DONATION A SAINT-GEORGES DE LA CURE DE NANCY
de la ville un nouvel établissement religieux, d'autant plus qu'il fut obligé de lui faire des concessions importantes. Il jouissait, comme nous savons, des deux tiers des offrandes qui étaient faites à Saint-Èvre, Téglise paroissiale de Nancy; le 20 octobre i34o, Raoul décida que tous les dons faits sur les autels de l'église Saint-Georges appartiendraient en entier à la collégiale. Tous les morts étaient jadis enterrés au cimetière de Notre-Dame ; Raoul accorda aux chanoines permission d'enterrer dans leur église. On régla aussi l'ordre des processions de manière à ce que le prévôt de Saint-Georges et le prieur de Notre-Dame fussent à peu près sur le même plan *. Mais ce n'est pas tout. Jusqu'alors le prieur de Notre-Dame nommait le curé de Nancy. Le pape Clément VI, sollicité par Raoul, unit, le 16 mai i342, la cure de Nancy à la collégiale '.
Désormais, les chanoines auront le droit de désigner le prêtre chargé de desservir la paroisse de Nancy, et, en i344> à la mort du curé Henri, ils choisirent Jean d'Einville, qui prit le titre de vicaire perpétuel'. Le chapitre
1. Un accord sur ces questions fut fait, ce jour, entre Guillaume^ abbé de Molesme, et Hue, prieur de Notre-Dame d'une part, les chanoines de la collégiale de l'autre. Il fut ratifié le même jour par le duc Raoul qui, en échange, affiranchit le prieuré Notre-Dame de toute servitude, de toute chevauchée et charrob, lui assure un muid de sel à prendre sur les salines de Rosières et confirme les dons faits au prieuré par ses prédécesseurs sur les ventes et péages de Nancy. Le a3 novembre i34o, Raoul jura solennellement en l'égUse de la collégiale de garder au prieuré ce privilège (Documents sur le prieuré Notre-Dame, o9* 42, 43 et 44). L'évêque de Toul, Thomas de Bourlémont, donna son consentement à cet accord. Le 5 août i34if le duc Raoul donna encore aux moines de Notre-Dame le droit de prendre leur bois dans la forêt de Haye, pour les indemniser de cens qu'ils touchaient « sur les maisons que nous avons fait mettre au cloistrc de notre chapelle de saiuct Georges b. (Jbid., n^ 45.)
3. La bulle a été publiée par Grand'Eury et Lallement, L'Eglise Saint-Epvre de Nancy, p. 86. Daium Avinione XVII kal. j'unii, pontijicatus nostri anno primo. Carlulaire, f^ 8, v^.
3. Grand'Eurt et Lallement, L'Église Saint-Epvre de Nancy, p. 9. Le curé Henri est nommé dans le document no 44 cité. Nous publions ici l'acte de nomination par révè(]ue de Toul de Jean d'Einville : • Thomas Dei gratia TuUensis episcopus presbilcro rectori parrochialis ecclesie de Molezcvilla et omnibus aliis presbiteris nobis subditis ad quos iste liltere pervenerint salutem in Domino. Cum parrochialem ecclesiam de Nanceyo nostre TuUensis dyocesis cum juribus et perlinenciis suis univcrsis sedes apostolica ecclesie collégiale beati Georgii de Nauceyo predicto incorporaverit, aunexuerit et univerit, portione competcnti et congrua reser>'ata de frurtibus ejusdcm parrochialis ecclesie et per nos assignanda vicario perpetuo per nos ibidem instituendo qui dictam ecclesiam parrochialem regere habeat et onera ipsius supportare et postmodum, vacante dicta parrochialis ecclesia per mortcm domini Hanrici quondam ipsius ecclesie ultimi rectoris, viri discrcti prepositus et capitulum dicte ecclesie collegiate nobis ad vicariam perpetuam prefale parrochialis ecclesie dominum Johannem de Envilla presbiterum tanquam ydoneum (iresentaverunt per nos instituendum in cadem, nos rogando quatinus eundem Johannem in prœfata perpétua vicaria instituere dignaremur et eidem porcionem competentem de qua sustentari valeat et ipsius ecclesie parrochialis supportare oncra assignare ipsique Johanni quod ad nostrum circa hoc pertinet ofûcium inipcrtiri benigniter dignaremur, nos visis lilteris apostolicis inde constitutis necnon lilteris presentationis supradicte, in Dei nomine prsefatum Johannem ad dictam perpetuam vicariam ecclesie parrochialis predictc preteslu et virlulc litterarum apostolicarum et presentationis predictarum admisimus cl admiltimus per présentes, ipsumque instituimus in eadem ac eundem investivimus per traditionem presenlium presentialiter de eodcm, curam auimarum et solicitudinem ipsius parrochialis ecclesie eidem conmiiltcudo ; et ab eadem Johanne de non alienandis bonis ejusdem ecclesie nec non fidelilatis et obedientie recepimus solilum instrumentum. Quare vobis qui super hoc fueritis requisiti prr*cipiendo mandamus qualiuiis ad prediclam parrochialem ecclesiam de Nanceio personaliter accedenles prefatum dominum Joliannem in c^rporalem posscssionem vel quasi dicte vicarie perpétue corporaliler inducatis, precipientes omnibus et singulis quorum interest Tcl intererit sub pena canonis ut eidem Johanni tanquam dicte ecclesie parrochiali perpetuo vicario vero obediant et de fnictibus ejusdem respondeant ut Icncntur ; quid inde fccerilis nobis fideliter rescribatis. Datum sub sigillo nostro die octava mensis augusli, anno Domini millesimo trecenlesimo quadrag^simo quarto. • A. D., G, 4o4> original ; trace du sceau sur double queue.
et le vicaire réglèrent leurs droits respectifs par un accord du 19 septembre de la même année ^ Le vicaire touchera des mains du receveur du chapitre sa part des dîmes. Le prévôt et les chanoines nommeront un clerc à l'église Saint-Genès de Laxou qui, sur cette commune, percevra toutes les offrandes pour le chapitre et le vicaire. Le chapitre aura de concurrence avec le prieur de Notre-Dame une clef du tronc de Saint-Èvrc ; un prêtre de la collégiale peut être délégué pour administrer le baptême aux enfants et Textrêmeonction aux mourants. L'église Saint-Georges fut ainsi une véritable chapelle de secours pour la paroisse ; à défaut d'un membre de la collégiale, le >îcaire désignait un prêtre, du consentement du chapitre^. Le jour de la Saint^Èvre, tous les membres du chapitre sont tenus d'assister à la messe et aux vêpres à l'église paroissiale, mais chaque chanoine doit recevoir du curé deux sous tournois, chaque vicaire et chapelain 12 deniers. Le vicaire, en revanche, doit venir à Saint-Georges à la fête du saint, à celles de saint Denis et de la couronne de Jésus, à l'anniversaire de la dédicace de l'église, à celui de la mort du duc Raoul ; il prendra ces jours-là part aux distributions du chapitre. Le vicaire jure d'observer tous les privilèges du chapitre et de garder ses droits. Si l'on songe dans l'avenir à transporter l'église paroissiale dans l'église Saint-Georges, il promet de ne pas s'opposer à ce transfert. 11 dira la messe à voix basse, toutes les fois qu'il en recevra l'ordre du chapitre. Il n'a droit à nulle dîme sur les biens propres du chapitre, notamment sur les vignes.
Le 6 novembre i347, "" autre accord aplanit les dernières difficultés eii(re la collégiale Saint-Georges et le prieuré Notre-Dame. Le prieur garde les deux tiers des dîmes sur les banlieues de Nancv et les deux tiers des oDFrandes faites à Saint-Èvre. La collégiale ne perçoit que le tiers laissé auparavant au curé; encore doit-elle fournir la portion congrue au vicaire perpétuel. Le vicaire nommé prête serment qu'il conservera toujours les droits du prieure. Les chanoines de Saint-Georges garderont toutes les offrandes faites en leur église ; ils enterreront en tonte liberté en leur cimetière les membres du chapitre, sans payer aucune redevance aux religieux ; leur pièce de vigne sur la côte de Buthegnémont est affranchie de toute dime'. Les chanoines se chargent en échange d'une dette contractée par le prieuré : celle de huit résaux de blé à payer aux religieuses de Bouxières ♦.
1. Cartiilain* de Saint-Georges, Bibl. de Hancy, 600 (309), f^ 17.
2. Item concordatum est intcr dictas partes quod ex nuoc et iu perpetuiim sacrum Domini nostri Jhesu Christi corpus pro tuta parrochiali ecclesia de Naoceyo visitanda ima cum fontibus aacris pro omnibus panrulis dicte pairochialis ecclesie sacro baptismatc regenerandis in Christo in collegiata beati Greorgii ecclesia prcedicta constituentur et rcscrvabantur , hoc adito quod niillus in pmdicta parrochialis ecclesia uomine precdicti vicarii nec pro ipso visitare potcrit ntsi fuerit de choro ac de penonis ecclesie coUegiate prcdicte, et, si in dicta collegiata ecclesia sacerdos ydoneus r^>eriri dod posset pro dicta parrochiidi ecclesia deservienda et visitanda, predictus vicarius alium presbjrterum ydooeum querere posset et habere, de consensu tamen predictoram dominorum prepositi et capitali.
3. Ce canton de vignes, dont les crus étaient renommes, s'appela plus lard la Côte des chanoines.
4. Documents sur le prieuré Notre-Dame, n®» 46, 4? et 48. On trouve le texte de ces trois pièces dans le cartulaire de Saint-Georges, Bibl. de llancy, (toî) (35g), f> C, n^ IX, X et XI (les pages
LE VICAIRE PERPÉTUEL ET LE yi(141RE AMOVIBLE DE SAINT-fevRE. 2 2*5
Les chanoines de Saint-Georges nommèrent les vicaires perpétuels jusqu'à le fin du XV* siècle *. Le lo mai i483, le pape Sixte IV incorpora encore d'une façon plus étroite l'église paroissiale à leur collégiale. Il leur permit de la faire desservir non par un vicaire perpétuel, mais par un vicaire amovible, ad Rutum^. A tour de rôle, des prêtres du chapitre rempliront l'office de curé.
Mais en iSgS, à la suite d'un grave incident que nous raconterons plus lard, on se décida à créer à Nancy des paroisses nouvelles et l'organisation même de Saint-Èvre fut changée; la paroisse eut son curé indépendant; mais, de SCS anciennes prérogatives, Saint-Georges garda le droit de le présenter à Tévêque de Toul.
Les successeurs de Raoul confirmèrent les biens accordés par lui à la collégiale, ainsi Jean I**" par acte du 27 mai iSyS. Il y fonda une messe spéciale à dire tous les jours en l'honneur de la Vierge et assigna aux chanoines une rente de 4o livres sur les tailles de Nancy '. C'est lui aussi, comme nous verrons, qui acheva l'église. Le duc Charles II fonda dans l'église une chapelle en rhonneur de saint Maurice avec une messe annuelle pour laquelle il livra nne rente; une autre en l'honneur de la Vierge avec 160 florins de revenus à prendre chaque année sur la taille de Lunévillc*. C'est sous ce règne (1890i43i) que les chanoines reçurent une maison près de la porte Saint-Nicolas, desgagnages à Art-sur-Meurthe, à Villc-en-Vermois, à Saint-Nicolas, à Seichamps. On leur céda la cure d'Acraigne (aujourd'hui Frolois)5. Le duc Charles II était épris d'une demoiselh* Alison May et l'avait mise en ses meubles rue de la Boudière, notre Grande-Rue. Celle-ci, pour laquelle le doc subit les sévères admonestations de Jeanne d'.Vrc, donna la maison à la collégiale, en augmentation des dons faits par son amant ^.
Après la mort de Charles II et l'avènement du roi René, la période de décadence commence pour la collégiale Saint-Georges. Les souverains de Lorraine sont occupés de leurs guerres lointaines en Italie et en Aragon. Puis René II lutte pour reconquérir ses États sur Charles le Téméraire. Une fois vainqueur, il construisit de l'autre côté du palais ducal l'église des Cordeliers, et désormais c'est vers cette église que se détournèrent les libéralités <lc8 princes. Les Cordeliers enlevèrent aux chanoines le premier rang qu'eux-
^teoant les oumérus i à 8 ont été arrachées). Le 16 mars i3Aa, le duc Raoul avait reçu des reli- 9*U8e8 de Bouxiëres abandon des huit rcsaux de blé que le prieur de Notre-Dame leur devait (Carlulaire, f^ i3) ; mais il ne semble pas que cette couvention ait été exécutée.
\' U est difficile d'en dresser la liste. En 1^36, Jean de Ville était vicaire, quand ré(jlisc fut recons- ^\t. Cf,in/ra, p. 345. En i46o, Mathieu de Fralsne prête serment; en 14671 nous trouvons Mathieu ^jn comme vicaire perpétuel; en 147a, un certain Viricl Corderin. Cf. Grand'Euhy et Lallement, ^'Sgiite Saint'Epvre de Nancy, pp. 20 et 87.
'• A. D., G, 4o4* Cf. Grand'Eury et Lallement, p. i3. Nous avons publié ces documents dans ^^luloire de Nancy, i« éd., p. 3o4, n. 3.
3. Original, G, 34». Que furent faictes Van de graice nostre Signour mil trois cens sexante et ^te, le vingt eeptyme jour dou mois de may. Au même endroit, un vidimus du tabellion de Nancy, ^ 17 janvier 1874.