‹ Histoire de NancyChapitre 169 sur 642 · Art. i3i et i · texte numérisé non relu

Art. i3i et i

tera aucun préjudice dans Tavenir à son privilège '. Nous avons d'autres exemples de porcs exécutés à Virton en i5i3, à LunéviUe en i554, à Amance en 1569, à Saint-Dié en 1671, à Châtel-sur-Moselle en 1578, à Heillecourt, près de Nancy, en i584, à Nancy même en 1600*.

Ainsi dans les anciennes prescriptions de la charte de Beaumont il faut chercher l'origine de quelques-uns des plus curieux usages observés par les tribunaux de Nancy et de Lorraine. Mais d'assez bonne heure les coutumes barbares de la loi s'adoucirent; les peines pittoresques, humiliantes pour Tamour-propre, furent modifiées. Puis une certaine unité tendit à s'établir dans tout le duché, au lieu de la bigarrure des chartes locales. Les ducs naJurellement hâtèrent ce mouvement vers l'unité. Dès i5o6 et i5o7, les Etats généraux et René II cherchèrent à rédiger des coutumes uniformes pour les trois bailliages de Nancy, des Vosges et d'Epinal. Ces coutumes furent sanctionnées par le duc Antoine en iBig. Cette première rédaction : Les plus principalles et générales coustiimes du duchié de Lorraine^ qui est demeurée manuscrite jusqu'à nos jours 3, ne satisfit pas Charles III. Il la soumit à une commission qui passa dix années à l'amender et à la compléter (i 584-1 594)*; enfin, il fit approuver le nouveau texte par les États, et, en 1596, on l'imprima pour la première fois 5. La même loi est désormais appliquée dans les trois bailliages lorrains. Bar-le-Duc, Saint-Mihiel, le Bassigny et Épinal gardent seuls des coutumes particulières, « les grandes coutumes ». A côté subsistent encore quelques petites coutumes locales : à Marsal, à Blâmont, à la Bresse, au Val-de-Lièvre, à Sainte-Croix et à Sainte-Marie-^ux-Mines^. Les habitants de Nancy sont soumis, depuis i594, aux seules coutumes générales. — Il fallait bien que la ville, capitale du duché, donnât l'exemple et renonçât la première à ses usages particuHers en faveur de l'œuvre de centralisation.

Que Ton considère l'administration de la cité de Nancy, les redevances payées par ses habitants au prince, ou ses plus anciennes coutumes, il faut toujours remonter à la charte de Beaumont, octroyée à la ville par le duc Ferri III en 1266. Sans doute le nom de cette charte n'est plus prononcé dans aucun document; sans doute encore, bien des usages diffèrent de ceux

1. La sentence a élë publiée tout au long par Lionnois, t. Il, p. 873. Cf. l'article de Rerriat- Saint-Prix, Rapport et recherches sur les procès et jmjeinens relatifs aux atùmauœ dans les Mémoires de la Société des antiquaires, t. VIII, p. 4o3.

2. D'après les comptes des receveurs du domaine. A. 0., B, 10297 ; 6666 (enfant de Méhoncourt mangé); 21 19; 8642; t\2ïh\ 7281 ; 7829. M. Dumo.nt, Justice criminelle, t. II, p. 198, cite encore d'autres exemples.

3. Elle a clé publiée sous ce titre par M. Eo. Bonvalot. Paris, Durand et Pedone-Lauriel, 1878. i33 pages.

4. Sur ce travail de législation, voir Beaupré, Essai historique sur la rédaction officielle des principales coutumes de la Lorraine ducale et du Barrois, Nancy, Grimblot, i845.

5. Les coustumes générales du duché de Lorraine es bailliages de Nancy, Vosges et Allemagne, A Nancy, chez J. Janso-n. Achevé d'imprimer au mois de juillet iSgô.

6. Pour les grandes coutumes, voir la bibliographie dans Beaufrk, o. c. Pour les autres coutumes, voir le Catalogue de Faviuh.

l'ancienne porte SAINT-NICOLAS. 1 7 I

qui sont inscrits dans ce texte: néanmoins la loi de Beanmont a laissé son empreinte dans toute la constitution de Nancy; supprimez-la, et l'histoire de Nancy prendrait un cours différent.

Des chartes de Ferri III et des documents de son règne, nous tirons des indications précieuses sur la topographie de Nancy. La ville est toujours entourée de remparts et de fossés. Le rempart est formé par un simple mur, garni de distance en distance par des tours. L'une de ces tours qui s'élève plus haut dans les airs est la Grande-Tour'. Elle est située du côté de Touest et domine Tétang de Saint-Jean. Elle se trouve un peu au sud de la poterne Saint-Jean, tout près de l'angle que forme le mur de la ville, à l'endroit 011 plus tard se dressera le bastion des Michotles. Elle deviendra plus lard célèbre dans la guerre des Bourguignons. Le mur d'enceinte a la même direction et la même étendue que deux siècles auparavant.

Deux portes y sont percées. L'une est nommée dans une charte de Ferri III déjà citée: la porte « con dit devers Saint-Nicholays »*. Elle était située à Textrémité sud de notre Grande-Rue et portait ce nom, parce qu'elle conduisait au bourg de Saint-Nicolas-de-Port. Au xvi* siècle, quand l'enceinte de Nancy fut bastionnée, l'on plaça à côté de la porte le bastion d'Haussonville qui la cacha en partie. La porte fut flanquée à une certaine époque de tours et, en examinant avec attention le mur de la maison entre la rue de la Pépinière et la rue des Maréchaux du côté est. Ton observe une surface semicirculaire qui paraît avoir appartenu à l'une de ces tours. L'ancienne porte Saint-Nicolas fut démolie avec les forlilications de Nancy en l'année 1661 par ordre de Louis XIV; puis, quand le Roi-Soleil reconstruisit, en 1673, les remparts, il releva la porte. Mais elle s'appela désormais Porte-Royale^ j le nom de porte Saint-Nicolas restant réseiTé à l'une des trois portes de la Ville- Neuve. Stanislas fit abattre cette porte Royale en 1701, et, avec les débris, comme nous le verrons plus tard, il orna l'Arc-de-Triomphe à l'extrémité de

I. Nous avons vu que Jean le Jaloux abandonne aux Dames prècheresscs « un meiz iju'il avoil sur les fosseis defuers Nancei dairicrs la r]rant tour ». Ferri \\\ approuve celle donation le 7 février i3oi. (^Histoire de Nancy, 1** édition, p. 35i.) Par une convention du i*^*^ février i33A entre le prieur de Notre-Dame et les Dames prècheresses, celles-ci sont dispensées de payer la dîme sur t une pièce de curtil contenant en tout un jour de terre seans sur les fosseis de Nancey en droit la yrant tour entre Je gerdin dame Acjalte d'une pairt et les hoirs le Saunerc d'autre pairt ». Documents sur le prieuré Notre-Dame, n* l\i ; il s'agit de toute évidence de la même tour. 3. Charte pour la léproserie de la Madeleine citée plus haut, p. lAa* 3. LiOMfois, t. I, p. 27. Nous n'avons aucune reproduction de la Porte-Royale.

la place de la Carrière. De Tanlique porte il ne subsista qu'une voûte, arc de cercle en pierre barrant la Grande-Rue et qui fut démolie définitivemenl en 1847'. D'autres voûtes souterraines se creusaient plus loin dans les flancs du bastion d'Haussonville. C'est en l'une d'elles que le duc Léopold logea les chameaux qu'il avait amenés d'Autriche et que son père avait conquis sur les Turcs*. Sur cetle voûte fut bâtie une maison que la ville acquit le 2Ô mars 1826 ^ Maison et voûte furent abattues avec les débris de la porte Saint-Nicolas et ainsi pour la première fois fut établie une communication directe entre la Grande-Rue et la rue dite de la Pépinière. A ce moment l'on créa, devant l'Arc-de-Triomphe enfin dérfagé, la place dite des Chameaux, aujourd'hui place de Vaudémont *.

De l'autre côté de la Grande-Rue, au nord, se trouvait une seconde porte, à quelque petite distance de l'endroit ou débouche la rue Saint-Michel. Il faut, sans doute, l'identifier avec la porte « con dit Bezuel », dont il est question dans un titre du 27 octobre 1274. Par cet acte, Poinse, veuve de Jean de Nancy, chevalier, dit Bailli, pour continuer de jouir des rentes viagères qu'avait possédées feu son mari, abandonne à Ferri III sa maison et tous ses alentours près de cette porte, une maison à Rosières et des biens à Vitrimont et à Fléville^. Cette porte disparut lors de l'agrandissement de la ville au XIV* siècle.

Une troisième sortie se trouvait du côté ouest de la ville, près de la Grande- Tour. Elle conduisait vers la Commanderie Saint-Jean. Ce n'était pas une porte, mais une simple poterne. On la nonmiait la poterne Saint-Jean. Elle n*apparaît qu'un peu plus tard dans l'histoire. Longtemps l'extrémité ouest de notre rue actuelle de la Monnaie porta le nom de rue de la Poterne*.

Dans l'intérieur de ces remparts se dressent plusieurs édifices : le couvent des Dames prêcheresses, à la place de l'ancien palais ducal, et, presque en face, l'église paroissiale Saint-Èvre. Nous connaissons le nom du curé qui gouvernait sous Ferri 111 la paroisse de Nancy: c'était Estenes ou Esteves. Le 3i mai 1298, il atteste avec Jean, curé de Ferrières, que Richard, écuyer de Guillaume de Manderscheidt, a reçu des gens du duc la somme de

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