LA PÉRIODE ROMAINE
complète'. Â une plus grande distance de Nancy, au-dessus de Ludres, on a tenté, par des procédés analogues, de vitrifier le rempart intérieur du fameux camp d'Afrique, qui est l'une des curiosités archéologiques les plus remarquables de nos environs ^.
Tandis que les anciens habitants se créent une demeure, taillent leurs instruments et se fortifient sur ces collines oolithiques qui dominent la vallée de la Meurthe des deux côtés, le sol où s'élèvera Nancy reste inoccupé. Dans la vallée que limitent ces hauteurs, on n'a fait nulle découverte archéologique sérieuse, appartenant à la préhistoire. On ne saurait tirer aucune conclusion d'une hache polie perforée, en grauwacke métamorphique fort belle, que l'on a trouvée récemment en draguant la Meurthe, près de Tomblaine ^
Nous arrivons ainsi, franchissant un très grand espace de temps, à la période romaine. Les Romains ont occupé pendant quatre siècles le pays qui plus tard sera la Lorraine. Administra tivement, ce pays dépendait de la province de Belgique. A partir de Dioclétien, la Grande Belgique fut divisée; la région que nous étudions fit partie de la Belgique première, avec Trêves comme métropole. La province se partagea en quatre cités : metropolis civitas Treoerorum, Trêves ; civitas Mediomatricorum, Metz ; civitas Leucorum^ Toul ; civitas Verodanensium, Verdun. Cette division romaine a survécu dans la division ecclésiastique du moyen âge. Un archevêché a été établi dans la métropole, à Trêves ; un évêché dans les trois autres cités : Metz, Toul et Verdun. Le territoire de Nancy dépendait du pays des Leuci, et, jusqu'en 1777, où fat créé un évéché spécial dans notre ville, Nancy fera partie, au point de vue religieux, du diocèse de Toul.
Metz, Toul, Verdun étaient les trois villes principales dans le voisinage du futur Nancy ; sur leur territoire ont été trouvés d'intéressantes inscriptions ou de curieux autels votifs ou des monuments funéraires en assez grand nombre^. Cependant, il y avait d'autres centres de population à l'époque
I. Sur ce retranchemenl, découvert par Blcicher el Ch. Millot, voir F. Barthélémy, o. L, pp. ao4 et 261 ; Bleichek, Géologie et archéologie préromaines des environs de Nancy, p. 47»
a. Voir rindication des ouvrages sur le camp d'Afrique, chez le comte J. Beaupré, Répertoire archéologique pour le département de Mearthe^t-Moselle, p. 98. Nancy 1897.
3. Don de M. Lanternier (/. S. A. L., 1896, p. 191). Dans les Comptes rendus de {'Académie des sciences f du a4 août i863, M. Eug. Robert signale une hache polie en Irapp, trouvée dans une fissure des carrières de Moobois ; ces carrières sont au bas de la côte Sainte-Caûierine.
4. Les inscriptions relatives à la cilé de Metz viennent d'être réunies par le D' Keunb dans le Jahrhuch der Gesellschajt fur lothringische Geschichte, 1898. En attendant la publication prochaine du Corpus pour la Belgique, on consultera Robert et Gagnât, Epigraphie gallo-romaine de la
b HISTOIRE UE NANCY.
romaine. Entre Metz e( Nancy, dans une tie formée par la Moselle, se dressait la ville de Scarponc. Ln It^gcndc lui attribue sept lieues de tour; mais elle exagère beaucoup. Les découvertes qu'on y a faites : borne milliaire, tombeaux, débris de »jtalue, attestent cependant un établissement considérable'. C'est avec des débriii romains qu'a été construit, sur la rive gauche de la Moselle, le village de Diculouard.
Plus près encore de Nancy, à 7 kilomètres environ, dans la direction du sud, sur le territoire de Laneuveville-devant-Nancy, les trouvailles d'objets romains ont été nombreuses. Ony a mis au jour, à presque toutes les époques, des monnaies romaines, des débris de tuyaux, des subslructions fortement cimentées. En 1S10, près du ruisseau du Frahaul, qui gagne la Meurthe, on a découvert sous terre une jolie statuette de Mercure avec le pélase, les talonnières et le caducée'. Quand, en i84o, on a creusé le chemin de fer de Nancy à Strasbourg, tout près du chemin vicinal qui conduit à Fléville, on a ramassé deux autres statuettes en bronze. L'une est aujourd'hui le joyau du Musée lorrain, peut-être celle de toutes les statues antiques de la réqion qui offre la plus grande valeur artistique. Elle représente un jeune homme nu, à la chevelure abondante, dans l'altitude de la marche. De sa main droite levée, il porte un flambeau allumé pour éclairer ses pas. C'est une image du dieu Phosphoros ou Lucifer, dont nous parlent les poètes anciens, ce dieu qui, chaque matin, marche au-devant de l'Aurore, chasse les étoiles innombrables, monte, éternellement jeune, dans le ciel et apporte la lumière au monde :
diffagiunl Uell.T, r/aarum agrnina cogil
Tnouviz Lucifer, et cœli ttalioae notiitsimiu e.rili.
* LANIOTIVILLI-DEVAXT-NAHCÏ
La seconde statuette, un peu plus grande, représente un enfant nu, mais à la figure laide et sans expression. De sa main gauche il tient une boule; de sa droite il soutenait sans doute une raquette*. L'image est assez médiocre et fait ressortir la réelle beauté de la figure précédente. Un peu plus loin, & l'ouest du village, vers Nancy, à quelques pas du vieil ermitage consacré à sainte Vaidrée, des ouvriers se sont heurtés, en 18^7, à quatre bns-reliefs en pierre, incontestablement d'origine romaine : deux sont
Moielie, Puis, 1873 «1 années «uivanlcs; Beaulieu, Archéologie de la Lorraine, a vol., i84i>-i8i3: JoLLOK, Uiinoîret sur qatlqaei anliqailéi remarqaabtet da départemeitt da Votgee, Paris, |B43,
I. Sur RcBipone on consultera Beaclclu, Archéologie de la Lorraine, t. Il, pp. n5 et ss. ' ne Saulcy, Note* tur qaelquet anliqaiiit Iroauéet à Dieuluunrd, Meli, i83a ; Mathieu, Rainea de Scarpoae, Nancy, t834 ; abué Mel.iotte, fiatiet hîilarique tur Scarpone el titr Ûieulouard, NancT, Vagncr, iSgS.