Comptes de i5ii-i5i2, cités par Lepaue, p
LE SCULPTEUR JEAN CROCQ. î?43
clamer les restes de son anci^lre Charles le Téméraire. Il voulait les transporter à Bruges à côté de ceux de Marie de Bourgogne. Christine dut céder, encore que le sentiment lorrain fût très hostile à un tel transfert. Le gouvernement des Pays-Bas nomma en hâte des commissaires pour aller chercher ces reliques : ce furent Christophe de Schaumbourg, Martin Cupers, évéque de Chalcédoine, Antoine de Beaulaincourt , héraut d'armes de la Toison d'or. Les commissaires se procurèrent un chariot à quatre chevaux, des vêtements de deuil ; mais, quand ils arrivèrent à Nomeny, le i8 septembre i55o, Christine avait quitté Nancy, et ils durent s'adresser aux membres du Conseil. Ils obtinrent d'eux l'autorisation demandée, et le lundi 22 septembre, sous les voûtes de Saint-Georges, l'on célébra une messe des morts; puis Ton procéda aux recherches ; les premières tentatives furent infructueuses ; mais, enfin, à six pieds en avant du cénotaphe, *on découvrit des ossements mêlés aux débris de quelques planches de sapin, et à demi rongés par les infiltrations d'un ancien canal. On recouvrit ces restes d'un linceul blanc et on les plaça dans un cercueil. La nuit même, les délégués se mirent en route et arrivèrent à Faulx, puis le lendemain, 23, à Metz; le 24 à Thionville, ville luxembourgeoise ; enfin à Luxembourg même, où les restes de Charles restèrent longtemps ' . Finalement ils furent ensevelis à Bruges à côté de ceux de Marie de Bourgogne et, au-dessus d'eux, fut élevé un superbe tombeau. On s'est demandé récemment si les commissaires impériaux ne s'étaient pas trompés. De récents travaux ont fixé très exactement la place du tombeau^. Il se trouvait du côté nord de l'église, dans le chœur, à gauche en entrant, tout près du transept. Mais le cadavre était-il sous le tombeau même ou un peu en avant? Les maçons ont fouillé en avant ; ils se sont donc trompés, nous dit M. Save'. Et il réunit plusieurs autres particularités; il est question d'un caveau au-dessus des restes du Téméraire^ et les commissaires n'en ont retrouvé aucune trace ; comment admettre que le duc de Bourgogne — auquel le duc Bené II voulait rendre des honneurs exceptionnels — ait été enterré dans un misérable cercueil de sapin 5? Le crâne de
I. Cette relation est empruntée au manuscrit (I'Antoine dp. Beaulaikcourt qu'a public M. Ch. LeîfAS : Trarulation des restes de Charles le Téméraire de Nancy à Luxembourg dans les M. S. A. L.» i855. Cf. la petite rclalion dans le ms. Goa (^56) de la Bibl. de Hancy, p. 397. Étaient présents lors des recherches Pierre du Châtelet, sénéchal de Lorraine, Gérard de Pfaffenhofen, bailli du comté de Vaudémont, et Jean Billequct, prévôt de la collégiale. Après la messe, a le héraut de l'Empereor en cotte d'armes fut à roflrande ayant en main un cierge d'une demi-livre et un demi-réal fiché dedans. Les commissaires donnèrent cent demi-réaux d'or à l'église^ chacun valant 3a francs et fut pris dix francs en la bourse pour les pauvres. > Ms. cilé.
3. LÉoif GERMAUf, La sépulture de Charles le Téméraire, dans VEspérance du a octobre iSgO. Cf. Albert Collionon, Notes sur les monuments, ^iconographie et les légendes de la bataille de Nancy dans les A. D, E., 189g, p. ^9^.
3. Les restes du Téméraire sont-ils à Bruges ou à Nancy? Extrait de la Lorraine-Artiste, i8g3, p. 8i5 et ss. Cf. du même, Fouilles de la Carrière (/. S, A, L., 1895, p. 3).