‹ Histoire de NancyChapitre 108 sur 642 · ÉTAT DE NANCY EN I 2 1 8. I I · texte numérisé non relu

ÉTAT DE NANCY EN I 2 1 8. I I

Sa disparition définitive fut un fait de minime importance, à tel point elle était déchue de sa gloire d*autrefois !

Nous avons suivi jusqu'à la Révolution les destinées des trois maisons religieuses créées aux environs de Nancy à la fin du xi* et au cours du xii* siècle. Mais, avant de clore la première période de l'histoire de Nancy, antérieure à l'incendie de 1218, il importe de réunir en un tableau les renseignements que nous avons recueillis et qui sont épars dans les deux précédents chapitres.

Au xn* siècle, la ville de Nancy était déjà assez prospère. Elle était entourée d'un mur que bordait un fossé profond. Elle porte dans les documents le nom de casirum. Au nord, l'enceinte, à laquelle donnait accès une poterne, traversait, selon toute apparence, le pâté de maisons qui s'étend aujourd'hui entre la rue Saint^Michel et la rue des Etats. Naturellement il n'en demeure plus aucune (race. Nous ignorons quelle était la direction exacte des murs des trois autres côtés ; mais, comme l'on ne nous signale jusqu'au xvi® siècle aucun agrandissement de la ville à l'ouest, au sud et à l'est, il nous est bien permis de supposer que dès l'origine la ville était à peu près limitée par le cours Léopold actuel, la rue de la Pépinière et le côté est de la Grande-Rue. Dans l'intérieur des murs, que franchissait le ruisseau de Boudonville, existait l'église paroissiale dédiée à saint Evrc, l'unique église de la ville ; les moines de Notre-Dame en nommaient le curé. Elle se dressait, selon toute apparence, là où s'élève aujourd'hui le monument de M^^ Trouillet, et bordait une pelite place. De l'autre 'côté de celte place était construit, ce nous semble, le palais des ducs qui sera donné plus tard par Ferri III aux Dames prôcheresses. Dans l'ancienne auberge du Point-du-Jour ou de la Rochelle, on voyait autrefois, nous dit-on, de vastes substructions qui paraissent avoir supporté des dépendances du château ducal'. Dans ce palais, sans doute, se trouvait l'atelier monétaire d'où sont sorties les pièces de Mathieu I*"^ et de Berthe. La ville a aussi un four banal qui était donné en fief par le duc et qui, vraisemblablement, occupait l'extrémité nord de notre rue Saint-Michel, presque contre les remparts. Ce sont tous les détails (jue nous savons sur l'intérieur de Nancy. Au dehors, s'était élevé, contre les murs, un prieuré relevant de l'abbaye de Molesme. Son église, dont le portail nous est conservé, était un curieux édifice du style roman. Près de l'église, les moines s'étaient construit des bâtiments claustraux et un moulin ; près de là aussi se trouvait le cimetière où l'on enterrait les morts de la cité. Sur le chemin qui menait du prieuré au village de Saint^Dizier, avait été élevé un hôpital pour recevoir les pauvres et les malades; il était desservi par les moines du prieuré. Au delà enfin, le village de Saint-Dizier avait sa banlieue propre, son église particulière, dont les religieuses de Bouxières nommaient le curé, et, au loin, sur la mon-

I. LtONifOis, t. I, p. a84< La rue porte aujourd'hui le nom de rue Trouillet.

tagne, l'on apercevait la sainte ahhaye ([ne Ganzelin avait fondée et où la règle religieuse était encore embrassée avec ferveur. D'un autre côté, la Coinmanderie Saint^Tean élevait salour dans les airs, dominant l'étang auquel elle a donné son nom ; des chevaliers juraient dans la petite chapelle voisine de se vouer à la défense du christianisme et par l'épée et parla parole. Enfin, dans une vallée sauvage de la forêt de Haye, de pieux disciples de saint Bernard gagnaient à la culture un terrain couvert de broussailles et chantaient les louanges de Dieu, tandis que les bétes fauves mêlaient leurs hurlements au saint concert. Voilà comment les documents nous autorisent à reconstituer Nancy et ses environs au xn* siècle. Nancy est devenue du reste une capitale : les ducs y habitent souvent et c'est autour du palais que la ville paraît se grouper. Sans passé, sans tradition, elle est une création artificielle des ducs, comme d'autres sont la création d'une abbaye. Elle paratt vivre pour la cour et par la cour. Dès le xu* siècle, Nancy a gardé le caractère qu'elle conserva jusqu'à la Révolution : elle est une résidence. Déjà y habitent de hauts fonctionnaires comme le sénéchal, et une série de nobles qui tiennent des fiefs du roi. La vie du petit duché lorrain se concentre ici, et, au xn* siècle, elle est déjà active, l^ourcjuoi fallait-il que cette prospérité fût tout d'un coup arrêtée par une grande catastrophe ?

APPENDICE AU CHAPITRE IV

Le prétendu siège de Nancy au xii« siècle.

A quelque distance de Bayon, se trouvait au moyen Age un village avec l>an spécial, le village de Montreuil. Los seigneurs de ce village fondèrent sur leur territoire le couvent de Belchanip'; et, en ii3i, un membre appartenant u la famille de ces seigneurs, Albéron de Montreuil, ancien primicier de Metz, fut élevé sur le siège archiépiscopal de Trêves*. L'élection avait été assez irrégulière, et longtemps le roi d'Allemagne, Lothaire de Supplinbourg, hésita à la reconnaître. Il finit pourtant par y consentir et, dans une assemblée tenue à Aix-la-Chapelle, en avril 1182, il donna a Télu Tinvestiture par le sceptre'. Mais aussitôt, Albéron dévoila ses plans, entendant faire restituer h rhglise tous ses droits. Le duc de Lorraine, Simon I*', demi-frère du roi allemand 4, détenait quelques biens ecclésiastiques. Sous ce prétexte, Albéron prononça Texcomumnication contre lui, et comme, le jour de Pâques suivant (10 avril), le prince se présentait dans Taiicienne église de Gharlemagne, le prélat lui intima Tordre de sortir 5, et ce fut un grand scandale. Simon W pourtant finit par se soumettre. Cette mt^me année 1182, le duc et l'archevêque se rencontrèrent k un synode tenu à Thionville, en présence des trois évéques, Etienne de Metz, Henri de Toul et Adalbéron de Verdun, et d'une grande foule de clercs et de laïques. Lh, le duc Simon, du consentement de sa femme Adélaïde et de son fils Mathieu, renonça k toutes les injustes exactions qu'il tirait des hommes de Saint-Dié et aux droits que ses ministériaux levaient sur le village de Coincôurt, dépendance du chapitre^. Devant cet acte de repentir, Albéron leva l'excommunication prononcée contre lui et le réconcilia avec l'Eglise 7.

Tous ces faits nous sont attestés par des documents originaux ou absolument authentiques. Mais d'autres récits sont parvenus jusqu'à nous, qui nous entretien-

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