Ces deux écussons réunis sous la statue de saint André
TOMBEAU DE CHARLES LE TEMEHAIfiE. 2/| 1
une longue inscription en distiques latins. Ces vers nous ont été conservés dans la relation allemande d'un voyage qu'un jeune prince de Saxe-Weimar fit à Nancy en iGiS, par Gaigniëres, par dom Calmet et par Lionnois'.
I . La relation du voyage a été publiée par le précepteur du prince, J.-V. Ncumatër de Ramsla, Leipzig, 1630. Elle a été signalée par M. Arthur Benoit dans les M. S, A. L,, 1876, p. i52. Gaioioàrks, BibL nationale, dép. des estampes. Voir le Catalogue, Cf. Don Calmet, Notice de la Lorreùne, t. II, col. 38; Lionnois, 1. 1, p. 99. Les chanoines ont aussi inscrit ces vers sur leurs registres capitalaires de l'année 1717, au moment de la démolition du monument. A. D. G, ôgS, p. 108. Nous reproduisoog ici ces vers :
Caroius hoc busto Burgundœ gloria gentis
Conditur, Europœ qui Juit ante timor.
Ganda rebellatrix hoc plebs domilore remoias
Post patriœ leges perpete pressa Jugo est. Nec minas hune sensit Tellus Leodina cruentum^
Cum ferro etflammis Urbs populata fuit.
Monte sub Hericio Francas cum Rege cohortes
In pauidam valido truserat ense fugam.
Uostibus eœpulsis, Eduardum in régna locavit
Anglica, primœvo restituens solio, Bella Ducum, Regumque et Cœsaris omma spernens,
Totus in effuso sanguine Lœtus erai.
Denique dum solitis Jidit temerarius armis
Atque Lotharingo cum Duce bella movet, Sanguineam vomuit média inter prselia vilam
Aureaque hostili vellera liquit humo.
Ergo triumphator longœua in sxcla Renatus
Palmam de tanto Principe victor habet.
O tibi qui terras quœsisti, Carole, cœlum
Det Deus, et spretas antea pacis opes, Nunc die, Naneeios cernens ex lethere muros :
A clémente ferox hoste sepulchror ibi.
Discite terrenis quid sit conjfîdere rébus; Hic loties victor denique victus adest, fl Sous ce tombeau est enfermé Charles, gloire de la nation bourguignonne et qui autrefois fut la terreur de l'Europe. Le peuple de Gand révolte fut dompté par lui, perdit les lois paternelles et subît perpétuellement le joug. La terre de Liège éprouva aussi ses vengeances sanguinaires, quand la ville fut ravagée par le fer et par la flamme. A Montlhéry sa redoutable cpée avait effrayé et mis en fuilc les cohortes françaises avec le roi lui-même. Il chassa les ennemis d'Edouard d'Angleterre, ramena ce prince dans son royaume et lui restitua le trône de son enfance. Méprisant l.es armes des ducs, des rois et de l'Empereur, il n*était joyeux qu'au milieu des flots de sang. Mais eiiQii, lorsque, confiant dans le succès ordinaire de ses armes, il eut, en sa témérité, attaqué le duc de Lorraine, il exhala au milieu des combats son âme sanguinain* et sur une terre ennemie il laissa la Toison d'or. Ainsi René victorieux a remporté sur un si grand prince la palme du triomphe, au siècle des siècles. 0 toi qui ambitionnas tant de terres, Charles, (pie Dieu te donne le ciel et les trésors de la paix que tu as autrefois dédaignés. Et maintenant, en voyant du haut de l'éther les murs de Nancy, dis-toi : Moi si fier je reçois la sépulture ici d'un ennemi clément. Apprenez combien peu il faut se fier aux choses de la terre. Celui ({ui a été tant de fois vainqueur est enfin vaincu. »
Dux Jaoet liic Carlos Belgarum illa ignea virtus
Cui Mavors dederat bella gerenda pater, Quem timuit subitis animosus Gallus in armis,
Cuique Alemannorum terga dedere Duces; Quique animum Ifesperins bellis agitabat in urbes.
Sed subito invertit sors truculenta viam ; Nam cum Ranerium bello sibi provocat hostem,
Occubuit Juso milite stratus humi ; Et ne tanta viri laus intestata jacerety Hoc victor victi condidit ossa loco.
puis le chronogramme :
eCCe Léo CeCIdIt; laM paX qVaesIta VIgebIt (soit MGCCCLXVVIIIIII = 1476, vieux style). Ci-git Charles, cette vertu pleine de feu des Belges et à qui le dieu Mars a donné tant de guerres à
Dans Tune Ton rappelait toutes les guerres faites par le duc, toutes les violences commises par lui et l'on célébrait l'éclatant triomphe de René et sa clémence. Dans l'autre on développait, de façon plus médiocre, le même thème et dans un chronogramme compliqué l'on insérait la date de la mort du duc de Bourgogne : 1476 (vieux style).
(]e monument, qui pendant longtemps fit l'admiration des étrangers visitant la collégiale Saint-Georges, était l'œuvre d'un artiste habitant Bar-le- Duc : Jean Crocq'. Probablement, il était originaire de Flandre et se forma à son art dans ce pays, qui a fourni au xv* siècle une vaillante phalange d'artistes. Il fut appelé à Bar par le roi René, pour y embellir son château et la collégiale Saint-Max. Sous René II, en i488, il fut employé à réparer les tombeaux des anciens comtes de Bar, dans l'église Saint-Max; et pour prix de ses services le duc René II l'affranchit, en i488, de toutes tailles à condition qu'il résidât à Bar*. C'est à Jean Crocq que René II commanda le tombeau de Charles. L'artiste vint à Nancy' et fit le pourtraii, la maquette du monument dans la grande maison de Vaudémont, c'est-à-dire dans la demeure dont l'emplacement est occupé aujourd'hui par l'hôtel de la Monnaie ou archives départementales ; il dut y travailler plusieurs années ; l'œuvre fut achevée en i5o6; en cette année, le receveur général de Lorraine en fit le parfait paiement. Elle rapporta à l'artiste 210 livres. On lui rogna au dernier moment i5 livres sur le prix convenu d'avance^. Jean Crocq dut mourir peu de temps après avoir terminé le tombeau 5. Il n'est plus question dans les comptes de Lorraine que de Martin et Claude Crocq, l'un sculpteur, l'autre peintre ; ce sont, sans doute, le fils et le petit-fils du précédent^.
Un accident survint à la statue, et, cinq années après, Mansuy Gauvain, le sculpteur de la porterie ducale, dut lui mettre, comme nous rapprennent les comptes du receveur, « deux jambes neuves ))7. Mais, depuis celte date, le monument demeura intact. Au milieu du xvi* siècle, alors que Christine de Danemark, nièce de Charles-Quint, gouvernait la Lorraine au nom de son fils le jeune Charles III, l'empereur crut l'occasion favorable pour ré-
fîMt reprend n^ ; le Françjiis, pourtant rempli de couracje, a redouté ses invasions subites; et devant lur les chefs des Allemands ont tourne le dos. Il rêvait de conquérir toutes les cités de l'occident ; mais subitement le sort redoutable sVst tourne ; car lorsqu'il eut provoque par les armes le duc René, il perdit ses soldats et il succomba, jeté sur le sol ; et pour rendre témoignage à la gloire d'un aussi grand prince, le vainqueur a fait déposer en ce lieu les os du vaincu.
Nous nous sommes servi de la traduction de Villemeuve-Tkams, en serrant toutefois le texte dr plus près. Notice sur les lombemix de Charles le Téméraire (à Nancy et à Bruges) et de Marie de Bourgogne, dans les M, A. S., i84o. Sur le chronogramme, voir Albert Coll.igno:«, Souvenirs artistiques et littéraires de la bataille de Nancy, p. i3 ; extrait des M. S. A. L., i8<)4.