CHAP. YI. — MORT DE SAINT JEAN-BAPTISTE
§ VU. nZort de saint Jean-Baptiste.
48. Un crime s'accomplissait alors à Machéronta, au mi- Le festin
T 1 p» 'l'i ' - 1 11 1 • T 1 ensanglanté.
lieu des leles celehrees a la cour dAntipas. La mort de saioméia
danseuse. La
Jean-Baptiste avait été résolue par Hérodiade. Cette femm.e t'^te de saint
Jean-Bap-
attendait l'occasion de consommer enfin sa vengeance. *'^'-^a Un jour favorable se présenta, dit l'Evangile. A l'occasion de l'anniversaire de sa naissance, Hérode donna un grand festin aux princes, aux tribuns et aux grands personnages de la Galilée. La fille d'Hérodiade, la jeune Salomé, entra dans la salle du festin, et exécuta devant les convives une danse qui charma le cœur du monarque et de tous les assistants. La roi dit à la jeune fille : Demandezmoi ce que vous voudrez, et je vous le donnerai sur l'heure. — Il fit ensuite le serment solennel : En vérité, tout ce que vous demanderez, fût-ce même la moiiié de mon royaume, vous sera accordé ! — Salomé étant sortie, alla trouver sa mère, lui disant : Que demanderai-je ? — La tète de Jean-Baptiste , répondit Hérodiade. - — La danseuse rentra précipitamment dans la salle , et dit au roi : Je veux que vous me fassiez apporter, dans un bassin, la tète de Jean-Baptiste. — Le roi fut contristé de celte demande. Cependant en considération du serment qu'il venait de faire et des convives qui l'avaient entendu , il ne voulut pas affliger la jeune fille par un refus. Il envoya donc un de ses gardes trancher la té le de Jean dans sa pri-
100 niSTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CURIST.
son. Le soldat revint bientôt, apporta sur un plateau la tête sanglante, et l'offrit à la jeune fille qui la remit à sa mère. A cette horrible nouvelle, les disciples de Jean accoururent ; ils obtinrent d'emporter le corps de leur maître et le déposèrent dans un tombeau. »
caracio-es ^^ ' L'indiguatiou soulevée au sein de la nation juive par "dl'yéruT" le meurtre du saint Précurseur est attestée par l'historien "gé^qul.*" Josèphe. Une sanglante défaite infligée quelque temps apès
Détails Ira- ,, i r> i - i r
ditionneis. au tstrarquc par les troupes d un chei arabe, nomrne Aretas, fut considérée par tout le peuple comme la punition divine de ce forfait inouï. La jeune Salomé, que la cruauté maternelle venait d'associer à un pareil crime, était en ce moment fiancée au tctrarque d'Iturée, Philippe. Peut-être son futur époux assistait-il à ce festin sanglant. Lorsqu'il entendit llérode-Antipas jurer, à la manière juive, d'accorder à l'élégante danseuse même la moitié de son royaume, il se flatta sans doute que la dot de la jeune fille allait être considérablement augmentée. Quoi qu'il en soit, tout k- récit évangélique du festin d'Antipas est en conformité parfaite avec l'état des mœurs hébraïques , telles que les avait faites à cette époque le mélange de la civilisation romaine. Au temps d'Auguste, la coutume depuis longtemps en usage chez les Grecs de terminer les festins d'apparat par des danses mimiques et par des scènes tirées des poètes dramatiques, s'était introduite à la cour des grands dans tout l'Empire romain. Un histrion, Juif de naissance,
CHAr. VI. — MORT DE SAINT JEAN-BAPTISTE. dOl
obtint en ce genre des succès tels à la cour de Néron , que l'impératrice Poppée, en agissait pour lui, comme Hérode- Antipas pour Salomé, et lui demandait publiquement de désigner la récompense qu'il voulait obtenir. Tel était le caractère de cette danse exceptionnelle, exécutée par la fille d'Hérodiade , en présence de convives déjà excités par les fumées du vin. Un trait exclusivement juif se révèle ici, à côté d'une importation étrangère. Les femmes quittaient la salle du festin , quand le repas se prolongeait et menaçait de dégénérer en orgie. Le paganisme ancien de l'Orient, d'Egypte, d'Athènes et de Rome ne connut jamais cette réserve, qui nous fait comprendre comment Salomé, pour exécuter sa danse mimique, fat obligée d'entrer dans la salle du festin, et comment elle dut sortir pour aller consulter sa mère sur la demande à formuler au roi. Saint Jérôme nous a conservé un souvenir traditionnel qui se rattache à cet horrible épisode, et qui peint toute la fureur vindicative d'Hérodiade. « Ce que Fulvie, dit-il, osa faire sur la tête ensanglantée de Cicéron , Hérodiade le fit sur celle de Jean-Baptiste. En haine de la vérité, ces deux femmes percèrent de leurs aiguilles d'or la langue éloquente de l'un, et la langue inspirée de l'autre, qui leur avait dit intrépidement la vérité \ » D'après le témoignage de Nicéphore Calliste, les disciples du Précurseur obtin-
*Hieronym., In Ruffin., Apolog., lib. II, cap. xliij Patrol. lat., tom. XXIII, col 488.
rent de transporter son corps àSébaste, l'antique Samarie, pour le soustraire aux derniers outrages que le ressentiment d'Ilérodiade pouvait réserver encore à ses restes sacrés. On sait en effet que Sébaste n'appartenait plus à la domination d'Antipas et qu'elle faisait partie de la province romaine de Judée. Quoiqu'il en soit, lïérodiade et son faible époux , expièrent plus tard leur crime. Dépouillés de leurs états par Caïus, successeur de Tibère, ils furent d'abord exilés dans les Gaules, à Lyon, et relégués ensuite en Espagne, où ils traînèrent dans le dénùment les derniers jours d'une existence maudite ^ Ces détails dont l'autlienticité est incontestable nous sont fournis par l'historien Josèphe. Le mariage de la danseuse avec Philippe, le tétrarque, ne fut point heureux. Philippe mourut prématurément.sans avoir eu de postérité, et sa veuve épousa en secondes noces Aristobule, roi de Chalcide, son cousingermain -. Telles sont les expressions de Josèphe. Le récit de la fin tragique de la danseuse, tel que l'a enregistré Nicéphore, n'offre pas les mêmes garanties d'authenticité. Traversant un jour une rivière h moitié gelée, dit Nicéphore , la glace se rompit sous ses pieds ; elle s'enfonça jusqu'au cou, et ses serviteurs la retrouvèrent enfermée ain;i, et dominant de la tète sa prison de glace \
* Joseph., Antiq. jud.. lib. XVllI, cap. ix; De Bell, jud., lib. II, cap. W.— ^ ioscph., Antiq. jud., lil). XVIII. c. vu.— 3 Niceph. Callist., Uistor., lib. I, cap. xx.