‹ Histoire de N.S. Jésus-Christ, exposition des saints évangiles (volume 2)Chapitre 7 sur 69 · II · texte numérisé non relu

II

glise est toiil entière dans les admirables paroles de Jésus- Christ. Ce sont des pauvres que le Seigneur cuvoie porltr gratuitement au monde le bienfait de la régénération qu'ils ont reçu gratuitement eux-mêmes. Ils ne doivent se préoccuper ni des sollicitudes matérielles, ni des moyens de subvenir à leur existence. Mais voici Ja merveille. Dans cette pauvreté, indépendante et absolue, ils trouveront en abondance ce qu'ils ne cherclienl pas. Car ceux qui les recevront, recevront Jésus-Christ, ceux qui leur donneront soit l'obole de la veuve, soit le trésor du riche, soit le verre d'eau de la plus pauvre hospitalité, auront donné à Jésus- Christ lui-même et acquis un droit inaliénable aux récompenses célestes. Toute la puissance temporelle de l'Eglise est dans ces mots, tombés des lèvres du Sauveur. Aux siècles de persécutions qui n'auront que des échafauds pour les témoins de Jésus, succéderont les siècles de foi qui sanctifieront leurs richesses en les déposant aux pieds des disciples de Jésus. Ou plutôt, celte différence de conduite ne sera pas ainsi accusée et tranchée par époques. Les siècles de persécutions auront leurs exemples de générosité. A côté de Néron qui mettra saint Pierre en croix, le sénateur Pudens fera asseoir saint Pierre sur sa chaise curule , et versera entre les mains de l'Apôtre les trésors amassés par vingt générations de pères conscrits. Persécutions et dévouements se développeront sur une ligne parallèle, jusqu'à la fin des âges. La pauvreté évangélique et la richesse

CHAP. VI. — VOCATION DES DOUZE APOTRES. of

Je l'Eglise se maintiendront dans cet équilibre divin constilué par Jésus-Christ, en dépit de toutes les haines et de toutes les fureurs des hommes.

20. « Après leur avoir donné ces instructions, dit l'E- L'Extrême-

Onction.

vangile, Jésus envoya ses apôtres, deux par deux, dans toutes les villes où il se proposait de se rendre plus tard lui-même. 11 leur donna le pouvoir de chasser les démons. Ils allèrent donc, passant d'un lieu à un autre, prêchant l'Evangile et l'obligation de faire pénitence. Ils chassaient les esprits impurs; ils faisaient des onctions d'huile sur les malades, et en guérissaient un grand nombre \ » Cette onction de l'huile sur les malades, qu'est-elle devenue au sein du protestantisme? Que signifient, parmi nos frères égarés , ces accusations mille fois répétées de superstition idolàtrique, à propos du sacrement de l'Extrême-Onction? Il semble vraiment qu'à force de lire l'Evangile , le protestantisme en soit arrivé à ne pas comprendre un seul mot du texte sacré. Nous verrons en effet passer sous nos yeux dans l'ordre du récit évangélique toutes et chacune des institutions actuelles de l'Eglise. La tradition apostolique a reproduit, maintenu et perpétué la vie et l'apostolat de Jé^us-Christsur la terre, sans en rien diminuer, sans y rien ajouter; développant, avec l'expansion même de l'œuvre, l'esprit de son divin fondateur. .Jésus, dans l'Eghse, enseigne, bénit, prie, offre son sacrifice, donne l'onction aux ' Mattli., X, 1 ; Mai'Cj vi^ T-13; Luc, \, I.

malades , chasse les démons , opère des miracles et ressus- . cite les morts, aujourd'hui comme durant les trois années de son ministère public.

§ rV. Capharnaûm.

Le sermon 21. « Eu descendant de la montagne , suivi de ses dis-

de Jésus daos

la plaine. La ciplcs , Jésus rcucoutra dans la plaine une foule immense

défaillance *^ *■

ca^i.wcauœ 1^^ l'attendait, et jetant les yeux sur ses disciples, il dit: Vous êtes bienheureux vous qui êtes pauvres, parce que le royaume de Dieu est à vous. Vous êtes bienheureux vous qui maintenant souffrez la faim , parce que vous serez rassasiés. Vous êtes bienheureux vous qui pleurez, parce que l'heure de la joie viendra pour vous. Vous serez bienheureux quand les hommes vous poursuivront de leur haine, vous emprisonneront, vous accableront d'outrages et maudiront votre nom, à cause du Fils de l'homme. Réjouissezvous en ce jour, et tressaillez d'allégresse, car votre récompense sera grande au ciel. Leurs pères ont ainsi traité les Prophètes. Cependant malheur à vous, riches, parce que vous avez toute votre jouissance ici-bas ! Malheur à vous, qui êtes rassasiés aujourd'hui, parce que vous aurez faim! Malheur à vous, qui êtes maintenant dans la joie, parce que vous serez un jour dans les gémissements et les larmes. » Ensuite il dit à ses disciples : « Malheur à vous lorsque les hommes vous béniront , c'est ainsi que leurs pères en ont usé à l'égard des faux prophètes ! Toutefois, je vous le dis :

CHAP, VI. — CAPHARNAUM. 53

Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous persécutent. Bénissez ceux qui vous maudissent; priez pour ceux qui vous calomnient. Donnez à quiconque vous demande, et faites à chacun ce que vous désireriez qu'il fît pour vousmême 1. » — c( Après avoir ainsi parlé, Jésus se rendit à Capharnaûm 2, et entra dans une maison de la ville ^ La foule s'y précipita en si grand nombre qu'il fut impossible à Jésus et à ses disciples de manger le pain. Il tomba en défaillance. Les disciples voulurent fendre la foule pour le secourir et le bruit se répandit qu'il avait perdu l'usage des sens \ Les Docteurs et les Pharisiens qui le suivaient depuis Jérusalem, et qui étaient toujours mêlés à la foule , s'écrièrent : Ne voyez-vous pas qu'il est possédé de Béelzébub? C'est au nom du prince du mal qu'il chasse les démons ! — Alors, Jésus fit approcher les Scribes et leur dit en paraboles : Comment Satan chasserait - il Satan? Un royaume divisé contre lui-même ne saurait tenir debout.

'Luc, Yi, 17-31. Ce discours offre beaucoup d'anal gie avec le sermon sur la Montagne, plus explicitement reproduit par saint Matthieu- Nous avons donc pris de saint Luc quelques sentences particulières qui ne se trouvent pas dans l'autre Evangéliste.

^ Luc, vni. — 3 Marc, ni, 20.

* C'est le sens propre du texte grec È'^iGzr,. Animi deliquium passus est. Après les fatigues du jour précédent et celle d'une nuit passée en prières , la foule ne permet pas au Sauveur de prendre le moindre aliment. Jésus tombe en défaillance ; car le Fils de l'homme a pris toute l'infirmité de la nature humaine. Les Scribes mêlés à la foule s'emparent de cette circonstance pour dire que Jésus vient de tomber sous la possession du démon. La divinité éclate alors , et le Fils de Dieu confond ces hj'pocrites docteurs.

5V HISTOIRE DE KOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CIIRIST.

Une famille qui s'insurgerait contre elle-même ne subsisterait pas. Satan, en s'élevanl contre lui-même, se diviserait, et son pouvoir chancelant aurait bientôt pris fin. Pour s'emparer de la demeure du fort armé , et piller son héritage, il faut d'abord s'être assuré de sa. personne; quand le vaillant sera garrotté, on pourra mettre sa maison au pillage. En vérité, je vous le dis : Tous les péchés seront remis aux enfants des hommes ; tous leurs blasphèmes seront pardonnes. Mais celui qui aura blasphémé contre l'Esprit-Saint n'en aura jamais le pardon, éternellement il portera la peine de son crime. — 11 parlait ainsi pour répondre à l'accusation qu'ils venaient de répandre, en disant : C'est un possédé du démon ! — En ce moment, la mère de Jésus et ses frères survinrent; retenus au dehors, sans pouvoir percer la foule, ils lui firent savoir qu'ils le demandaient. La multitude assise autour de lui, dit à Jésus : Votre mère et vos frères sont dehors et vous demandent. — Quelle est ma mère et qui sont mes frères? répondit-il. — Et jetant les yeux sur le peuple qui l'entourait : Voici, ditil, ma mère et mes frères; car celui qui aura fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère et ma sœur et ma mère '. » Le Fils 22. L'humanité du Fils de l'homme, la divinité du Fils

de l'homme.

de Dieu se manifestent ici, dans la personne sacrée de Jésus, avec des caractères éclatants. Toute la journée précédente, en ce sabbat où l'infirme de la synagogue avait été 'Marc, III, 20 ad ultini.

CHAP. \\. — GAPHARNAUM. 55

guéri, s'était écoulée, pour le divin Maître, à fuir la haine des Pharisiens , attachés à ses pas. L'encombrement de la foule, sur les bords du lac de Génésarelh, ne lui permit pas de songer à prendre la moindre nourriture. Il se prodigue pour le salut de tous et n'oublie que lui-même et ses propres besoins, dans sa mission de charité divine. La nuit survient; il la passe en prières sur la montagne. A l'aurore, il choisit ses apôtres, leur donne ses instructions, descend avec eux dans la plaine , et adresse au peuple des paroles de consolation, de miséricorde et de paix. De retour à Capharnaûm, il entre dans une demeure amie; mais la multitude l'y précède et ne lui laisse pas le temps de rompre le pain de l'hospitalité. L'humanité défaille , à la suite de tant de privations, de fatigues et d'abstinence. Voilà ce que le rationalisme moderne a osé traduire par ce commentaire impie : « Sa vie en Galilée était une fête perpétuelle ! » Pharisiens du xix'' siècle, blasphémateurs de l'Esprit-Saint, venez donc considérer le Fils de l'homme, épuisé d'inanition et tombant en faiblesse , dans la maison de Capharnaiim. 0 Jésus ! pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils disent. Le • savaient-ils eux-mêmes, ces Scribes qui suivaient le divin Maître, depuis son départ de Jérusalem, épiant l'occasion de calomnier tous ses actes, d'incriminer toutes ses intentions et de soulever le peuple contre lui? L'accident qui vient de se produire est bientôt connu de la multitude. « Il vient de tomber en défaillance, « dit-on, et

56 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRiST.

les Pharisiens s'emparent de ce prétexte, pour faire circuler leur interprétation sacrilège. Ne voyez-vous pas, s'écrient-ils, qu'il est possédé ! Béelzébub s'est emparé de lui. C'est au nom du prince des démons qu'il chasse les malins esprits! Chaque expression est ici tellement hébraïque, qu'elle renverse, par son authenticité intrinsèque, tout soupçon de légende ou d'interpolation apocryphe. Béelzébub , le Prince de l'air, est un nom essentiellement J)iblique, qu'on ne rencontre dans aucune des littératures grecque ou romaine. Il faut, pour le trouver, remonter jusqu'au temps d'Ochozias, roi d'Israël, alors que ce prince apostat, malade d'une chute faite du haut de la terrasse de son palais de Samario, et sentant les approches de la mort, envoya consulter l'oracle de Béelzébub, dieu phénicien qui avait son temple à Accaron '. Le nom de celte divinité étrangère avait survécu à son culte, et s'était perpétué dans les souvenirs du peuple juif, comme synonyme de Satan, le chef des anges rebelles. De la part des Pharisiens, attribuant les miracles de Notre-Seigneur à la puissance de Béelzébub, il y avait un calcul de haine profonde et d'habileté calomniatrice. C'était porter contre Jésus l'accusation la plus directe d'idolâtrie, et le vouer à la peine capitale, infligée par la loi mosaïque contre tous les adorateurs des faux dieux.

' IV Hcfj., I, 2. Cf. Cornélius a Lapide, Commentar. toni. IV, pT3.

CHAP. Vf. — CAPHARNAUM. 57

23. Mais l'humanité qui venait de défaillir, dans l'imrable Le Fiis de

maison deCapharnatini, fait place à l'action souveraine du Verbe incarné. Le Fils de l'homme s'est manifesté dans la faiblesse ; le Fils de Dieu va se révéler dans sa force. L'épuisement et la fatigue disparaissent soudain; Jésus se relève, plein d'une divine énergie. 11 appelle les Pharisiens et laisse tomber sur leur front coupable l'anathème h-rémissible qui atteindra tous les blasphémateurs de l'Esprit- Saint. Qu'est-ce donc que le péché contre le Saint-Esprit, demande l'évêque d'Hippone, pour qu'il déconcerte la toute-puissante miséricorde de Jésus, et ne puisse être pardonné , ni en ce monde , ni en l'autre, par le Dieu du pardon? L'apostasie de Judas et le stigmate de sa trahison auraient pu être effacés par une pénitence sincère. Le blasphème contre l'Fsprit-Saint ne sera jamais remis. Ici encore, nous sommes en face d'une de ces expressions qui portent en elles-mêmes un caractère incontestable d'authenticité. Pour les comprendre, il faut remonter à la tradition hébraïque, dont elles gardent l'indélébile empreinte. Le Saint-Esprit, selon la notion juive, était la vérité de Dieu même. C'était le Saint-Esprit, le souffle de Dieu, qui avait inspiré Moïse et les Prophètes, accompli toutes les merveilles de l'ancienne Loi, et produit les actes de sainteté, de^piété et de vertu des Patriarches et des justes d'Israël. Ainsi, blasphémer le Saint-Esprit, c'était blasphémer la vérité connue, outrager la majesté visible et manifeste

Dieu.

de Jéhovah. « Affliger rEspril-Saint >; » — «l'éteindre dans son cœur - ; » — « outrager l'Esprit de grâce % » ce sont là autant de locutions liéhraï(|ues , dont la signification est celle de pécher contre Dieu. Mais l'entraînement (le riiomiiie vers le mal, rinfirniilé d'une nature déchue, les aveugles convoitises des passions nous sollicitent sans cesse au péché. Est-ce que Jésus-Christ, qui venait épouser nos infirmités pour les guérir, fermera sur les âmes la porte de la pénitence! Non. Il est né, il a souffert et il est mort pour les pécheurs, pour tous en général et pour chacun en particulier. Le ciel s'ouvre pour le larron converti à la dernière heure, comme pour le juste, qui a persévéré, dès son enfance, dans les sentiers des commandements. « Blasphémer le Saint-Esprit, » c'est le crime non plus de l'homme, mais de Satan. L'ange déchu a pu seul appeler Jéhovah le Dieu du mal; donner à la lumière le nom de ténèbres; fermer les yeux aux splendeurs du vrai pour ériger un trône à l'erreur, et l'adorer comme la divinité suprême ! Qu'ils tremblent donc ces génies superbes , que la vérité connue a pour adversaires implacables; ces Scribes de nos modernes Capharnaum, aux. yeux desquels le Fils de Dieu est un imposteur habUe , un magnétiseur, un empirique ou un possédé 1 Ils entrent dans la voie de Satan; pareils à ces Pharisiens que la lumière irritait sans les éclairer. Comme eux toutefois, ils sont libres encore d'abandonner ' Isa., i-xui, 10— - 1 ThcssaL, v, 19. — ^ Hebr.y x, 29.

CHAP. VI. — CAPHARNAUM. 59

la roule de l'abîme, avant l'heure où l'impénitence fînaie aurait clos pour jamais leur destinée éternelle. Ils ont dit, ces docteurs de mensonge : « Jésus détestait sa famille, qui le lui rendait bien. » Yoilà pourquoi, sans doule, Marie, la tendre mère, informée par la rumeur publique , de l'accident survenu à son divin Fils, dans la maison de Capliarnaûm, se hàle de voler à son secours. Voilà pourquoi les frères de Jésus, c'est-à-dire, comme on l'a vu, ses cousins, les fils de Cléophas, cherchent à fendre la foule pour l'arracher au péril, et lui prodiguer les soins de l'affection la plus vive. Mais le Fils de Dieu qui inspire de pareils dévouements, n'en a pas besoin lui-môme. Sa mère et ses frères sont tous les malheureux ; immense famille, embrassant l'humanité entière, qu'il est venu épouser, consoler et guérir.

24. « Or, continue l'Evangile, un centurion de Caphar- Le serviteur

du

nalim avait un serviteur qui lui était cher et qui allait centurion. mourir. En apprenant que Jésus était là, il lui envoya quelques anciens d'entre les Juifs , pour le prier de venir dans sa maison et de guérir son serviteur. Ceux-ci, en arrivant, le supplièrent avec instance. Il mérite cette faveur, dirent-ils , car il aime notre nation 5 et c'est lui qui a fait construire notre synagogue. — Jésus leur répondit : J'irai, et je guérirai sou serviteur. — Aussitôt il se mit en marche avec eux. Comme il approchait de la maison, le centurion , avec quelques-uns de ses amis, se présenta à sa rencontre :

Seigneur, lui dit-il, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma demeure ; mais dites seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Moi-même, je suis dans la dépendance d'un autre. Cependant j'ai des soldats sous mes ordres, et quand je dis à Fun : Va, il va; viens, il vient ; et si je dis à mon serviteur : Fais cela, il le fait. — En l'entendant parler ainsi Jésus fut dans l'admiration, et s' adressant à ceux qui le suivaient : En vérité, je vous le dis, s'écria-t-il , je n'ai pas rencontré une telle foi en Israël. C'est pourquoi, je vous l'affirme, des multitudes viendront, de l'orient et de l'occident, pour se reposer avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des cieux. Et cependant les fils même du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures : C'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. — Ensuite il dit au centurion : Allez, et qu'il vous soit fait selon que vous avez cru ! — Or le serviteur fut guéri à l'instant même \ » — Le soldat romain en face de la divinité de Jésus-Christ est un des plus admirables traits de l'Evangile. Ce centurion qui avait peut-être traversé les Gaules et la Germanie avec les légions de Varus, vient achever ses derniers jours en Judée. Il a toute la bonté du vétéran, avec toute la discipline du légionnaire. Il bâtit une synagogue à ses administrés Galiléens; et il commande à ses subalternes avec la fierté et le laconisme d'un fils de Romulus : « Va, » leur dit-il, et ils vont. ^Luc, MI, 1-10; Matth., vin, o-13.

« Viens, » et ils viennent. Le commandement bref et précis de César est passé dans le langage militaire de Rome. Mais sous cette rude écorce, quelle élévation de pensée , quelle délicatesse de sentiment! Jésus lui-même admire la foi de ce Romain. Jamais, en effet, l'affirmation de la divinité du Sauveur ne fut plus solennellement exprimée. On dirait que la tendresse du plus fervent apôtre s'est unie, dans le cœur du soldat, à l'énergie du caractère national. «Seigneur, dit-il, je suis indigne de vous abriter sous mon toit. Dites une parole, et mon serviteur sera guéri. » La nature obéit à vos lois, puisque vous êtes son Dieu. Moi-même, officier d'un grade inférieur dans les armées du César Tibère , je n'ai qu'un mot à dire, et mes soldats exécutent mes ordres. Vous, maître souverain, parlez, et les éléments dociles obéiront à votre voix. — Tel est le sens de ces énergiques paroles : et la foi du centurion est exaucée. Le rationalisme cherchera par quelle merveille de contact à distance, un serviteur mourant, qui « n'eut pas le plaisir de voir une personne exquise, » fut guéri à l'instant même.

§ V. Hxcursion en Galilée.

25. « Jésus parcourut ensuite les villes de la Galilée, dit Résurrection

du âls de la

saint Matthieu, prêchant le royaume de Dieu et enseignant ^^uve de les peuples ^ Or, comme il passait dans une ville appelée Naïm, ses disciples et une foule nombreuse l'entouraient. ^Matth., XI, 1.

62 HISTOIKE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CIIRIST.

En approchant de la ville, il se trouva qu'on portait au tombeau le fils unique d'une veuve. Un grand nombre de personnes de la ville suivaient la malheureuse mère. En la voyant'le Seigneur fut ému d'un sentiment de miséricorde. Ne pleurez point, hii dit-il. — Et s'approchant , il posa la main sur le cercueil. Ceux qui le portaient s'arrêtèrent. Jeune homme , dit Jésus, levez-vous! Je vous le commande. — Aussitôt le mort se leva sur son séant, et commença à parler. L'effroi s'empara de tous les assistants; ils glorifiaient Dieu, et s'écriaient: Un prophète s'est levé parmi nous : et Dieu a visité son peuple! — Le récit de ce miracle se répandit dans toute la Judée, et dans les provinces d'alentour '. »

Authenticité 26. Le rationalisme moderne regrette qu'une académie

intrinsèque i> i i < > • • »

du récit de Rome ou d Athènes n ail point songe a envoyer une

évangélique.

commission scientifique à Naïm, petite ville de la tribu d'Issachar, au pied du mont Thabor, pour constater la réalité du miracle, au moment où Notre-Seigneur l'accomplit. Que faisaient donc les savants officiels chargés d'exercer la royauté des intelligences, à l'époque du César Tibère? Leur négligence est inconcevable; cependant on pourrait invoquer à leur décharge , quelques circonstances atténuantes. Jésus-Christ n'avait, ni pubhé à l'avance, ni convoqué les savants à venir examiner le grand spectacle de la résurrection d'un mort, aux portes de Naïm. Toutefois

• Luc, vil, i 1-17.

les témoins ne manqueront pas à la mauifeslalion divine, et moins l'événement aura été concerté, plus la réalité du prodige sera saisissante. Le hasard de la rencontre, pour donner ce nom tout humain à la disposition de la Providence , qui amenait aux portes de Naïm le convoi funèbre, avec la nombreuse escorte de la mère éplorée, à l'instant précis où le Sauveur entouré lui-même d'une foule immense allait entrer dans la ville, suffît pour écarter toute idée de connivence, de scène préparée dans le but d'agir sur les imaginations. La veuve de Naïm avait bien réellement perdu son fds unique, l'espoir de sa vieillesse, le seul appui de son isolement. Ce ne sont pas des larmes de convention ni des sanglols factices qui s'échappent de son cœur brisé, quand elle accompagne au tombeau de famille le corps inanimé de son enfant, pour le déposer à côté des restes chéris d'un époux. La ville entière, sympathique à cette douleur maternelle, lui forme cortège; et Jésus- Christ, qui devait lui-même être l'objet pour le cœur de Marie d'une désolation semblable , le Dieu-Homme descendu sur la terre pour compatir à toutes les douleurs humaines, est ému de miséricorde. Il touche le cercueil découvert où repose le jeune mort. Ici, comme toujours, chaque détail du récit évangélique emporte un caractère d'incontestable véracité. Les cadavres étaient transportés chez les Hébreux, à visage découvert, dans une sorte d'arche, ou cercueil non fermé. Les tombeaux ne pouvaient

être dans l'inlérieur des villes, où ils eussent constitué eu permanence une cause d'impureté légale. Cependant ils devaient être assez rapprochés des habitations pour que leur dislance n'excédât point l'intervalle qu'il était permis de franchir un jour de sabbat. On pouvait ainsi, sans violer le repos sabbatique, ne pas laisser séjourner le cadavre dans la maison mortuaire, et le conduire immédiatement au tombeau, où une chambre était disposée pour donner les derniers soins de la sépulture. C'étaient là des usages exclusivement propres à la nation juive. Les Egyptiens, par exemple , avaient des coutumes toutes différentes. Ils gardiiient fort longtemps les corps, pour les soumettre à leurs procédés d'embaumement , et les transportaient définitivement au tombeau, dans des cercueils hermétiquement fermés, et affectant la forme des momies elles-mêmes. Les Romains qui pratiquaient la crémation des corps, ne se servaient point de cercueil. Les cadavres, parés comme pour une fête suprême , étaient portés au bûcher sur une litière d'apparat. Le récit de l'Evangile , dans sa siniphcité divine, est donc d'une vérité locale qui fera à jamais le désespoir des rationalistes de l'avenir.

Lerationa- 27. Et maintenant, on comprend sans peine comment le

listne et le . , , , . • i t »

ressuscité de mort, rcssuscitc a la voix souverame de Jésus, put se lever

Naîm.

sur son séant, sans qu'on eût à déclouer la bière, ou à enlever un couvercle qui n'existait pas. On conçoit qu'il put sortir, sans aide, du cercueil , et que Jésus le rendit à sa

CHAP. VI. — EXCURSIOxX EN GALILÉE. 65

mère, sans qu'il eût été besoin de le débarrasser des bandelettes ou des linceuls dont il n'était pas encore enveloppé. Mais qu'on explique, si l'on peut, par tous les artifices du rationalisme moderne, comment, sous les yeux d'une ville entière, en présence d'une double escorte , celle qui sortait de Naïm à la suite du convoi funèbre, et celle qui y entrait à la suite du divin Maître, qu'on explique que ce mort tant pleuré ressuscite soudain à la parole de Jésus : « Jeune homme, levez-vous ; je vous le commande! » Une léthargie, subitement dissipée par le double courant de la multitude se dirigeant eu sens inverse ! On l'a dit, parce qu'il faut bien dire quelque chose. Mais pourquoi ce courant n'agit-il qu'au moment où Jésus parle ? Quel prodigieux hasard, plus incroyable que tous les miracles ! La commotion produite par l'éclat de voix qui retentit dans le silence général ! On l'a dit encore. Mais les lamentatrices , les chœurs de musiciens précédaient, en chantant, le cortège funèbre. Le silence de la mort ne régnait pas, comme chez nous, autour du cadavre. Quoi donc! est-il fort difficile de reconnaître que si Jésus-Christ n'avait pas fait de miracles, s'il n'avait pas ressuscité les morts, jamais il n'eût converti le monde païen, et jamais il n'eût ressuscité une seule âme. Le fils de la veuve de Naïm, ce jeune homme que le Sauveur rappela à la vie et rendit à sa mère, fut lui-même un instrument de résurrection spirituelle, et un témoin irrécusable de la divinité de Jésus-Christ. Voici comment u. 5

s'exprime Quailrat, dans son Apologie adressée à l'empereur Adrien, l'an 131 de notre ère : ce Les miracles de noire Sauveur furent toujours opérés en public, parce qu'ils étaient vrais. Ainsi, les malades qu'il a guéris, les morts qu'il a ressuscites ont été vus par tout le monde , non pas seulement à l'époque même du prodige, mais longtemps après. On a pu les interroger, et pendant la période que Jésus passa sur la terre, et depuis son Ascension, à laquelle ils ont survécu. Quelques-uns d'entre eux vivent encore de nos jours'. » Que le rationalisme moderne se débarrasse, comme il pourra, de semblables témoignages ! Les disciples 28. Lc miraclc de Naïm eut un retentissement considéseur envoyés rablc. Peut-être faut-il rattacher à cette époque de la vie du

à Jésus.

Eloge de Sauveur les relations qu'un chef de tribus arabes, Abgar,

saint

Jean-Baptiste youlut entretenir avec lui. La tradition a conservé le nom

par le

Sauveur, j^ ^^^ étranger, et tout porte à croire que, si les textes actuellement connus sous le titre de : Lettres (TAhgar, sont d'origine ou de traduction plus récentes, le fait lui-même d'une députation de ce prince, envoyée à Jésus-Christ, est historique. Quoi qu'il en soit, les disciples de Jean hésitaient encore à venir se ranger sous la direction de Celui

1 T&y Si 2uTf,cc; t.u.ûv rà ep-ja àtl TrapfiV AXr,6T "^àp ^v • ci ôcjaTTEuôîvreç, C'. i-iOM-it-zi', VA. va/.fûv, w eux wcpdri<rav [j.&vûv ôepaTreuc'o.evct, y.al àv'.c7ecj;.6voi , %ùJx. y.al àtt «acivTE; " cùS"è eiïiJr.u.oûvTOç |ao'vov tcû 2(i)T7;f&;, àX/.à y.al àîraX- >.a-fïvTo;, Tiav ètI y.fO''^"' waviv, waTS y.al ?î; xcù; r.aeTspcu; /povou; -ivÈ?

'y.ÙTwv ào-y.'.vTc. (Quaclrat., Apolog. ad Adrian.; Euseb., Ilist. écoles., lilj. IV, cap. m, Patrol. grœc, toni. XX, col. 308.)

que leur maître avait appelé : L'Agneau de Dieu. Le Précurseur était toujours détenu dans la forteresse de Machéronta. Hérode Antipas avait résisté jusque-là aux sollicitations d'une épouse ambitieuse et cruelle. Il reculait devant un crime, moins peut-être par un sentiment de justice que par la crainte d'un soulèvement populaire. L'illustre captif profita des derniers instants que lui laissait la modération ou la pusillanimité du tétrarque. Il fît venir deux de ses plus fidèles disciples , et les adressa directement à Jésus. tt Jean-Baptiste, dirent-ils au Sauveur, nous envoie à vous. Etes-vous celui qui doit venir , ou devons-nous en attendre un autre? — Or, en ce moment, Jésus était environné d'une grande multitude de peuple. En présence des disciples de Jean, il guérit les malades de leurs infirmâtes ou de leurs plaies , délivra les démoniaques et rendit la vue aux aveugles. Prenant ensuite la parole , il répondit aux envoyés : Allez dire à Jean ce que vous avez entendu et vu. Les aveugles voient, les boiteux marclient, les lépreux sont guéris, les sourds entendent , les morts ressuscitent , l'Evangile est annoncé aux pauvres, et bienheureux celui qui ne prendra point de moi un sujet de scandale ! — Après le départ des envoyés, Jésus parla de Jean à la foule qui l'entourait. Qu'ètes-vous allés voir au désert? dit-il. Un roseau agité par le vent ? Mais enfin qu'ètes-vous allés voir? Un homme vêtu de pourpre ? Ceux qui portent des vêlements somptueux et vivent dans les délices, habitent lepa-

68 mSTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

lais des rois. Qu'êtes-vous donc allés voir? Un prophète? . Oui, certes, je vous le dis ; et plus qu'un prophète. Car c'est de lui qu'il a été écrit : Voici que j'envoie mon Ange devant toi, pour te préparer la route. En vérité, je vous le dis : Parmi les enfants des femmes, nul ne fut plus grand que Jean-Baptiste; et pourtant le moindre dans le royaume de Dieu est plus grand que lui. Depuis l'apparition de Jean-Baptiste, le royaume des cieux souffre violence, et les violents le ravissent. Jusqu'à lui , Loi et Prophètes , tout était la figure de l'avenir. Mais Jean , si vous voulez le comprendre , c'est Elle , celui dont l'avcnement était prédit. Que celui-là entende, qui a des oreilles pour entendre*. »

Parmi les 29. L'éloge du Précurseur , dans la houche du divin

enfants des , , ,, ., , . ^ , ,

femmes, nul Maître, c cst 1 cloge de 1 Evangile lui-même. D ou vient la

ne fut plus

grand que supérioi'ité si hautement accusée de Jean-Bapliste? En

Jean-

Bapiiste. quoi est-il plus grand que Moïse, Ehe, Isaïe ou Daniel ? Si Jésus-Christ n'est pas Dieu, si son règne n'est pas celui de l'Emmanuel, s'il n'est pas le terme auquel ahoutissent les figures, les prophéties, les rites et les observances du Testament antique , Jean-Baptiste n'a aucun titre particulier pour prendre rang au-dessus des personnalités les plus glorieuses de l'histoire humaine. Il a passé sa vie au désert. Moïse et Elle l'ont fait. Il a prêché au peuple la pénitence. Jonas l'avait fait avant lui. Il a baptisé les multitudes dans »Matth., XI, l-lb; Luc, vu, 18-28.

l'eau du Jourdain. Moïse a^vait baptisé la race juive dans la nuée lumineuse et les flots de la mer Rouge. Chaque jour, les prêtres de Jérusalem baptisaient les prosélytes dans l'eau de la piscine Probatique, ou dans les citernes de Siloë. Mais les miracles de Moïse, ceux d'Elie , d'Isaïe et des autres prophètes, Jean-Baptiste ne les avait pas renouvelés. En quoi donc consiste pour lui cette grandeur exceptionnelle, que « nul homme né d'une femme w n'atteignit et n'atteindra jamais? C'est qu'il fut l'Ange du Messie et le Précurseur terrestre du Verbe incarné. Voilà sa prérogative incommunicable. Le jour dont Abraham avait désiré voir l'aurore; l'étoile de Jacob dont Moïse aurait voulu contempler le rayon, des hauteurs de Phasga ; le véritable roi d'Israël qui devait achever l'œuvre d'Elie en détruisant les autels des faux prophètes ; le Fils d'une Vierge mère dont Isaïe avait salué de loin le berceau ; le Christ chef ; le Fils de l'homme, assis sur le trône de l'Ancien des jours, que Daniel proclamait dans son extase, Jean-Baptiste le vit de ses yeux mortels, le désigna du doigt, et proclama son avènement. Toute la gloire du Précurseur est là. Il ne fut point, au désert, le roseau agité qui vacille à tout souffle des vents. Sa voix ne répéta qu'une seule parole : Il est venu, l'Agneau de Dieu ! — Aux Scribes de Jérusalem, à la multitude qui se presse sur les rives du fleuve de la Judée, à ses disciples dans la prison de Machéronta, il tient le même langage. Ni les faveurs du tétrarque , ni les séduc-

lions d'une cour voluptueuse, étalant, au mépris de la loi mosaïque, un luxe étranger et corrompu, n'ont fait fléchir sa grande àme. Il va mourir, victime des passions d'une femme ; mais il lègue à Jésus les disciples de sa dernière heure. Toute l'histoire du Testament Ancien se concentre et se résume dans la personne de Jean-Baptiste, qui renvoie à l'auteur du Testament Nouveau les splendeurs et les magnificences d'un passé de quatre mille ans. es villes 30. « En entendant l'éloge du Précurseur, reprend l'E-

maadites

de la vangéliste, le peuple et les Publicains, qui tous avaient

Décapole.

reçu le baptême de Jean, rendaient gloire à Dieu, Mais les Pharisiens et les Docteurs de la Loi, qui n'avaient pas voulu recevoir ce baptême, murmuraient contre les paroles de Jésus, et accueillaient avec dédain la révélation de Dieu. Le Seigneur dit alors : A qui pourrai-je comparer les hommes de cette génération? A qui ressemblent-ils ? Ils sont pareils aux enfants qui s'asseoient sur les places publiques, et se renvoient les uns aux autres ce chœur proverbial : Nous avons chanté au son des trompettes, et vous n'avez point dansé ! Nous avons modulé des lamentations, et vous n'avez point pleuré! — En effet, Jean-Baptiste a paru ; il ne mangeait point de pain, il n'a jamais bu de vin, et vous avez dit : C'est un possédé du démon ! Le Fils de l'homme est venu, mangeant et buvant, et vous dites : C'est un homme de bonne chère, ami du vin. Les Publicains et les pécheurs sont ses favoris ! — Alors, Jésus fit entendre

CHAP, Vf. — EXCURSION EN GALILÉE. 71

ces reproches sur les cités au milieu desquelles il avait accompli des miracles, et qui n'avaient pas voulu faire pénitence : Malheur à toi, Corozaïn ! malheur à toi, Bethsaïda ! Car si les villes de Tyr et de Sidon avaient été témoins des prodiges opérés parmi vous, depuis longtemps elles eussent fait pénitence sous la cendre et le cilice. Aussi, je vous le dis, au jour du jugement, Tyr et Sidon seront traitées plus favorablement que vous. Et toi , Capharnaûm , qui pouvais l'élever jusqu'aux cieux , tu seras abaissée jusqu'aux enfers, parce que si les miracles qui ont éclaté dans ton sein avaient eu lieu à Sodome , peut-être cette cité subsisterait-elle encore aujourd'hui! En vérité, je l'affirme, le jugement de Sodome sera moins rigoureux que le tien * . »

31. On cherche aujourd'hui sur les rives du lac de Tibé- Accomplissement de la

riade, dans la Décapole antique, l'emplacement de Caphar- /Jg^^^^^^ naûm, de Corozaïn et de Bethsaïda. La solitude et le silence ^lueTmau^ planent sur les villes ingrates. « Capharnaûm n'existe plus, dit le docteur Sepp ^ Deux palmiers seulement qui croissent au miheu des ruines, et les vestiges d'un port sur le lac sont les seuls monuments de la cité gahléenne. Corozaïn et Bethsaïda ont entièrement disparu, et l'on ignore jusqu'à leur situation. La délicieuse contrée de Génésareth est habitée aujourd'hui par les Arabes du désert, qui vivent

^Matth., XI, 16-24; Luc, vu, 29-35. — ^ Sepp, Vie de Notre- Seigneur Jésus-Christ , tom. II, pag. 130, loi.

72 niSTOIRE DE NOTRE- SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

à demi nus sous des tentes. Le palmier, signe de victoire, qui faisait jailis l'ornement de toutes ces campagnes, a presque entièrement disparu d'un pays que Dieu a livré, comme une proie, à tous les peuples de la terre; il n'en reste [dus qu'un seul de la forêt célèbre qui entourait autrefois Jéricho. Une tour , construite au temps des croisades, et quelques huttes arabes, indiquent, d'une manière assez douteuse, l'emplacement où fut située cette ville, fameuse par son amphithéâtre et les palais qu'Ile rode y fit construire. On n'aperçoit plus çà et là que des cyprès ombrageant les tombeaux d'un peuple étranger. Les ronces et les épines ont remplacé l'arbuste qui fournissait un baume renommé jadis dans tout l'univers. » La malédiction de Jésus-Christ s'est donc vérifiée au pied de la lettre. Les rationalistes de la Gahlée qui insultaient le Sauveur , méprisèrent, sans doute, comme des exagérations sans valeur, l'anathème'que Jésus portait contre leur patrie. Ils étaient puissants, riches et nombreux; l'abondance du sol, la douceur du climat , l'importance de leurs relations commerciales, le développement de leur industrie , tout cela leur semblait un gage d'avenir; et ils ne daignèrent pas se préoccuper de la condamnation solennelle qui venait de les frapper. Ilélas ! les rationalismes de tous les temps se ressemblent. Leur aveuglement est le même. La grâce divine s'épuise contre leur ob.stination. La trompette des jubilés de miséricorde ne les amène point aux fêtes du Seigneur;

les lamentations et les cris d'alarme des prophètes ne les réveillent point de leur léthargie. Ainsi arrivent, sur les sociétés, les fléaux de la justice; ainsi passe sur les nations le niveau de la vengeance céleste !

32. Cependant, l'incrédulité d'une race , d'une contrée Election

des soixante-

ou d'une époque, n'arrêtera jamais l'essor de la parole di- douze

i- i- ' «» *• disciples.

vine : le char de l'Evangile est celui de la vision d'Ezéchiel ; il marche toujours en avant, écrasant les résistances et portant sa lumière à des plages nouvelles. « Le Seigneur, dit saint Luc, désigna soixante-douze de ses disciples, et les envoya parcourir les cités et les campagnes qu'il devait lui-même visiter. La moisson est immense, leur dit-il, et les ouvriers sont en petit nomhre ; priez donc le Maître du champ d'envoyer des ouvriers à sa moisson. Allez, guérissez les malades, et dites-leur : Le royaume de Dieu est proche. Si l'on refuse de vous donner l'hospitalité dans quelque ville, présentez-vous sur la place publique et dites aux habitants : Nous secouons sur vous jusqu'à la poussière de votre cité , qui s'est attachée à nos sandales : mais sachez que le royaume de Dieu est proche ! — Ainsi vous me rendrez témoignage. Quiconque vous écoute, m'écoute. Qui vous méprise, me méprise. — Les soixantedouze partirent donc, et ils revinrent pleins de joie, disant à Jésus : Seigneur, les démons eux-mêmes nous sont soumis, quand nous leur parlons eu votre nom ! — Jésus leur répondit : Je vois Satan foudroyé tomber du ciel. Je vous

ai doiinù le pouvoir de fouler aux pieds les serpents elles scorpions, d'écraser la tèle de Tcnnemi. Cependant, ne vous réjouissez point de ce que les esprits du mal vous sont soumis, mais ri\jouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux. — En ce moment, il parut tressaillir d'allégresse dans l'Esprit-Saint , et il dit : Je vous rends grâces, ô Père , Dieu de la terre et des cieux , parce que vous avez caché ces choses aux regards des sages et des prudents, et que vous les avez révélées aux petits. Il en est ainsi, ù Père , parce que tel est le conseil de votre Providence. Tout a été remis en mon pouvoir par mon Père. Or , nul ne connaît le Fils, sinon le Père , et nul ne connaît le Père sinon le Fils et ceux auxquels le Fils voudra le révéler. — Puis se tournant vers ses disciples, il reprit : Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez! Car, je vous le dis , les prophètes et les rois ont désiré contempler les merveilles dont vous êtes témoins, et ils ne les ont pas vues. Il ont souhaité entendre ce que vous entendez, et ils ne l'ont point entendu. Venez à moi, vous tous qui êtes accalmies sous le poids du laheur et de la fatigue et je vous soulagerai. Prenez mou joug sur vos épaules, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Ainsi vous trouverez le repos de vos âmes, car mon joug est suave et mon fardeau est léger '. »

Le siwrdoM 33. La constitution divine de l'Eglise se poursuit dans ' Luc, \, i-2i; Mattli., xi, 23 ad ultim.

la trame du récit évangélique, selon l'unité de vues de son dansrEgiise.

Le joug de

fondateur. Après les apôtres, les disciples : les premiers l'E'^augiie. moins nombreux, parce qu'ils ont la charge de la surveillance et qu'ils occupent un plan supérieur dans la hiérarchie ; les seconds en nombre plus considérable , pour que le ministère de salut atteigne tous les besoins , toutes les infirmités du corps social ; mais les uns et les autres supérieurs à la foule des fidèles ; séparés du reste des frères par l'élection divine, et par l'investiture d'un pouvoir qui n'appartient qu'à eux. L'armée du sacerdoce catholique , aujourd'hui rangée sous la direction des évêques, successeurs des apôtres, et soumis eux-mêmes à l'autorité du successeur de Pierre « chargé de paître les brebis avec les agneaux et de confirmer ses frères dans la foi,» est-elle autre chose que l'institution de Jésus-Christ lui-même, perpétuée jusqu'tà nous, par un phénomène d'immortalité qui constitue un miracle du premier ordre? Les œuvres des hommes sont laborieuses. Que de recherches, de combinaisons, de tâtonnements pour mettre debout la moindre constitution sociale, et lui procurer quelques années de stabilité et de yie ? Notre-Seigneur Jésus-Christ constitue son Eghse sur un rocher qui défiera à jamais toutes les tempêtes , et cette œuvre ne lui coûte qu'une parole! C'est que le pouvoir universel a été remis au Fils de l'homme par le Père- c'est que chaque parole du Yer])e incarné est à la fois une création et un enseignement. Aux époques d'épanouissement de la foi

7G HliTOIUE HE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

clirétienne, tous les pouvoirs, toutes les autorités, toutes les forces sociales se concentreront dans les mains de l'Eglise, l'épouse du Dieu « à qui toutes choses ont été données par le Pure. » Aux époques d'hostilité contre le Christ et son Eglise, on chassera les apùtres et les disciples, on les renverra aux catacombes ; mais le triomphe de Jésus-Christ et de l'Eglise n'en sera que plus éclatant. C'est Jésus qui donne aux âmes comme aux sociétés le repos et la paix, dans le joug suave de l'Evangile. Laguerre contre le Christ est le premier châtiment de ceux qui la font. Quand les hommes, dans leur orgueil, croient avoir tué l'Eglise, ils n'ont fait que se suicider, et les générations meurtries et ensanglantées ne tardent pas à redemander le joug de l'Evangile. L'expression : Joug de la Loi, était familière aux Juifs. Ils considéraient les Théphilim, ou bandelettes qu'ils s'attachaient autour de la tête et des bras, comme les liens de ce joug par lequel Dieu voulait s'unir la race d'Abraham. La parole de Notre-Seigneur fait allusion à cette formule tout hébraïque , et lui emprunte une signification profonde, qui dut soulever l'indignation des Docteurs juifs. Comment Jésus osait-il apporter au monde un autre joug que celui de la loi mosaïque ? Comment pouvait-il afficher la prétention d'appeler « son joug suave et son fardeau léger, » par opposition au joug du Sinaï ? C'étaient là des affirmations qu'un Dieu seul pouvait faire entendre; mais surtout c'étaient là des mystères ineffables de grâce et de

miséricorde, qui demeureront cachés « aux sages et aux

prudents » de tous les rationalismes. Combien pourtant

d'humbles de cœur, de petits et de pauvres ont trouvé et

trouveront, jusqu'à la fin des temps , le repos pour leurs

âmes, dans la suavité du joug de Jésus-Christ !

34. « Or, continue l'Evangile , un Pharisien , nommé La pécheresse cher le

Simon, invita le Seigneur à manger avec lui. Jésus s'étant pharisien

Simon. Les

rendu dans sa maison, prit place sur le triclinium. En maintes

femmes.

même temps, une pécheresse de la ville, ayant appris qu'il était à table dans la maison du Pharisien, s'y rendit ellemême, portant un vase d'albâtre rempli de parfums. Elle se plaça derrière lui , et commença à arroser de larmes les pieds de Jésus ; elle les essuyait avec les cheveux de sa tête, les baisant avec respect, et les oignant d'une huile parfumée. Le Pharisien, l'ayant vue, disait en son cœur : Si cet homme était un Prophète, il saurait quelle est la femme dont il souffre le contact, il n'ignorerait pas que c'est une pécheresse. — Jésus prenant la parole : Simon, dit-il, j'ai une question à vous faire. — Maître , parlez, répondit le Pharisien. — Un créancier avait deux débiteurs : l'un devait cinq cents deniers, et l'autre cinquante. Comme ils n'avaient ni l'un ni l'autre le moyen de s'acquitter, le créancier leur fit à tous deux remise de la dette. Quel est celui qui aura le plus d'amour pour le généreux créancier? — Simon répondit : J'estime que ce sera le débiteur auquel il a remis la dette la plus considérable. — Vous avez

78 iiistoihe de notre-seigneur jésus-ciirist.

bien jugé, dit Jésus. — Se tournant alors du côté de la pécheresse, il dit à Simon : Yoyez-vous celle femme ? Je suis entré dans votre maison, et vous ne m'avez pas donné d'eau pour me laver les pieds, mais celle-ci m'a arrosé les pieds de ses larmes , cl les a essuyés avec ses cheveux. Vous ne m'avez [)oiiil donné le baiser de l'hospitalité ; mais celle-ci, depuis qu'elle est entrée, n'a cessé de couvrir mes pieds de baisers; vous n'avez pas versé d'huile sur ma tète , mais celle-ci a répandu des parfums sur mes pieds. C'est pourquoi je vous dis que beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Celui à qui on remet moins, a moins d'amour. — S'adressant alors à la femme, il lui dit : Vos péchés vous sont remis. — Les convives se disaient en (iux-nièmcs : Quel est donc cet homme qui prétend remettre les péchés ? — Et Jésus dit encore à la femme : Votre foi vous a sauvée. Allez en paix ». — Depuis lors, quand Jésus parcourait les cités et les bourgades, prêchant cl évangélisant le royaume de Dieu , en compagnie des douze, quelques femmes qu'il avait guéries de leurs infirmités et dont il avait chassé l'esprit du mal le suivaient : entre autres, Marie surnommée Magdeleine, délivrée de sept démons; Jeanne, épouse de Chusaï, intendant d'ilérode; Suzanne, et plusieurs autres qui le servaient et pourvoyaient à ses besoins par leurs richesses*. »

' Luc, VII, 30 ad iiltim. — * Luc, viii, 1-3.

35. Le nom de la pécheresse qui reçut l'absolution du di- ifîentité de

la pécheresse

"vin Maître, dans la maison du Pharisien, n'est pas positive- "^^ ''J^^^ngiie

^ ■•• avec Marie

ment inscrit au texte de saint Luc, qu'on vient de lire. lise ^^^s^^'«^'°«laisse pourtant assez clairement entrevoir, dans le rapprochement établi par i'Evangéliste entre l'épisode du repas chez Simon, et la mention des femmes dévouées qui suivirent, dès lors, Notre-Seigneur Jésus-Christ dans ses voyages. Marie-Magdeleine y est nommée la première , avec cette particularité significative que le Sauveur l'avait délivrée de sept démons, c'est-à-dire, selon la pensée de saint Grégoire le Grand, l'avait arrachée à l'empire des habitudes vicieuses, dans lesquelles la pécheresse avait vécu jusque-là. On conçoit cependant que cette induction ne serait ni assez précise, ni assez rigoureuse, pour établir seule l'identité de la pécheresse et de Marie-Magdeleine. Mais l'Evangile de saint Jean contient une désignation beaucoup plus explicite. «Marie, sœur de Marthe et de Lazare, dit-il, était celte femme, qui avait répandu des parfums sur le Seigneur, et lui avait essuyé les pieds de ses cheveux K » Le nom de la pécheresse, passé sous silence dans le récit de saint Luc, se trouve donc indiqué par saint Jean. La pécheresse était Marie, sœur de Marthe et de Lazare. Or, Marie, la pécheresse, sœur de Marthe et de Lazare, est bien réellement Marie-Magdeleine, car l'évangéliste saint Marc s'exprime ainsi : n Jésus étant ressuscité le matin, le pre- Moan., XI, i.

mici* jour de la semaine, il apparut d'abord à Marie-Magdcleine, de laquelle il avait chassé sept démons ^. » Voilà, dans leur ordre logique , les données empruntées au texte même des Evangiles, qui établissent nettement l'identité de la pécheresse avec Marie-Magdeleine. Cette exégèse a pour elle ruiianimité morale de la tradilion grecque et latine, qui la confirme. Ici, il faut bien comprendre la valeur de la tradition dans l'Eglise. En dehors du caractère d'autorité divine que l'Eglise tient de la promesse formulée par Notre-Seigneur, quand il dit : « Yoilà que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles, w la tradition catholique, au seul point de vue de la critique humaine , a une portée immense. L'Eglise ne fut pas , comme Tnislitution mosaïque, fondée sur l'explication d'un texte écrit ; elle procéda d'un enseignement oral. « Allez, dit Jésus-Christ, enseignez les nations, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai recommandé moi-même. » Toute la vitahté de l'Eglise catholique est dans ces paroles. L'Eglise, dépositaire de l'enseignement oral du divin Maître , le transmet par la tradition. La tradition, c'est l'Eglise même. Or, dans une société ainsi constituée, supposer que, pendant dix-huit siècles, l'unanimité des Pères et des Docteurs , l'autorité souveraine du successeur de saint Pierre, chargé de confir-

' M;irc, XVI, 9. Voir le développement complet de la question, et la dûrnoiislialion du fait portée jusqu'à l'évidence dans l'ouvrage de M. Faillon, intitulé : Monuments inéditssur l'aposlolat de sainte Marie- Magdeleine, toiu. I, paf,'. 1-336.

mer ses frères dans la foi, ont pu se tromper sur un point de fait concernant l'histoire évaugélique elle-même , c'est non-seulement une hérésie au point de vue théologique, mais c'est l'oubli le plus complet de toutes les lois du sens commun. Saint Pierre et les Apôtres savaient-ils le nom de la pécheresse de l'Evangile? Oui, certainement. L'ont-ils appris à leurs successeurs et à leurs disciples? On n'en saurait douter, puisque Tertullien, écrivant à Rome, cent ans après la mort de saint Pierre, nous donne le nom de la pécheresse et l'appelle Marie-Magdeleine. De qui Tertullien, nouvellement converti à la foi chrétienne, avait-il appris ce nom, si ce n'est des successeurs des Apôtres? Et si vous objectez que Tertullien inventait une exphcation de l'Evangile sans racine dans la tradition ni l'histoire, n'ayant d'autre tradition que la sienne propre, vous vous trouvez en face de cette difficulté insurmontable, savoir, que le jour où le génie de Tertullien, égaré par les prétentions de l'orgueil individuel, vint à soutenir une doctrine contraire à la tradition apostolique, Tertullien, malgré le prestige de son nom et d'un talent immense, fut, à l'instant même, exclu de la communion catholique. Pourquoi, d'ailleurs, Clément d'Alexandrie, Ammonius, Eusèbe de Césarée, ces docteurs de l'Eglise grecque, enseignent-ils exactement comme Tertullien, que la pécheresse de l'Evangile était Marie-Ma^deleine ? Pourquoi saint Augustin, saint Jérôme, tous les Pères de l'Eglise latine, jusqu'à saint Bernard, tienn. 6

82 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUi-CIlUIST.

Denl-ils le même langage? Quoi! on admet, en histoire, des traditions de famille et de nationalité; on compte sérieusement avec les renseignements transmis de génération en génération, au sein d'une race royale, et l'on voudrait que l'Eglise catholique, fondée sur la tradition, perpétuée par la tradition, et offrant le spectacle unique, dans les annales du monde, d'une chaîne non interrompue, à travers les âges, de témoignages identiques; on voudrait, au nom de la raison et du sens commun, écarter à priori l'enseignement de la tradition dans l'Eghse ! Encore une fois, la logique la plus vulgaire est d'accord avecla théologie, pour flétrir un pareil abus de la raison humaine. Nous disons donc avec l'Eglise, mère et maîtresse de toutes les autres, que kl pécheresse et Marie-Magdeleine ne sont pas deux personnalités distinctes, dans l'histoire évangélique. L'apoire saint Pierre, mort pour la foi de Jésus-Christ, n'a pu induire en erreur les fidèles de Rome sur un fait dont il avait été témoin. L'évangéliste saint Jean , l'apôtre de l'Asie, n'a pu implanter, au sein de l'EgUse grecque, une tradition erronée sur un point aussi facile à éclaircir que celui d'un nom propre. Et quand le double courant de la tradition grecque et latine se réunit pour attester la même vérité et confirmer le même enseignement, qui osera donc s'inscrire en faux contre un pareil témoignage, au nom de je ne sais quelle animosité de parti pris ou de prétention de secte? Il n'y a pas longtemps encore que , sur la terre de

France, on avait la prétention de contrôler ainsi, avec une lamentable indépendance, l'enseignement de l'Eglise romaine *. On se permettait, sur la foi de quelques critiques exagérés , d'effacer de la liturgie sainte des noms qui déplaisaient ou des dates qu'on répudiait. Le nom de Marie- Magdeleine disparut, de la sorte, d'une prose fameuse. On le remplaça par la désignation vague de pécheresse ^, et l'on crut avoir à jamais éteint la vérité traditionnelle. Comme si la tradition de l'Eglise universelle, les promesses dlnfaillibilité doctrinale données à Pierre et à ses successeurs , eussent été transportées tout à coup , aux xvii* et xviii^ siècles, sur la tête de quelques novateurs hostiles à l'autorité de l'Eglise et à celle des Papes.

36. Au sortir de la maison du Pharisien, continue l'E- Ga^mon du

démoniaque

vangéliste, « on amena à Jésus un muet, qui était possédé qui était

muet. Parabole du fort armé.

ni importe cependant de ne pas laisser ignorer que le 1" décembre io2t, la faculté de théologie de Paris protesta, à l'unanimité de ses membres, contre les tendances des novateurs au sujet de Marie-Magdeleine. On peut lire cette protestation sous le titre de : Déterminât io sacrœ Facultatis Theologiœ Parisiensis de unicà Magdalena, Faillon, Monum. inédits^ tom, I, pag. 226-230.

2 Qui Mariam absolvisti, Et latronem exaudUti, Mihi quoqiie spem dedisti.

Prose rom. de Y Office des Morts,

Les liturgies gallicanes du xvni^ siècle supprimèrent le nom de Marie, au premier \erset, et le remplacèrent ainsi :

Peccatricem absolvisti.

8i HISTOIRE DE NOTBE-SEIGNEUR JÉSIS-CIIRIST.

du lU'mon. Jésus chassa le démoa , et le muet parla. A la vue de ce prodige, la foule daus rélonnemeut s'écria : N'est-ce pas là le Fils de David ? — Cependant les Pharisiens et les Scrihes qui le suivaient depuis Jérusalem , dirent : C'est par la vertu de Béehéhuh, prince des démons, que cet homme chasse les esprits du mal. — D'autres, pour le tenter, lui demandaient un signe dans le ciel. Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera détruit ; toute maison divisée^contre ellemême tombera en ruines. Si donc Satan est divisé contre lui-même, son empire pourrait-il subsister? Comment donc pouvez-vous dire que c'est par Béclzébub que je chasse les démons? Et si c'était par la vertu de Béclzébub, par qui donc vos propres enfants, mes disciples, les chassent-ils ? Aussi, ils seront eux-mêmes vos juges. Comme c'est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, il est dùii'" certain i[ue le royaume de Dieu est venu à vous. Quand le fort armé garde le vestibule de sa demeure, tout ce qu'il possède est en sûreté. Mais s'il survient un plus puissant que lui, qui triomphe de sa résistance, il s'emparera des armes dans lesquelles le vaincu mettait sa confiance, et distribuera les dépouilles à ses compagnons. Celui qui n'est pas avec moi est contre moi ; celui qui n'amasse pas avec moi, dissipe ses épargnes. Lorsque l'esprit immonde est sorti d'un homme , il s'enfonce dans la solitude, cherchant un lieu de repos ; et n'eu trouvant point, il

CHAP. VI. — EXCURSIOiN EN GALILÉE. 85

dit: Je reviendrai à ma première demeure. Mais, en arrivant, il la trouve nettoyée et parée. Alors il va prendre sept autres esprits, plus méchants que lui-même, et rentrant dans cette maison, ils y établissent leur séjour et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. — Pendant qu'il parlait ainsi, une femme , élevant la voix du milieu de la foule, s'écria : Bienheureuses les entrailles qui vous ont porté, et la mère qui vous a nourri de son lait ! — Mais Jésus reprit : Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et la mettent en pratique* ! y>

37. Dans la parabole du fort arnné qui veille à la sécurité La lutte de ses domaines, tous les assistants , familiarisés avec les lacamé et

Satan , le

idées et les doctrines juives , comprirent parfaitement que p^mce du

monde.

Jésus annonçait la grande défaite de l'empire de Satan. Depuis la chute originelle, le prince du mal régnait sur le monde. Le Yerbe incarné vient détruire cette tyrannie séculaire ; il distribuera les dépouilles du paganisme vaincu à ses disciples, et l'humanité régénérée se décorera, sous l'influence chrétienne, de merveilles de sainteté et de vertus inconnues au paganisme. Mais l'humanité restera libre de répudier les bienfaits de la Rédemption, et de redemander la servitude de Satan. Alors elle retombera dans une dégradation plus effrayante que la première. Le rationalisme ne paraît pas soupçonner cette vérité terrible, dont la réalisation absolue serait la mort de nos sociétés mo- 1 Matth., XII, 22-31 ; Marc, m, 23-28; Luc, xi, 14-26.

dernes. S'esl-il jamais interrogé lui-même pour se demander s'il ne serait point par hasard l'auxiliaire que le génie du mal, vaincu par Jésus-Christ , appelle à son aide pour reconquérir son domaine perdu ? La question vaut cependant la peine d'être posée, au milieu de nos agitations perpétuelles, de nos décadences morales et de l'abaissement universel. Le règne de Jésus-Christ et le règne de Satan sont en présence. L'expérience des bienfaits de l'un et des désastres de l'autre a été faite. Plaise à Dieu qu'enfin , lassée de tant d'erreurs, de bouleversements stériles et de révolutions sans fin, l'humanité s'écrie avec Jésus : « Heureux ceux qui entendent la parole de Dieu , et la gardent comme le plus précieux des trésors ! » Le signe 38. K Cependant, continue l'Evangile, la foule s'était ac-

de Jonas.

Prédiction de cruc aulour de Jésus. Les Scribes et les Pharisiens redouta mort et

de} la résur- }5iaient Icurs iustanccs. Maître, disaient-ils, nous voulons

rection du

l'homme ^^^^ ^^" sigUB daus Ic cicl ' . — Il dit alors : Cette génération est une génération perverse. Elle demande un signe ; il ne lui en sera pas donné d'autre que celui du prophète Jonas. De même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans les entrailles du poisson, ainsi le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre ^ Ce que Jonas fut pour Ninive, le Fils de l'homme le sera pour vous. Au jugement les Ninivites se lèveront pour protester contre cette génération et la condamner , parce qu'eux du moins »Mattli., XII, 3S. — Ulid., 40.

CHAP. Vf. — EXCURSION EN GALILÉE. 87

firent pénitence à la voix de Jonas. Or il y a ici plus que Jonas! La reine de l'Orient se lèvera, au jugement, pour condamner cette génération, parce que cette reine vint des extrémités du inonde pour entendre la sagesse de Salomon. Or il y a ici plus que Salomon ! Quand vous allumez une lampe, vous ne la couvrez point d'un boisseau ; mais vous l'attachez au candélabre pour éclairer ceux qui entrent dans la demeure. La lampe de votre corps c'est votre œil. Si l'œil est sain, tout le corps sera dans la lumière ; si l'œil est vicié, tout le corps sera dans les ténèbres. Prenez donc garde que la lumière qui est en vous ne soit ténèbres. Si vous avez la véritable lumière, sans aucun mélange de ténèbres, alors tout en vous sera lumineux, comme dans la maison où resplendit la clarté de la lampée » Le signe de Jonas, la résurrection de Jésus-Christ ; la lumière évangélique, cette splendeur divine qui a brillé dans les ténèbres de l'ancien monde, sont aujourd'hui des faits éclatants, dont la notoriété est universelle. Cependant le rationalisme actuel se place encore sur le terrain du rationalisme pharisaïque. Il persiste à mettre la lumière sous le boisseau, et à sceller le Dieu ressuscité dans la tombe. Merveilleuse persévérance de l'homme à se tromper soi-même, et à s'envelopper d'une atmosphère de ténèbres palpables et d'illusions mensongères ! Le divin Maître épuisa, pour combattre cette funeste inclination au mal volontairement cherché et iLuc, 29-36.

obslincment main tenu par les consciences coupables, toutes les soUiciliulus d'une miséricorde vraiment maternelle. C'est qu'il voulait ménager l'indépendance du libre arbitre bumain, et donner à sa doctrine, à ses miracles, à sa vie tout entière, assez d'éclat pour convaincre les âmes droites et pures, sans imposer aux esprits obstinés et superbes, une évidence irrésistible qui eut subjugué de prime abord toutes les révoltes de l'intelligence et du cœur. Telle va nous apparaître , dans une série de paraboles, l'économie divine de la Rédemption.

§ VZ. Les paraboles.

Parabole 39. « Quaud Jésus cut quitté la maison, dit l'Evangéliste,

da semeur.

il se trouva environné d'une multitude immense, qui accourait de toutes les villes voisines. Il se rendit aux bords du lac; et, pour écbapper à l'empressement de la foule, il entra dans une barque qui stationnait sur le rivage. S'étant assis, il parlait en paraboles, et enseignait le peuple resté à terre, sur les rives du lac. Ecoutez, dit-il. Le semeur est sorti pour répandre sa semence. A mesure qu'il semait, une partie du grain est tombée sur la voie publique, elle fut foulée aux pieds; les oiseaux du ciel vinrent et la mangèrent. Une autre partie tomba sur un sol pierreux, où la terre n'avait pas une profondeur suftîsante; le grain germa, mais, au premier rayon de soleil, la tige, manquant de sève et n'ayant point de racines, se dessécha.

Une autre partie tomba au milieu des épines , et les épines croissant avec le grain l'étouffèrent. Enfin le reste tomba sur une terre excellente ; le grain germa, la tige grandit et produisit une récolte de trente, de soixante et de cent pour un. — Quand il eut ainsi parlé, il éleva la voix, disant : Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre ! — Or ses disciples, plus rapprochés de lui, lui demandaient : Pourquoi leur parlez-vous en paraboles et quel est le sens de celle-ci? — Jésus leur répondit : A vous il a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux; mais pour les autres, qui sont du dehors, tout doit leur être manifesté en paraboles, afin que, voyant de leurs yeux, ils ne voient point, et qu'entendant de leurs oreilles, ils n'entendent ni ne comprennent point ; de peur qu'ils ne se convertissent, et que leurs péchés ne leur soient pardonnes ^ Car on donnera encore à celui qui possède , et il sera dans l'abondance. Mais à l'indigent on (5tera même le peu qu'il possède. Voilà pourquoi je parle à ces incrédules en paraboles. Ainsi s'accomplit pour eux la prophétie d'Isaïe : Yous entendrez de vos oreilles et vous ne comprendrez point, vous contemplerez de vos yeux, et vous ne verrez point. Le cœur de ce peuple s'est endurci ; ses oreilles ont

* Le sens de celte parabole est suffisamment expliqué par la doctrine relative au [libre arbitre humain, que nous avons eu si souvent l'occasion d'établir. Le jansénisme trouvait, api^ès Luther, dans cette expression, la' justification de la théorie du serf arbitre, de la damnation fatale et de la prédestination absolues de certaines âmes à l'enfer.

90 iiisTomE LE notre-se;gneur jésus-christ.

clé frappées de surdité ; ses yeux se sont fermés à la luniirre, en sorte qu'il ne voit et n'entend rien, qu'il n'a plus l'inlolligence du coeur pour se convertir et recevoir de moi la guérison '. Pour vous, heureux sont vos yeux qui voient, heureuses vos oreilles qui entendent - ! iQterpré- 40. » Nc savcz-vous douc pas, aioula Jésus, le sens de

talion doDDép

pariesau c.'ltc parabolc ? Comment dès lors pourrez-YOus compren-

veur a celle *■ '^ ■"•

parabole, j,.^ j^.^ autrcs ? Ecoulcz douc sa signification. La semence c'est la parole de Dieu. Le semeur c'est le ministre de la parole. Ce qui tombe sur le chemin , est la figure de ces hommes qui entendent la parole et la laissent enlever, dans leur cœur, par le démon qui les empêche de croire et d'obtenir le salut. La semence qui tombe sur la pierre représente la parole accueiUie d'abord avec joie par des hommes inconstants. Ils n'ont point de racines, et changent suivant les occurrences. Que la tribulation survienne , que la persécution s'élève au sujet de la parole , et ils sont vaincus. Leur foi était éphémère ; au temps de l'épreuve, ils se retirent. Le grain qui tombe parmi les épines est la figure de ceux (|ui écoutent la parole; mais les peines de la vie, la sollicitude du siècle, la fascination des richesses, les voluptés, toutes les concupiscences pénètrent dans leur cœur, et étouffent la parole qui demeure sans fruit. Ce qui est semé dans la bonne terre représente ceux qui reçoivent la

* Isa., Yi, 9-10. — 2 Maltli., xiii, 1-16; Marc, iv, 1-13; Luc, viii, 4-8.

parole dans un cœur plein de rectitude et de sincérité ; ils la conservent avec soin et la font fructifier par la persévérance K y> Ainsi disait le Sauveur. C'est pour cela sans doute que le rationalisme moderne, examinant chacune de ses paroles, n'y trouve rien de théologique, ni surtout rien qui ressemble à une doctrine sacerdotale !

41. ce Jésus, reprend l'Evangile, proposa ensuite cette Parabole

de l'ivraie.

autre parabole au peuple : Le royaume des cieux peut se comparer à un laboureur , qui a semé de bon grain dans son champ. Or, pendant que les serviteurs dormaient, l'ennemi vint, sema de l'ivraie au milieu du froment, et s'en alla. Quand les tiges furent poussées et que les épis commencèrent à se former, l'ivraie apparut. Les serviteurs du père de famille vinrent le trouver et lui dirent : Maître, n'avez-vous pas semé de bon grain dans votre champ ? D'oii vient donc cette ivraie ? — C'est l'œuvre de l'homme ennemi, répondit-il. — Les serviteurs reprirent : Laisseznous faire ; nous allons l'arracher. — Non, dit-il. En arrachant l'ivraie , vous déracineriez le froment. Laissez-les croître l'un et l'autre jusqu'à l'époque de la moisson. Quand la saison sera venue, je dirai aux moissonneurs : Arrachez d' abord l'ivraie, liez-la en gerbes pour la brûler. Recueillez ensuite le froment, pour le déposer dans mes greniers -. »

iMatth., xiH, 18-23; Marc, 13-25; Luc, viii, 9-13. — ^ Matth., 24-30.

Parabole 42. u Josus (lisait ciicorc : Il en est du royaume de Dieu

de la

germination, commc du semcur qui a jeté le grain dans le sillon. Après qu'il a semé, il va dormir la nuit , vaquer le jour à ses affaires, et cependant le grain germe, et la tige grandit, sans qu'il sache comment. Car la terre produit d'elle-même son fruit : la tige d'abord , ensuite l'épi et enfin le froment qui en remplit les cellules. Quand la maturité est venue, on met la faucille dans le champ, c'est l'époque de la moisson '. »

Parabole 43. « A quoi comparerai-je encore le royaume de Dieu ?

du grain de

sénevé. gQjjg quelle autre image vous le représenter ? Le royaume des cieux est semblable au grain de sénevé que prend le laboureur pour le semer dans son champ. C'est la plus petite des graines, et cependant lorsqu'elle a germé, elle s'élève au-dessus des autres plantes cultivées; elle devient un arbre, étend au loin ses branches, et les oiseaux du ciel abritent leurs nids sous ses rameaux *. »

Parabole 44. « Lc l'ovaumc des cieux est semblable au levain

da levain, du

trésor caché, qu'unc fcmuie mêle dans trois mesures de farine , jusqu'à

de la perle

et du filet, ce que toute la pâte ait fermenté. — Il est semblable au trésor caché dans un champ. L'homme qui l'a découvert, en garde le secret, il se hâte de vendre tout ce qu'il possède, et achète le champ précieux. — Il est semblable au trafiquant, qui cherche de vraies perles. Il en trouve une de grand prix, et vend tout ce qu'il a pour en faire l'acqui- »Marc, IV, 26-29. — *Matth., xiii, 31-32; Marc, iv, 30-32.

CHAP. Vr. — LES PARABOLES. 93

sition. — Ou bien encore il est semblable au filet qu'on jette à la mer, et qui capture des poissons de toute espèce. Quand il est rempli, les pêcheurs le tirent sur la rive , ils s'asseoient et procèdent au triage des poissons, conservant les bons dans leurs jarres, et rejetant les mauvais. Il en sera de même , à la consommation des siècles. Les Anges viendront, et sépareront les méchants d'avec les justes, pour les précipiter dans la fournaise ardente. Là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. Comprenez-vous ces choses? — Oui, Seigneur, répondirent-ils. — Il reprit alors : C'est ainsi que tout docteur, possédant la science du royaume des cieux, doit imiter le père de famille, qui tire de son trésor, suivant les convenances de l'hospitalité, des provisions anciennes ou nouvelles ' . »

45. « Telles furent les nombreuses paraboles que Jésus caractère

1 « 1 p 1 • 1 . divin des pa-

adressa a la toute, proportionnant ses discours à l'intelh- raboies. gence des auditeurs. Car il ne parlait au peuple qu'en paraboles, dont il donnait, en particuher, l'interprétation à ses disciples *. Ce fut ainsi qu'ils lui demandèrent : Expliquez-nous le sens de la parabole de l'ivraie semée dans le champ. — Il leur répondit : Le maître qui sème le bon grain, c'est le Fils de l'homme. Son champ est le monde; La bonne semence représente les enfants du royaume ; et l'ivraie, les fils de l'iniquité. L'homme ennemi qui sème l'ivraie, c'est le démon. L'époque de la moisson sera la 1 Mattli., XIII, 44-32. — '- Marc, iv, 33-34.

consommation des siècles. Les moissonneurs sont les Anges. Ce qui a lieu pour l'ivraie qu'on arrache, afin de la jeter au feu , se produira à la consommation des siècles. Le Fils de l'homme enverra ses Anges; ils rassembleront tous les auteurs de scandale, tous les artisans d'iniquité, elles précipiteront dans la fournaise de feu , dans la région des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes, radieux comme le soleil, brilleront au royaume de leur Père *. 15 — La prophétie et la doctrine s'unissent dans ces similitudes, prononcées sur le lac de Tibériade, à la hauteur de la pensée et à la simplicité du langage. Jamais un homme n'a parlé ainsi. Le grain de sénevé de la prédication évangélique n'est-il pas devenu l'arbre immense de l'Eglise où les âmes trouvent un abri depuis vingt siècles? Et qu'on veuille noter en passant cette particularité significative , qui donne à la parabole comme un cachet d'origine. Le sénevé, dans nos contrées, n'atteint pas même les proportions du plus faible arbuste. Mais dans les climats chauds, comme en Judée, et même en Espagne, ses rameaux se développent avec une vigueur inconnue chez nous. Les campagnes que parcourait le Sauveur en étaient couvertes. On sait que le sénevé d'Egypte avait une réputation spéciale chez les anciens. Les Galiléens, profitant des avantages d'un terrain arrosé par les eaux du lac, avaient introduit cette culture rémunératrice dans leur pays. Tous

' Matth., XIII, 3C-i3.

les autres termes de comparaison, employés par le divin Maître dans ses paraboles, sont, de même, empruntés aux objets avec lesquels ses auditeurs étaient le plus familiarisés. Les filets des pêcheurs, le levain qui communique la fermentation à la pâte étaient d'un usage quotidien. Les rivalités et les haines locales se traduisaient, chez les Galiléens, par un acte de vengeance criminelle. On semait d'ivraie le champ d'un ennemi, à la faveur des ténèbres, ou même à l'heure la plus chaude de la journée , quand le travail était forcément interrompu. Le divin Maître fait allusion à cette lâche et perfide coutume, il développe, à l'aide de cette comparaison, l'admirable économie de la Providence dans le gouvernement du monde. A une époque où les relations sociales étaient sans cesse troublées, d'un côté par les invasions de Rome et la cupidité des proconsuls 3 de l'autre, par les incursions des Arabes, c'était chose commune d'enfouir ses trésors, pour les mettre à l'abri de l'avidité du fisc et des chances de la guerre. La mort, la captivité, l'exil, tous les incidents d'une vie sans cesse menacée faisaient disparaître le dépositaire. La parabole du trésor caché était ainsi d'une application fréquente, dans les mœurs de ce temps. Mais Jésus élève la pensée de ses auditeurs vers un trésor plus précieux mille fois : celui de la vérité, de la vie surnaturelle, et du salut par l'Evangile. Enfin , les routes de la Galilée étaient sans cesse traversées par les caravanes qui allaient chercher en Orient les perles

dont se paraient les matrones romaines. Et le Sauveur parle aux Juifs lie la perle inestimable, dont la possession assure la félicite éternelle.

Lîicmpjto 46. En se rendant au l>ord du lac, où il adressa ces pa-

apaticesur le

loc de raboles à la foule, « Jésus, reprend saint I^uc , avait dit

Tibériade. } ' i. i

aux disciples : Allons à la mer de Galilée pour passer sur l'aulrc rive. — Comme ils étaient en chemin un Scribe vint à lui, en disant : Maître, je vous suivrai partout où vous irez. — Jésus lui répondit : Les renards ont une tanière, et les oiseaux du ciel leurs nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tète. — Un autre qui était parmi les disciples lui dit : Seigneur, permettez-moi d'aller fermer les yeux de mon père, et lui donner la sépulture. — Jésus lui répondit : Suivez-moi , laissez les morts ensevelir leurs morts. — Un troisième dit enfin : Seigneur, je vous suivrai, mais permettez-moi d'aller auparavant prendre congé de ma famille. — Jésus lui dit: Quiconque, mettant la main à la charrue, regarde en arrière, n'est point fait pour le royaume de Dieu *. » La pauvreté courageusement embrassée, le détachement des préoccupations domestiques et des intérêts de famille, telles sont encore les conditions de l'apostolat. Cet héroïsme est devenu dans l'Eglise un phénomène si orthnaire qu'on ne le remarque plus. En est-il moins surnaturel, et sa permanence le rend-elle moins miraculeux ? « Lorsque le soir fut venu, continue l'Evangile, 'Mutth., -Mil, 18-21; Luc, ix, o7-G2.

Jésus dit à ses disciples : Passons de l'autre côté du lac. — Ceux-ci , ayant donc congédié la foule, mirent aussitôt la barque en mouvement , sans que Jésus quittât la place oii il s'était assis. D'autres embarcations les suivaient. Pendant la navigation, Jésus s'endormit. Et voici qu'un coup de vent se précipita sur le lac et en souleva les ondes. Le flot envahissait le navire^ au point de le couvrir lout entier. La barque était remplie d'eau, et l'on était en péril. Cependant, Jésus dormait, à la poupe, la tête appuyée sur un coussin. Ses disciples, s'approchant de lui, l'éveillèrent et lui dirent ; Seigneur, sauvez-nous, nous périssons. Notre vie vous inquiète-t-elle si peu? — Hommes de peu de foi, répondit-il, pourquoi ètes-vous si timides? — Se levant alors, il commanda aux vents et à la tempête. Il dit à la mer : Tais-toi et rentre dans le calme. — Aussitôt, le vent cessa, et une grande tranquillité régna sur les flots. Alors Jésus dit à ses disciples : D'où viennent vos frayeurs? N'avez-vous pas encore la foi? — Cependant ils étaient pleins d'admiration, et l'effroi les dominait; ils se disaient l'un à l'autre : Que pensez-vous que soit cet homme ? Il commande à la mer et aux vents ; et les vents et la mer lui obéissent ^ ! » — « Ce fut ainsi qu'ils traversèrent le lac et abordèrent sur l'autre rive, dans la contrée des Géraséniens, située en face de la Galilée ^ »

*Matth., viii, 23-28; Marc, iv, 35 ad ultim.; Luc, vm, 22-2o. — ' Marc , V, 1 .

sociales.

98 HISTOIRE DE NOTRE-SEIGNEUR JKSUS-CIIRIST.

La barque 47. La voix qui commauclait aux vents, sur le lac de TifeVtet'p'tes bériadc , u'a cessé de dominer les orages politiques et les tempêtes sociales. 11 est une barque qui traverse, depuis dix-neuf siècles, les flots changeants des générations humaines. Elle porte Jésus et sa doctrine. Les successeurs des bateliers Galiléens en sont les pilotes et les matelots. Parfois le vent s'élève en tourbillons furieux ; toutes les passions déchaînées agitent le frêle esquif; la nuit se ^'ait profonde dans les consciences, et l'on n'aperçoit plus, à la lueur des éclairs sinistres, que la cime écumante des vagues prêtes à submerger le navire. La terreur glace tous les courages; des cris de détresse répondent seuls au bruit de la tourmente, et cependant Jésus dort. — Quoi, Seigneur, ! lui disent encore les timides. Est-ce ainsi que vous prenez souci de notre vie? L'orage a déjà emporté les voiles et les cordages; nous ne sommes plus qu'une épave flottante. Un dernier effort de la tempête va tout engloutir à jamais ! — Que de fois n'a-t-on pas redit ces paroles de la défaillance et de la pusillanimité ! Ce n'est point là ce qu'attend le Maître. 11 attend qu'on « s'approche de lui, » comme autrefois les disciples. 11 attend la prièrehumble et confiante des âmes fidèles. Il se réveille alors, et se lève, dans sa majesté divine, sur la poupe du navire battu par les flots. Il commande aux événements et aux hommes ; « Taisez-vous, rentrez dans le calme, » dit-il aux passions révoltées. Et aussitôt le vent s'apaise, et la tranquillité la plus complète règne sur l'Océan humain.

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