‹ Histoire de NancyChapitre 181 sur 642 · Courbe, Promenades ^ p · texte numérisé non relu

Courbe, Promenades ^ p

5. DuRiVAL, Description de la Lorraine, I, 17. Ces communes au canton de Delme. 0. La date se trouve à la fin, p. 69 : c Antverpiœ, nonis octobr. M.D.LXXV. »

7. Mercator avait du reste lui-même parcouru la Lorraine en i564> et établi une carte qui est restée manuscrite et a été perdue. Cf. B. Auehbach, La Carte de Lorraine sous le duc Charles III {Hevue de Géograpfde, 1898, p. Sai).

8. « Nanceio egrcssis secundum Murlœ fluininis ripam oc^urrit ad montium radices [»agus Marcheville^ cujus incolas perfidia aliquando in suum Ducem (eum hislorio; Fredericum II appeliaot) notatos ferebant, atque ea de causa, quotiescunque cum reliquis principis domesticis epulari oontio- (jil, panem eis inversum apponi. Extanl ibidem rudera rotundas turris in qua is Dux ex venatione sobductus ad triennium detenlus dicitur, et alia mulla de codem passim circumfcruntur. » (Abraham Orti- Lies et JoAixNES yiyiAnvs,Itinerariutnper nonnullas G alUrn Belgicœ partes, Antverpiœ, M.DXiXXXIV.)

9. La première carte de Lorraine par Mercator parut précisément quelque temps après i584t en août i585. Il y eut ensuite diverses éditions. Nous avons vu l'édition française de 1628: Atlas »vê cosmographie œ meditationes de fabrica mundi. Seulement, il y a dans la traduction du texte d'Orlelius un véritable contresens. L'auteur avait dit : cum reliquis principis domesticis, et Ton traduit: c toutes et quantes fois qu'ils prenaient le repas avec les autres princes domestiques », ce qui ne signifie rien.

L^EMPRISONNEMENT DE FERRI III. l83

phie elle est répétée sans aucun changement comme contenant une remarquable particularité ^ Tous ces témoignages, qui se répètent, ne font en somme qu'un unique témoignage ; et que faut-il en conclure ? — Il existait k Maxéville au XVI* siècle les ruines d'une tour ronde, et probablement ce sont ces ruines qui ont perpétué l'histoire de l'emprisonnement. On racontait en outre des habitants de Maxéville un trait semblable k ceux qu'on raconte des gens de Laxou : on disait que, lorsqu'on les invitait k dîner, on leur plaçait le pain retourné sur leur assiette. On finit par rattacher ce prétendu usage k la vieille histoire de Temprisonnement de Ferri III. Mais qui ne voit qu'il n'y a Ik qu'une anecdote? Elle prouve seulement qu'au xvi* siècle c'était faire affront k un hôte que de lui servir le pain renversé. Encore aujourd'hui, il est inscrit dans le code du savoir-vivre que la miche placée sur la table ne doit jamais être retournée.

Bientôt' cette légende changea de forme. On narra qu'aux sieurs des Armoises euxHnémes, quand ils dînaient au palais ducal, l'on mettait le couteau k l'envers, la pointe tournée vers eux. Pour la première fois, nous trouvons cette histoire dans les anciens nobiliaires. Le Héraut de Lorraine , de messire François Perrin de Dommartin en i654f porte k l'article Des Armoises: « On tournoit la pointe da Cousteau, k la table des chambelans, aux gentilshommes de cette maison, pour marque de ce que leurs ancestres estoient du nombre de ceux qui firent le duc Ferry prisonnier dans la tour de Maxéville, jusqu'k la fin du règne du duc Henry II 3. » Ainsi, quand l'on nous parle de cette histoire. Ton nous dit que déjk cet usage était aboli. Preuve formelle que personne n'a vu ce couteau tourné vers le convive, un jour de gala 4. C'était [une anecdote qu'on répétait de génération en génération et que personne ne songeait k vérifier.

Le second personnage introduit dans la légende est le sieur de Tillon qui, avec dix hommes, aurait délivré le duc prisonnier. Mais, comme les Armoises, les Tillon sont venus en Lorraine longtemps après le règne de Ferri 111. Cette famille ^t originaire de l'Anjou, comme les Beauvau, les La Jaillc et tant d'autres, ^le arriva dans nos pays avec le roi René ^ Le duc René II lui donna en i^go le» fiefs de Vittonville, Champey et Les Ménils^ pour ses fidèles services. Comment dès lors, au xni* siècle, un Tillon a-t-il pu être mêlé k la délivrance du duc de Lorraine?

Cependant il est incontestable que la famille de Tillon réclamait pour son chef w droit de se rendre, le premier après le duc, k l'adoration de la Croix, le Vendredi-Saint. En l'année 1699, en ce jour vénéré, dans l'église Saint-Èvre, le duc

!• Pâuu g. F. P. N. Merulji co9mographiœ libri très, Amstelodami, i6ai, in-folio, p. 4S7. On y^: • cum reliqais principibtu domesticis », ce qui est une mauvaise lecture provenant sans doute ^ U traduction de Gérard Mercator. II y eut une édition antérieure de Ménila, en i6o5. Toutes les ^"^ descriptions de Mérula sont empruntées à l'Itinéraire d'Ortelius. La même légende est rappelée ^s Vltinerarium GalUœ de Jodocus Suycerus, d'après Mérula, Amstelodami, 1649, p. 10.

>• Il est pourtant possible que cette légende sur les des Armoises ait précédé celle sur les habitants w Maxéville. Nous suivons l'ordre chronologique des renseignements trouvés par nous.

3* Ms. appartenant à M^^ Beriet. M. Léon Germain, à qtii nous devons ce renseignement, se propose de publier le nobiliaire de Perrin de Donunartin.

4* La légende est rappelée par dom Calmet (1728): c D'aucuns veulent qu'il ait été arrêté par un ''^ar de la maison des Armoises, et, pour embellir ce récit, on ajoute que quand un seigneur de ^^ maison a l'honneur de manger à la table du duc, on met A côté de son assiette le couteau la P<^ toomée contre lui. » (T. î, col. 345-346.)

^« Ce point a été établi par Lepage, /. c, p. ao4. On ne trouve avant le milieu du xv« siècle ^Boe famille de Thélod, dont le nom a été souvent confondu avec celui des Tillon. Une seconde laoïille Thélod obtient des lettres de noblesse du duc de Lorraine vers 1480 et prit dans la suite les ^"^ de Pelegrin, puis de Remicourt. Cf. Léon GEiucAiif, Jean de Bourgogne et Pierre de Genèoe^ ^^^"^ de Yaadémont, Nancy, 1879, p. 109.

^ Ces trob villages, anjonrd'hui au canton de Pont-à-Mousson.

Léopold, qui venait de prendre possession de son duché, alla, le premier après le clergé, adorer la croix. Derrière lui, mais k une distance assez grande, comme l'exigeait Tétiquette, marchait sa femme Elisabeth-Charlotte, nièce de Louis XIV. Tout à coup, dans cet espace, vint se présenter M. de Tillon avec une lettre patente à la main, disant qu'il devait allée le second k Tadoration. Les gardes voulurent Téloigner ; le prince lui-même lui conseilla de partir sans e.sclandre ; mais il maintint son droit. La duchesse furieuse se retira et n'adora pas la croix, cette année. Léopold fit venir M. de Tillon. On examina son privilège ; on le trouva en bonne forme, et on voulut lui racheter son droit contre une forte indemnité qu'il refusa. Dès lors, Léopold cessa de suivre les offices k Saint-Èvre, et il alla entendre la messe aux Cordeliers. Il fit même faire un passage entre l'église et sou palais, par-dessus la rue Jacquot actuelle, pour que lui et sa famille pussent se rendre aux Cordeliers plus aisément. Lionnois nous raconte le fait sans savoir sur quel titre M. de Tillon fondait sa prétention '.

Un autre écrivain qui connaissait l'origine prétendue de ce droit, Philippe Bardin, nous a raconté le même fait : c 1699. Il y a eu grand débat ce matin au sujet de la retraite de M. de Tillon ^. Il persiste k vouloir aller k l'adoration de la croix après Monseigneur ; il en a le droit qui date, comme vous sçavez, de l'emprisonnement du duc Ferry. Les Des Armoises remuent ciel et terre pour que Tillon abandonne ce droit : c'est, je l'avoue, un triste souvenir pour eux, d'autant que décidément S. A. leur accorde de n'avoir plus leur couvert renversé k la table de Monseigneur. M. de Mahuet 3 soutient qu'k la place de M. de Tillon il en ferait autant. Tillon dit hautement que cet ancien usage fait la gloire de sa famille. Monseigneur est bien embarrassé, a J'afflige, disoit-il, ce respectable vieillard, « bien malgré moi. La fidélité de sa famille m'est bien chère ; mais comment me « résoudre k rappeler continuellemeut k Messieurs des Armoises un douloureux « souvenir 4 ? »

En 1699, M. de Tillon a donc incontestablement réclamé le droit d'aller k l'adoration de la croix le premier après le duc, et il avait une lettre patente lui reconnaissant ce droit. Toute la question est la suivante : De qui était cette lettre ? De Ferri III ? Le fait est tout k fait impossible. Probablement, c'était une lettre patente de Charles III ou de Henri II, rappelant les fidèles services rendus par la famille de Tillon au duc de Lorraine, faisant peut-être allusion k cette délivrance de Ferri III. Ces lettres sont sûrement d'une époque où la légende s'était déjk répandue, grâce k Jean d'Aucy, Richard de Wassebourg et autres historiens $.

Un troisième personnage est mentionné dans le récit : celui du couvreur Petit-

1. I, p. 105-107. L.ionnois pourtant connaissait l'histoire de l'emprisonnement du duc Ferri. Il y fait allusion à diverses reprises. Voir Essais, p. 196, à propos du tableau du couvent des Dames prècheresses, et ibid., p. 170. Seulement dans aucun des récils que Lionnois avait tus ne se Ut>uvait le nom de M. de Tillon ; ce nom, à notre connaissance, n'est prononce que dans la narration attribuée à Louis d'Haraucourt et dans les anecdotes de Philippe Bardin, citées plus loin.

a. M. de Tillon semble, après cet esclandre, avoir quitté la cour.

3. Jean-Baptiste de Mahuet était premier président de la Cour souveraine de Lorraine.

4. Philippe Bardin était conseiller à la Cour souveraine de Lorraine. Il a laissé une série de notes historiques qui sont restées manuscrites. iMory d'Elvange a copié une partie de ces notes et cette copie se voyait autrefois avec une série d'autres notes du même écrivain dans la collection Noël : Catalogue, n«« 35a-374. Voir surtout le n» 362. C'est là que M. Beaupré, /. c, Nancy, 1839, a pris cet extrait. C'est de là aussi qu'il a été tiré pour les Documents lorrains, t. XIII, a* partie, p. 88. Le dernier éditeur aCQrme à tort que l'extrait provient d'un manuscrit de la bibliothèque de la riUe. — M. Louis Lallement, qui descendait de Pierre de Tillon, a rompu une lance en faveur de la Tëracité de l'emprisonnement de Ferri 111. (Grand'Eurt et L. Lallement, L'Église Sainl-Epvre, p. 16-18.)

5. Notons que dans les extraits de la chronique attribuée à Louis d'Haraucourt, un autre Tillon joue un rôle. 11 aurait remis à l'auteur les lettres d'Alix de Champé au duc Raoul. Peutpètre j fr-t-il là une indication qui [termetirait de trouver le véritable auteur de la chronique.

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Jean ou Jeaa le Borgne. Autour de ce persoanage de Douvelles légendes vont se grouper, et elles prenneat corps daas uoe compilation historique composée vers 1668 par Jean-Daptiste Duplessis', «ncien procureur général du Barrois, devenu procureur général du roi de France à Metz. Elle a pour titre : Discours sommaire liistoriqae des duchés de Lorraine et Barrois'. Duplessis a copié Jean d'Aucj, mais amplifie son modHe, comme un écolier qui a quelque imagination développe nue matière. Duplessis ne connaît pas Tillon : il ne sait pas davantage le nom du seigneur félon de Ma.\éville ; mais Petit-Jean est son héros. Il a appris par de oieux manascrits de Lorraine des détails inédits sur lui. Le couvreur ayant reconnu le duc, a couru prévenir l'épouse qui atteud depuis cinq ans, puis est revenu rassurer le prisonnier. Mais le seigneur geôlier, s'étant aperçu de ce manège, monta h cheval et ayant atteint le malheureux, le tua sur place. On 110 put donc le récompenser : du moins Ferri fit du bien k ses enfants : « Il les annoblist et pour marque perpétuelle de ce bon olïice il leur donna le nom de du Hautoys et c'est d'eulx dont sont sortis les gentilshommes dis du Hautoys qui sont aujout^ d'hui en Lorraine et Barrois. » Nous sommes en pré.sence d'une légende fondée sur un jeu de mots et, de toute évidence, il ne faut point s'arrêter k de telles élymologies. On n'a jamais pu montrer la lettre d'anoblissement des fils du couvreur, comme du reste aucune charte d'an obi is.se ment, souscrite par Ferri 111. Lionnois a dressé la vraie généalogie des du Hautoy dans un livre spécial et il n'a pu remonter au delà du xv* siëcle i. Avouons d'ailleurs que les du Ilautoy ont fait difficulté de reconnaître pour leur ancêtre cet ardoisier, un simple manœuvre, chantant de vulgaires chan> sons, encore qu'il ait i-endu un si éminent service à l'un des ancêtres des ducs ! Mais on insiste : on veut maintenir k l'histoire de Lorraine celte légende romanesque, précisément parce qu'elle nkitMixon : oa dkvinê est romanesque,et l'on nous dit : Nous

avons des monuments figurés oii cette histoire est représentée. Au début du xvui» siëcle, M^'la présidente Mengin possédait un tableau, la collégiale de Saint-Georges une tapisserie où l'on voyait un médaillon^ que dom Calmel reproduits. On y aperçoit en bas une tour d'où sortent par la toiture deux mains anxieuses; en haut, un bras issant de la nue lient un chapelet. Le médaillon porte celle légende : Oh deviné ; or deviné. Il y avait enfin autrefois au couvent des Dames précbe-

1. Sur ce pcTBOonage, Miciill, Biographie da Parlement de Mtl:.

ï. Bibl. da Maocy, mi. n- ^ll^^l3 (lai), le récit au l. I, p. 583-586; el 6i« (m). M. Beaupré ■ publié ce long passage de Duplessis d'oprés iid manuscril de sa bibliothèque, p. 9-9.

3. Mnitoa da Haaloy, Nancy, Pierre Darbier, 1777. ia-lf- Cf. Léon GE.iMjitit, Réchicoarl, Chapelle tateraine de ta famille du Hautoy dans ses Milangn, p. 11-ii.

4. BcDirit Picaut, L' Origine de la Irèt-itliulrt maiion de Lorraine, l^al|, p. 3io M. Ileaupré nous

apprend, t. c, p. 3i, d'après le manuscrit de Mury d'Elvangr. «yaut appartenu k M. tiat\, • qu'eu 1774, il j avait chez M. Je Mozerules, l'un des seigneurs de Maxéville, une tapisserie sur laquelle on voyait noe tour et deux mains <|ui en sortaient, implorant du secours et surmontées des mots: On nKviNi •. — Chose curieuse) aucun auteur ne nous dit quel était le sujet principal de ces tapisseries ou de ce tableau.

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