CHAP. XA. — RETOUR EN GALILÉE
droite de la barque ! » Ils le jettent; et quand ils veulent le retirer, leursefForts sontimpuissants. Il faudra letrainer, en ramant, jusqu'à terre. A celle nouvelle pèche miraculeuse, Jean a reconnu le divin Maître. Il le dit à Pierre, et ce dernier, sans pluss'inquiéter, ni du filet, ni des poissons, ni de la barque, remet sa tunique et s'élance à la mer, pour franchir â la nage les deux cents coudées qui le séparent de Jésus, et être le premier à lui baiser les pieds. Yoilà ce qu'était Pierre, le Chef de l'Eglise ! Et ce n'est pas l'Evangile écrit par son disciple S. Marc qui raconte le fait. C'est S. Jean lui-même.
12, «Après le repas, continue le même Evangéliste , confirmation
... de la Pri-
Jesus dit a Simon Pierre : Simon , fils de Jean, m aimes-tu mauté
donnée à St
plus que ceux-ci? — Oui, Seigneur, répondit Pierre : Vous P'eire. savez que je vous aime ! — Jésus lui dit : Pais mes agneaux ! — Une seconde fois il demanda : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? — Pierre répondit encore : Oui , Seigneur ; Vous savez que je vous aime ! — Et Jésus lui dit de même : Pais mes agneaux 1 — Pour la troisième fois il reprit : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu? — Pieire, affligé d'entende sonMaîIre lui faire, pour la troisième fois, cette interrogation, répondit : Seigneur, tout vous est connu. Vous savez bien que je vous aime! — Jésus lui dit alors : Pais mes brebis M — Ensuite il ajouta : En vérité, en vérité, je te le
* Jésus s'était appelé le bon Pasteur. En confiant à saint Pierre la direction des agneaux et des brebis, il le constitue donc son vicaire
dis! Quand tu étais jeune, tu attachais toi-mcme la ceinture , et tu allais où lu voulais; mais quand tu seras vieux, tu tendras les mains ; un autre te ceindra et te conduira là où lu ne voudrais pas aller ! — Ces paroles indiquaient le genre de mort par lequel Pierre devait glorifier Dieu. Le Seigneur lui dit alors, d'un ton absolu : Suis-moi! — Pierre, en ce moment, tourna la tête, et vit derrière lui le Disciple que Jésus aimait, et qui, pendant la Cène, s'était reposé sur son cœur. Il le montra à Jésus, en disant : Seigneur, qu'arrivera-il de celui-ci? — Jésus répondit : Je veux qu'il attende ma venue, que t'importe? Suis-moi. — Les frères conclurent de cette parole que Jean ne devait pas mourir. Cependant, Jésus n'avait point dit : 11 ne mourra pas ! — mais : Je veux qu'iïattende ainsi ma venue ; que t'importe? — Or c'est Jean lui-même qui rend ce témoignage, et qui le consigne dans cet écrit, où il expose la vérité ' . »
13. Les trois négalions de Pierre sont expiées par les ''*P^' trois protestations d'amour. Il ne fallait pas, dit S. Augustin, qu'il prononçât moins de paroles, pour attirer la vie, qu'il n'en avait proféré pour conjurer la mort. Trois fois il avait redit à la servante et aux valets de Caïpbc : « Je ne connais pas cet homme ! » Trois fois il redira au Sauveur
ici-bas. Voilà pourquoi fidèles à renseignement de l'Evangile, les catholiques donnent au successeur de saint Pierre le nom de vicaire de Jésus- Christ.
* Joann., xxi, t5~24.
Le premier
ressuscité : « Vous savez que je vous aime ! « Le souvenir de l'infidélité passée dut se représenter à l'esprit de l'Apôtre , quand le divin Maître lui répéta, pour la troisième fois, son interrogation souveraine. 11 en fut affligé , dit l'Evangéliste : Contristatiis est Petrus. Mais son humilité égale maintenant son amour. Il ne dit plus, comme au Cénacle : c( Seigneur , quand tous les autres vous auraient abandonné, moi je ne vous quitterai jamais ! » Sa réponse est calme et émue, sans aucun élan de présomption : « Seigneur, tout vous est connu ; vous savez Lien que je vous aime! y> L'àme de Simon est devenue réellement la. pierre dur laquelle reposera l'Eglise ; c'est le roc, inébranlable sans sa fermeté ; mais c'est le roc frappé par une verge plus puissante que celle de Moïse , et d'où l'eau vive de la charité et de la foi jaillira en flots immortels. « Pais mes agneaux ! Pais mes brebis! » Sois le Pasteur suprême et du troupeau et de ses chefs. "Voilà, dans sa divine simplicité, l'institution delà souveraineté pastorale de Pierre. Ce jourlà, le premier Pape fut sacré; et le monde finira, avant de voir finir le dernier des Papes ! Cependant le sang de Pierre rougira sa blanche tunique de pasteur. Jésus le lui annonce. « Tu tendras aux chaînes tes bras vieillis, et un autre te garrottera, pour te conduire où tu ne voudrais pas aller. » Le reflet du martyre, qui doit sanctifier la Rome des Papes, illumine les rivages paisibles du lac de Génésarelh. Pierre accepte en silence, pour lui et pour ses successeurs, la
royauté, avec ses charges terribles. Que de papes on a garrottés depuis, « les conduisant où ils ne voulaient point aller! » Et pourtant la papauté demeure invincible. Jean, le disciple de l'amour, n'aura point à consommer sa longue carrière par le martyre. Soixante ans plus tard, il écrivait à Ephcse ce touchant récit. Les chrétiens se flattaient de l'espérance de le conserver toujours. « Mais, ajoute l'auguste vieillard : Jésus n'avoit point dit : Jean ne mourra pas ! » Il avait dit seulement : « Je veux que celui-ci attende, en paix, le jour de ma venue et de sa délivrance; que t'importe ? Toi, tu me suivras au Calvaire ! » Apparition de 14. Lc Thabop avait vu le Christ transfiguré; le Thabor
Jésus à
cinq cents dcvalt Ic voir, dans la splendeur nouvelle de sa résurrec-
disciples sur
le Thabor. (iou. « Lcs ouzc, dit l'Evaugile, reçurent de Jésus l'ordre tje se transporter sur cette montagne \ » Là, dit saint Paul *, plus de cinqcentsdiscipiesréunislevirent. Asavue, ils tombèrent à ses pieds, et l'adorèrent. Cependant, quelques-uns doutèrent encore ^ Les rationalistes, qui nous parlent de la crédulité des disciples et des hallucinations de Magdeleine, ont-ils lu l'Evangile? Chacun des Apôtres, chacun des disciples ne croit qu'après avoir vu et touché. Les cinq
* Une tradition fort ancienne prétend que la montagne de Galilée, que l'Evangéliste ne désigne pas , était le Thabor. On y montre encore aujourd'hui le lieu ou le Sauveur se manifesta à la foule des disciples.
2 Cor., XV, 6. Saint Paul ajoute que Jésus se manifesta, une fois encore, en particulier, à Jacques-le-Mineur.
3 Matth., xxvni, 16, 17.
CHAP. XIF. — L ASCENSION. 609
cents témoins, dont un grand nombre vivaient encore, vingtsept ans plus tard, lorsque saint Paul écrivit sa première Epître aux Corinthiens, ne croient que parce qu'ils ont vu. Les autres doutaient toujours. Cependant la fête de la Pentecôte approchait. Aux termes de la loi juive, les Apôtres devaient se rendre à Jérusalem pour cette solennité. Ce fut là que le divin Maître leur donna son dernier rendez-vous sur la terre. Jérusalem, avait crucifié son Sauveur et son Roi ; la cité déicide devait voir le Fils, de Dieu monter au ciel. Après celte manifestation suprême, la foi à la résurrection aura triomphé de toutes les résistances.
§ IV. L'Ascension.
15. « Les onze étaient réunis à Jérusalem, dit l'Evangile. L'autorité
T r 1 1 1 1 m • donnée aux
Jésus s approchant, leur parla en ces termes : Toute puis- apôtres sur
toutl'univerâ.
sance m'a été donnée, au ciel et sur la terre. Allez donc dans le monde entier; prêchez l'Evangile à toute créature. Enseignez toutes les nations. Baptisez-les, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Apprenez-leur à observer tout ce que j'ai commandé. Celui qui croira et aura reçu le baptême, sera sauvé ; mais celui qui ne croira point sera condamné. Des miracles accompagneront ceux qui auront la foi. En mon nom, ils chasseront les démons; ils parleront des langues nouvelles ; ils prendront les serpents ; et u. 39
s'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur nuira pas;, ils imposeront les mains sur les malades, et les malades seront guéris *. — Pendant le repas, Jésus leur ordonna de ne point quitter Jérusalem, avant d'avoir vu s'accomplir la promesse du Père. « Yous l'avez entendue de ma bouche, cette promesse, leur dit-il. Jean baptisait dans l'eau ; mais vous, d'ici à quelques jours, vous serez baptisés dans l'Esprit-Saint ^ »
Le rationalisme nous dit : Jésus fut un docteur juif, qui ne songea nullement à étendre, au delà de la Palestine, le cercle de sa parole et de son enseignement. Si le christianisme a rompu les barrières que son fondateur lui avait posées, c'est à l'action individuelle de saint Paul qu'il le doit. Il suffit, pour renverser celte théorie, de la rapprocher des paroles mêmes du Sauveur : « Toute puissance m'a été donnée, au ciel et sur la terre. Allez donc dans le monde entier; prêchez l'Evangile à toute créature ; baptisez toutes les nafîons.» Le protestantisme nous dit : Lire la Bible, l'interpréter selon ses propres lumières, et croire à la rédemption en Christ, telle est la voie du salut tracée par le Sauveur. Or, Jésus a dit aux Apôtres et à Pierre leur chef : « Enseignez toutes les nations, apprenez-leur à observer tout ce je vous ai commandé. » Il ne s'agit là ni de lecture individuelle, ni de foi sans les œuvres, ni de libre examen. Les
*■ Matlh., xxMii, 18 ad ullim. Marc, xvi, lo-18. — * Act., i,