‹ Histoire de NancyChapitre 185 sur 642 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Nancy sous les règnes de Thiébaut ir(1303-1312),

FerrI IV (1312-1328) et Raoul (1328-1346). — Uhôpital Saint-Julien.

S I»'. Le règne de Thiébaut II {i3o3'i3i2), — Relations avec la France. — Lutte avec Vévéque de Metz : la première bataille de Frouard (7 novembre i3o8). — Agrandissèment da parc ducal à Nancy, — Le règne de Ferri IV (1312-/328). — La maison de Saurupt près de Nancy; son histoire. — Les monnaies de Thiébaut II et de Ferri IV frappées à Nancy.

S II. Le règne du duc Raoul {i3 28-1346). — Fondation de l'hôpital Saint-Julien. — Le prêtre Vernier, — Le premier hôpital dans la Grande-Rue. — Donations qui lui furent faites. — Administration. — Transfert de l'hôpital Ville-Neuve, — Description de l'église et des bâtiments, — Dons faits par le duc Charles III. — Indulgences accordées par le pape Clément VIII. — Dons de particuliers. — Nouvelle administration. — Le règlement. — L'hôpital sous la première occupation française. — L'avocat François Guinet. — Les sœurs de Saint-Charles à l'hôpital. — La fondation Bouzey. — Fondation de Stanislas pour 24 orphelins. — Le bâtiment royal. — L'hôpital sous la Révolution. — La petite église. — Construction du troisième hôpital Saint-Julien. — Le transfert (77 septembre igoo).

Le fils de Ferri III, Thiébaut II, qui lui succéda, n'eut qu'un règne fort court de neuf années (i3o3-i3i2). Pourtant ce règne a dans l'histoire de Lorraine son importance. C'est à ce moment que des relations presque constantes se nouent entre la France et le pays situé entre l'Ornain et les Vosges. Le roi de France, Philippe le Bel, a épousé l'héritière de la Champagne et il s'efforce d'unir à toujours ce comté à sa couronne. Il devient dès lors le voisin de la LoiTaine ; il prend sous sa garde les cités de Toul et de Verdun ; par le traité de Bruges, en i Soi , il oblige le comte de Bar Henri III de relever de lui ses Etats sur la rive gauche de la Meuse qui forment désormais le Barrois mouvant. Les ducs de Lorraine eux-mêmes, qui tenaient des comtes de Champagne un certain nombre de villes, vont les tenir du roi de France. Ils lui prêtent hommage pour Neufchâteau, Montfort, Chàtenois et même pour Frouard aux portes de Nancy. Ils remplissent vis-à-vis de lui leurs devoirs féodaux ; ils envoient leur contingent à Tost et souvent combattent en personne dans les rangs français. Thiébaut, l'année qui précéda son couronnement, a été fait

prisonnier à Courirai avec la fleur de la chevalerie française ; peu après il lutta avec courage à Mons-en-Pévèle, où fut vengé le désastre de Courtrai. Ferri IV, son fils, tombera en 1828 sur le champ de bataille de Cassai ; Raoul, son petit-fils, sur celui de Crécy^

Les rois de France se montrèrent bienveillants à ces ducs lorrains qui combattaient et mouraient* pour eux. Philippe le Bel entretint avec Thiébaut II des relations d'amitié. Pourtant il n'est pas bien sûr qu'il soit venu à Nancy, comme il est affirmé en d'anciennes chroniques remplies de fables *.

Un seul événement du règne de Thiébaut II touche directement l'histoire de notre ville. Pour le plus futile des motifs, une guerre avait éclaté entre le duc de Lorraine et l'évéque de Metz, Renaud de Bar. Les possessions de Tévêché et celles du duché étaient tellement entremêlées que de semblables conflits étaient inévitables. Puis le prélat appartenait à cette famille des comtes de Bar, qui passaient leur existence à combattre contre les ducs. Renaud, assisté de son neveu Edouard I", comte de Bar, et du comte de Salm, envahit le territoire lorrain, brûla le château de Voimerange', abandonna Lunéville à la fureur de ses soldats, puis vint mettre le siège devant le château de Frouard. Thiébaut accourut au secours de la place le jeudi avant la Saint-Martin d'hiver, 7 novembre 1 3o8 , mais son armée était bien inférieure en nombre et en force à celle de l'ennemi. Il eut dès lors recours à un stratagème ; il gagna les hauteurs qui dominent la Moselle et fit mettre pied à terre à sa cavalerie ; et, comme l'ennemi le suivait, il jeta sur lui d'immenses quartiers de roc; puis, après que le désordre se fut mis dans ses i*angs, il descendit de la colline, lui tua 200 hommes et précipita les autres dans la Moselle ; Renaud de Bar put s'enfuir*, mais il laissa prisonniers entre les mains du duc le comte de Bar, le comte de Salm et le fils de celui-ci ; ils restèrent six années captifs au

1. Voir DoM Calmbt et Digot, et les histoires générales de France.

2. Le récit se trouve dans la Chronique dit^ de Florentin te Thierriat, qui n'est qu'une compilation sans valeur. « Vint aussi (le roy Phelippe) en Lorhaine, où furent maintes festoieries en la ville de Nancy, où furent jouctes, courriers et luiteurs, avec grand nombre de ménestrels, fêtes et annemens et simulacres de guerre : dont fut le roy en grande joye et satisfaction. » (ùocumenU sur rilistoire de Lorraine, t. XIII, a« partie, p. Gi.) Dans les Coupures de Boohkon, ibid., p. 33, il est aussi question d'un séjour de Philippe le Bel à Nancy : c'est à son instigation que le duc de Lomioe aurait pris des mesures contre les couvents ; mais ces Coupures sont, elles aussi, fort suspectes. Don Calmet, t. II, c. 43 1, mentionne aussi ce voyage de Philippe le Bel en Lorraine; nous ne savons d'après (pielle source.

3. Volmerange, canton de Boulay, Moselle. Que Volmerange ait été détruit, cela résulte de l'accord entre Renaud de Bar et Thiébaut de i3ii. (Vicxina, Origine de la Maison de Lorraine, p. i5o.)

4. La bataille est racontée en détail par le continuateur de Guillaume de Nangis, Historiens de France, t. XX, p. 608. « Orta dissensione maxima, quamvis ex occasione miaima vel modica, inter ducem Lotliaringiae el Metensem episcopum, tandem ulriusque partis exercitibus coagregatis juxta caslrum quod Floar dicilur die Jovis ante feslum sancli Martini hyemalis, inter eos acre bellam committitur et cpiscopus cum suo exercitu, licct in mullitudine, virtute et potentia exercitum docis excederet, adversariorum industria et prudenti astuUa superatur. » Le récit est répété d'après le cootinuateur de x\angis dans les Chroniques de Saint-Denis, ibid., pp. 690-691, et par le contÎDuatear de GÉRARD Frachet, ibid., 1. XX, p. 4o. Nous corrigeons, d'après ce dernier, le nom de la localité. Seulement tous ces chroniqueurs placent ce fait en i3i3 ; il eut certainement lieu, comme le prouvent les textes cités plus loin, avant celte date el sous le duc Thiébaut. Jean de Bayon fait aussi allusion à cet événement. D'après une vie manuscrite du duc Thiébaut que cite Dom Calmkt, t. II, c. k^h^ note, le combat aurait en lien dans un endroit nommé le Champ de Saint-Martin-le-Bel.

PREMIÈRE BATAILLE DE FROUARD, 7 NOVEMBRE 1 3o8. ICJ I

palais de Nancy et ne furent relâchés que sous le règne de Ferri IV en i3i4 ^ Et ce fut la première bataille de Frouard.

Thiébaut II agrandit le palais de Nancy. Il enleva plusieurs terrains à leurs légitimes propriétaires pour agrandir son parc. Cet excès de pouvoir troubla sa conscience et, en un codicille ajouté à son testament le a mai i3i 2, il ordonna qu'on restituât ces biens *. Il en avait agi à Einville comme à Nancy ; et déjà alors ces belles plantations avaient valu à cette localité le nom d'Eiiiville-aux-Jards.

Einville était dès lors un château ducal. Presque aux portes de Nancy, sur la banlieue de la cité, les ducs possédaient à la même époque une autre résidence dont le nom apparaît pour la première fois dans l'histoire, en cette année 1812. Ferri IV (i3i2-i328) eut, après la mort de son père, quelque contestation avec son frère cadet, Hugues. Après des pourparlers, ce dernier, sur les conseils des seigneurs de Bayon, renonça, le i3 novembre, à tous ses droits d'héritage tant en terre romane qu'en terre allemande, se contentant de la maison de Saurupt-devant-Nancy avec les champs du voisinage et d'une rente de 5oo livres à prendre sur les bois de Saurupt, sur le péage d<*s halles de Nancy, sur le blé que l'abbaye de Clairlieu devait au domaine pour les Grands-Moulins, et sur la saline de Rosières î.

La maison de Saurupt était déjà fortifiée et entourée de fossés*; elle se dressait à quelque distance au sud de la ville, non loin du chemin qui mène à Neufchâteau, aujourd'hui dit le Montet. Quand Hugues fut mort sans laisser d'enfant, le château de Saurupt revint au duc ; et une légende fort suspecte veut que là le duc Raoul ait caché ses amours avec la belle Alix de Champé >.

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