Inventaire de Clairlieu, H
7. Voir les diverses vues dessinées par Cayon, Bibliothèque du Musée lorrain, ms. n<> i4o. Exeur* sien à Cltùrlieurlès-Nancy , abbaye ducale, en compagnie avec M. tabbé Marchai, curé (THeillecourtt Juillet j838' Le plan que nous publions est assez médiocre mais il a une certaine importance comme document ; il date du xvui« siècle.
IIISTOIRK t)E NA.M-.V.
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LES RUINES DE CLAIRLIEU. lOg
lislent encore. Derrière le jardin se dressait l'église romane, en fortes pierres de taille. Elle Tonnait une croix latine et comprenait trois nefs. Le chœur était adossé au bois, du cAté de l'est, el aujourd'hui son emplacement est couvert de broussailles. Tout l'édifice passait pour l'un des plus beaux ivpes du style du xn' siècle en nos régions, et quelques restes, tronçons de colonnes, chapiteaux, éclats de corniches, attestent encore son antique splendeur. On montrait à l'intérieur, outre le tombeau de Mathieu I*' el de Benhe de Souabe, les monuments funéraires de personnages illustres: des Luxembourg, des Fléville, des d'Haussonville, des Châtelel, desWidranges. On V admirait quelques peintures murales d'assez fraîche date, racontant les
"Hgines légendaires du monastère, et des tableaux représentant les deux testaments de façon symbolique el la circoncision de Notre-Seigncur'. Le clotlre attenait à l'église directement du côté sud. Le principal corps de Ntiment était perpendiculaire k cette étjlis<^ Mais au wni* siècle il se trouvait "1 fort mauvais état. Derrière, s'étendaient le verger des moines et un vaste 'X'is.Un immense mur qui subsiste encore en pariie entourait toutes ces posassions. Un peu plus loin sur le chemin, le vieux puits du couvent reste toujours debout'. De l'autre côté de la roule, à gauche, l'on remui-quait un étang Qont les eaux toujoiu^ abondantes se perdent dans la fur(*t de Haye. Il renfermait les poissons destinés à figurer sur la table du couvent aux jours maigres ^< nombreux au moyen âge. Près de là, au bord du chemin, se dressait la ferme lue les religieux louaient; sur la hauteur dominant l'étang s'élevait un autre ■•itiinent d'exploitation. A notre épiHjue, ces anciens hâtirncnis ont été nio-
l'I^Wr]■dcllc^i|>lioadél■iltce de l'égli^<e, viùr Liu: ^P*iM< tunéralrci. Voir auBiJ le procrï-vrrbal rait'< ""mait. dans les M.S. À. L., 1887, p. iSs). Au .Mus
'- Voir U pholoijrapliie prise par M. Goury.
lois, I. 1, p. Iii6-G3l>.0ny InMiveraterelevédesins 11791 parl'»r.-!iileclel'oirol(LEPAoe, /,7/OWrff/. e lorraia, l'on a consrrré une colonnP de celte églitt
no ■ HISTOIRE DE NANCY.
difiés et d'autres sont venus s'y ajouter. Mais, après la Révolution, l'église avec ses monuments et le clottre ont disparu à jamais. En 1849, un historien pouvait écrire : « Au lieu d'une splcndide abbaye, riche de souvenirs, l'archéologue déconcerté ne trouve à Clairlieu qu'une ferme escarpée, un groupe de cht»tives maisons et des monceaux de ruines '. » Aujourd'hui les ruines ellesm<^mes ont disparu. Etiam periere ruinœ!
Au XVI* siècle, la décadence de l'abbaye commença. Une bande de protestants la pilla en iSôy et força les moines de s'enfuir pendant quelques jours^ La mise en commende fut un mal plus profond. Les abbés commendataires, Henri de Haraucourt, Anne et René du Ghâtelet, Charles de Lorraine, fils du duc Charles IIU, conservèrent pour eux les plus beaux revenus de l'abbaye, les dépensèrent à leur gré et souvent aliénèrent les biens eux-mêmes. Les religieux durent se contenter de ce que les abbés voulaient bien leur laisser, et ils eurent peine à subsister. Nous avons vu comment Charles de Lorraine livra à son père les Grands-Moulins de Nancy : bientôt il décida que la mense abbatiale serait unie à la Primatiale de Nancy qu'il venait de créer ; il garda les biens de cette mense, non plus comme abbé de Clairlieu, mais comme primat, et il les incorpora pour l'avenir à la nouvelle dignité. Clairlieu était dès lors découronné. En échange, on permit aux religieux d'élire de nouveau librement un abbé qui vivrait avec eux sur leurs maigres revenus ; cet abbé pouvait, lors de son arrivée à Nancy, prendre place dans les stalles du chapitre primatial ; il présentait à l'un des canonicats de cette Primatiale, qui prit le nom de canonicat de Clairlieu^. Mais combien de fois ces clauses furent violées ! Les abbés élus par les moines ne furent pas reconnus par les gouvernements, soit lorrain, soit français, qui en nommèrent d'autres de leur propre autorité 5. Les abbés, la plupart roturiers, jouissaient d'une médiocre estime auprès des chanoines nobles de la Primatiale ; et, en cas de vacance
1. J. BoNNAiRE, Les Ruine* de Clairlieu (M, S. A. L., t. I, p. 35). Nous lisons dans la Grande Encyclopédie, à rarticle Clairlieu, ces mots surprenants : « L*église, qui subsiste encore aujourd'hui, peut être considérée comme la plus vaste et la plus remarquable des églises rurales du département. // se trouvait également près de là un magnifique château de plaisance des ducs de Lorraine, •
2. Inventaire de l'abbaye. Le seigneur de Maron confisqua les porcs de l'abbaye qui erraient çà et là et il fallut un ordre de Charles III pour le contraindre à les rendre.
3. Sur ces abbés, voir Lepage, L'Hôtel de la Monnaie (AT. S. A. L., 1887, p. ii3).
4. Nous reviendrons sur ces faits dans notre chapitre sur la création de la Primatiale.
5. Sur ces élections, voir H, ^Sa. A Pierre Chariot, nommé en 1G82 par les religieux comme coadjuteur de dom Claude Bichet, le roi de France qui occupait la Lorraine voulut substituer le pènr François Élie, prêtre de l'Oratoire; il y eut à ce sujet procès. Voir \t factum des religieux, Bibl. de Rancy, Catalogue, no 6899. Le roi, irrité de cette résistance, usa d'un procédé sommaire. Il fit arrêter, en 1686, Pierre Chariot et le jeta dans la prison de la Monnaie (là où est aujourd'hui l'école Saint- Léopold). Le roi nomma de sa propre autorité, à la mort de dom Bichet en 1689, dom Bonnet, qui fut du reste expulsé au retour de Léopold. — En 1738, à la mort de dom Pancheron, Stanislas donna de sa propre autorité l'abbaye à un Polonais, dom Melchior de Gurouski. Celui-ci retourna eo 17O8 en Pologne, et Louis XV conféra, le ai août, l'abbaye à dom Haboury, prieur de Ghailly, au diocèse de Senlis, qui obtint des bulles du pape au mois de septembre, et, le 4 février 1769, arrêt de la Cour souveraine lui permettant de prendre possession du temporel. A ce moment, les religieux réclamaient leur droit d'élection ; ils firent opposition à l'arrêt de la Cour et firent imprimer un placard, auquel dom Haboury répondit longuement, in-4* de 138 pages {o9 C898 du Catalogue de Pavier). Haboury fut le dernier abbé de Clairlieu.
l'imprimerie de CLAIRLIEU. I I I
du canonicat de Clairlieu, il y avait toujours quelque motif pour les empocher d'exercer leur droit de présentation'. La création de la Primatiale de Nancy porta à l'abbaye de Clairlieu une grave atteinte.
Au début, elle essaya de résister et même, sous le gouvernement de dom Jean Martin, elle fit des efforts sérieux pour se donner une organisation nouvelle. Pour augmenter ses ressources, elle fonda une imprimerie qui fut surveillée par un moine, prœfectus iypographiœ^^ et dirigée par un certain Jean Savine. Où cette imprimerie fut-elle en réalité établie ? Dans la solitude de Clairlieu ? On pourrait le croire, si Ton prenait à la lettre la date de lieu : Clarilociad Nanceiunty qui figure sur ses premiers produits. Mais il n'y a là, ce nous semble, qu'une fiction. Le 27 mai 1606, Jean Savine signe l'acte par lequel René du Châtelet, ancien abbé commendataire, rentré dans le siècle et devenu seigneur de Gerbéviller et de Béviller', s'engage à évacuer l'hôtel de Clairlieu à Nancy*. Si l'on songe qu'en 1606 a paru la première plaquette signée de Jean Savine, il est permis de supposer qu'il a installé son imprimerie dans cet hôtel, après le départ de René du Châtelet. La première œuvre publiée par lui fut une biographie de saint Bernard, fondateur de Tordre de Cîteaux^. Il donna ensuite (1608) une relation de l'entrée à Nancy de Marguerite de Gonzague^, seconde femme de Henri, duc de Bar, le futur duc Henri II. Après la mort de Charles III, il publia un poème sur la vie et les vertus de ce prince 7; il imprima la relation de Claude de la Ruelle sur l'enterrement du feu duc, relation qui, ensuite un peu modifiée, fut jointe par les imprimeurs Biaise André et Jacob (iarnicli aux magnifiques planches de Brentel*. Après avoir réimprimé la vie de saint Bernard (1609)9, il renonça à la fiction et data de Nancy, hôtel de Clairlieu, le récit de l'entrée qu'aurait dû faire le duc Henri II en sa capitale, le 20 avril 1610'°. Quelque temps après, il cessa son industrie et nous trouvons ses caractères, qui par leur beauté rappellent presque ceux des Elzévier, employés par un typographe de Saint-Nicolas-de-Port^*. Cette tentative faite par Tabbaye de créer
I. Lepage, VHàitl lie la Monnaie (M. S. À. /.., 1887, pp. ii^-ii5).
a. En lèlc du premier ouvrage imprimé, se trouve une préface latine du prse/ectus Clari-locensis typographiœ.
3. Sur ce persomiage, Dom Calmet, Histoire de la maison du Châtelet, p. 96.
4. L'acte est indiqué dans l'inventaire de l'abbaye, II, /jGo, p. ii4.
5. Vita et miracula Sancti Bernardi. Petit in-80 de 36 folios. Pour une description détaillée, voir Beaupré, Recherches, p. a38.
6. Qiue sani ad XVII Cal. Jal. An. M. DC. VI honoris ergo exhilibitaq. (sic) ad ve niante primuni ad urbeni Nanceiurn Sereniss. Margarita. (Ibid., p. 23y.)