CHAPITRE V
L'incendie de Nancy (1218).
La ville donnée en douaire aux duchesses de Lorraine.
Nancy sous iNathieu ii (1220-1251).
5 1. Ferri U de Lorraine et le roi d'Allemagne Frédéric II, — Rosheim donnée en gogc au duc. — Brouille entre Frédéric II et le duc Thiébaut 7^. — Krpédition des Lorrains à Rosheim. — Frédéric II fait le siège du château d'Amance. — La comtesse de Chcumpagne et le comte de Bar, alliés de Frédéric II, brûlent Nancy. — Thiébaut contraint de se rendre. — Le traité du i^^ juin 1218. — Mort de Thiébaut.
5 H. Nancy se relève. — Le douaire des duchesses de Lorraine. — Nancy donnée successivement à Agnès de Bar, veuve de Ferri II; Gertrude de Dagsbuurg, veuve de Thiébaut /«; Marguerite de Champagne, veuve de Ferri III.
5 liï. Nancy sous Mathieu II. — Le pont de Malséville. — Le seigneur fUinon de Nancy. — Monnaies du duc frappées à Nancy.
La ville de Nancy, devenue le centre et la capitale du duché de Lorraine, était prospère, lorsque tout î\ coup, en l'année 1218, une grande catastrophe fondit sur elle. Il nous faut reprendre les événements d'un peu plus haut.
En Tannée 1212, le pape Innocent III, l'un des plus grands papes, peut-^tre le plus grand qui ait succédé à saint Pierre, très irrité contre l'empereur Othon IV de Brunswick, lui suscita un compétiteur en la personne du jeune Frédéric, roi de Sicile, petit-fils de Frédéric I**" Barberousse, celui-là même qui, sous le nom de Frédéric II, devait devenir un adversaire si acharné de la papauté. Conduit en quelque sorte par la main du souverain pontife, le jeune Frédéric arriva dans la vallée du Rhin, cherchant à se créer des partisans. Pour cela, il lui fallait de l'argent et, n'en ayant pas, il emprunta. Le duc de Lorraine, Ferri II (i 206-1 21 3), neveu et successeur de Simon II, son parent*, après s'être emparé pour lui de la ville de llaguenau', lui avança 3, 000 marcs
I. Nous ne pensons pas que le frcre de Simon II, Ferri de Bitche, ait été duc de Lorraine. Voir le mémoire concluant du comte de Panok, M, S. A. L., i8ya, p. 5i. Nous appellerons i>ourtant Fcrpi, .<w>n fils, du nom de Ferri II, pour ne pas troubler toute la nomenclature des durs.
a. Berthe, sœur de Frédéric Barberousse, était la grand'mcre du duc Ferri II ; Frédéric BarlwrousKe, le qrand-pcre de Frédéric II ; Ferri et Frédéric cl aient donc cousins issus «le ffermains.
3. HicHKii i»K Sknonks (Pertz, àS'.V., t. \XV, p. 298). Kicher prélefid <pi'il conquit r*»tle vilb» sur un seigneur de Lœmberch.
d'argent et prêta 200 autres marcs à sa cour. Il reçut, le 5 octobre, en garantie pour partie de cette somme la caution d'un certain nombre de partisans du roi Frédéric : Tarchevéque de Mayence, Tévêque deWorms, le comte Poppon de Laufen, le maréchal de cour Anselme de Justingen, le sénéchal Werner de Boland et son frère Philippe, Henri de Cungesberg et le comte Rodolphe de Habsbourg. Pour le surplus, on lui donna en gage la petite ville de Rosheim en Alsace, qui faisait partie de Tantique patrimoine des Hohenstaufen'. A quelque temps de là, Frédéric traversa la Lorraine et eut à Vaucoulcurs une entrevue avec Louis, fils aîné du roi de France Philippe-Auguste (18 novembre)*. Probablement, soit à l'aller, soit au retour, il s'arrêta à Nancy, dans la capitale du duché lorrain.
Cette bonne harmonie entre la Lorraine et Frédéric II cessa, quand le fils de Ferri II, Thiébaut I" (121 3-1220), fut monté sur le trône de Lorraine. Thiébaut se déclara pour l'empereur Othon IV, et l'un de ses contingents lutta contre Philippe-Auguste, l'allié de Frédéric II, à la célèbre journée de Bouvines, i4 juin I2i4^ Puis il eut le grand tort d'inter>^enir dans la grande querelle de succession qui troublait à ce moment le duché voisin de Champagne (12 16). Il prit parti pour l'un des prétendants, Erard de Brienne, qui lui abandonnait quelques terres champenoises et lui fit faire hommage par plusieurs vassaux de la Champagne^. Philippe-Auguste au contraire soutenait l'autre parti, représenté par Blanche de Navarre qui défendait avec vaillance les droits de son fils Thiébaut IV, le futur trouvère. Frédéric II marchait avec son allié; Henri II, comte de Bar, redoutant d'être pris entre le duché de Lorraine et les nouvelles possessions champenoises du duc, se déclara à son tour le champion de Blanche. A ce moment, Frédéric II reprit à Thiébaut la place de Rosheim, et sans doute aussi il confisqua les biens que Gertrude de Dagsbourg avait apportés en dot au Lorrain, notamment le château de Dabo, perché sur son rocher comme un nid d'aigle 5. Plein de colère, Thiébaut leva au début de 1218^ une armée dont il confia le commandement à son
1. Le diplôme publié par Dom Calmet, t. II, Pr., col. h^i. — Huillard-Bréholles, Hisloria diplomaiica Frederici II, 1. 1, p. 222. — Bôiimer-Ficker, Hegesta Imperii, Friedrich II» n» 674. Hichcr dit à tort que Ferri prêta 4»ooo marcs.
2. BoHMER-FicKER, n9 678, Siïremeal à l'aller et au retour, le jeune Frédéric s'arrêta à Toul. — Ed. Wlmœlmann, Philipp von Schivaben and Otto IV von Braunschiveig, t. II, p. 826 et suiv.