‹ Histoire de NancyChapitre 177 sur 642 · Cf. êopra, p · texte numérisé non relu

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5. Chartes de la famille de Reinach, n^ 3y (novembre 1291), ^i (A septembre I3y3), 44 (novembre 1293).

6. Du duc Thiébaut, janvier i3o4 (^Chartes de la famille de Heinach, n" Gy). Le moulin ne fut sans doute que quelque temps entre les mains de cette famille : bientôt il appartint, comme \th Grands-MoulinSf aux moines de Clairlieu.

7. Avec ses deux frères, Thirion et Hollin, il abandonne en layO à sa mère Poince ses biens sis à Seichamps (^Chartes de la famille de Reinach, n9 55).

APPENDICE AU CHAPITRE VI

La légende de l'emprisonnement de FerrI III à MaxévIUe.

Au règne du duc Ferri III se rattache une bien curieuse histoire : celle d*un emprisonnement que le duc aurait subi, cinq ou trois années durant, dans la tour de Maxéville. Comme cette histoire se présente k nous avec des détails fort romanesques, elle a été souvent répétée dans les ouvrages qui cherchent avant tout à amuser le lecteur. Mais même des historiens sérieux y ajoutent encore foi, et M. Bonvalot a rompu une lance pour en soutenir l'authenticité '. Il importe par suite d'indiquer pour quelles raisons nous l'avons entièrement rejetée et même n'en avons point fait mention au cours du chapitre précédent.

Tout d'abord, dans aucune chronique du xin^ ou xiv* siècle il n'est fait allusion à cet événement. Nous possédons environ 600 chartes du duc Ferri, souscrites par lui et scellées de son sceau. Elles forment une suite continue de 1260 k i3o3, de son avènement k sa mort, et ne présentent aucune lacune. Où se placerait donc cette captivité qui aurait duré cinq ou trois années ? M. Lepage, en dressant le catalogue des actes de Ferri III, a ruiné définitivement la légende de l'emprisonnement dans la tour de Maxéville *.

Comment cette légende est-elle née ? Comme plus haut, il faut recourir aux anciennes compilations sur l'histoire de nos ducs, et, avant tout, k VEpitome que Jean d'Aucy a composé au milieu du xvi« siècle.

L'histoire de Ferri III telle que Jean d'Aucy nous la raconte est bien singulière. Son héros est mêlé k tous les grands événements qui se passent k sou époque. Il secourt Marguerite de Flandre contre les seigneurs d'Avesne ; il fait voile avec saint Louis vers Tunis et assiste k la mort du roi. Il reçoit k Nancy Philippe III, « qui en ce temps estoit venu k Port accomplir le vœu faict k sainct Nicolas, étant agité des tempestes marines ». Il accompagne le roi ^de France dans son expédition contre le comte de Foix ; il va avec lui au concile que le pape Grégoire a réuni k Lyon ; naturellement il est le premier k partir pour les expéditions de Navarre et d'Aragon. Le même duc € Federic, k la persuasion des frères prescheurs et mineurs que le pape Nicolas 4 du nom avoit envoyé aux Gaules pour preschcr et pour persuader la guerre contre les infidèles avecque grand nombre de princes, prit les sainctes armes et, après qu'il eut mis ordre aux affaires de Lothreine et aux choses nécessaires k son vniaige, avec une belle et noble compaignie s'en alla

1. Le Tiert'État dt après la charte de Beaumont et ses filiales, pp. i44-i4^* M. Bonvalot admet encore celte légende dans son dernier ouvrage : Histoire du droit et des institutions de la Lorraine et des Droiê-Évéchés, t. I, p. 229.

a. Opinion de dom Calmet sur V emprisonnement de Ferri IIL Catalogue des actes du règne de ce prince (M, S. A. L., 1876, p. i64-3o8). Peut-être M. Lepage, dont la démonstration est victorieuse, a-t-il voulu trop ménager la partie adverse et ne se prononce-t^il pas d*une manière assez catégorique .

l8o HISTOIRE DE NANCY.

en Sicille et de là passa oultre en Syrie, pour donner secours aux chrestiens d'Acion qu'aucuns appellent Ptoiemaïs. Mais le soldan les tint en si grand- subjection, mattez par longue espace de temps, que le duc Federic et les chrestiens furent contraincts s'en retourner ». Puis Jean d*Aucy nous raconte les sages mesures que prit Ferri III : il expulsa les juifs ; il entoura les villes de hautes murailles ; il fit défense de blasphémer Dieu ; il fit a racoustrer et remettre sus les auditoires et escoles publicques et assigna pension k beaucoup de pauvres estudians.... » II prit surtout des dispositions très sévères pour arrêter le brigandage. « De quoy, non contens aucuns gentilzhommes, le pensans destruire avecque tous ses enfans, près de Laxou luy préparèrent grosse ambuscade ; car, un jour, comme il retoumoit au soir bien tard de la chasse, le feirent prendre et enfermer prisonnier au chasteau de Maxéville et là demoura cinq ans sans estre révélé. Pendant lequel temps n*y avoit honte ny révérence. Chascun certes vouloit estre k son plaisir, maistre et varlet, k raison de quoy Thiébault, ses frères et leur mère, ensemble les pers et bons chevaliers eurent moult k souffrir pour tel trouble en Lothreine. Enfin, après que le duc Ferris eut esté prisonnier cinq ans, après avoir souffert innumérable misère, il fut délivré et mis en liberté par le moyen d*un nommé Jean le Borgne, couvreur de toits, mais sans estre si tost congneu. Touteffois k la fin, comme le dit Jean couvroit la tour en laquelle le duc Federic estoit enfermé, fut recongnu par un anneau qu*il envoyoit secrettement k la duchesse sa femme, laquelle estoit k Nancey. Donc en grand diligence, accompaignée de ses enfans, des pers, des chevaliers et barons du pais et aussi ayant avecque soy le conducteur de la conspiration... [elle] fcit brusler Maxéville et renverser du hault en bas le chasteau et une part de la tour en laquelle avoit esté enfermé le duc ; l'autre part fut laissée debout pour enseigne du faict misérable et la fut pendu le chef de la conspiration, les autres furent envoyez prisonniers par les villes du pais. » Les barons réunis k Nancy voulurent condamner les traîtres k mort ; mais, cédant aux supplications de leurs femmes, Ferri n'en fit mourir que douze, et se borna k enlever aux autres la moitié et demie de leurs biens ; et du produit de ces amendes il bâtit ou répara beaucoup d'églises '.

Wassebourg, dans ses Antiquitez de la Gaule Belgique^ résume Jean d'Aucy et attribue avec lui toutes sortes d'aventures au duc Ferri III *. François de Rosières a puisé k la môme source et n'apporte aucun élément nouveau ). Le frère Saleur a pris de mémo son récit dans l'œuvre de son prédécesseur au couvent des Cordeliers4. L'histoire de la captivité de Ferri III a été répétée entre temps dans les histoires imprimées en France. Charles Estienne la mentionne dans le Discours des histoires de Lorraine et de Flandres qu'il adresse au roi Henri II J ; mais de toute évidence il emprunte ses renseignements k Richard de Wassebourg, et Claude Paradin dans ses Alliances généalogiques des rois et princes de Gaule n'a connu aucune autre source ^. Tous ces témoignages se réduisent k un seul, celui de Jean d'Aucy, et l'on sait déjk ce qu'il vaut : si vous l'acceptez, il faut être logique et croire k tous les autres exploits de Ferri 111 en Terre-Sainte et en Espagne.

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