CHAPITRE P
Le territoire de Nancy aux périodes préromalne, romaine
et mérovingienne.
§ !«. Situation de Nancy. — Formation géologique du sol, — Creusement de la vallée de la Meurthe. — Apparition de l'homme, — Les découvertes préhistoriques sur le plateau de Maltéville et sur le plateau de Haye,
% II. Le territoire de Nancy à V époque romaine, — Découvertes faites à Laneuvevilie,
— Exploitations minières au Noirval, à Bouxières-^iux-Dames et à Blanzey. — La question eTAndesina. — Andesina n'est point Nancy, — Andesina et Grand,
S ni. Le territoire de Nancy à Vépoque mérovingienne, — Le cimetière du Vieil-Attre.
— Sa date, — Les morts appartiennent à une population sédentaire; ils sont chré" tiens, — Vases funéraires, armes, fibules et bijoux, ustensiles divers, — Le trieos frappé à Nanciacus. — Le nom de Nancy, — Ce nom est d'origine celtique.
S IV. La banlieue actuelle, — L'ancienne banlieue de ScUnt-Dizier, — Origine de Boudon^ ville, — Etude sur les lieux'dits.
Conclusion,
Le territoire de Nancy avec les villages voisins de Viilers, Laxou, Malzéville, Toniblaine, Pont-d'Essey et Maxéville présente au voyageur qui vient du côté du sud-est un sillon d'abord largement ouvert, aux pentes douces, limité à l'ouest par le plateau de Haye, à Test par la hauteur de Saulxures et la dépression d'Essey. Puis, tout d'un coup, ce sillon se rétrécit ; il devient profond entre les promontoires jetés en avant par la Haye, d'un côté, et la colline de Malzéville, de l'autre. La Meurthe en occupe le fond et se fraie un chemin assez péniblement, par toutes sortes de détours, avant de confondre ses eaux avec celles de la Moselle, à Frouard.
Situé sur les rebords d'une vallée fluviale, ce territoire se montre, en
défînilive, flanqué de deux massifs isolés : l'un, petit, sur la rive droite, est ic plateau de Maizéville ; l'autre, vaste, sur la rive gauclie, est le plateau de Haye, où se creusent, du cdté de la ville, des vallons encaissés, celui de Boudonville, celui de Maxéville, celui de Saint-Barthélémy qui débouche à Champigneullcs. Ces deux massifs font partie intéyrante de la ligne de reliefs jurassiques qui bordent, à l'ouest des Vosges, le bassin géologique de Paris. A une époque 1res ancienne, qui nous ramène à des milliers et des milliers d'années en arrière, le plateau de Haye et la colline de Maizéville étaient réunis ; les mêmes sédiments jurassiques, lias et oolitliique, qui les constituent, couvraient la dépression où coule aujourd'Iiuî la Meurthe. Le sol de la Lorraine formait un vaste plateau qui se continuait, par-dessus les vallées et les collines actuelles, jusqu'aux Vosges à l'est et s'abaissait graduellement
vers l'ouest, du côté du bassin de l'aris. Tel était l'aspect de nos régions pendant l'époque ci"élacique et une partie de l'époque lertiairc. Sur la surface coulaient les eaux venues des Vosges; elles dissolvaient les dépôts supérieurs, dont il ne reste plus que quelques traces.
Mais de grandes révolutions se produisent. De formidables mouvements du sol ouvrent dans ce plateau, autrefois uni, de larges fissures. Les eaux venues des Vosges s'y précipitent ; elles forment encore une nappe très étendue ; elles coulent encore à une hauteur considérable au-dessus du niveau actuel. l'ourlanl, ces eaux creusent toujours leur lit plus profond cl, au fur et à mesure qu'elles accomplissent ce travail, elles ne resserrent et le lit devient plus étroit. La vaste nappe fluviale tend de plus en plus à devenir un cours d'eau. Chacun de ces progrès a laissé sur le sol une trace visible : ce sont les teri'asses successives qui actuellement s'abaissent des deux côtés vers la Meurthe. Ce sont ces terrasses façonnées par les eaux fluviales dans
LA P^IODE p'nÉROHAINE. 3
le massif jurassique qui, s'étageanl depuis la cdte de Bulhegnëmont jusqu'à la rivière, conslituent le territoire de Nancy.
Avant que la Meurthe se soit fixée en son lit définilifet se soit frayé son chemin, à une époque oîi vivent encore dans nos pays le mammouth, l'ours des cavernes et le renne ', l'homme fait, pendant la période quaternaire, son apparition des deux côtés de cette vallée, qui est encore un marécage et qui achève de se creuser. Nous trouvons les traces les plus anciennes de la présence de l'homme sur le plateau de Malzéville et sur celui de Haye. Puis, pendant longtemps encore, pendant un nomhre considérable d'années, durant les âges que les archéologues appellent l'âge de la pierre éclatée, l'âge de la pierre polie, l'âtje du bronze el l'âge du fer, l'homme continue d'habiter sur ces hauteurs. Il ne descend que lentement dans la vallée, qui s'est constituée dans l'intervalle ;
Him DB LA TRINITÉ (CÔTÈ SUt>)
il séjourne d'abord sur les flancs des collines, sur ces terrasses qui marquent autant d'étapes de la Meurthe ; bien plus tard, il habitera près de la rivière, dont il ne cesse de redouter les caprices et les crues subites. L'évolution géologique H l'évolution de l'homme ont passé dans nos régions par les mêmes phases'. Les traces qu'a laissées l'homme sur le plateau de Malzéville avant la période romaine — nous considérons en bloc une vaste période de l'histoire de l'huma-
i. Baiithéleht, Sar let moliùrea de mammoalh iroaoiet à Nancy. 1893 (Extrait du B. S. S.). On ■ irou^é trois molaires de mammouth en creusant les roadalions d'une maison, rue du Faubourg- Saint-Jeaa, a' 67. D'autres ont été découverlei dans une grouinière de Boudonville el dans une car> rière de la cite de Toul.
1. Cr. BLEicREn, Gaide dit géologue en Lorraine, Nancy, 1887; Géologie et archéologie prértymaina dea enoirong de JVaney (Extrait de Nancy al la Lorraine. Notice historique at scientï&que, 1886)1 Nancy avant l'hitloire, diacours de réception à l'Académie de Stanislu, 188a. H. fileicher, i|u'une mort terrible vient d'enlever, a bien voulu mettre i notre disposition des noies manuscrites ■[ue nouB avons suivies de fort près. Cf. Carie géologique et agrononuqae du département de Meurllieet-MutdU, par Levallois et Rkveucuom, revue par BiucomiiEn.
nilé — sont nombreuses. Les explorations qu'ont faites du plateau nos géologues et nos archéologues les plus distingués, MM. Charles Cournault, Raoul Guérin, le docteur Bleicher, F. Barthélémy, ont été toujours fructueuses. Ils y ont recueilli en treize endroits différents des pointes de flèches en pierre, des éclats de silex, des haches polies'. Ils y ont ramassé des poteries grossières, noires et épaisses, les unes façonnées à la main, les plus récentes faites au tour. Ils y ont fouillé des tombelles en pierres sèches, sous lesquelles ont été découverts quelques autres silex, des grains de colliers et une petite plaque de bronze'. Au sommet du plateau, au-dessus de la ferme de la Trinité, existe une vieille construction, véritable mur cyclopéen formé de pierres à peine équarries, posées les unes sur les autres sans ciment. Il soutenait sans doute du côté de la pente raide de la colline une terrasse où habitaient nos lointains
ancêtres 5. A diverses reprises aussi. Ton a trouvé sur le plateau des monnaies gauloises, au type du sanglier déformé, ces monnaies en bronze qu'on appelle dans la région des chèvres de Moïse ^. Pareilles découvertes ont été faites de l'autre MONNAIE GAULOISE ^^^^^ ^^^ j^^ Fcbords du platcau de Haye. Sur la
hauteur qui domine la Croix-Gagnée, M. Raoul Guérin a recueilli des pointes de flèches, des grattoirs, des éclats de silex ^ Dans la forêt de Haye, des tumuU en pierres sèches ont été fouillés et, si les ossements en avaient disparu sous l'influence des agents atmosphériques, au moins ont-ils livré des charbons et des débris dé poterie. L'un d'entre eux, près de Clairlieu, a fourni deux magnifiques bracelets en bronze^. Et voici un exemple des plus curieux de fortification préhistorique. Entre le vallon où Maxéville étend sa double rangée de blanches maisons et le vallon de Saint-Barthélémy, le plateau de Haye projette en avant un promontoire : la Fourassc. Limité de trois côtés par des pentes abruptes, il est séparé du plateau, sur le ({uatrième côté, par une levée de pierres qui a 338 mètres de longueur. Sur ce promontoire pouvait ainsi trouver refuge, en cas de danger, la population du voisinage. Pour rendre la levée plus solide, on a essayé de la calciner. Entre les pierres, on avait eu soin de disposer des morceaux de bois de hêtre, et on a mis le feu à toute la masse, sans qu'on ait, du reste, réussi à obtenir une vitrification
I. R. Guérin, Note sur les objets préhigtoriqaes de la côte de Malzéville, 1869.
9. K. Guérin, Les Tombelles anlékisloriçues de la côte de Malzéuille (J. S, A. L., 1868, p. a8).
3. Dr Rleicher, La Colline de Maltéville (^S. G. E.y 1899, pp. a3-3o). F. Barthélémy, Recherches archéologiques sur la Lorraine avant r/iistoire, 1889, p. 279. Sur la butte Sainte-Geoeyièye, près du col que traverse le chemin de Dommartemont à Agincourt, la crète est barrée sur une longueur de 60 mètres par un épaulement eu terre. Ce rempart est -il d'origine préromaine, comme le veut F. Barthélémy, /. /., p. 307, ou d'origine romaine, selon la thèse de M. Beaulieu, Archéologie de la Lorraine, t. I, p. i38, ou bien forme-t-il un débris des lignes de circonvallation établies par Louis XIII autour de Nancy en i633 ? Il est bien difficile de se prononcer.
4« M. Riston, membre de TAcadémie de Stanislas, nous a remis quelques-unes de ces monnaies.
5. R. GuÉRiif, Objets préhistoriques de la côte de Boudonville (J, S. A, L,, 1870, p. 34).