abstinence et la mortification du corps étaient des pratiques familières. Ni Luther, ni le rationa- Usme, ne pourront rien changer à l'Evangile et à la tradition des Apôtres. Quand le Sauveur eut terminé ce modeste repas, tous les assistants croyaient enfin. L'incertitude, l'hésitation , le doute, avaient disparu. Il faut bien croire, lorsque l'on voit , lorsque l'on touche ! « Un esprit n'a ni chair, ni os, » avait dit Jésus. Un fantôme ne mange pas. La foi succède à toutes les précédentes dénégations. Alors le Sauveur institue solennellement le sacrement de Pénitence. « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez ; ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » Avant sa Passion, durant les jours de sa vie publique, le Divin Maître remettait lui-même les péchés. Il avait promis à Pierre en particulier, * et aux Apôtres en général, ^ de leur conférer à eux-mêmes ce pouvoir. Le moment est venu, et l'investiture de ce ministère sacré leur est conférée, le jour même où, triomphant du péché et de la mort qui en est le châtiment, Jésus sort vainqueur du tombeau. Mais, disent les sectateurs de Luther et de Calvin, où est le précepte de la confession auriculaire, dans ces paroles de Jésus-Christ? Que le sacrement de Pénitence soit d'institution divine, on * Matth., XVI, 19. — ^Matth., xviii, 18.

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l'accordera peut-être ; qu'il faille se confesser à un homme, l'Evangile ne le dit pas. Jésus, d'un seul mot remettait les fautes des prévaricateurs. « Mon fils, ma fille, ayez confiance, disait-il, vos péchés vous sont remis. » On ne s'était pas confessé préalablement. — C'est ainsi que , depuis trois siècles, raisonnent nos frères égarés. Or Jésus, le Yerbe de Dieu, connaissait, et les dispositions des âmes, et leurs égarements, et leurs misères. Quand il confessa la Samaritaine, sur le bord du puits de Jacob, ce fut lui qui révéla à la pécheresse le véritable état de son cœur. Mais en donnant aux Apôtres et aux Disciples le pouvoir de remettre les péchés, il ne leur communiqua point sa divine prescience. Pour retenir, ou pour remettre l'offense faite à Dieu, il faut la connaître. Quelle puissance inouïe conférée à des mortels ? Remettre, ou retenir l'injure qui s'adresse à Dieu! Telle est pourtant la mission que Jésus-Christ donne à ses Apôtres. Les philosophies humaines , avec tous leurs systèmes et tous leurs génies , ont-elle jamais songé à une pareille institution? Mais évidemment, puisque le ministre de Jésus-Christ ne connaît les péchés qu'autant qu'on les lui révèle, il ne saurait, sans la confession préalable, exercer son privilège divin sur les âmes.

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