DOK C«uiET, 1. 11. planche 1, figure XIV
l86 HISTOIRE DE NANCY.
resses un portrait — un portrait assez ancien et une copie moderne — représentant, disait-on, le duc Ferri III, fondateur de la maison, sous les traits d*uD jeune homme. Il était peint avec une chaîne d*or au cou et de cette chaîne pendait une médaille ovale assez large, sur laquelle on voyait une tour ronde ; « dans la toiture qui se termine en pointe, deux mains croisées reçoivent un chapelet d'une autre main, qui paraît soKir des nues ' ». Mais est-il bien sûr que ces monuments fissent allusion h la captivité de Maxéville ? Le duc des Dames précheresses étaitil bien Ferri III ? La pièce essentielle de ces médaillons est le chapelet ; or. Ton ne saurait plus en douter après les remarquables travaux de M. Léon Germain, le chapelet était Temblème du roi René ^. Tous ces documents paraissent remonter a lui. Enfermé sur cette terre dans une prison charnelle, il reçoit avec reconnaissance du ciel le chapelet, objet de sa dévotion. Parfois, au lieu d*un chapelet de grains, on remarquait avec cette devise un chapel de pensées. Ainsi, dans un inventaire des meubles du palais ducal, de i545, on lit : « Une pièce de bro<lerif servant à faire une cheyre où il y a une damoiselle faisant un chappeau de pensées, et une devise à Tentour : Or deviné >. » Que nous voilà loin du captif de Maxéville !
On nous oppose encore une vieille complainte lorraine :
Beau recouvreur, mon bel ami.
Quelle chanson chantes-tu ici ? — Beau prisonnier, beau prisonnier.
C'est la chanson de not' bon prince.
Qui a sept ans qu'il est parti. —
Beau recouvreur, mon bel ami.
Quelle chose j'entends ici ? — Beau prisonnier, beau prisonnier.
Ce sont les cloches de Nancy 4.
Mais cette chanson est moderne ; elle semble avoir été composée au siècle dernier. Elle ne prouve pas plus la captivité de Ferri III que l'air : 0 Richard, ô mon roi, ne prouve celle de Richard Cœur-de-Lion.
Nous rayons ainsi de l'histoire l'emprisonnement de Ferri III à Maxéville. Nous n'essayons même pas, avec MM. de Saint- Vincent, Henry Vincent et Courbe 5, de sauver l'anecdote en la transportant au xv* siècle et en mettant k la place de Ferri III le duc Jean II, de la maison d'Anjou. D'après ces auteurs, Louis d'Haraucourt aurait, avec des noms anciens, raconté l'histoire, contemporaine du xv* siècle. Mais cette explication est décidément mauvaise ; l'auteur du Mémorial n'avait pas tant d'esprit. 11 a simplement recueilli les légendes qui couraient de son temps.