Lepaoe, p
G. Chanoine de la Phmatiale, dans Dom Calmet, Notice de la Lorraine, t. Il, c. 33.
CONSTRUCTION DE lV.GLISE SAINT-GEORGES. 233
Connaissant la composition du chapitre, nous pénétrons dans les bâtiments qu'il occupait. L'église Saint-Georges s'élevait au sud du palais ducal, sur notre petite place de la Carrière ; une partie de son emplacement est occupée aujourd'hui par une petite construction annexe de l'hôtel du commandant du 20^ corps et accolée au palais ducal. L'église, dans son ensemble, n*était pas terminée à la mort du duc Raoul en i346 ; elle ne fut achevée que sous son fils Jean I^. Celui-ci permit aux chanoines, par acte du 3 janvier 1367, d'enlever les pierres de la tour et du château de Saurupt qui tombaient en ruines, et de s'en servir pour leur église '.
Depuis l'Ascension i36g jusqu'à l'Ascension 1377, il donna chaque année cent florins sur les salines de Rosières, pour hâter la construction; cette somme étant insuffisante, il accorda encore, le 3i octobre 1377, mille petits florins vieux de juste poids sur la rente domaniale de Saint-Nicolas-de-Port. Cet argent devait servir à poser les voûtes sur le chœur et sur les deux chapelles Notre-Dame et Saint-Charles*. Il fit aussi élever au-dessus de la façade les tours qui furent garnies de cloches, et il construisit le cloître 5. Vers 1390 seulement, au temps de la mort du duc Jean, les bâtiments étaient achevés.
De l'église Saint-Georges il ne nous reste pas de représentation directe. Si nous voulons en connaître l'aspect, il faut consulter le plan en relief de la ville de Nancy de 161 1 et la vue du palais ducal de Deruet, gravée vers i643. Nous possédons ensuite un plan linéaire de l'époque de Léopold, fait quelque temps avant la destruction du chœur de l'église ♦. L'église était orientée, le chœur à l'est. Elle se composait de trois nefs, à cinq travées ; sur les piliers reposaient les voûtes assez élevées pour la nef principale, moins hautes pour les nefs secondaires; un transept de médiocre étendue dessinait les bras de la croix; puis une abside en forme de pentagone renfermait le chœur. Les contreforts qui recevaient la poussée des voûtes étaient de simples piliers
I. Original, G, 353, ,.. que furent faites l'an de graice notre Signour mil trois cens sexante et seijc, le diemenge aoant l'apparition de notre Signour, lier Jour du moix de janvier. Voir plus haut, p. 19a.
a. Original, G, 353, ... que furent faites l'an mil CCC sexante et deix septy la vigile de feste Toui' sainetz, (Lepace, p. 173.)
3. Obituaire de Saint-Georges. Bibl. de Nancy, ms. no6o4 (353). Sur ce manuscrit, voir A. MoLr iciBR, Les Obituaires français, p. 3a3. Le aa septembre : « Obit de noble et excellant prince Monsignour le duc Jebans que trespassait a Parix le demain de la sainct Matheu l'an M. CCC. IIII" et deix et le mardi après, jour de saint Come et saint Damien (a7 septembre), [fulj ameneiz et ensepvelis en l'ecdise de céans, et nous ait devizer par son testament la somme de V^ francs pour mettre en acquest, pour faire chascun an dous foix son anniversaire. £t de son temps et dez biens qui nos ait fait sunt estei laictes les youltez et le cloustre et rehaulcieez les doux tours de nostre ecclise et fait moult d'auitres biens *, r> 60, vo.
4. M. MoRBT a reproduit ce plan, Recherches sur l'emplacement du château du duc Raoul dans les M, A. S. i865, p. 180.
accolés au mur extérieur. Le plan primitif était assez régulier; maison ajoula successivement à Tédifice des constructions parasites d'un style dîffërent. En l'honneur de Charles de Blois, tué en Bretagne à la bataille d'Auray, en i364, son neveu, le duc Jean, bâtit une chapelle de forme pentagonale*. C'est dans une tribune de cette chapelle que la famille ducale venait entendre la messe à Saint-Georges. Une seconde chapelle fut construite par René II en 1492, à Test du transept nord*. Puis contre toutes les parois de l'église et les piliers étaient disposés des autels 5; tout près de l'entrée se trouvait le fameux autel de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle.
A Textérieur, l'église, comme le palais ducal, était encombrée d'une foule de boutiques que les chanoines louaient. Une large porte percée dans la façade donnait accès à l'édifice. La baie était surmontée d'un arc en forme d'accolade : ce qui indiquerait un remaniement fait dans la seconde moitié du xv*' siècle. Au-dessus une vaste fenêtre, de style flamboyant, était partagée en quatre compartiments par trois meneaux. Un fronton triangulaire terminait cette façade. Il était encadré de deux tours carrées égales. Du centre du transept s'élevait une troisième tour hexagonale assez svelte dont la croix dominait la ville ^. Au sud de l'église, sur la petite Carrière actuelle, s'étendaient les bâtiments de la collégiale. A l'intérieur, une cour était en* tourée du cloître.
En l'année 17 17, pour faire place au Louvre de Boffrand, on démolit, comme nous l'avons vu, le transept sud, le chœur et une partie du transept nord. La brèche fut bouchée par un simple mur. Cette nouvelle église, débris de l'ancienne, fut inaugurée de nouveau le 19 décembre 1717. Elle fui abandonnée après la réunion du chapitre Saint-Georges à celui de la Primatiale. Cédée à la ville, elle devint un magasin de blé^ Puis, finalement, quand Stanislas, à la place du Louvre de Boffrand, fit élever par Héré le beau bâtiment dit la Nouvelle-Intendance, aujourd'hui le palais du Gouvernement, la vieille église collégiale fut entièrement détruite ; elle avait duré un peu plus de quatre siècles et à ses pierres, qui furent dispersées, étaient attachés comme des lambeaux de l'histoire de Nancy.
L'église renfermait quelques œuvres d'art curieuses. Pour elle, un célèbre sculpteur habitant Bar-le-Duc, Jean Crocq, tailla dans la pierre un saint Georges et un saint Maurice au début du xvi* siècle^ ; pour elle, Gérard Jacquemin de Toul fit un groupe en pierre représentant l'Annonciation 7, Nous
I. Lepage, p. 209. On voit combion rapidcmeiil s'est répandu le culte de ce saint. Od sait qne, sur son cadavre, à Auray, l'ou découvrit un cilice.
3. Lepaoe, p. 209. Voir le. plan de M. G. Swe, tel qu*il résulte des substructions de la place de la Carrière mises au jour à la ûa de i89/i( dans le /. i^. A, L,, iSgS, p. 8.
3. Lepage, p. a/t4, énumèrc toutf>s les cliupelies et tous les autels dont il a trouvé mention dans les titres.
/i. Châtelain dans sa reproduction, à la suite du travail de Lepage, a eu tort de placer crtte troisième tour au milieu de la façade.